CHAPITRE II
On ne garde pas aisément le célibat : la lutte contre les passions ne va pas sans peine, et le mérite est en proportion de l'effort. La continence n’est pas à la portée des caractères mous et lâches : en dépit de tous les secours et de toutes les grâces, elle est rude, pénible, pleine de difficultés.
Ces difficultés, il ne faut pas les dissimuler à la jeunesse, il faut les lui exposer virement, nettement et lui demander si elle én apprécie l'étendue et la valeur, si elle veut les surmonter et les vaincre pour garder son honneur et sa foi.
C’est la seule méthode pratique et sûre.
Celle qui consiste à cacher les périls de la
route au jeune adolescent et à compter, pour en triompher, sur son ignorance et sur la chance, sans faire état de sa volonté, est dépourvue de vertu et détestable : les navranis résultats qu'elle donne sont là pour la juger et la condamner sans appel.
Mais il y a une autre opinion, moins radicale et non moins dangereuse, qui a été soutenue par de nobles esprits : c’est celle qui considère la continence comme exempte de difficultés et accessible à tous sans effort. C’est là une illusion généreuse qui peut avoir de redoutables conséquences. Nous ne la partageons pas etnous estimons que les jeunes gens, dans les conditions que leur fait la vie contemporaine, nous donneront pleinement raison.
Non, la continence n'est pas facile, quand tout lui est contraire au dehors et au dedans de nous-mêmes,quandlemonde conspire par toutes ses voix contre elle, quand la nature nous souffle par tous les organes l’amour de la chair. Sans doute la raison nous éclaire et peut nous retenir, avec l’aide de la foi, sur la pente glissante des passions mauvaises ; mais les tentations
ne cessent pas de nous harceler, sous mille formes séduisantes, et la faiblesse de la chair est trop connue pour ne pas faire redouter la violation de la continence.
Les difficultés sont grandes à garder la chasteté, et c'est pourquoi nous les dénon-
cons hardiment, connaissant bien les ressorts de la nature humaine. Elles sont faites non pas pour arrêter les meilleurs, mais pour allumer les flammes d’une ardeur généreuse chez les plus calmes et pour exciter le zèle de tous. En les considérant avec son esprit et son cœur, non seulement la jeunesse ne se découragera pas, mais elle se sentira plus vaillante, plus décidée et engagée d'honneur à les surmonter. Il n'y a rien qui la stimule comme l'obstacle : plus il est grand, plus il paraît infranchissable, plus elle s'acharne à le vaincre. Qu'on l'explique ou non; c'est la loi constante du caractère juvénile. Son effort ne se développe pas ou reste faible devant les tâches faciles, il aborde héroïquement les plus âpres et emporte la victoire de haute lutte. L'important est
de le garder des écarts et de le diriger toujours dans la voie droite.
Regardez les jeunes gens dans tous les ordres d'exercices physiques ou intellectuels : ils s'y appliquent avec passion, avec acharnement, qu'il s'agisse d’un concours général de Sorbonne, d'une lutte de barres ou d’une course de bicyclettes.
Ils s’y jettent tête baissée et s'y donnent si pleinement, sans calculer leurs forces, qu'ils dépassent parfois les bornes de la prudence et exposent leur santé, leur vie même dans des excès regrettables : tels ces paris insensés quils tiennent, ces courses fabuleuses qu'ils ne craignent pas d'entreprendre dans un but de vaine gloriole ou par rivalité puérile. Ces folies téméraires, on le sait, sont communes à notre époque.
Mais si la jeunesse risque ses forces et sa santé dans de telles luttes, que ne peut-on pas attendre d'elle dans les combats 'autrement importants de la continence, quand elle en a compris la valeur et la nécessité : Ici il ne s’agit pas pour elle d’une futile et passagère gloriole, mais bien de l'honneur
de sa vie et de la dignité de ses mœurs, en vue d'une union qu'elle contractera bientôt et où elle doit tenir à n'être inférieure à personne en intégrité ou en pureté. |
On ne fait jamais un vain appel aux sentiments élevés, généreux d’un cœur d'adolescent. C’est en remuant ses fibres intimes, en lui montrant les difficultés du but à atteindre en même temps que sa haute valeur, en lui prouvant qu'il est noble et digne de ses efforts, qu’on en obtiendra la ferme adhésion aux justes lois de la continence. |
Nous exposons, dans d’autres chapitres de cet ouvrage, l'importance et la nécessité de la continence ; nous n’avons ici à faire ressortir que ses difficultés. L'honneur du célibat est de vaincre ces difficultés ; mais où serait le mérite, que vaudrait la vertu si la route était large et ouverte à tous, sans combat à livrer, sans peine à supporter? La jeunesse voit là un grand but à atteindre et sacrifie son plaisir au devoir, pour répondre à l'appel de la raison et à la loi de Dieu.
Le monde est assurément le premier et le plus formidable obstacle à la chasteté :
il n'est insurmontable pour personne, il ne saurait faire peur surtout à la jeunesse, et nous allons en donner la raison.
Sans doute l’impureté est la loi de ce monde : toutes les faveurs sont pour elle, tous les usages la patronnent et l’encouragent. Sévère pour de futiles infractions à 1 politesse ou à la mode, inexorable aux peccadilles, le monde est ‘oujours indulgent pour les faiblesses de la chair et pardonne les pires écarts des adolescents.
« Il faut que jeunesse se passe », dit-on ; et, à la faveur de ce grossier aphorisme, la luxure a beau jeu et se donne libre CHPDIÈTÉ,
Mais ces débordements ne se limitent pas arbitrairement au printemps de la vie : ils ont leur retentissement fatal dans toute l'existence. Les sottises de jeunesse se paient plus tard. Quand on veut dompter la bête, on ne la lâche pas en pleine fougue de passion et surtout on ne l’excite pas de mille manières. Le « premier pas »
annonce et décide tous les autres ; la pre-
mière faiblesse prépare et excuse toutes
celles qui suivront sur la pente facile de .
l'habitude. |
Et, quand survient le soir de la vie, on est tardivement éclairé et désillusionné, et on ne peut plus qu’exhaler de vaines plaintes et d’amers regrets sur les fautes commises et le temps perdu. Il est trop tard pour agir et se reprendre, et le dic-
ton populaire résume la triste vie hu-
maine :
Si jeunesse savait |
Si vieillesse pouvait !
La jeunesse peut tout ce qu'elle veut pour orienter sérieusement sa vie, et elle ne pèche le plus souvent que par ionorance ou présomption. Il faut l'instruire et la guider. Malheureusement elle ne se
laisse pas facilement conduire. Elle est
d'instinct téméraire et aime à marcher sans lisière comme le faible oison à peine éclos dans le nid, elle tient à voler de ses propres ailes.
Mais, il faut le reconnaitre, elle est aussi rétive aux mauvaises leçons du