PET TRE PRES ER
DIFFICULTÉS DE LA CONTINENCE Mis
monde qu'à l’enseignement de l'autorité légitime.
Cette indépendance est native; mais, dans son excès même, elle a sa vertu et peut être mise à profit. Elle expose le jeune homme aux tentations du mal:
pourquoi ne tournerait-elle pas à son bien ? Il y a là une ressource précieuse qui ne doit pas être perdue, dont il faut user dans son intérêt.
L'adolescent ne se fie pas à la tradition, aux usages et à la mode, il refuse de suivre en aveugle, il veut s’'instruire, connaître Ja route, être son propre maître. Le monde lui dit sur tous les tons que la chasteté est impossible, qu'elle n’est le fait que de quelques impuissants, que la luxure est facile, plaisante, bien portée, qu'il faut user de ses organes, etc.
Pourquoi, dans un généreux accès de liberté. ne se révolterait-il pas contre un tel faisceau de sottises, pourquoi ne chercherait-il pas à rompre avec les communs errements, à se distinguer du vulgaire, à se singulariser même ? Pourquoi ne s'appliquerait-il pas à sortir de l'ornière, à
dédaigner la masse et à marcher, seul s'il le faut, dans la voie droite que lui ensei- -gnent la raison et la science, que lui prescrit la religion ? |
Il y à là, pour son caractère droit et entier, franc et pur, une épreuve tentante, et d'où part souvent une décision heureuse.
Si notre modeste livre avait le don de provoquer chez plusieurs une telle décision en les éclairant, nous aurions trouvé notre récompense. | ns
Le jeune homme, qui se décide à rompre avec le monde ou plutôt avec ses funestes errements, doit s'attendre à ses critiques et à sa désapprobation.. Il lui fait tort et lui porte ombrage par cette indépendance. Sa bonne volonté n'en saurait être ébranlée ni surtout découragée, car elle a de meilleurs soutiens. Aurait-il peur, en se séparant ouvertement des pratiques communes, d'être montré du doigt et traité d’original ? Il est à croire que, dans la vaillante détermination qu'il a prise, il ne s'arrêtera pas à pareille vétille et que, fort de sa conscience, il ne craindra pas Popinion.
L'originalité est une de ces marques que le monde déteste, redoute et stigmatise à plaisir : c'est un vice à ses yeux, presque un crime. Beaucoup se laissent prendre, se persuadent qu’elle les perdrait et s'ingénient à ne pas mériter l'épithète. Combien, pour éviter ce seul mot, se jettent dans le mal et la débauche! Ce sont de stupides... moutons de Panurge, qui suivent un mouvement, sans en Comprendre la raison ou plutôt l'inanité.
Il n’y a là en eflel qu'un vain épouvantail, et qui ne saurait faire peur à la jeunesse hardie, sérieuse et courageuse. La moindre réflexion le dissipe. |
Il y a plusieurs manières d’être original.
Il est détestable de se distinguer dans la ‘voie de l'inconduite ; il est vain de se signaler en matière futile ou indifférente.
Mais il est beau, il est grand de se montrer personnel, énergique, courageux dans Îles étroits sentiers de la vertu. Qu'on soit alors traité d’original, peu importe. L'essentiel est de faire le bien, et de le faire ouvertement.
Jeunes gens, n'hésitez jamais à observer
la continence, même isolés, en face de
l’innombrable armée des luxurieux, soyez persévérants quand même et méritez du monde la noble épithète d’originaux.
A ce prix là, l'honneur est sauf, la conscience satisfaite, et Dieu sera votre récompense.
La vertu ne rencontre pas seulement
dans le monde un grave obstacle : elle
trouve encore en nous-mêmes un ennemi
irréconciliable, la nature. C'est de ce côté que viennent les assauts les plus furieux, les plus fréquents, et c’est là que la volonté doit porter son principal effort de résistance. |
Il y a des gens qui croient à la bonne
nalure et demandent son concours pour
garder la continence : c'est une dange-
reuse erreur. La nature ne parle pas lé
langage de la grâce : elle a une fin, et elle veut nécessairement cette fin. Or cette fin n'est autre que la génération, et elle ne s'obtient que par l'acte sexuel. La continence est directement opposée aux désirs innés de la nature ; et il faut que la raison maîtrise décidément la chair et ne donne
issue à ses appétitions que dans le mariage. Hors de là, ill nya place que pour une réserve complète, une abstention absolue que caractérise la chasteté. L'amour sexuel n’en reste pas moins ancré en chaeun de nous : personne n’est absolument exempt de ses penchants, de ses excitations. Mais le célibataire a pour devoir de le réduire, de le dominer; et son mérite est d'autant plus grand que la lutte est plus vive.
Cette lutte est toujours possible, et, grâce à Dieu. assurée du succès, si le cœur est vaillant et la volonté décidée. Les caractères apathiques et mous se laissent aller aux défaillances et se plaisent à les justifier en invoquant leur tempérament.
« Is arriveraient bien, disent-ils, à vaincre leurs passions si le tempérament n'était pas plus fort que la volonté et n’accaparait pas le gouvernement de la vie. » C’est l'excuse ordinaire de la lâcheté, et elle n'est pas recevable au point de vue de la science. La nature du tempérament est mal définie et encore très obscure ‘ ;
1 Cf. D'S, Le Tempérament, 2° éd., Téqui.
mais il est permis d'affirmer qu'aucun ne légitime ou n’excuse le mal et qu'il y a une heureuse proportion entre la force de chaque organisation et celle de la volonté qui préside à la direction de notre âme.
Dans le composé humain, il faut tceujours faire la part du corps, inais il ne faut jamais méconnaître celle de l’âme, celle de la liberté. On se persuade aisément, quand on fait le mal, qu’on a un {empérament érotique ou sensuel, et, à la faveur de ce sophisme, on prend un sentiment affaibli de son devoir et on garde un repentir
mitigé ou nul de ses défaillances. Si l'on
tombe, ce n'est pas notre faute, c’est celle de notre tempérament ; si l'on retombe encore, si l’on ne se relève pas, c’est inconsciemment et par la pente fatale de la nature, Il n’y a dans tous ces prétextes aucun fondement sérieux, et la science condamne une morale aussi facile et relâ-
chée qui autorise toutes les infractions à M |
nécessaire continence.