CHAPITRE QUATRIÈME M. Perrault horticulteur et agronome
Sur les hauteurs d'Abraham, à l'endroit le plus élevé du Cap-Diamant, appelé autrefois les ‘ Buttes-à-Neveu,” M. Perrault bâtit une modeste résidence, peu après son arrivée à Québec, en 1795, Le terrain contenait un arpent de front, sur la rue St-Louis ou Grande-Allée, sur environ cinq arpents de profondeur, borné à l’ouest par la rue Claire-Fontaine d’aujourd’hui.
Comme cet endroit se trouvait alors en pleine campagne, il lui donna le nom de “ Asile-Champêtre,” et en fit, de fait, un lieu charmant de repos et de douce jouissance. Depuis lors, la localité était désignée sous le nom de ‘ Côte-à-Perrault,” à cause de la côte qui y monte.
Comme il aimait l’horticulture et cherchait à donner l'exemple du succès qu'il en attendait, il créa, en peu de temps,un verger, un potager et un jardin planté de fleurs. Le tout était entouré d'un mur de six pieds de hauteur et pouvait contenir environ quatre arpents en culture maraîchère, C’est là qu’il passa les dernières cinquante années de sa vie, cultivant, avec agrément et profit, ses fleurs et ses légumes, taillant et greffant ses arbres fruitiers. À quatre-vingts ans, il continuait encore à tracer de sa main le plan de ses semailles. Il en suivait,
chaque année, le rendement d’un œil attentif, et tenait une comptabilité rigoureuse de la dépense et de la recette, Sur le verso d’une de ces feuilles, celle pour l’année 1833, se trouve le résultat, qui montre un profit clair de £71.4.11. ($285). M. Albert Bender, son petitfils, témoin oculaire pendant plus de vingt ans de résidence chez lui, nous affirme que les profits dépassaient souvent ce chiffre, et cite une année de $800 de bénéfices, dans lesquels la vente des fleurs entrait pour une bonne partie.
M. Perrault était fier de ses primeurs.
“ Vous apprendrez, écrivait-il à sa fille, madame ‘“ Bonder, le 6 juin 1817, que j'ai envoyé à Lady Sher- “ brooke, (Lady Sherbrooke était l'épouse du gouver- ‘‘ neur) un concombre de huit pouces, et, le 4 juin, des ‘ patates nouvelles; ce qui valut à mon jardinier, soldat “du 103ème, sa décharge, et, à moi, une invitation à ‘dîner au Château, et des compliments en plein lever.”
“31 décembre 1817. J'ai eu le plaisir de présenter à ‘Lady Sherbrooke des asperges et des choux-de-mer, ‘ depuis le 25 novembre jusqu’au 25 décembre, au grand “ déplaisir de Ginger, son jardinier, que le mien dépasse “de beaucoup en activité et en connaissances.”
‘Si j'étais à Montréal, j'aurais eu le prix pour ma “ belle tubéreuse que je lui ai aussi présentée, et dont mon “ fils Charles m'avait envoyé l'ognon d'Europe, le prin- ‘temps dernier.”
Tout en se délassant ainsi, M. Perrault étudia l’art de cultiver, et le mit journellement en pratique. En voyant le succès qu’il obtenait, il voulut en faire profiter ses
compatriotes, et c’est alors qu’il écrivit, pour les cultivateurs du Bas-Canada, le Traité de la grande et petite culture, adapté au climat du pays, ainsi que le Traité du jardinage, qui ont une valeur réelle et ont reçu des approbations méritées.
Cependant, il avait entrevu dès longtemps un moyen plus sûr et plus direct d’assurer les progrès de l’agriculture en général.
En 1803, pendant le 3ème parlement, dont il était membre, la Législature de Québec passa un acte pour établir une maison de réforme pour les vagabonds. Ce premier essai, auquel il concourrut, faute de mieux, ne lui semblait pas devoir réussir, soit par le manque d'organisation suffisante, soit par l’exiguité des ressources allouées, nécessaires au succès. Hn effet, il ne produisit äucun résultat appréciable.
Sur ces entrefaites, M. Perrault conçut lo projet d'ajouter une ferme modèle à la maison de réforme, dans le double but de réformer les délinquants, en les occupant aux travaux utiles, propres à les ramener à une meilleure vie, et en même temps de procurer à l’établissement les produits d'une exploitation agricole bien dirigée.
En 1806, il avait élaboré tout le système de la création et de la direction de cette double entreprise, Il en fit préparer les plans et devis par Maitre Buillairgé, architecte. Ce plan, qui cxiste encore, est demouré au greffe de la Cour, à Québec. Il porte la date du 12 février 1807, et comprend deux divisions principales et complètes, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes, avec
tous les édifices et accessoires requis, tant pour la ferme que pour l’internement des repris de justice.
Afin d’y intéresser le public et le porter à suivre les progrès agricoles, comme enseigrement pratique, il avait prévu à l’attirer là par des amusements divers disposés aux quatre angles de la ferme, de manière toutefois à ne pas nuire aux règles de la régie, ni aux occupations des internés. On y proposait des jeux de peaume, de quilles; des cafés, restaurants, des vérandas, salle de danses et autres amusements. Le pourtour formait une grande promenade pour les voitures, avec une autre parallèle pour les piétons, et une lice, en dehors, pour les courses.
Le projet de loi dressé par M. Perrault, pour mettre le tout en opération, est volumineux et se trouve actuellement entre les mains de M. Bender, à Montmagny. Un établissement fondé sur ces bases pourait comparer favorablement avec ceux qui ont été fondés depuis.
Malgré l'importance de ces deux projets,la Législature ne leur donna pas son concours, et le public, par indifférence, n’offrit aucun encouragement à l’enseignement agricole, Le pays n’était pas assez avancé pour attacher une importance sérieuse à de tels projets, et il était difficile d'atteindre l'esprit de la population, par le défaut de journaux répandus parmi elle, et, à cause de son peu d'éducation.
Cependant, si les campagnes étaient restées indifférentes, la classe instruite centralisée à Québec, parvint, à la longue, à réveiller l'attention sur l'état de l'éducation et de l’agriculture dans le pays. Mais la torpeur
avait durée vingt ans sur le projet d’un enseignement agricole et d’une ferme modèle. M. Perrault et quelques citoyens zélés s’entendirent pour faire le premier pas, et ‘“ La Société d'Agriculture du District. de Québec ” fut fondée en 1826. Cette société, avec l'appui et la protection de la Législature, s’efforçait d’inculquer des pratiques de culture perfectionnée, en autant que son inflence pouvait les étendre. Néanmoins, elle était loin de se flutter que ses travaux eûssent tout le succès qu’elle en attendait. Cependant, elle espérait, en voyant l'éducation élémentaire commencer à prendre racine dans le pays, que, par ce moyen, plus que par tout autre, on pourrait propager, parmi les cultivateurs, les perfectionnements dont les agronomes donnaient l’exemple, à l'étranger.
Des expositions agricoles se faisaient dans le comté de Québec, avec un succès satisfaisant pour l’époque, sous les auspices vigilants et attentifs de la Société.
Celle-ci chercha à établir dans les campagnes des associations auxiliaires, sur l'établissement desquelles elle fondait des espérances de progrès commun. Les associations, tenues en existence par les visiteurs de la société mère, s'éteignirent toutes peu à peu, faute d'esprit public ou d'initiative locale. Bref, la progrès agricole languissait. |
Sur ces entrefaites, l'esprit clairvoyant de M. Perrauit s'empara d’un moyen sûr et pratique pour amener une amélioration réelle et permanente dans la culture du sol et dans l’économie domestique qui la suit. Il résolut de fonder lui-même une institution scientifique et pratique,
dans ce but, et prit le devant sur tous ses contemporains, demandant seulement leur aide et leur concours, sans exiger ni espérer aucune rémunération pour son dévouement et ses sacrifices à cette noble cause.
Vers le même temps (1831), une tentative dans la même direction était formée par un Anglais, près de Québec, sauf que celui-ci entendait recevoir une rémunération pour ses services, comme professeur et gérant de son établissement, ainsi qu’un aide de la Législature.
William Henry Shadgett, du Lac Beauport, instituteur de renom, qui tenait une école anglaise en vogue, à cette époque, et qui comptait parmi ses élèves divers sujets brillants, entres autres le futur juge en chef Sir Antoine- Aimé Dorion, entreprit de fonder là un collége d’agriculture et une ferme modèle,
La maison collégiale qu’il avait érigée avait 123 pieds de front, et contenait 12 chambres et 3 grands dortoirs. Il y avait déjà 30 pensionnaires dans l'établissement ct 20 autres attendant la décision de la Législature sur l’aide demandée par le promoteur. Ce projet rencontrait deux objections sérieuses, savoir, que la localisation de l'école n’était pas centrale, et que M. Shadgett, n'étant que maître d'école, ne paraissait pas avoir les aptitudes , et les connaissances agricoles nécessaires pour devenir professeur dans ce genre d'enseignement.
Le comité de la Chambre chargé de s'enquérir, par son rapport du 23 janvier 1832, conclut à ce sujet qu'il était mieux de différer l’aide à une école d'agriculture, et d'attendre le résultat d'expériences aussi louables. M. Shadgett no put aller plus loin dans cette voie.
De son côté, M. Perrault ne se laissa pas décourager par ce rapport qui lui fermuit également la porte pour s'adresser à la Législature, au sujet de son œuvre, juste au moment où il en jetait les bases.
Cependant, son idée commençait à faire son chemin au dehors, car on voit que, la même année, la Société d'Agriculture de Québec, dans son rapport à la Législature, le 27 novembre 1832, ‘‘ suggérait l'introduction ‘“ des améliorations agricoles des pays étrangers, et ‘ appelait l’attention à l'importance de fonder un col- ‘“lége d'agriculture, auquel serait adjoint une ferme ‘ modèle, pour y démontrer toutes les opérations de la ‘“ culture d'une manière pratique.”
Feu l'honorable John Neilson, d'heureuse mémoire, avait, comme président de la société, rédigé et présenté ce rapport, La cause agricole lui est redevable d’un encouragement éclairé et efficace, qu'il lui a toujours donné ; et on aurait tort de conclure qu’il s’opposait au projet de M. Perrault, parce qu'il n’avait pas concouru dans celui de M. Shadgett. Au contraire, il entrait dans l’idée de créer un enseignement agricole.
Cependant, comme on le voit, il devait s’écouler bien des années avant que le projet proposé par M. Perrault, en 1807, put surgir de nouveau en 1832, grâce à la reprise qu’il en fit alors, avec l’espoir de réussite.
Dans ce but, il invita et réunit au Palais de Justice les citoyens de Québec les plus propres à seconder ses vues dans la fondation d’un collége agricole et l'établissement d’une ferme modèle,
Laissons le parler lui-même, avec le sens rassis et le langage plein de conviction avec lesquels il déploya sa pensée dans une circulaire préparée pour la circonstance, et d’uprès le rapport de l'assemblée qui en fut dressé.
Il en naquit la première école d'agriculture commencée dans le pays, sous le nom de ‘ La Société Canadienne,.”
‘A une assemblée des citoyens de Québec, tenue le 7 janvier 1832, au Palais de Justice, à l'effet de prendre en considération les moyens d'établir, dans le Comté de Québec, une Ferme Modèle, où seraient enseignées et exécutées les expériences agricoles modernes, et élevés des jeunes gens pour les répandre dans toute la Province, etc.
“M J.-F. Perrault, de Québec, protonotaire, appelé à la présidence, a ouvert la séance par le discours suivant:
‘“ Messieurs,
‘# Comme ami dévoué de l'instruction publique, j'ai pris la liberté de convoquer aujourd’hui cette assemblée, pour vous soumettre un nouveau projet d'instruction publique de la plus haute importance, et qui, s’il est exécuté, peut procurer à la Province un bien réel, et la faire considérer par la mère patrie comme la plus belle perle de sa couronne.
‘“ Les succès que j'ai obtenus dans les deux établissements que j'ai formés, sous vos yeux, dans le faubourg St-Louis de Québec, vous sont de sûrs garants que je n'entreprends rien sans avoir bien considéré le pour et le contre des projets que je fo:me.
“ Or, celui que je vous propose aujourd’hui n’a pas été moins médité, et je vous réponds du succès,
“Je suis tellement persuadé du succès, que, si mes moyens me permettaient de l’entreprendre seul, je ne solliciterais pas votre concours et votre aide, aujourd’hui. Mais chargé déjà de l'entretien de deux établissements d'éducation élémentaire, je me trouve forcé de recourir à votre générosité pour établir une ferme modèle. Je regarde ce projet comme le meilleur moyen de disséminer les connaissances agricoles, en mettant sous les yeux des agriculteurs les moyens que l’on emploie dans la bonne culture, dans les pays étrangers, et en élevant des sujets destinés à l’enseigner ensuite dans les différentes campagnes, ou à les exécuter eux-mêmes pour leur avantage particulier,
‘“ Quand je considère que le commerce florissant que l’on faisait autrefois des pelleteries, dans ce pays, est réduit à rien, et que celui que l’on fait, de nos jours, de l'exploitation du bois, cessera dans peu de temps par l'épuisement des forêts et leur éloignement des fleuves et des rivières, je ne saurais trop appuyer sur les ressources inépuisables que nous présente une bonne culture, Voiilez donc l’accueillir avec bienveillance et l’encourager.
‘“ Lorsque tout s'avance à grands pas vers le perfectionnement, ne restez pas en arrière, marchez avec le siècls.
“ Vous voyez même dans ce paÿs les progrès que l’on a faits depuis quelque temps. |
“ Votre grande charte s’est agrandie par les efforts persévérants de vos représentants ; la province se couvre d’écoles élémentaires; l’agriculture même commence à s'améliorer; un peu d'effort et vous allez l’élever au niveau de celle de l'Europe; vous ferez cesser ces propos humiliants d’ignorance littéraire et agricole, dirigés contre nous.
‘# L'agriculture proprement dite est l’art de cultiver la terre, de la fertiliser et de lui faire produire en plus grande quantité possible, sans l’épuiser, les grains, les fruits, les plantes, et généralement tous les végétaux qui servent aux besoins de l’homme, ou qui sont destinés à augmenter ses jouissances,
“ Cette science embrasse encore l’art de gouverner, de multiplier tous les animaux utiles, d’en améliorer les races et de les soigner dans leurs maladies, ainsi que les arts économiques qui appartiennent à l’industrie agricole. La pratique raisonnée de toutes los différentes branches de l’agriculture se désigne communément sous le nom exact d'économie rurale.
‘ C’est cette science que je désirerais voir enseignée et disséminée dans la province.
“ J'ai déjà donné au public un traité de la grande et petite culture; mais ce traité ne parle que des opérations manuelles, sans développer les phénomènes de la nature, que tout cultivateu: ‘doit connaître pour tirer le plus grand parti possible de la culture,
“ Tous les écrivains, tant anciers que modernes, conviennent que l'agriculture contribue plus que tout autre
art industriel à la prospérité des empires et au bonheur des individus. Elle fournit à la consommation générale, au commerce, aux manufactures et aux arts, des plantes alimentaires, de la viande, des boissons, des huiles et à un grand nombre de matières premières.
€ N'y aurait-i!, Messieurs, que ces motifs, ils suffiraient sans doute pour vous engager à propager cet art dans le pays. Mais il en estun, suivant moi, plus puissant encore, que la reconnaissance vous force d'adopter.
“Si vous appréciez les faveurs signalées que l’Angleterre n’a cessé de répandre sur la colonie, depuis qu’elle lui est soumise ; les sacrifices qu’elle a faits pour vous détendre contre vos ennemis; l’encouragement qu'elle a donné à votre commerce; les améliorations qu’elle a dernièrement faites à votre acte constitutionnel; la liherté du culte qu’elle a si religieusement maintenue ; les droits civils dont vous jouissez tous si amplement, vous devez sentir le poids de la reconnaissance que vous lui devez, vous ne devez pas hésiter un moment à lui en marquer votre reconnaissance et travailler efficacement à resserrer les liens qui nous unissent les uns aux autres,
‘Or, il est un moyen pour vous de vous acquitter de ces devoirs de reconnaissance et de resserrer les liens qui nous unissent, c’est de cultiver surtout le chanvre.
‘ L'Angleterre, comme puissance maritime, a besoin du produit de cette plante pour le gréement de ses nombreux vaisseaux, et est foreée, à regret, de porter chez l'étranger des sommes immenses pour une plante qu’elle ne peut tirer de ses colonies, où il parait qu’elle
ne peut croître, excepté dans la nôtre, où on la voit pousser spontanément, à la porte de chaque habitant, qui nourrit des oiseaux.
“ Profitez, Canadiens, de cet avantage local qui, tout en veus rendant précieux à la mère ;atrie,vous enrichira, vous acquitte a de votre reconnaissance et resserrera les liens de l'union. Cultivez le chanvre pour gréer ses vaisseaux, les céréales pour nourrir ses marins; élevez des animaux pour les ravitailler, et dépouillez vos forêts pour construire des foudres de guerre.
“Je ne dois pas omettre la circonstance qui m'a engagé à vous soumettre, dans ce moment, le présent projet. C’est la venue dans ce pays d’un Monsieur qualifié, en tous points, pour conduire l’établissement de la ferme modèle que je vous propose. Elevé dans un semblable établissement, en Suisse, pays analogue au nôtre pour le climat et la culture, on ne peut attendre de lui que le plus heureux succès. Surveillé par votre commettant, vous n’avez aucun risque à courir.
“Il ne me reste qu’à vous soumettre les résolutions que j'ai faitimprimer d'avance dans la Gazette Canadienne, et je vous-les proposerai aussitôt que j'aurai entendu les raisons que les orateurs désireront donner pour ou contre mon projet.”
‘ Il a été ensuite résolu :
‘19 Qu'il est convenable que la cité de Québec donne l'exemple de l’enseignerrent de l’agriculture théorique et pratique dans la Province.
“Qu'en conséquence, il doit être organisé, dans le
comté de Québec, une ferme modèle où seront enseignées et exécutées les expériences agricoles modernes, et élevés des jeunes gens pour les répandre ensuite dans le pays.
‘“ Qu'à cette fin, il sera nommé une personne qui aura le pouvoir d’affermer une terre, de la pourvoir d’instruments aratoires, d'animaux, et de toutes les choses nécessaires pour les opérations agricoles; d’approprier les bâtiments pour la réception des pensionnaires et leur instruction ; que la personne ainsi nommée est M. J.-F. Perrault. |
‘“ Que cette personne est autorisée à faire courir une souscription pour défrayer les premières dépenses, et ensuite à présenter annuellement une pétition à la législature pour un aide pécuniaire pour le soutien de l’établissement.
‘“ Qu'elle fixera un salaire à un habile professeur, auquel la dite ferme, ainsi garnie, sera livrée, pour y faire, seul et sans contrôle, les opérations agricoles qu'il jugera à propos, et donner aux élèves les instructions théoriques et pratiques, dont il est capable; le tout à son
compte risque, péril et fortune, pour le temps convenu.”
‘M, Girod Int ensuite le Prospectus de l'Institution Canadienne, comme suit :
‘ Le vénérable protonotaire de la Cour du Banc du Roi, à Québec, Joseph-François Perrault, écuyer, vient de m'offrir, en conséquence de certaines résolutions prises dans une assemblée publique, le 7 janvier 1832, la
direction d’une ferme expérimentale et modèle pour en faire la base d’une institution semblable. à celle d'Hofwyl, en Suisse. Cette offre généreuse m'engage à faire à mon tour tout ce qui peut contribuer à fonder ce double établissement, dont le but est d’un côté de s'emparer sur le champ de tous les progrès que l'agriculture fait ailléurs, pour voir si on peut en tirer profit au Canada, et, de l’autre côté, de donner une direction plus pratique à l’éducation. Je ne me cache pas les difficultés que j'aurai à vaincre; mais avec l’aide et le conseil de ceux qui s'intéressent à cet important objet, avec la ferme résolution de ne craindre ni obstacle, ni sacrifices, je saurai les vaincre.”....
...." L'instruction religieuse des pensionnaires sera ‘“ entièrement confiée aux ministres de leurs confessions “ respectives. L'institution exigera qu'ils fassent, le “ dimanche, les devoirs prescrits par leur religion.”
Suivent les détails des sujets d'enseignements, le coût, et les conditions d’entrée des élèves.
‘€ Jos.-Frs. Perrault, Ecr, qui a été chargé de l’intendance de la ferme expérimentale et modèle a bien voulu se charger aussi du trésor de l'institution.”
À la suite de ces résolutions, M: Perrault, comptant sur l’appui du public, ainsi exprimé et promis, prit un bail à ferme d’une terre de 120 arpents, à la Petite-Rivière " Saint-Charles, près Québec, appartenant au scigneur Juchereau Duchesnay, pour cinq ans à compter du ler mai 1832, à raison de $600 par année, ainsi qu'il appert par un acte authentique devant Mtre Panet,
notaire, en date 9 février précédent ; et, le même jour, il fit aussi, devant le même notaire, un marché avec M. le professeur Girod, pour l'exploitation de la ferme modèle et l’enseignement des élèves. L'établissement fut ouvert au printemps et huit à dix élèves y furent installés en commençant la première année.
L'entreprise était grande pour les seules ressources pécuniaires du fondateur, car il faut remarquer que ses émoluments de greffier ont toujours été partagés par moitié avec ses conjoints, M. David Lynd, jusqu’en 1811, M. D. A. Ross, ensuite, jusqu’en 1826, puis M. Burroughs, Il ne possédait pas d’autres revenus. Cependant, il fit les dépenses d'achats d'animaux, instruments aratoires et ustensiles de ferme, etc. Il monta la maison de meubles, literies et linge pour les maîtres et les élèves, d’ustensiles de cuisine, etc.; de livres, cartes, globes, appareils, etc., etc., pour les besoins de l’enseignement. Ces objets coûtèrent environ $2,000.
Il fallut, de plus, agrandir, diviser et augmenter les édifices ; clôturer, fossoyer la terre, pour la mettre sur un pied qui put servir de modèle, par la suite.
La pension et tuition des élèves était fixée en moyenne à £23 ($92) par année; un rabais à £12 ($18) fut même
ensuite proposé pour ouelques-uns. C'était le prix le | plus minime possible. Mais, comme pour commencer il n’y eut que huit à dix élèves en tout, pour l’année, on conçoit que la recette de ce côté se trouvait insuffisante pour couvrir à peine la dépense de l’enseignement et encore moins la nourriture et l'entretien de la maison.