CHAPITRE CINQUIÈME
Coup d'œil sur l’état de l'éducation élémentaire dans le Bas- Canada, du temps de M. J.-F, Perrault. — La Société d'Education pour ledistrict de Québec. — Fondation, par M. Perrault, de son école de garçons. — Fondation de son école de filles. — La Société Littéraire et Historique de Québec.
Pour bien se rendre compte de l’action de M. Perrault sur le développement de l'instruction élémentaire dans le Bas-Canada, il convient de jeter un coup d'œil rapide sur l’état où elle a été laissée, lors de la cession du pays, et celui où elle s’est trouvée à venir jusqu'à l’année 1830, époque de la fondation, par lui, de ses diverses écoles. ‘
Il est assez difficile de constater, sous le régime français, qu’elle a été la part prise par l'administration de la colonie pour la diffusion et l’encouragement de l'instruction primaire du peuple qui était appelé à y établir une Nouvelle-France, Les documents publics, soit de l’Intendance, soit du Conseil Supérieur, ne paraissent pas contenir d'actes administratifs ou de règlements sur cet important objet.
Pourtant,nous trouvons une mention d’école,en l’année
L'Totendant Dupuis permet, le 16 décembre de cette année, à Raymond-Bertrand Junciera, d'enseigner en
qualité de maître d'école, mais dans l'étendue de la paroisse de Charlesbourg seulement, (Reg. Int, vol, 12-B, fol. 17). :
D'où il découle que le régime absolu et arbitraire du représentant du Roi, qui pesait sur tout, s’étendait à contrôler l'existence même des écoles particulières et la liberté d'enseigner.
Il ya loin de là à établir et maintenir des écoles sous le patronage et l’aide du gouvernement, dont les colons avaient besoin.
Cependant, les intentions des Rois de France étaient bonnes et libérales quant à l’enseignement. Dans leurs dotations aux ordres religieux, qui s’établissaient en Canada, les titres de concession comportaient en premier lieu la propagation de la foi chrétienne, et l’instruction des indigènes; ce qui néanmoins n’excluait pas les colons, mais était censé les faire participer aux mêmes avantages. Toutefois, la sollicitude du chef de l'Etat ne semblait pas aller plus loin, c’est-à-dire qu’il se reposait sur le zèle particulier et les efforts des membres de ces communautés pour atteindre ces deux buts,
Le résultat, quant aux races indigènes, apparaît nul aujourd’hui, quant à leur instruction. Car, à part quelques petits groupes isolés des restes des tribus sauvages, et quelques individus qui ont adopté quelques coutumes européennes, la race rouge s’est montrée tout à fuit refractaire à la civilisation moderne. Elle n’a pu être formée à la culture des lettres, soit dans les colléges, soit dns les couvents, malgré des efforts et des expériences
répétés, et quoiqu'elle ait montré une certaine aptitude à apprendre à écrire, Cette race est presque toute disparue dans la Province, de nos jours, du sol habité par les blancs.
En laissant de côté le Collége des Jésuites ot les institutions conventuelles de filles, pour l'éducation supéricure des laïcs, tels qu’ils se sont établis à l’origine dans les centres populeux, on ne trouve pas, pour le peuple des campagnes, avant la cession, d'autres ressources pour l'instruction des enfants que l'initiative particulière. Cependant, il n’est que juste de faire observer que le marque d'écoles peuts’expliquer,dans les commencements,par des causes physiques et locales, si l’on considère la vaste étendue du pays qui s'étend du Golfe au Détroit, et qui ne pouvait avoir alors qu’une faible population parsemée ça et là.
Les Ricollets suppléèrent en partie au besoin des familles, en se faisant instituteurs des enfants. Los frères Charron n'’eurent que pou do succès dans la même carrière, et s’éteignirent bientôt. Ils ne comptaient à peine que sept à huit écoles, en 1722, alors que la population était d'environ 20,000 âmes. M. de Vaudreuil leur donna un faible support de quelques sujets pour les aider dans l’enseignement, et c’est à peu près tout ce qui apparaît comme impulsion directe donnée au nom de l'Etat à l’école élémentaire.
Néanmoins, il ne faudrait pas conclure, du défaut de direction gouvernementale, que les anciens Canadiens fussent laissés dans une ignorance complète. Où voit,
au contraire, tant avant qu'immédiatement après la cession, que le nombre des personnes sachant lire et écrire devait être proportionnellement élevé, si l’on réfère aux registres et actes publics de cette époque. Il faut croire que l'éducation de famille était sur un bon pied, et que les instituteurs classiques avaient suffi pour le besoin de ia population alors peu nombreuse, Après la cession le clergé et les ordres religieux maintenus étaient restés presque les seuls dispensäteurs de l’instruction publique pour la classe élevée. Le curé de campagne se considérait favorisé s’il pouvait avoir près de lui une petite école de paroisse à surveiller et encourager.
On conçoit qu'avec l'augmentation de la population le manque d'écoles dans les campagnes laissait l'ignorance s'étendre dans une proportion alarmante pour la race canadienne. Les quelques écoles éparses étaient à la charge de quelques familles et placées à leur meilleure convenance ; et à mesure que les défrichements 8e faisaient tant plus ils s'éloignèrent du centre scolaire. La rigueur du climat, en hiver, et le besoin de bras dans la courte saison des travaux des champs, entravaient l'assiduité des élèves, et les empêchaient, en partie, de fréquenter l’école, qu’elle fût centrale ou non pour eux. Ajoutons l’apathie croissante des parents à lever des contributions pour subventionner des instituteurs et leur pauvreté pour bâtir des écoles. |
En sorte qu’au commencement du siècle le nombre des illettrése s'était accru d'une manière déplorable, et
comme l'écrit M. Chauveau, il ne resta presque plus rien alors pour l'instruction primaire des garçons.
D'où nous pouvons dire, en somme, que les colons qui savaient lire et écrire sont venus de France ; qu’à partir de la génération suivante, et notamment de la troisième, ces connaissances s’effacèront graduellement et que la quatrième et cinquième génération restèrent dans l’ignorance, |
On ne doit donc pas être étonné quand on repasse les reproches d’ignorance adressés aux habitants du Bas- Canada par les historiens, les écrivains, les hommes publics et les voyageurs étrangers, vers ce dernier temps.
Les documents publics, d'ailleurs, paraissent leur donner que trop raison.
Si l’on réfère à l'ordre en Conseil du 31 mai 1787, par lequel un comité de six de ses membres fut chargé de faire un rapport uu sujet de l'éducation de la jeunesse dans la Province, on lit dans le rapport tardif fait le 26 novembre 1789, au début, l'énoncé suivant :
Qu'il ne pouvait y avoir aucune division de senti- ‘“ ment quand à l’instruction élémentaire nécessaire au ‘“ bas peuple de tous les pays; et le manque de cette ‘“ instruction a laissé un peupie dans un état de vwile ‘* barbarie.”
Cette conclusion, sous une forme générale, était évidemment un trait lancé contre les Canadiens-français.
Ce trait parait d'autant plus direct qu’à l'enquête faite par le comité, celui-ci pose lui-même la question : ‘ S'il ‘“ n’est pas vrai que, sur un calcul de proportion, il n’y
“a pas plus qu’une demi-douzaine de personnes dans ‘ chaque paroisse qui puissent lire et écrire ? ”
L’Evêque de Québec, Monseigneur Hubert, dans sa réponse, admet que ce bruit a été répandu dans le public, mais malicieusement, pour vilipender les Canadiens.
2. Pour lui, il est fondé à croire que, sur un calcul ‘de proportion, on trouverait facilement dans chaque “ paroisse vingt-quatre à trente personnes capables de “lire ctécrire, A la vérité, ajoute-t-il, le nombre des ‘© femmes instruites excède celui des hommes.”
D'où l’on peut conclure, avec assez de justesse, qu'il n’y aurait eu alors, en moyenne, environ qu’une douzaine d'hommes par pare se sachant lire et écrire. Et même parmi la classe élevée et passant pour instruite, on est surpris des fautes d'orthographe dans les actes publics ou écritures de cette époque. Au surplus, le nombre de croix apposées aux signatures des requêtes des Canadiens, transmises en Angleterre, sont restées comme des preuves palpables de l'ignorance générale du peuple.
Les rapports du comité permanent pour l'éducation de l’Assemblée Législative indiquent que, même jusqu’à 1829, époque où la nouvelle loi, celle des écoles de Fabrique, avait commencé à fonctionner, la triste apathie des parents se continuait, Le nombre des enfants aux écoles, en cette année, était de 14,735, sur lesquels on comptait 7,515 pauvres ne payant rien. En 1830, ce dernier nombre est triplé et se monte à 21,622 ; en 1831,
il s’accroît à 23,805. (J. A. L., 1831, appendice B. B.)
Le député de Cornwallis, C.-E. Casgrain, dans son
témoignage, dit que ‘ si les habitants payaient les maî- “tres pour l'instruction, l'allocation gouvernementale “ serait suffisante, mais le plus grand nombre ne paie ‘ rien.”
La population était imbue de l’idée que les frais de l'éducation devait être à la charge de la province. Elle réclamait pour cet objet les revenus des biens des Jésuites avec persistance. Ces revenus, d’environune douzaine de mille piastres par année, étaient loin de suffire en les destinant à cet objet, mais cette revendication, quoique faite à bon droit, servait de prétexte pour s’obstiner à ne rien payer.
Le rapport (1) du même comité, pour 1833, constate la continuation de cette coupable indifférence.
‘ Les efforts extraordinaires qu'a faits la Législature dans le malheureux état des choses qui a pendant si longtemps retardé l'éducation en cette Province, et dans un temps où la caisse publique se trouvait dans un état prospère, ont répandu l’idée que les frais de l'éducation de la jeunesse devaient être payés à même les revenus publics,et les abus qui en sont résultés,en ont, sans doute, dans quelque cas, fait trop désirer la continuation par ceux qui profitaient de ces abus. Mais l’état actuel des fonds publics va faire revenir à des notions et à une pratique correctes. Votre comité ne peut concevoir qu'on trouve jamais expédient de tirer de l'argent de l’industrie du peuple, par un procédé dispendieux, pour le lui remettre après qu’il aura subi une grande dimi-
(1) Cf, Jour. As. Lég. 1835, app. II.
nution, pour des objets auquel il peut lui-même l’appliquer tout d’abord avec plus de certitude, plus d'équité et plus d'économie, sous son contrôle immédiat,”
Cette aversion du peuple contre les taxes et subventions scolaires était réellement enracinée chezluieta duré longtemps. Elle s'est propagée et a fini par se manifester hautement par des violences et par des procès de chicane devant les tribunaux, lors de la mise en force de la loi sur les écoles, en 1841. Les obscurants d'alors furent qualifiés à bon droit du nom d’éteignoirs.
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Depuis la cession, il n’y a pas lieu d’être surpris que l'administration anglaise de la colonie ne 8e soit préoccupée en rien de l'instruction de ses nouveaux sujets. Elle n'avait pas d'intérêt, à la suite de la conquête, de renforcer la vitalité d’un peuple nouvellement soumis.
Toutefois, quand la domination britannique fut assurée en Canada, il fallut songer à l'éducation des sujets anglais d’origine, et on ne pouvait laisser’ de côté les descendants français sans une trop flagrante injustice, Nous sommes portés à croire que, vers 1789, la nationalité canadienne s'est vu le plus près de son extinction alors probable, si on eut appliqué, dès lors, le plan machiavélique d'abolir nos lois et la langue française comme langue officielle, ainsi qu’on le fit temporairement pour la langue, en 1841. Il nous semble que le même sort qui fait disparaître à vue d'œil, de nos jours,
la race créole de la Louisianne, aurait été, à la longue, celui des franco-canadiens.
Grâce cependant à l'esprit plus large des gouverneurs Dorchester et Milnes, et aux revendications de patriotes zèlés et vigilants, et parmi eux, comme nous l'avons dit ci-devant, se montra activement Joseph-François Perrault, la race franco-canadienne put voir son existence sortir d’un danger imminent.
En 1801, à la suite de l'initiative du gouverneur Milnes, la Législature, sous la nouvelle constitution, s’occupa d'établir un système scolaire pour la province du Bas-Canada et créa L'institution Royale pour l'avancement des sciences, et règla des constructions d'écoles en partie gratuites, les dotant d’une appropriation annuelle de £2,000.
Ce système un peu arbitraire et régi par un corps anglais et protestant qui, comme tel, avait une prépondérance dominante, rencontra peu de faveur chez les Canadiens. Le clergé catholique s’y montra antipathique et même hostile. L'expérience fit voir que, dans les circonstances où se trouvait le pays, il n’était pas né viable, Il ne profita en rien à la race française et servit comparativement peu aux Anglais.
Voici le témoignage de M. Perrault, à ce sujet, devant le comité de la Assemblée Législative, en 1830.
‘ Do 1801 à 1818 l’Institution Royale ne produisit pas “ d'effet sensible pour le progrès de l'instruction. Ré- ‘ organisée par lettres patentes du 8 octobre de cette “ dernière année, elle ne put prendre racine dans le
“ peuple, à cause de l’abstention de l’évêque catholique ‘Cet de son clergé, qui ne croyaient pas pouvoir coopérer ‘à la régie d’un système qui étouffait leur influence ‘religieuse, par une domination protestante et anglaise.”
On n'était pas encore assez éloigné du temps où la métropole avait eu pour politique d'établir l’église d’Angleterre en Canada. De là les craintes et les soupçons qu’inspirait cette loi et les répugnances à suivre les écoles qu’on appelait écoles du gouvernement.
‘“ L’Institution Royale, continue M. Perrault, a fermé ‘“ presque toutes les écoles; elles avaient très peu ‘ d'élèves ; les maîtres étant pour la plupart d’un carac- ‘tère douteux et nommés par des personnes inconnues ‘aux habitants, ne pouvaient jouir de leur confiance, ni ‘ de celle des curés, Plusieurs des instituteurs étaient ‘“ de jeunes ministres anglicans ou autres, au milieu d’une ‘“ population presque toute française, laquelle différait ‘ d’eux autant de langue que de religion.”
De là non seulement l’inutilité pour elle de la loi scolaire, mais l’assoupissement äans l'ignorance, qui s'étant prolongé pendant près de quarante ans, avait fini par émousser, presque généralement dans les campagnes, le sentiment du devoir moral de l'instruction des enfants. Le peuple était habitué au laisser faire et à ne payer aucune contribution pour cet objet. La statistique montre que,parvenu à l’année 1830, il ne se trouvait qu’un enfant sur quatre aux écoles, et comme on l’a vu, le plus grand nombre des élèves ne payait rien,
Avec tout l'appui du gouvernement et une appropria-
tion de £2000 par an, il ne s'était pas trouvé, à la fois, depuis 1801, dans les écoles dites du gouvernement, et jusqu’en 1830, plus de 3406 écoliers, sur une population comprenant environ 100,0000 enfants d'âge convenable à suivre les écoles. (Appendice IT. J. A. L.).
Et encore, une bonne partie de ces élèves étaient d’origine anglaise.
Le témoignage de M. Perrault est confirmé par d’autres et notamment par M. Parent, supérieur du séminaire de Québec. Le docteur Meilleur nous apprend aussi que ces écoles eurent peu de succès et que la plupart avaient disparu dès avant 1841.
Dès l'origine du projet de l’Institution Royale, M. Perrault, avec sa sagacité innée, en avait jugé sainement, au point de vue religieux.
Voici comment il s'exprime au sujet de cette institution, dans une lettre du 8 mars 1790, à son oncle, l’honorable François Baby, à Québec :
.... Il serait curieux de voir une université ou ‘ collège sans aucun exercice de religion, de crainte ‘ que les écoliers ne s’affectionnassent pour la romaine ‘ou la protestante. Des maîtres sans préjugés se moque- “ raient des diseiples qui embrasseraient l’une ou l’autre, ‘sans doute, pour en pouvoir faire comme eux des ‘ hommes sans préjugés. C’est peut-être un plan unique ; ‘car je doute que Rousseau ait jamais pensé réello- ‘ment que celui qu’il a donné pour son Emile soit ‘€ applicable à un collège” -
Ilétait dans le vrai, mais comment, après vingt uns d'attente inutile, en allant à l’encontre de l’Institution
Royale, et aussi sans l’appui du gouvernement, pouvaiton ospérer de trouver les moyens de créer un système d'instruction publique pour les Canadiens ?
M. Perrault voyait qu’un tel état de chose ne pouvait se prolonger indéfiniment, sans conduire ses compa-: triotes à une dégradation voisine de l’abrutissement.
Le défaut d'éducation était un sujet continuel de controverse et de critique, et donnait occasion à des réflexions désagréables et injurieuses, tantôt contre le gouvernement, tantôt contre le clergé, qu’on accusait gratuitement de tenir le peuple dans l'ignorance.
À Québec, plusieurs citoyens éclairés étaient émus de compassion à la vue de l’état d’infériorité où languisait la masse inerte du peuple canadien, Ils se décidèrent à azir cfficacement et à y porter remède au plus tôt, Il était grandement temps, car on était arrivé à l'année 1821.
Parmi les laïques les plus zélés pour tirer de sa profonde léthargie le peuple ignorant du Bas-Canada, et stimuler les citoyens pour faire surgir l’idée et prendre les moyens d’instruire la jeunesse en fondant des écoles élémentaires, Joseph-François Perrault fut partout des premiers. Il figura comme convoquant des assemblées pour, cet objet. Ses vues claires et pratiques étaient exposées avec tant d'énergie et de bon sens qu'il dirigeait, pour ainsi dire, ce mouvement national, qui, grâce à lui, prit à sa naissance un essor effectif et durable. Si bien qu'on le vit ensuite élu président des diverses associations d'éducation qui se fondèrent, et, en cette qualité, sur lui tombait le travail d'organisation et d’agence-
ment de l'œuvre, Il s’y mit activement et conçut le projet, de concert avec l’évêque Plessis, de former une association des principaux citoyens pour subvenir aux besoins de l’éducation dans le district de Québec. Chacun sentait le manque total d'instruction dont souffrait la classe la plus pauvre de la ville, de même celle des campagnes, et les suites funestes qui en résulteraient sous le rapport moral et matériel de la nationalité canadienne.
Il fallait, sans plus tarder, donner aux enfants les avantages d’une bonne éducation chtétienne et d’une instruction élémentaire, au moins provisoire, disait-il, ‘en attendant qu'il plût à la Législature de statuer quelque chose de permanent à ce sujet.”
Une assemblée nombreuse fut convoquée à Québec, dans l'été de 1821. Le clergé de la ville et des environs, et les laïcs, comprenant les citoyens les plus instruits, s’y réunirent, Plusieurs résolutions y furent adoptées à l'unanimité. Entres autres il fut décidé de former une association qui fut fondée sous le nom de “ L’Association d'Education pour le district de Québec,” dans le but de fonder des écoles gratuites. Une liste de souscription fut ouverte sur l’heure, ayant en tête Son Excellence le Comte Dalhousie, patron, et s’accrût à la somme de £366, 3.9. (1) Un comité de 21 membres fut choisi pour prendre la direction de l’œuvre, et M. Perrault fut élu président, comme étant, pour ainsi dire, l'âme dirigeante de ce mouvement philantropique et national.
(1) L'auteur se réjouit d'y voir le nom de son père, de son aïeul et d’un oncle,
Avec l'approbation et l’aide de pieux ecclésiastiques et de laïcs instruits et compétents, il rédigea et fit adopter un rapport du comité pour le gouvernement des écoles à fonder, et le mode d'instruction qu’on y donnerait, modelé sur le système de Lancaster. Il en fit la matière d’un ouvrage qu’il fit imprimer, “dans la vue de “donner de l’uniformité dans les cours d'éducation ‘élémentaire et faciliter par là le progrès des élèves.”
Comme président du comité de direction de la Société et avec l’aide de ses collègues, il commença par faire ériger dans le faubourg Saint-Jean, sur la rue des glacis, une école spacieuse de quatre-vingt-huit pieds de front sur quarante pieds de profondeur, Elle suffisait pour contenir six cents élèves. Le site était commode d'accès pour les enfants du faubourg Saint-Roch et pour ceux de la ville. Le coût final s'éleva à £1261-5-10.
Cette école, la seule gratuite et catholique à Québec, devint très fréquentée, Par ses règles fondamentales, elle admettait tous les enfantsindistinctement, de quelquo croyance religieuse qu’ils fûssent, et pur ces mêmes règles, elle avait pris des précautions pour que les parents d’autres croyances que la catholique, ne pâssent avoir d’objection à envoyer leurs enfants à cette école. (Témoignage de François Romain, président, 1830. App. R., J. A. L. Q.)
La L'gislature, en 1830, vint en aide à cette institution qui contenait 402 élèves.
Le succès de l’école de Québec et le progrès des élèves sont, ainsi que le dit M. Perrault, les meilleures recom-
mandations qu’on puisse donner au public pour l'adoption du mode d'enseignement qu'on y suit et qui est complètement détaillé dans son manuel d'éducation. Les écoliers avancent plus rapidement, comme l'expérience l'a prouvé, et les dépenses deviennent infiniment moindres.
“ Le cours d'éducation élémentaire à l’usage de l’école ‘ gratuite, établie dans la cité de Québec en 1821, rédigé “ par Jos.-Frs. Perrault, président de la société d’édu- “ cation, et protonotaire de la cour civile du banc du ‘“ Roi. Québec: imprimé à la Nouvelle Imprimerie, ‘ 1822,” tel est le titre de ce premier ouvrage de l’auteur sur l'éducation élémentaire.
Cet opuscule, adopté comme base dans les écoles subséquemment fondées par M. Perrault, a pleinement répondu à son attente.
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Vers la même époque, dans une sphère plus élevée, celle de l’instruction secondaire, le même zèle se déploya d’une manière remarquable parmi de dignes ecclésiastiques du pays, aux vues larges et patriotiques, en même temps que chrétiennes, pour fonder des colléges classiques.
M. Brassard, aidé de Monseigneur Plessis, fonda celui de Nicolet, (1804) ;
M. le curé Antoine Girouard, celui de Saint-Hyacinthe, 1812;
M. le curé Mignault, celui de Chambly;
M. Girouard, celui de Sainte-Thérèse, (1824) ;
M. le curé Charles-Françgois Painchaud, celui de Sainte- Anne-la-Pocatière, (1827) ;
Le collège de l’Assomption date du même temps, (1832) ;
M. Mignault, celui de Chambly;
M. Curateau avait déjà rétabli le collège de Saint- Raphaël,
Mais ces institutions, éminemment utiles, étaient destinées à une classe privilégiée, celle qui avait les moyens pécuniaires pour en profiter, Quoique le coût des études y fut mis sur un pied extrêmement modique il était encore hors de la portée du plus grand nombre des habitants. Il fallait de toute nécessité pourvoir à l’éducation de leurs enfants par des écoles à la main, où ceuxci trouveraient une instruction élémentaire peu coûteuse, rapide, suffisante et proportionnée à lour état, et même gratuite autant que le cas l’exigerait.
Toutefois, à un autre point de vue, ce mouvement spontané et continu des membres les plus marquants et les plus intelligents du clergé catholique, était la réponse la plus formelle aux accusations portées contre lui de tenir le peuple dans l'ignorance, pour mieux l’assujettir à son influence religieuse,
De son côté, M. Perrault, persuadé de la supériorité do son système et de son efficacité à la suite de sa première expérience, entreprit de le faire fonctionner à ses frais, dans l'intérêt du pays et de la jeune génération, en fondant lui-même deux écoles, une pour les garçons et une autre pour les filles, dans la ville de Québec,
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En 1829, il fit construire sur un plan élaboré avec soin, et sous sa direction, un édifice sur la rue qui porte aujourd’hui le nom ‘ d’Artillerie,” au faubourg Saint- Louis, capable de contenir 318 enfants, avec dépendances, cour intérieure, et abris pour les récréations, etc.
Sur la porte d'entrée on lisait l’épigraphe : Ad gloriam Dei. (1)
Tout le matériel nécessaire pour l’enseignement y fut installé, avec toute une boutique de menuiserie et divers instruments et outils pour enseigner divers métiers aux élèves,
L'école fut ouverte le 3 mai 1830, et 229 enfants y furent admis, tous sous brevet, pour suivre un cours obligatoire, dont la durée était proportionnée à l’âxe de chacun. Le coût de l’instruction était minime, variant de 50 centins à $3.00 par année, et 49 enfants étaient entrés gratuitement, Le total de la recette, de ce chef, fut de $44 en tout, la première année, et 73 garçons devaient £18 (872). Cette fondation avait absorbé une somme considérable, pour un homme qui n'était pas riche et qui ne vivait que du revenu de son emploi, Il s’adressa à la Législature pour obtenir de l'aide.
Sa requête expose :
‘ Que, depuis trente ans, préoccupé de l'introduction
(1) Le site de la maison d'école de M. Perrault faisait front sur le côté sud de la rue d’Artillerie et tenait à l’ouest à la rue Saint- Michel. La maison était érigée et l'école fonctionnait depuis quelque temps quand il prit le titre du fonds d’Amable Berthelot, le 24 septembre 1830, par acte devant Mtre Planté, notaire. C'est le lot 4201 du cadastre du quartier Montcalm. La maison a été détruite depuis longtemps, dans un incendie du faubourg.
dans le pays de l'instruction publique, il s’est procuré les meilleurs traités sur le sujet et les meilleurs systèmes d'enseignements. Qu'il a été d’abord nommé président d'un comité tenant une école à Québec, d'après le système de Lancaster ; ensuite, d’une association pour instruire les enfants pauvres Canadiens, ct enfin de l'Ecole Britannique et Canadienne, où il a puisé des connaissances pratiques, qui l’ont mis en état de présenter avec confiance un système d'éducation élémentaire qui, en abrégeant le temps ordinaire du cours, en diminue extraordinairement la dépense;
Que pour démontrer la réalité de ces avantages, il a érigé, à ses propres frais, dans le faubourg Saint-Louis, une maison d'école assez vaste pour contenir trois cents enfants ; que cet établissement a épuisé secs faibles moyens, et qu’il sera empêché de l'ouvrir avec avantage, en mai prochain, à moins qu'il ne soit favorisé d'un aide pécuniaire pour subvenir aux dépenses de régie ;
“ Pourquoi il conclut humblement à ce qu’il plaise à la Chambre de lui accorder telle somme d'argent qu'il lui plaira, dont il fera, en tout honneur et conscience, usage pour propager l'instruction, d’après le mode détaillé dans son Manuel pratique, dont il joint un exemplaire à sa requête; ou tel autre secours que la Chambre dans sa sagesse trouvera convenable,”
Elle expose de plus:
4 Que n’y ayant pas de livres dans le pays pour montrer méthodiquement la langue française, il en a rédigé plusieurs qu’il croit propres à introduire dans les écoles
élémentaires :—comme un abécédaire, plusieurs tableaux de vocabulaires, un traité d’arithmétique vulgaire, une grammaire, une syntaxe, la conjugaison des verbes, l'analyse, la ponctuation, et enfin un manuel pratique, formant en tout neuf manuscrits, qu'il joint à sa ‘requête ;
‘“ Qu'il n’est pas assez riche pour faire imprimer une quantité suffisante d'exemplaires de ces ouvrages pour les réduire au prix modique d’un chelin chaque, afin que chacun puisse s’en procurer ;
“ Pourquoi il conclut à ce que la Législature veuille bien se charger de les faire imprimer, à tel nombre d'exemplaires qu’elle jugera à propos, pour une fois seulement, et dont elle disposera comme bon lui semblera : avec la réserve et reconnaissance de la propriété de ces ouvrages dans sa personne, ses héritiers ou ayant-cause ; et que défense sera faite à tous autres de les imprimer ou vendre à l’avenir, sans son ou leur approbation, sous peine de tous dépens, dommages et intérêts, et même de confiscation à son ou leur profit.”
Sur cet exposé la Législature vota £100 ($100) pour le soutien de l'école Perrault et £100 pour l'impression de ses livres. Le comité avait recommandé £500 pour ce dernier objet.
La Chambre reçut en même temps une pétition de divers habitants du faubourg Saint-Louis de Québec, exposant :
‘“ Que l'érection d’une école pour les garçons, dans ce faubourg, par M. Perrault, remplit les pétitionnaires de joie, et leur fait vivement sentir la nécessité d’en avoir une semblable pour les filles; que la population de ce
faubourg est telle qu’elle pourrait fournir deux ou trois cents petites filles, mais que les pétitionnaires ne peuvent, . par eux-mêmes, effectuer ce dessein sans le secours de la Législature; que M. Perrault, protonotaire, veut bien se charger du soin d’ériger cette maison et faire montrer aux jeunes filles leurs prières et le catéchisme; à lire, écrire et compter, à échiffer, carder, filer, tricoter et coudre ; ce que les pétitionnaires considèrent devoir leur être d’un grand avantage, et un moyen de les tirer de l'oisiveté, la source de tous les vices, où elles courrent risque de tomber.
‘ Pourquoi les pétitionnaires supplient ardemment et humblement la Chambre de vouloir mettre ce Monsieur en état de remplir ce bon dessein, en votant l'argent nécessaire pour l’effectuer, ou tel autre que, dans sa sagesse, la Chambre jugera convenable.”
Une somme de $400 fut accordée à cette fin, payable lorsque l'édifice serait terminé, et fut alors remise à M. Perrault.
L'école des garçons était entrée en pleine opération depuis un an.
Quant à son fonctionnement laissons parler M. Lacasse, un des premiers élèves, maintenant professeur à l'Ecole Normale de Québec. (1)
(1) M. Lacasse en célébrant, le 19 mai 1898, à l'Ecole Normale, sa cinquantième année de professorat, a fait publiquement, devant un nombreux auditoire, l'éloge de M. Perrault, rappelant ses écoles où il avait puisé sa première instruction, et suggérant que le pays lui doit un témoignage de reconnaissance. Il n’y avait personne dans l'assistance qui eût connu M, Perrault, si ce n'est sa petite fille, l'épouse de l’auteur.
Son admission fut gratuite et faite sous brevet, en 1831, pour six ans, par engagement entre ses parents et M. Perrault, qui stipulait une amende imposée aux parents, si l'enfant négligeait ou cessait de suivre son cours. (1) Au bout de cinq ans, il sortit, avec l’assentiment de M. Perrault, pour étudier au Séminaire de Québec. Celuici était toujours prêt à renoncer à l'engagement pourvu que l'élève entrât dans une école supérieure. Le frère de M. Lacasse (David), élève comme lui, obtint volontiers, sur la demande de ses parents, la permission d'entrer à l’école anglaise, celle de M. McDonald ; même pour encourager l'élève, M. Perrault promit de payer pour lui : c’est ce qu'il fit, et pour bien d’autres aussi.
Comme M. Perrault recueilluit, pour les instruire, tous les enfants pauvres, ils étaient nombreux, C’est lui qui fournissait tout pour les besoins des classes, livres, papiers, plumes, ardoises, crayons, encre, etc. Même il vêtissait les plus nécessiteux. Chaque semaine, le samedi, une voiture chargée de souliers de cuir de bœuf, appelés souliers sauvages, chaussure ordinaire du penple, venait distribuer une paire à quicunque en avait besoin.
Le maître principal était M. Jean-Bte Dugal, excellent instituteur, ainsi que le progrès de ses élèves l’a prouvé.
Il en reste très peu de ses élèves aujourd'hui; mais ont survécu : M. Docile Brousseau, ex M. P. et ex-maire de Québec ; M. Godin, menuisier-entrepreneur, M.O. Dubuc, M. Rousseau, employé de la cité de Québec, et peut-être deux ou trois autres,
(1) Les tribunaux ont sanctionné cette amende. Témoignage de M. Romain. k
Les commençants apprenaient à écrire sur le sable. Leur table était munie d’une tablette avec un rebord sur laquelle, à l’aide d’une petite pelle, on prenait et étendait une couche plane de sable blanc sur un fonds peint en noir, sur toute la longueur, Les lettres étaient formées avec l'index, en copiant le modèle écrit sur un petit tableau noir (télégraphe), en face des élèves, Le moniteur passait en examinant les formes tracées, faisant recommencer les lettres mal faites. Ce mode d'écrire, d'après l’expérience de M. Lacasse, donnait de la souplesse au brus, pour apprendre à écrire couramment et avec vitesse, en pratiquant ensuite à copier diverses figures contournées à la plume et faisant ce que les enfants appellent des fions. Notons, en passant, qu’on se servait alors exclusivement de plumes d’oies, les plumes d'acier d'aujourd'hui n'étaient pas encore inventées, et c'était un art que de bien tailler une plume.
Tous les après-midi, entre trois et quatre heures, M. Perrault visitait son école, prenant intérêt à l’avancement de ses enfants et suivant leur progrès avec une sollicitude marquée.
Son aspect vénérable, avee sa perruque blanche et son grand manteau dont il était drapé, en imposait aux élèves qui lui trouvaient un air grave et rigide, Il est vrai qu'il était stricte sur la discipline et n’entendait pas perdre le fruit de son labeur en gardant des incor- 1igibler. Nous n'avons que faire de vous ici,” leur disaitil, en les mettant à la porte. :
L'ordre et le progrès marchaient de front, M. Lacasse, qui a cinquante-cinq ans de professorét, n’a rien trouvé
de mieux qu’à suivre la méthode de l’école Perrault. Après examens, comparaisons et essais, il en est venu à la conclusion, par le résultat, qu’elle est la meilleure qu'il connaisse. Il cite sur ce point les succès qu'il a obtenus comme professeur à la Pointe-aux-Trembles, aux Ecureuils, à la Sainte-Famille, et ensuite à la Pointe- Lévis, où, entre autres, son élève, aujourd'hui Mgr Bégin, en entrant au petit Séminaire de Québec, après avoir subi son examen d'entrée, monta dans la troisième classe.
Feu M. Baillairgé, qui faisait l'examen préliminaire d’entrée des enfants au Séminaire, remarquait que l’écriture et l'orthographe des enfants de l’école Perrault dépassaient ceux des autres écoles, et qu'ils étaient les mieux préparés.
M. Lacasse a conservé un souvenir plein de respect et d'admiration pour la mémoire de M. Perrault et la dignité de son caractère, de sa vie, non seulement irréprochable, mais exemplaire, le voyant sans cesse occupé à faire le bien et à l’inculquer à ses enfants d'école, par des motifs fondés sur la religion.
Tous les dimanches, l’après midi, le catéchisme 8e faisait à l’école, et un jeune ecclésiastique du séminaire était chargé de cette fonction. Feu M. le notaire Laurin, ci-devant député de Lotbinière, et qui était alors séminariste, fut un de ceux qui enseignait les élèves, parmi lesquels se trouvaient les deux frères Lacasse.
Le nombre des élèves formés aux écoles de M. Perrault est élevé. La plupart des ouvriers du faubourg Saint-
Jean on ayaient profité. Comme cette génération est presque toute disparue, le souvenir de cet homme s'efface,
C’est pourquoi M. Lacasse regrette que personne ne se soit appliqué à perpétuer, non pas les écoles {fondées par M. Perrault, ce serait trop demander, dit:il, mais seulement à maintenir devant la postérité la mémoire de ce bon et modeste philanthrope, en retraçant sa vie et ses œuvres, dans une biographie que tous les enfants d'écoles liraient avec fruit et plaisir,
En effet, ils apprendraient à apprécier les avantages qui leur sont donnés aujourd’hui, en comparant l’enseignement mis à leur portée, avec l’état d’ignorance où leurs pères étaient laissés à la fin du dernier siècle. Ils verraient par quel long et pénible chemin il a fallu monter pendant trois quarts de siècle, et combien d'obstacles il y avait à surmonter, pour parvenir à inculquer l'instruction primaire dans le peuple. Ils pourraient peut-être se rendre compte, ainsi, du trop grand nombre qui reste encore parmi nous de ceux qui ne savent ni lire, niécrire.
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L'école des filles bâtie par M. Perrault, dans le même faubourg Saint-Louis, fut mise en opération au commencement de l’année 1831. Elle était située sur le côté ouest de la rue Lachevrotière, un peu au nord du couvent du Bon-Pasteur actuel. Sa dimension était assez grande pour contenir deux cents petites filles.
Elle fut inaugurée solennellement, et fut béuite par
M. l'abbé C.-F, Casault, de l’Evêché (ensuite devenu Mgr Casault), au milieu du concours des habitants de la ville. M.le professeur Lacusse se rappelle très bien avoir assisté à cette cérémonie, Cet établissement monté de divers métiers, ustensils, ete., pour les ouvrages de femmes, fut un bienfait réel pour la population des environs, qui s’empressa de profiter de l'instruction qu'il offrait, en même temps qu'il développait une industrie des plus utiles pour former des mères de familles.
Le comité spécial de la Chambre d'Assemblée, présidé par M. Andrew Stuart, auquel fut référée la pétition de M. Perrault se rattachant à ses écoles, dans son rapport à la Chambre, du 14 janvier 1832, fait voir la dépense courante, à part du capital, de l’école à l’usage des garçons ; la dépense que M. Perrault a encourue pour la maison d'école à l’usage des jeunes filles, dans l’année 1831, et les dépenses additionnelles à faire dans l’école mentionnée en dernier lieu, à l’effet d'acheter un métier pour la toile, ou pour l’étoffe et pour les matériaux à tricot qui s'élevaient à £45, et pour les matériaux bruts à £30.
Le comité ajoute ‘ qu'il a fait la visite en personne de ces deux écoles en décembre dernier (1832), et il doit dire que ces institutions font beaucoup d'honneur à leur
fondateur philanthrope, par la méthode, la science et l'eficacité signalées avec lesquelles elles sont régies.”
‘“ Que l’école à l’usage des jeunes filles possède un caractère distinctif que le comité pensait tout-à-fait
particulier dans ce pays. À part de la lecture et de l'écriture, telles qu’enseignées dans les écoles ordinaires, le fondateur fait enseigner à ces jeunes filles, les après: midi, à filer, tricoter et à tisser en diverses manières; ce qui les mettra en état, par la suite, de gagner leur vie par une honnête industrie, lorsqu'elles seront arrivées à l’âge mûr, et est une forte garantie qu’elles seront des mères de famille utiles et vertueuses, qui inculqueront à leurs enfunts, de paroles et d'exemples, les principes d'ordre et d'industrie quelles auront reçus.”
‘“ Que le même fondateur se proposait d'étendre le même système à sou école de garçons, et de prendre les plus robustes d'entre eux, et de leur apprendre l’art du jardinage à son propre établissement et dans son vaste jardin de l’Asile-Champêtre, sur les hauteurs d'Abraham, mesure qui, tout en offrant à ces enfants une honnête récréation, et en servant à leur donner de la vigueur et à raffermir leur santé, leur procurera les moyens de vivre dans la suite par une honnête et profitable industrie.
“C’est pourquoi le comité recommande qu’il soit alloué une certaine somme pour aider M. Perrault à maintenir et soutenir les dites écoles.”
Et une somme £150 (en 1832) fut votée pour l’aider à cette fin.
On ne saurait se faire une juste idée des avantages pratiques qui ont découlé de l'observation des principes et des règles que M. Perrault a posés et a fait appliquer
strictement, comme base de ‘‘ l'enseignemunt mutuel ” dans ses écoles, qu'il préfèrait à tout autre système et qui, comme nous l’a démontré M. le professeur Lacasse, en assurait le succès,
De même les règlements pour la régie des écoles sont sages et la discipline presque militaire,
Le premier article mérite d’être cité :
‘“ Les enfants doivent être persuadés que la fin prin- “ cipale pour laquelle ils ont été reçus est d'apprendre ‘# à connaître Dieu, à l’aimer et à le servir, et à devenir ‘ par la suite des hommes respectables et des citoyens ‘utiles à l'Etat ; et afin qu'ils ne perdent point ces deux *‘ objets de vue, et soient bien informés des règlements ‘“ qui les concernent, ils seront lus une fois par mois par ‘le maître.”
En examinant de près le plan d'éducation de M. Perrault, on s’apercevra combien sa conception était sage et clairvoyante dans le choix des moyens, dans leur efficacité prévue, et dans leur application judicieuse et pratique, pour assurer le succès définitif et permanent de ses œuvres.
Son Plan raisonné d'éducation générale et permanente démontre qu'il avait longtemps médité et pratiqué son système d'instruction.
Après avoir ainsi longuement mûri ses idées, dont on voit la sagesse, il avait conçu un plan à lui, qu’il voulut mettre lui-même en œuvre. La base était, premièrement, une instruction morale et chrétienne, et en même
temps l’enseignement prompt et facile des éléments de Ja langue française, de l'écriture, de l’arithmétique, ete. en destinant plus spécialement cette éducation à la classe pauvre et aussi gratuitement que possible,
Pour obtenir le résultat désiré, le cours devait être efficace, pas trop long, et peu dispendieux, Ces trois points furent obtenus avec un succès qui justifia les prévisions bien calculées de leur auteur, Il s'agissait pour lui de récolter de son travail, de son dévouement et de ses dépenses, la plus grande somme de bien possible,
Non seulement M. Perrault entretenait ses écoles après les avoir fondées à ses frais, on fournissant les livres qu'il faisait imprimer pour cet objet, mais il payait de plus le travail des élèves pour les stimuler et leur ouvrir une carrière pour savoir gagner leur vie,
Pour compléter son œuvre ot l’étendre, il sollicitait en faveur des plus pauvres de ses chers enfants le secours des âmes charitable. Nous donnons ici un de ses appels à cette fin qui peint à lui seul, et mieux qu’on pourrait l’exprimer en paroles, le zèle dont était aimée son âme et son ardeur pour la plus sublime des vertus chrétiennes.
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