‹ La vie de Joseph-François Perrault [microforme]Chapitre 16 sur 25 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Eloges de M. Perrault par ses contemporains.— Sa vie privé£e — Un regard dans l’intérieur de sa famille. — Mort de Mme Perrault, Revers de fortune.— Testament de M. Perrault. — Catalogue de ses ouvrages.

Le lecteur, après avoir pu juger de M. Perrault par ee qu'il a dit de lui-même, tout simplemement, sans ostentation, et en tenant compte de ce que nous avons cru devoir ajouter à sa biographie, est à même de discerner si les éloges nombreux dont il a été l’objet sont bien fondés en vérité.

Nous allons recueillir, pour aider à les perpétuer, diverses appréciations de cet homme remarquable et de ses œuvres dues à la plume de ses contemporains,

Les hommages et les éloges provenant de parents, d'amis ou de personnes intéressées, peuvent être accueillis avec plus ou moins de défiance ou d’assentiment, tandis que ceux décernés par des juges impartiaux et étrangers

‘ne sauraient guère être rejetés comme entachés de flatterie et d'exagération. On ne saurait dire que desécrivains éclairés et judicieux ont manqué de sincérité, quand on les voit s’accorder, unanimement et publiquement, pour témoigner du mérite de M. Perrault, et ce, tant de son vivant qu'après sa mort, lorsqu'elle survint le 5 avril 1844,

Ces hommages lui ont été rendus comme un tribut de reconnaissance générale par ses concitoyens, justement

témoigné à un'des leurs, qu’ils ont vu se porter pendant toute sa longue carrière à promouvoir le bien être de ses semblables, principalement celui de la jeunesse et des enfants pauvres,surtout,qu'il avait tant à cœur d’instruire et de former,

En effet, on ne saurait trop le répéter, l'éducation morale du peuple, son instruction élémentaire et agricole, tel a été la grande œuvre de M. Perrault, auquel il a dévoué, dans toute la mesure de ses forces, son temps, son labeur, sa parole, sa plume, son exemple, et une large part de ses biens. C’est cette noble tâche, si bien remplie, qui lui a valu le titre de père de l'éducation du peuple canadien qui lui a été décerné,

L'histoire de l'instruction publique dans le Bas- Canada commence, pour ainsi dire, avec lui, quant à celle du peuple, et fait voir combien il avait devancé son siècle dans ses idées de progrès, entre autres sur l’éducation pratique.

Toujours on le vit à la tête du mouvement dans cette direction, et, lorsqu’en 1821, ‘ La Société d'Education ” fut fondée à Québec, elle le choisit comme son premier président, en témoignage du zèle qu’il apportait au soutien de l’œuvre nationale qu’elle voulait propager. Il fut également appelé à être président de deux autres sociétés semblables, créées peu après. Ces marques d'honneur et de confiance lui furent données malgré que ses propres écoles fussent indépendantes de ces sociétés, ce qui démontre, de part et d’autre, une noble émulation et l’absence de toute rivalité étroite ou mes-

quine.

Commengons par faire voir ce que l’on pensait de ses écoles quatre années après leur mise en opération.

Voici un extrait d’un opuscule anonyme qui démontre le mérite et le côté pratique des écoles de M. Perrault,

Cette appréciation a été faito en 1834 ct a paru en décembre de la même année, sous le titre de “ Rapport ‘ d'un Québecois sur quelques écoles élémentaires du district de Québec.”

Ce rapport, très bien fait, auquel l’auteur a eu la modestie de ne pas mettre son nom, est adressé au président du Comité d'Education, comme rapporteur chargé par ce corps de cette importante mission. Nous conseillons la lecture entière de ce rapport, trop long pour être reproduit ici en entier. Lves passages suivants suffisent pour donner une idée assez exacte des écoles de M. Perrault et de leur fonctionnement, tel qu’on en pouvait juger alors.

Je n’ai point été chercher dans le séminaire, dans les maisons religieuses et dans les académies des modèles pour des écoles élémentaires ; je n’ai visité que les petites écoles, comme on les appelle, et après les avoir parcourues toutes, je me suis spécialement attaché à celles de M. Perrault, dans le faubourg Saint-Louis de Québec, qui ont attiré d'autant plus mon attention qu’elles m'ont paru plus analogues à nos besoins, les mieux règlécs, les plus économes et les plus avanta-

geuses pour des agriculteurs comme nous, parce qu'elles comportent l'utile et l’agréable.”.........

Suit la description des écoles et du matériel pour les diverses branches d'industrie, la méthode d’enseignement pour les garçons et les filles, etc., etc.

‘“ Puissent nos législateurs, continue le rapporteur, ‘“ apprécier ces établissements, en concevoir les mêmes ‘idées que moi et alors ils prendront le moyen de les. ‘“ acquérir, ou de les encourager de manière à ce qu'ils ‘“ puissent procurer les avantages inappréciables que ‘ j'entrevois.”

Dans l'Encyclopédie Canadienne (juin, 1842, p. 144,) M. Bibaud, père, fait un examen critique du ‘“ Plan “€ raisonné d'éducation générale et permanente” par Joseph- # François Perrault, ci-devant président de deux sociétés ‘ d'éducation, et fondateur d’une école élémentaire fran- “ çaise à Québec, 1830” Après avoir fait l'éloge de l’auteur, qu’il cite comme un des plus beaux caractères que Québec a produits, il termine ainsi : “ Tel est en résumé le système d’enseignement public de M. Perrault : quelques-uns le regarderont peut-être comme un projet inexécutable, ou comme une utopie; d’autres comme sentant un peu l'arbitraire et le despotisme ; mais tous devront convenir qu'en total, c’est celui d’un citoyen bien intentionhé, vertueux et zélé pour le bien public.”

Dans un écrit subséquent (octobre, 1842, p. 310), le

même écrivain raconte sa visite chez M. Perrault, à ‘“J'Asile-Champêtre: ”

“ J'y allais voir, dit-il, un homme connu au pays par ses nombreux écrits, ses travaux et ses bienfaits publics. Aussi, en entrant chez lui, me suis-je rappelé ce vers d’un poète canadien, ou qui a versifié en Canada :

“ Là j'ai vu l'homme heureux qui prêche par l'exemple."

“M. Perrault prêche en effet par son exemple, la vertu d’abord, puis l’industrie, la bonne économie domestiqne et rurale, l'amour de l'étude, du travail, le zèle du bien public, la bienveillance et la bienfaisance, le patriotisme et le civisme, en un mot, dans le sens le plus favorable à ces expressions. Avec la politesse et l’affabilité qu’on lui connait, il me fit voir d’abord sa bibliothèque, dans laquelle ses nombreux ouvrages, tant imprimés que manuscrits, occupent une longue tablette... M. Perrault, parvenn à l’âge de quatre-vingt dix ans, n’a rien perdu de son amour du travail: il écrit encore, et il a le bonheur, bien rare à cet âge, de le pouvoir faire de nuit comme de jour, sans l’aide étrangère de lunettes ou besicles.”

“ Il ne faut pas demander si la culture, grande ou petite, est ce qu'elle doit être chez M. Perrault : il a eu la complaisance de me faire voir son superbe jardin potager, fruitier, etc. ; je l'ai trouvé digne d’être admiré, en jugeant par ce que je voyais, de ce qu'il devait être dans la belle saison, et j'ai conclu que l’homme qui l'avait créé, et qui le possédait et le soignait, était bien

digne de donner des legons de jardinage à ses compatriotes.”

‘“ Le site qu'occupe M. Perrault est vraiment enchanteur ; je ne crois pas que l’on puisse même imaginer un endroit d’où l'on ait un eoup d'œil plus ravissant, Les grandes beautés qu’on voit autour de soi, mais dans l'éioignement, de la demenre de M. Perrault, sont l'ouvrage de la nature, mais il est le créateur de celles qui l’environnent immédiatement. Il a assez fait, en différents genres, pour que son nom soit transmis, respecté et vénéré jusqu’à nos derniers neveux, et en me séparant de lui, je disais avec Virgile :

‘ Fortunate senex, certe tua facta manebunt.”

Le surintendant de l’Instruction publique, feu M. le Dr. Meilleur, s'exprime ainsi dans son ‘ Mémorial d'Education,” p. 293:

4 Le vénérable Joseph-François Perrault, protonotuire de Québec, un vrai philanthrope, est l’auteur de nombreux ouvrages élémentaires sur l’histoire du Canada, l’agriculture et l'éducation primaire, un desquels est en manuscrit et se trouve à la bibliothèque du département de l’Instructon publique, où je l’ai envoyé comme étant le meilleur endroit pour le conserver et y avoir recours au besoin. L'auteur me l’a donné plusieurs années avant sa mort. M. Perrault a fondé non seulement des écoles, mais des fermes modèles qu'il dirigeait d’une manière à

servir du meilleur d'exemple, Il savait très bien faire

partager aux autres ses idées sur l'éducation et l’agriculture.”

Fe

M. Hawkins, dans un intéressant volume intitulé “ Hawkins’ Picture of Quebec,” n’a pas manqué de mentionner avec éloge ces écoles dans le passage suivant: .-.."and in the suburb of St. Lewis is the meritorious ‘“ foundation of J.F. Perrault, Esquire, the venerable *“ and persistant promoter of elementary education ia ‘ his native city.”

ke

L'abbé Casgrain, lo professeur Hubert Larue, M. Paul de Cazes, et d’autres écrivains s'accordent également à rendre hommage à la mémoire de ce digne citoyen et à confirmer ces louanges.

Une appréciation bien motivée est celle de Lareau dans son ‘“ Histoire de la Littérature Canadienne.” En voici les passages les plus saillants :

...." Quand il (M. Perrault) se livra à l'étude, les livres étaient rares dans le pays. IL en copia, en traduisit un grand nombre et en compila d’autres, Il réussit, à force d'énergie et de persévérance, à se meubler

l'intelligence d’une foule de connaissances pratiques et utiles” (p. 144.)

+... Il est peut être le Canadien, qui, à l'époque où il vivait, a rendu le plus de services au pays par sa plume, Ses travaux sont multiples pour l'époque. Il avait bien peu de livres pour s'instruire ; c'est sans doute ce qui nous explique la rudesse primitive que nous rencontrons dans ses écrits. Outre ses publications sur l’histoire, on a encore de lui dans la législation des travaux importants.” (p. 397.)

....“" Le style n’a pas non plus une graude pureté, ni beaucoup de précision. Mais ces défauts s'effacent devant la bonne volonté de l’auteur et les services qu'il a rendus au pays. Les hommes de cette trempe sont trop rares de nos jours.” (p. 144-5.)

...." Au reste, M. Perrault est une de nos vieilles illustrations, un Canadien qui se place dans la littérature nationale à côté du commandeur Viger et de Bouchette. Historien, législateur, agronome, il a laissé des écrits sur toutes ces branches, A tous ces titres il mérite le respect et la considération de la postérité. Il a sa place marquée dans la galerie de ces patriurches canadiens qui veillèrent avec tant d'amour et de patriotisme à l'avenir du Canada.”

Bibaud le jeune, dans son ‘“ Dictionnaire des hommes illustres du Contda et de l'Amérique,” après avoir fait l'élogé de M. Perru:lt, de ses écoles d'après le système

de Lancaster, de ses fermes modèles et de ses écrits, ajoute : ‘“ Malheureusement les livres de M. Perrault sont écrits sans aucune pureté ou correction de langage. Il parait cependagt qu'il faut faire exception pour son ‘ Traité de la grande et petite culture,” couronné par la Société d'Horticulture de New-York; car dit le savant Paschalis, dans son rapport rédigé en anglais. ‘‘ Il paraît “ tirer la philosophie de son art d’une longue expérience; “il enseigne une pratique judicieuse et une théorie ‘“ saine, Il traite son sujet avec une charmante simpli- ‘ cité ; il joint une méthode claire à une telle pureté de ‘ Jangage, que son ouvrage mérite d'être mis au rang “ des livres classiques . Son esprit humanitaire ne se ‘“ borne pas à son seul pays; il entretient une corres- ‘“ pondance avec les agronomes américains, qui, pensons- ‘ nous, seront charmés de s’unir à lui dans ses travaux ‘“ philosophiques, et qui seront heureux de répandre “parmi nos cultivateurs les instructions de cet au- “ teur” (1),

‘“ Quoiqu'il en soit, continue Bibaud, si l’on fait part des temps et des circonstances dans lesquels Joseph- François Perrault a travaillé pour son pays, on peut certainement répéter ce que dit mon père à la fin de l'éloge qu'il a consacré à ce patriarche canadien : ”

(1) C'est ce même M. Paschalis qui terminait sa lettre à M. Perrault, de New-York, 25 de mai 1832, par ces mots : ‘ Vous 4 ÊTES NÉ PHILANTHROPE.,.. ÜE SONT LEB VRAIS PHILANTHROPES ‘{ DONT LES PEUPLES DB L'INDE, DE ROME ET DE GRÈCE ONT FAIT L'APOTHÉOSE. EUSSISZ-VOUS VÉOL DANS CES TEMPS-LÀ, ON VOUS ‘4 AURAIT DÉJÀ ÉRIGÉ UN TEMPLE |! ”

‘© Fortunate senex, certe tua facta manebunt.”

“Il reste surtout le père de l’agronomie en Canada et un des premiers grands zélateurs laïcs de l'éducation. Ses œuvres se continuent dans sa péstérité. Joseph- Xavier Perrault, son petit-fils, qui doit succéder à M. Evans, comme secrétaire de la Chambre d'Agriculture, (1857) est élève de l'Ecole Impériale de Grignon, en France.” (1) #4

Citons des extraits du Fantasque publié par M. N. Aubin, en 1844, du vivant de M. Perrault,

(1) Joseph-Xavier Perrault, de Montréal, est le seul survivant

héritier du nom. Voici ses titres et états de service :

1854. Elève du Collége Royal Agricole de Cirencester, Angleterre.

1856. Sous-Commissaire Exposition Universelle Agricole de Paris,

1857. Elève diplômé de l'Ecole Nationale d'Agriculture de Grignon, France,

1858. Secrétaire-trésorier de la Chambre d’Agriculture et l’Association Agricole du Bas-Canada. Rédacteur-propriétaire du Journal d'Agriculture et du Farmer’s Journal pendant dix ans.

1863. Député de R'chelieu à l'Assemblée Législative.

1864, Président de l’Institut des Artisans.

1876. Commissaire du Canada à l'Exposition de Philadelphie.

1878. Commissaire du Canada à l'Exposition de Paris.—Chevalier de la Légion d'honneur de France.— Officier de l’Instruction publique de France.

1887. Fondateur de la Chambre de Commerce de Montréal.

1889. Président d'honneur de la Chambre de Commerce de Montréal, Membre du Jury international de l'Exposition de Paris. Officier de Mérite Agricole.—Membre Correspondant de la Société Nationale d'Agriculture de France.

1894-06. Délégué au Congrès des Chambres de Commerce de l’Empire à Londres.— Vice-Président de l’Association Nationale St-Jean-Baptiste de Montréal,

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