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M. Perrault ayant perdu son épouse, il lui avait fallu dès lors chercher une personne de confiance pour prendre soin de ses jeunes enfants et de sa maison. Il fit un heureux choix en recevant chez lui sa cousine germaine, celle que nous avons ci-dessus nommée dans la filiation de Jean-Bte. Perrault, comme née à Trois-Rivières, vers 1760-1, Son nom est resté légendaire dans la famille sous celui de ‘ La Cousine ” et comme en formant partie, ou plutôt ce qu’on appelle un des piliers de la maison, Elle surveillait également le dehors. La basse-cour était garnie de volatiles tels que paons, pigeons, poules, canards, oies, dindes, etc., qu’elle élevait. lle veiilait en même temps à l’engrais de la porcherie, au lait etau beurre, dont elle approvisionnait la maison, Tro': ou quatre gros chiens faisaient la garde de l’enceinte vs la suivaient partout dans sa ronde.
Comme la culture exigeait un bon jardinier et des aides, le personnel de la domesticité, en y ajoutant le cocher pour une paire de chevaux à l'écurie, et les femmes de service, tout cela réuni requérait une bonne surveillance. C’est elle qui remplagçait l’œil du maître, Elle prenait un soin particulier de la serre, s'entendant bien à cultiver les fleurs et aussi à en tirer un bon profit, en les envoyant au marché, ou mieux encore en ville, pour bouquets, dans les occasions de galas. Sa volière de serins et autres oiseaux attenait à la serre, et leurs chants égayaient les alentours.
Lorsqu'en 1824 Mme Bender vint avec ses enfants se retirer à l'Asile-Champêtre, elle prit l’intendance de l'intérieur. Le tout continua à marcher dans le même ordre et avec la même harmonie. On y vivait sans luxe, simplement, mais avec abondance, La table était toujours servie pour recevoir un ou deux convives de plus, s’il en survenait; car M. Perrault invitait, sans cérémonie, à y prendre place, les amis qui $’y trouvaient à l'heure du repas, et c'était pour lui une jouissance d'utiliser ainsi devant eux les produits du potager, du verger et de la basse-cour, Mais il bornait là son hospitalité, évitant, par frugalité et simplicité, les diners d’apparat et les réceptions en grand.
Chez lui, on observait strictement les jours de joûnes et d’abstinence ordonnés par l'Église. Le carême d'alors n'avait pas encore reçu les adoucissements apportés depuis. Le jeûne était complet jusqu’au repas du midi; M. Perrault l’observait et le maintint ainsi jusqu’à la fin de sa carrière, sans paraître en être incommodé.
Au milieu de sa famille, il était toujours d’une gaité douce et digne; d’une courtoisie de bon ton, d’une humeur agréable, et patient à l’encontre de la vivacité de son naturel. Il savait commander avec sagesse et indulgence, de manière à être obéi avec respect et volontiers. Aussi, en retour, chacun s’empressait de lui témoigner, par ses soins et ses prévenances, les sentiments d'amitié et de déférence qu'on avait pour lui.
C'était une grande joie et un vrai bonheur pour ses enfants et petits-enfants de célébrer sa fête à la Saint-
Joseph, comme aussi de venir tous ensemble, au jour de l’an, avant son lever, lui demander et recevoir à la file sa bénédiction paternelle et ses premières caresses. On conservait fidèlement dans la famille ce bel usage de nos pères. Les dragées, les pièces de monnaie, les cadeaux, étaient ensuite distribués à chacun avec un bon mot ou un bon conseil. Puis on s’asseyait à un copieux et joyeux déjeuner.
Ses enfants d'écoles, qui avaient bien mérité, n'étaient pas oubliés ce jour-là, chacun recevait une petite récompense et un encouragement à bien faire.
Chose assez singulière, cet homme si bon et si plein d'aménité dans l’intérieur de sa famille, était pourtant d'un caractère très vif; il devenait impatient et austère dans l'exercice de ses devoirs officiels comme grefler, C'était alors le fonctionnaire imperturbable et tranchant devant la rigidité du devoir et de la loi.
Elevé suivant les anciens usages de l’urbanité française, M. Perrault tenait à les observer et à les voir se continuer,
Un officier, au jour de l’an, sans descendre de voiture, envoie porter sa carte par son domestique qui la laisse à la porte de M. Perrault. En la recevant, celui-ci fait aussitôt rappeler le domestique et lui remet une autre carte, en lui disant de la donner à son maître: ‘et dites lui, de ma part,” ajouta-t-il, que ‘“ nous sommes quittes maintenant.”
Néanmoins, cet usage a prévalu depuis, à cause de l'extension des relations sociales; mais n'avait-il pas
raison de s'opposer à une innovation qui tend à abolir une bonne coutume de nos aïeux, dunt ils appréciaient toute la convenance et les bons effets.
Citons un autre trait du même genre.
Un jour, M. X, avocat anglais, entre, chapeau sur la tête, dans le bureau du greffier pour le consulter. Il voulait savoir la signification du terme légal donner du découvert à son voisin.” Le greffier, sans se déranger, ni le regarder, lui répond : “ Monsieur, il y a deux espèces ‘de découvert : le premier, que vous devez apprendre, ‘c'est celui d’un gentilhomme qui se découvre en
‘s'adressant à un autre.” Ainsi apostrophé l’interlocuteur dut s’exécuter et reçut ensuite l'interprétation qu'il cherchait sur le sens de donner du découvert à son voisin. Il n’oublia plus, dit-on, ni l’une ni l’autre.
Un autre avocat, M. V.. avait pris la façon de déposer son bonnet de fourrure sur le bureau du greffier, et la neige qu’il emportait mouillait et gâtait ses papiers. Voulant y mettre fin, M. Perrault, un jour, prend le bonnet et va le déposer plus loin, en disant à M. V.. ‘ Voici plusieurs fois que je vous prie de ne pas mettre ‘“ votre casque sur mon bureau ; vous mouillez mes “ papiers ; si cela vous arrive encore, je le jette dans le ‘ poële; gare à vous.” Peu de jours après, voici encore le beau casque de martre sur le même bureau. Sans dire mot, M. Perrault se lève, ouvre la porte du poële, le jette dedans et ferme la porte au grand ébahissement de l'avocat; puis vientse rasseoir tranquillement, comme si de rien n'était.
On pourrait citer une foule d’anecdotes, de traits et de bons mots de M. Perrault que ses contemporains se plaisaient à raconter et qui s’envolent ou se sont envolés avec le temps.
Une de ses dernières réponses montre le sans gène et le ton d’esprit goguenard dont il usait au besoin. Sur les dernières années de sa longue vie on essaya plusieurs fois de l’engager à se démettre de sa charge, car ily avait bien des apirants aux aguets de son emploi, et les plus ambitieux se morfondaient dans l’attente si longuement prolongée. Comme il avait conservé toutes ses facultés, il faisait la sourde oreille. Un jour qu’un émissaire importun insistait d'avantage dans ce but, il l’éconduisit par cette repartie: “ Dites à ceux qui vous envoient que mon dernier p.… sera un p.. de greffier.” Telle fut sa réponse pour s’en débarrasser une fois pour toutes.
Chez lui, pendant qu’il s’occupait, il ne se sentait nullement interrompu par le bruit des enfants qui jouaient autour de lui; au contraire, quand le calme se faisait, il les encourageait à continuer leur joyeux ébats et les y excitait. Même en recevant la visite de ses amis, il se donnait un délassement, et en profitait pour se rafraîchir et se remettre plus dispos au travail,
Tous les dimanches soir, il y avait chez lui réunion à souper des divers membres de la famille et amis de ses enfants. Puis on dansait au son de la musique, que plusieurs d’entre eux avaient cultivé avec assez de succès pour passer pour une famille de bons musiciens,
Mais quand sonnaient les neuf heures règlementaires pour lui, il prenait sa bougie, souhaitait le bon soir à la compagnie et laissait les jeunes continuer leurs a nusements. Il avait bientôt fait le tour de sa chambre à coucher qui était toute petite et très simplement meublée.
Le lendemain matin, à six heures et demie, le déjeuner sonnait et chacun devait être rendu à sa place. Aussitôt après, il partait à pied pour le greffe où son barbier l'attendait pour le raser et friser sa perruque ; puis il se mettait à l'ouvrage, Aqmidi sonnant, il retournait dans sa voiture prendre son diner, ayant l’appétit ouvert, ‘Je n'ai pas besoin,” disait-il, que l’angélus sonne pour me dire qu'il est midi, mon estomac me le dit bien.”
L'après dinée, dans la belle saison, lorsqu'il ne 8e voyait pas obligé de retourner au greffe, il aimait à faire le tour de son jardin, examiner son potager, soigner ses arbres fruitiers et cultiver ses fleurs.
Quand la visite du jardin était faite et que le temps le permettait, M. Perrault se livrait soit à l'exercice de la promenade, où l’on remarquait que ses chiens et ses chats l'y suivuient, soit à la visite de ses écoles. Il la faisait en carrosse, accompagné de quelques-uns de ses enfants. Il va sans dire que sa vigilance et surveillance n’y faisaient pas défaut. Il savait encourager et pousser ses élèves; par ses bons conseils et de petites récompenses, il stimulait leur zèle, et il a eu le bonheur de voir de son vivant un nombre satisfaisant d’entre-eux 8e faire une carrière honnête dans le monde et lui en témoigner leur reconnaissance.
Nous ne pouvons passer l’un d'eux, sans le mentionner, car il ajoute, à tant d’autres, un trait remarquable de bienfaisance à la mémoire de M. Perrault,
Son petit-fils, Albert Bender, ayant rencontré dans les rues de la ville un jeune enfant d’une douzaine d’aninées;, récemment immigré, qui pleurait, ne sachant où trouver un abri, l’amena à l’Asile Champêtre, où il fut reçu temporairement. M. Perrault le prit sous sa protection, le fit instruire à ses écoles, et étant satisfait de la conduite de l'élève, il l’avait tous les dimanches chez lui dans sa famille, Ille plaça ensuite parmi les clers de son greffe, De là le jeune homme fit son chemin et devint greffier du Conseil exécutif à Ottawa, où il termina ses jours. C'était feu M. Hiñsworth, un digne homme, qui jamais n'oublia son bienfaiteur.
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Muis le plus beau, et un des souvenirs les plus heureux de la bienfaisance de M. Perrault, se rattache à notre historien national, François-Xavier Garneau. Il recueillit tout jeune, chez lui, cet enfant du peuple dont les parents pauvres ne pouvaient subvenir à l'éducation, et ce fut ‘“ La Cousine ” qui lui enseigna ses premières lettres, avant d'entrer à l’école du faubourg Saint-Louis (1). Aussi lorsque l’auteur de ‘‘ l'Histoire du Canada ” en publia le premier volume, il s’empressa d’sü faire hom-
(1) Feu l’honorable François Evanturel était sxu et compagnon de M. Garneau, et n’avait pas oublié les traits de la discipline militaire de l’école dont ce dernier citait des exemples. Tous les exercices de classe se faisaient au mot de commandement.
mage d’un exemplaire à sa première institutrice, en l'accompagnant d'une lettre datée du 15 novembre 1845, dans laquelle il lui témoigne sa reconnaissance pour ses premières leçons, et aussi envers son bienfaiteur, ajoutant qu'il s'était efforcé de profiter du fruit de ses écoles.
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La position de M. Perrault, comme un des citoyens les plus marquants de la ville, le mettait en rapport avec la meilleure société à laquelle il se mélait volontiers. Il avait su gagner l’estime et la confiance des divers gouverneurs de son temps, même il était lié d'amitié avec quelques-uns d’eux, entre autres Sir John Sherbrooke et Lord Aylmer,
En politique, il avait pris pour base inébranlable son serment d’allégéance à la couronne d'Angleterre et il était sujet anglais, loyal jusqu’au bout des ongles, Cependant, il était demeuré attaché, comme Canadien, à nos institutions, notre langue et nos lois, comme pas un. Mais il avait appris à apprécier les privilèges et la liberté de sujet britannique dans toute leur étendue ; ayant connu les deux régimes, il savait en jager.
Lorsqu'à la suite de la rébellion de 1837, on discutait la question d'opérer l’union du Haut et du Bas-Canada, il s’y opposa entièrement, de même qu’un grand nombre de Franco-Canadiens. En parlant de l’inhabilité des gouvernants d'alors, il observait avec beaucoup de bon sens : ‘‘ Ils ne sont pas capables de gouverner une pro- ‘“ vince, comment vont-ils en gouverner deux ? ”
Avec une indépendance de caractère innée chez lui, M. Perrault ne se gênait pas de dire sans ambages son opinion sur les hommes et les événements sans toutefois chercher à froisser qui que ce soit, L’assurance dans son dire, le respect attaché à sa personne, son âge et son expérience, joints à son excellent jugement, en imposaient, ét lui permettaient son franc parler.
Sa conversation, pour être ordinairement du genre calme et sérieux, n’en était pas moins agréable, humoristique et intéressante, à cause d’une tournure d’esprit particulière à lui, piquante et originale, animée par des saillies vives et des expressions à l’emporte-pièce, d’un naturel inimitable, comme dans Lafontaine. Quelquesuns de ses descendants d'aujourd'hui en tiennent en peu.
L’uniformité et la placidité de sa vie habituelle dénotaient en lui l’homme réfléchi, mûri dans des principes fixes, toujours maître de soi, communiquant sa pensée dans un butraisonné et tournant sans cesse du côté utile et pratique. Les discours oiseux, les propos frivoles ne trouvaient pas place dans son esprit, tant l'emploi de ses heures était réglé et fixé pour une occupation profitable, car il tenait à n’en perdre aucune occasion.
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Parvenu à l’âge avancé de 80 ans et voulant assurer, en vue de sa fin prochaine, l'existence de ses divers
établissements d'écoles, leur fondateur exposa à la Législature : “ Que depuis 1821 il s'était constamment occupé des moyens de promouvoir l'instruction publique dans la province, qu’il n'avait épargné ni son temps, ni ses talents, ni son argent ; en sorte qu'il se trouvait à la tête de trois établissements destinés à cet important objet : le premier une école élémentaire pour les garçons ; le second, une autre école pour des jeunes filles; le troisième, un établissem”nt où l’on enseigne l’agriculture théorique et pratique sur une ferme modèle, dans le comté de Québec, affermée par lui de M. Juchereau Duchesnay, et qu’il a fourni d'instruments aratoires, d’ustensiles de cuisine et de ménage, ainsi que de linge pour l'usage des maîtres et des élèves, de livres, de globes, de télescopes, etc. Que la balance des déboursés qu'il a faits sur ces objets, déductions fuite des gratifcations de la Législature, des souscriptions et donations de quelques individus, se monte à £1259-1-2. ;
“Qu'il estime ces établissements très propres à former des maîtres et des maîtresses d'écoles, ainsi que des professeurs d'agriculture qui, répandus dans les campagnes, propageraient les éléments de la lecture, de l'écriture, de l’arithétique, aussi bien que la pratique aux jeunes filles des ouvrages propres à leur sexe, d'après la méthode ia plus simple, la plus expéditive et la plus économique ;
“Que près d'atteindre sa quatre-vingtième année, ilne peut espérer voir réaliser de tels projets, qui demandent du temps, il scrait disposé à faire cession et abandon de
ces établissements à la Législature, à la charge de remplir ses vues et de lui rembourser ses capitaux, ce qui épargnerait les gratifications que la Législature donne à quelques maîtres privilégiés pour former des élèves ; Que dans le cas où cette proposition ne serait pas admise, il se bornerait à demander une aide annuelle qui puisse lui faire supporter les dépenses des deux premicrs établissements et le remboursement du capital de £474, 11.5. p. qu’il a mis sur le dernier, qu'il a entrepris sur la foi publique ;
“Qu'il serait digne de la justice de pourvoir au paiement
du prix du bail de M. Duchesnay, et si à cela elle ajoutait deux ou trois cents louis pour payer la pension et l’instruction des enfants dont les parents ne sont pas assez fortunés pour le faire, il ne fuit aucun doute que ces ivantages, joints aux revenus de la ferme, ne soient un puissant moyen pour encourager l’habile professeur qu'il a mis à la tête de cet établissement, (M. Amury Girod) de le maintenir sur un pied respectable. (Jour. C, d’as, 23 nov. 1832, p. 82).
Bornons-nous à le constater. Les chambres ne concoururent pas dans ce dessein, et laissèrent à M. Ferrault la charge de continuer seul ses fondations comme il le pourrait.
L’agitation politique commencée peu après et qui devait aboutir à la rébellion de 1837-8 sembla absorber toute l'attention. Le refus persistant et prolongé de la Législature de voter les subsides priva M. Perrault de la modique subvention qu’elle lui accordait pour ses écoles ; .et le dérangement survenu dans sa fortune, qui
lui enlevait les facultés pour continuer ses œuvres, furent cause qu'elles commencèrent à périditer et finirent par périr. Les arrérages accumulés de sa subvention furent perdus pour lui et le laissèrent endetté d'autant. Un malheureux cautionnement pour un parent et ami acheva sa ruine, comme nous l’allons voir décrite par lui-même dans son exposé ci-après. L’infortune vint jeter un nuage sur les derniers jours de sa paisible carrière,
C’est alors que parvenu à l’âge de 86 ans, envisageant sa fin prochaine et le sort de sa famille affligée qui dépendait entièrement de lui, il exposa à ses enfants, sous forme de testament, l’état de ses affaires par une lettre du 8 février 1839, laquelle parle par elle-même.
“ Mes chers grands et petits-enfants,” leur dit-ils :
“ Pour tranquilliser vos angoisses et rétablir l’ordre et la confiance qui doivent règner dans la famille, je vous donne ici un précis des causes qui ont amené la saisieexécution de mes biens meubles et immeubles.”
‘ Le jugement que le gouvernement a obtenu contre M. de G...., ci-devant shérif de ce district, et contre moi, sa caution, a été le commencement de ma ruine ; le manque de session du parlement provincial et sa dissolution n'ayant pas statué sur mes réclamations d’arrérages de la gratification qu'il m’auccordait annuellement pour le soutien de mes écoles, ainsi que le remboursement de mes avances pour l'établissement d’une ferme modèle ; ”
“ Le manque de la tenue de la cour d'appel pour juger
la validité ou invalidité du testament de M. de G...., père, qui voyant le délabrement des affaires de son fils, (1) l’a en quelque sorte déshérité, en faisant une substitution en faveur de ses petits-enfants, privant les créanciers de ce dernier de leur recours sur les biens nobles de ce dernier, a couronné l’œuvre pour le moment et m'a mis hors d'état de payer mes créanciers, qui se sont fatigués d'attendre et ont levé une saisie-exécution afin d’être payés; mais ils ne peuvent point revenir contre aucun de vous pour les avancements d’hoirie que je vous ai faits, et vous pourrez toujours renoncer à ma succession si, lors de ma mort, elle est plus onéreuse que profitable, et vous en tenir à ce que je vous ai donné. Dans ce cas il ne s'agira que de faire entre vous un tableau d’égalisation qui est actuellement comme suit : ”?
Ce tableau porte l'avoir d’égalisation de chacun de ses cinq enfants survivants à la somme de £2,202.10.5., en avancement d’hoirie.
Le partage subséquent de sa succession put ajouter à la part de chacun £313.19.8 pour leur part d’héritage, c’est-à-dire la faire de $9065 en tout pour chacun d'eux.
Ceci est mis au jour pour faire voir que, tout en faisant de grands sacrifices pécuniaires pour ses écoles, le philanthrope avait pris soin des siens en bon père de famille, En même temps cet exposé servira à fermer la bouche à tels de ceux qui préférant le lucre à l'honneur, seraient tentés, par un vil sontiment d’égoïsme, de
(1) Ce fils, trop confiant, avait été trop imprévoyant et trop indulgent envers ses amis,
répéter que M. Perrault aurait mieux fait de donner à scs enfants plutôt qu’à ses écoles.
Cependant tous ses enfants et petits-enfants reçurent une bonne éducation et furent élevés sous ses soins. Son fils, le Dr. Perrault, étudia à Edimbourg, où il fut diplômé et reçu membre de la Société Royale et Médicale d'Edimbourg ; le col. Perrault, son autre fils, devint greffier de la Paix à Québec, et ses quatre filles furent toutes pourvues par mariage. Qui oserait aujourd'hui reprocher à un si bon père les bienfaits qu'en sus il & pu départir à tant d’autres enfants qui ont béni son nom depuis ?
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Disons un mot de sa personne, pour ceux qui ne l’ont point connue, car il en reste très peu de son temps pour se la rappeler.
Sa stature était un peu au-dessous de la moyenne, mais il était bien proportionné, vigoureux, droit, alerte ; son teintétoit chaud et animé ; l’œil brun, vif; le regard tant soit peu voilé, mais décidé et pénétrant ; le nez prononcé et aquilin, la bouche ferme, Sa santé était parfaite; on ne le voyait jamais malade, mais toujours frais et dispos.
Dans sa mise toujours propre et sans afféterie, il conserva longtemps le costume des gentilshommes français de l’époque de la conquête; habit à basques en velours de couleur, gilet de satin blanc broché de paillettes d'or, jabot en dentelle, bas de soie et souliers à boucles, perruque blanche. Sur ses dernières années l’habit noir
ayant prévalu, il l’adopta pour suivre la coutume. C’est ainsi qu'il est représenté dans les quatre ou cinq portraits qu'a peints Dulongpré.
Après une vie si bien remplie, après tant de dévou3ment au bien public et d'œuvres de bienfaisance si utiles et si méritoires, il semble que la mémoire de ce digne citoyen ne devrait pas être laissée dans l’oubli. On ne peut guère citer à la génération future un meilleur modèle pour toutes les classes de notre peuple.
Le pays a élevé des statues à quelques-uns de n08 hommes marquants, et il a bien fait. Cependant, il serait difficile de ne pas admettre que le vénérable Joseph- François Perrault, le père de l'éducation du peuple canadien, n’a pas mérité, comme eux, d’être honoré de quelque manière que ce soit.
Espérons que la province de Québecsaura reconnaître le mérite do cet homme de bien par quelque monument publie qui rappellera le souvenir des bienfaits que sa modestie refusait d’étaler, mais qu'on ne saurait trop mettre en lumière à l'avenir.
De son vivant, il n’a jamais recherché une vaine gloire ; en vrai chrétien, il espérait une autre récompense de ses œuvres.
Il avait foi dans ces paroles que l'Écriture Sainte applique à ceux qui, comme lui, ont vécu et se sont endormis dans le Seigneur :
Opera enim illorum sequuntur illos.
C’est une application plus étendue encore et plus permanente que celle que comporte le beau vers latin de Visile, cité par M Bibaud dans son éloge de M. Perrault,
que nous avons reproduit ci-devant: Par delà elle est éternelle.
Nous ne pouvons mieux finir ce travail qu'en donnant la liste, aussi complète que possible, des ouvrages et écrits de M. Perrault. C’est la meilleure manière de terminer son éloge.