CHAPITRE PREMIER
Origine de la famille de J.-F. Perrault. —— Sa généalogie en Canada et sa position sociale. — Descendance de J..F, Perrault.
Il y a plusieurs familles Perrault en Canada de souches différentes.
La famille Perrault dont nous parlons compte parmi celles des plus anciennes qui se soiont établies en la Nouvelle-France. Elle ÿ a tenu de tout temps un rang distingué par elle-même et par ses alliances. Elle a fourni des magistrats intègres ; des ministres des autels dignes de leur haute vocation ; des négociants probes et entreprenants ; des citoyens honorables et utiles dans diverses carrières, Elle s’honore, entr’autres, du nom d’un vrai philantrope dans la personne du vénérable Joseph-François Perrault, Ses contemporains et la pos-
térité l'ont classé parmi les principaux bienfaiteurs de SOn pays. Il restera connu sous le nom patriarcal de grand-père Perrault et de père de l'éducation du peuple canadien, qu’ils lui ont décerné de son vivant. C’est sur lui que nous désirons attirer plus spécialement l'attention pour rendre justice à sa mémoire, en le signalant comme un des plus beaux exemples à imiter, Nous nous bornerons quant aux autres membres de la lignée des Perrault à les mentionner simplement dans le tableau généalogique qui accompagne ce volume. Nous ajouterons brièvement en passant une notice de ceux qui ont acquis une prééminence digne d’être remarquée.
Comme ïil existe déjà une biographie de Joseph- François Perrault, écrite par lui même vers la fin de sa carrière, à la suggestion de Lord Aylmer, alors gouverneur du Canada, nous ne pouvons mieux faire, par déférence pour l’auteur, que de la reproduire intégralement, sauf à la développer plus au long. Elle a été reproduite il y a plusieurs années, dans “ L'opinion Publique ”, à la demande de l'honorable M, Chauveau, alors surintendant de l’Instruction publique. Il voulait par là rendre un témoignage de reconnaissance à la mémoire d’un canadien-français, homme de cœur et de grand mérite, qui avait passé sa vie à faire le bien de ses compatriotes.
M. Prosper Bender, médecin à Boston, E.-U,, arrière-
petit-fils de M. Perrault, a aussi publié une vie de son aïeul, qu'il a intercalée dans son livre intitulé: “Old “ and New Canada, 1753-1844, Historical Scenes and
“ Social pictures, or the life of Joseph François Perrault, Montreal, Dawson brothers, publishers, 1882”.
Cet ouvrage, de langue anglaise, comme son titre l'indique, contient un aperçu historique de la période comprise dans l’époque ainsi indiquée, En somme, il se rattacho plus spécialement à la vie de M. Perrault et à ce qui intéresse plus particulièrement ses descendants, La lecture de ce livre est instructive et attrayante, L'auteur peint au naturel l’époque qu'il a entrepris de décrire et la fait voir sous un jour favorable, au moyen de tableaux pris sur le vif dans la société et au milieu du mouvement de la vie ordinaire d’alors. Il rend justice, sans flatterie ni exagération, à la mémoire de son aïeul, qu’il considère digne de l’admiration et de la reconnaissance de la postérité, En effet, chez celui-ci on découvre, sous des dehors simples et modestes, un sage, un philantrope, un patriote, un bieufaiteur public; une personnalité à part, douée d’une intelligence vive, claire et rette, On aperçoit une tête saine, remplie de bon sens et de sagacité; un esprit ferme, persévérant et pratique. Mais par dessus tout on lui reconnait le cœur droit de l’homme de bien et l’âme pure du bon chrétien. Ses travaux habituels et incessants s'accomplissaient avec une régularité méthodique et une persévérance constante, Ils étaient dirigés vers un but unique : être utile à tous en toutes choses et opérer le plus grand bien de ses semblables, dans la mesure de ses forces, toujours sans bruit et sans éclat, dans le simple but de plaire à Dieu, @&a4 gloriam Dei: telle était sa devise. Toute sa longue car-
rière le fait voir dans ce véritable caractère qui ne s’est jamais démenti.
En parcourant la vie de M. Perrault, telle que luimême l’a écrite, avec la modestie et la franchise d’un mérite qui se connait et ne craint pas le reproche de vanité, on viendra à cette conclusion : on ne nourra s'empêcher d'admirer la candeur du récit et la simplicité pleine de bonhommie avec laquelle il parle de lui-même. On trouvera de plus un agrément nouveau en lisant plus tard les charmantes pages de M, Bender.
Mais la généralité des lecteurs canadiens ne lit pas la langue anglaise et se trouve privée du fruit qu’elle pourrait recueillir du travail de ce biographe.
Nous croyons qu’en suppléant à cette privation et en mettant à la portée des cultivateurs ct des enfants d'écoles, même d’un bon nombre d’instituteurs, la vie du grandpère Perrault, on pourra profiter des exemples qu'il a donnés d’une manière si pratique dans son instruction primaire et ses leçons contenues dans ses livres classiques et dans ses traités d'agriculture, Ajoutons que c’est un devoir de reconnaissance de mettre en lumière les œuvres dont son pays a profité, et de perpétuer le nom d’un de ses principaux bienfaiteurs.
La modestie de M. Perrault n’a fait qu’effleurer en passant ce qu’il a écrit sur ses écoles où il n’a parlé que peu de sa personne et de ses œuvres. Il mérite que l’on fasse connaître les détails de ses nombreux travaux, sa préoccupation constante pour l'éducation de la jeunesse, comme aussi les traits caractéristiques d’une personnalité remarquable sous bien des rapports.
En énuméraut les efforts qu'il a faits et les succès qu'il a obtenus pour l’avancoment de l'éducation, nous aimerions à les faire apprécier à leur juste valeur et à en perpétuer le souvenir.
Depuis plus d’un demi-siècle que M. Perrault a quitté cette vie, il ne reste que bien peu de personnes qui l’ont connu, si ce n’est quelques rares survivants parmi les enfants qui ont suivi ses écoles. Ses contemporains ont depuis longtemps disparu de la scène de ce monde.
C'est pourquoi nous nous hâtons de mettre à profit les renseignements que nous avons puisés chez lés témoins qui vivent encore et qui ont vu et connu M. Perrault comme élèves duns ses fondations scolaires. Nous pourrons ainsi conserver les traditions qu'il nous ont transmises,
Le dévouement à la cause de l'éducation du peuple, bien plus que l'éclat des armes et les succès dans l’arène politique, mérite d'être apprécié à sa véritable valeur, et les noms des éducateurs de la jeunesse qui, les premiers, ont défriché, en Canada, le champ inculte où naît la civilisation, devraient passer à la postérité la plus reculée.
‘“ En effet, dit le Dr, Moilleur dans son Mémorial de l'Education dans le Bas-Canada, P. Q., quelque soit la carrière particulière que nos jeunes gens instruits se proposent d’embrasser, ils ont be:oin, surtout ceux qui se destinent à jouer un rôle sur la scène du monde actif, de connaître les hommes généreux et dévoués auxquels ils doivent le bienfait inestimable de l'instruction et de l'éducation. Anciens et modernes ce sont des hommes d’un mérite réel et éminent, et nous ne pouvons trop le
reconnaître. Nôus leur devons l'avantage précieux d’avoir mis en plus grande estime parmi nous toutes les vertus sociales et chrétiennes, d'y avoir perpétué l'aménité des mœurs françaises, d’y avoir propagé l’amour du travail et de la vertu, d’y avoir fait naître le goût de la gloire littéraire, de l’y avoir nourri et entretenu, et d'y avoir élevé les lettres, les arts et les sciences au niveau de ce qu’il y a de plus noble et de plus digne dans le monde moral et intellectuel.”
M. Perrault n’a pu voir de son vivant tous ces brillants résultats ainsi développés, mais il les a préparés et prévus en y contribuant pour sa large part.
C’est ce que nous espèrons démontrer à sa louange dans le cours de ce récit.
Le premier ancêtre de la famille de Joseph-François Perrault, qui a fait souche en ce pays, émigra de France au Canada vers 1705. Son nom était François. Ilétait fils de Jacques-François Perrault, maître-chirurgien, de la paroisse Saint-Jacques, en la ville de Cosne-sur-Loire, diocèse d'Auxerre, en Bourgogne ; né vers 1750 et décédé en France avant 1715. De son mariage avec Marguerite Caché naquit en France,vers 1685,— François susnommé, marchand-forain qui vint s'établir à Québec, et y épousa, Je 22 novembre 1715, Susanne Pagé de Carcy, née en 1690 et décédée le 18 juin 1733.
De ce mariage naquirent les enfants suivants :