CHAPITRE IX
La Charité.
On confond souvent la charité avec l'aumône, ce qui est une erreur. Cependant, comme l'aumône constitue une forme de la charité, c'est par elle que je commencerai. Il faut savoir donner son superflu et parfois même son nécessaire. Nous organisons notre vie selon notre fortune, nous faisons quelques économies afin de parer aux coups imprévus, maladie, etc., c'est la simple prudence, mais il y a deux sortes de nécessaire : celui de la vie variant selon les individus, nourriture, vêtements, etc., celui de la situation constituant un luxe relatif, obligatoire dans certaines fonctions publiques.
C'est à ce dernier que j'ai fait allusion en disant qu'il fallait sacrifier le nécessaire de la situation pour soulager les grandes détresses. Nous n'arriverons jamais à un résultat complet ; le problème social reste toujours posé, embarrassant les économistes eux-mêmes. Qu'importe! nous aurons fait notre devoir et atténué quelques souffrances. Pour le moment bornons-nous à
étudier la charité et à l'envisager dans toute son étendue. Elle a d'abord un rôle négatif qui consiste à éliminer la médisance, les jugements téméraires, etc.
Écoutez le langage de saint Paul : « La charité est indulgente, inclinant à voir le bien, elle est douce, patiente, aimable, généreuse. »
Elle embellit la vie commune, écartant toute parole blessante ou amère et faisant régner l'aménité.
Un charme de perpétuelle sérénité se dégage de l'âme charitable. Amie des pauvres et des malades, elle ne se lasse jamais de répandre autour d'elle la consolation et la joie. Aucune misère physique ou morale ne la rebute. Loin de mépriser lespécheurs, elle les réconforte et les relève.
Quand vous rencontrerez des compagnes dévoyées, humiliées, ne les condamnez point. Inclinez-vous vers leur détresse, car la virginité de Marie peut tendre la main au repentir de Madeleine. Souvenez-vous surtout que, dans le chemin de l'amour, on ne s'arrête qu'au sommet du Calvaire afin d'y recueillir la suprême leçon d'indulgence et de pardon.
La charité est le dernier mot du christianisme qui grave dans notre cœur l'éternelle loi de fraternité.