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CHAPITRE IV

La journée du Dimanche.

Voici votre journée, elle vous appartient tout entière pour vous délasser ; cependant Dieu en demande la première pensée et la première action afin que votre âme se ressaisisse et se repose ; elle aussi est épuisée par les soucis matériels, courbée vers la terre où elle se traîne lourdement, et le Seigneur entrouvrant le voile qui nous cache les secrets de nos bonheurs futurs la rafraîchit, la fortifie, la console. Ne considérez pas l'obligation d'aller à la Messe comme une simple règle disciplinaire ; c'est une nécessité morale, un commandement émané d'une loi de sagesse et d'amour. Si vous voulez que je remonte à l'origine même de ce sacrifice, je vous rappellerai le fait évangélique dans sa grandiose simplicité.

C'était le jour de la Pâque juive, le Christ avait réuni ses Apôtres au Cénacle afin de manger l'Agneau pascal. A la fin du repas qui devait précéder sa mort, il prit une coupe où il y avait du vin, il la tendit à ses disciples et leur dit :

« Voici le vin de la nouvelle alliance, celui qui transforme et fortifie les âmes, buvez-en tous, ceci est mon sang. Dans quelques heures il sera répandu pour la rémission des péchés d'un grand nombre. » Il rompit aussi le pain en leur disant : « Ceci est mon corps. Demain vous le verrez attaché à la croix, percé de clous, broyé comme ce pain qui vous sert de nourriture. Alors tout sera consommé. Chaque jour vous offrirez le calice et l'hostie. » Les prières de la Messe ne sont, en effet, qu'une préparation à la parole mystérieuse et puissante qui transsubstantie le le pain au corps du Christ et le vin en son sang.

Comprenez-vous maintenant l'importance de cet acte cultuel? Ce n'est plus nous qui prions, mais Jésus ; ce ne sont pas nos propres mérites qui crient miséricorde, mais les mérites de Jésus et nous participons à la scène du Calvaire.

Saint François de Sales dans son gracieux langage, appelle la Messe « le Soleil de la piété, le centre autour duquel gravitent tous nos actes ». Que votre journée du dimanche soit éclairée par ce divin Soleil, surnaturalisée, transformée; loin d'en être attristée, elle prendra un nouvel éclat.

L'après-midi sera facile à employer si vous avez de la famille.

En hiver, vous pourrez visiter les monuments de Paris : Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, le Musée du Louvre, Carnavalet, le Luxembourg où vous admirerez les chefs-d'œuvre de tous les

maîtres ; Raphaël, Véronèse, Rembrandt, vous initieront à l'art le plus pur. A Cluny, vous verrez des meubles de toutes les époques. Vous retrouverez aux Invalides le souvenir de nos gloires militaires; à Versailles, celui de notre histoire à son époque la plus brillante. Vous revivrez les spectacles enchanteurs et féeriques des fêtes au Trianon. Vous visiterez les appartements de nos rois et la chapelle où Bossuet leur prêchait déjà « l'éminente dignité du pauvre » et brisait leur orgueil de toute la puissance de son éloquence.

En été, les ressources sont plus grandes encore. Promenades dans la banlieue, journées au grand air, etc.. Si vous êtes seule, les patronages vous offrent asile ; vous y prendrez contact avec les jeunes filles et les dames qui s'en occupent. Elles adouciront vos détresses, amélioreront votre sort, s'intéresseront à votre avenir, sans négliger de vous distraire. Vous apprendrez dans ces réunions intimes divers arts d'agrément. On développera votre intelligence en vous invitant à prendre part à des cercles d'études où sont discutées les questions sociales et morales les plus intéressantes.

Vous trouverez, dans quelques patronages, des tennis, des croquets, des jeux en plein air vous permettant de passer agréablement votre temps.

Quelques-unes d'entre vous ont aussi l'occasion d'aller au théâtre. Je ne blâme pas le théâtre

en lui-même. Autrefois on y représentait des grandes tragédies antiques, des moralités amusantes et utiles, mais nos mœurs Tout rendu dangereux et souvent corrupteur.

Restez prudente à cet égard, n'allez pas dans les théâtres réputés mauvais et demandez conseil à votre directeur. Tel spectacle inoffensif pour certaines natures devient dangereux pour

d'autres.

Ayez assez de force de caractère pour haïr le

mal jusque sur nos scènes parisiennes. Faites le

succès des pièces nobles et des idées généreuses

et là encore vous jouerez votre rôle dans la lutte

du bien contre le mal. Je crois avoir énuméré de

nombreux moyens de vous distraire. Profitez

sainement et saintement de votre jeunesse.

Voilà le résumé de ce chapitre.

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