CHAPITRE VII
La Communion.
En ce temps-là, Jésus étant suivi d'une grande foule, se mit à l'enseigner et lui dit : « Vous me cherchez à cause de miracles que vous avez vus ; parce que vous avez mangé cinq pains multipliés par moi et que vous avez été tous rassasiés. Travaillez pour avoir non la nourriture qui périt, mais celle qui demeure pour la vie éternelle et que le Fils de l'homme vous donnera, car Dieu le Père a mis son sceau sur Lui. » Ils lui dirent : « Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L'œuvre de Dieu est que vous croyiez à Celui qu'il a envoyé. » Suivez avec attention ce passage du saint Évangile. Dès le premier abord, vous serez frappée de la portée de chaque parole; c'est un exorde merveilleusement composé, une gradation d'une sûreté divine qui va nous amener insensiblement au plus grand mystère religieux.
Jésus vient de faire des miracles ; Il a donné des preuves de son pouvoir absolu sur les éléments. Il a nourri cinq mille hommes avec cinq pains, et la foule en délire le suit et l'interroge.
Ecoutez bien la réponse du Christ. Il ne leur demande ni la science, ni le raisonnement, ni même la vertu, pour bien indiquer qu'une seule chose est nécessaire.
« L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en moi, » s'écrie-t-il. J'ai guéri les malades, j'ai ouvert les yeux des aveugles, ressuscité les morts ; je viens de vousnourrir miraculeusement, mais tout cela n'est rien encore, ayez la foi, et je vous donnerai le Pain du ciel. Et voici que les Juifs enthousiasmés lui disent : « Seigneur, donnez-nous de ce pain ! »
La prière suit l'acte de foi ; si vous voulez vous aussi entrer plus avant dans ce mystère, il faut prier comme les Juifs prièrent, appuyer vos convictions sur une base solide, acquérir des preuves de la toute-puissance de Celui devant lequel vous allez incliner votre raison. Il a ressuscité Lazare, la fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïm, guéri les lépreux, calmé les flots en furie. Il a toutes choses entre les lesmains; vous pouvez donc croireet dire aussi : « Seigneur, je désire ce pain. » Alors Jésus reprit: « Je suis le pain de vie, celui qui vient à moi n'aura plus faim, celui qui croit en moi n'aura jamais soif. Vos pères ont mangé la manne et ils sont morts. Voici le pain descendu du ciel afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant, si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai,
c'est ma chair pour la vie du monde. » Ces paroles sont claires et nous savons tous que le Messie a été crucifié pour nous racheter, qu'il a abandonné son corps aux bourreaux, qu'il a été flagellé; mais ce n'est pas seulement le sens du discours que nous venons de lire.
Ce corps crucifié est un froment broyé et passé sur la meule afin de servir de nourriture à l'humanité. Ne vous écriez pas avec les Juifs que ces paroles sont dures à entendre, que nous ne pouvons nous nourrir d'un pain aussi matériel et que ce langage vous scandalise ! Pauvre esprit grossier! Ce que Jésus a voulu vous communiquer, c'est son esprit, c'est sa divinité pour soutenir votre faiblesse; et sa chair divine vous apporte le germe d'immortalité qui fécondera votre corps au jour de la résurrection.
Entrez pleinement et sans réserve dans la pensée chrétienne.
Durant dix-huit siècles on a cru à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, on v croit encore on y croira toujours. Si Jésus a institué ce sacrement sous la forme d'un pain, c'est avec un but spécial, car Dieu ne fait rien en vain. Il a voulu nous enseigner la nécessité de nourrir notre âme comme nous alimentons notre corps, de réparer nos forces morales comme nous reconstituons notre organisme physique. La Communion n'est donc pas une formalité, mais une nécessité, une habitude
chrétienne, et comme on ne fait bien que ce qu'on fait souvent, dit saint François de Sales, plus vous communierez, plus vous serez fervente. « Croyez-moi, ajoute-t-il, si le corps prend les qualités de la nourriture dont il use habituellement, comme nous le voyons dans les lièvres de nos montagnes qui deviennent blancs en hiver parce qu'ils n'y voient et n'y mangent que de la neige, vous verrez que, nourrissant souvent votre âme de l'auteur de toute beauté et bonté, de toute sainteté et pureté, elle deviendra à ses yeux toute belle, toute pure et toute sainte. »
Surtout ne dites pas que le temps vous manque pour vous préparer à recevoir ce sacrement; ce ne sont pas quelques prières qui disposent à la Communion, c'est la vie, l'effort quotidien, la lutte, l'énergie, l'honnêteté, la souffrance de chaque jour.
Lorsque vous serez à l'église, ne cherchez pas les impressions extraordinaires, acceptez la consolation, mais ne vous effrayez pas de la sécheresse. Prenez votre livre d'Evangile, méditez quelques versets ou suivez l'action du prêtre à l'autel. Après la Communion parlez à Notre- Seigneur comme à un ami, c'est bien vraiment le charpentier de Nazareth vivant de notre vie. Si vous êtes troublée par votre travail, distraite et préoccupée, racontez-lui tout cela; jetez vos peines à ses pieds et emportez-le dans votre cœur afin qu'il vous soutienne, qu'il vous conseille, qu'il vous sauve.