ALPHONSINE PLESSIS
Née le i^ janvier 1824 Décédée le 3 février 184J
De Profundis
Au sommet, une urne de fonte, où jadis croissaient sans doute quelques fleurs... Une couronne de Camélias s'y balance toujours, un peu déteinte par les intempéries. C'étaient les fleurs chères à la morte, qui s'en paraît chaque soir pour rehausser l'éclat de sa beauté. D'autres couronnes restent accrochées au coin du cénotaphe.
Que de gens ont inscrit leurs noms sur cette
pierre, leurs prénoms surtout ! Çà et là des roses et des marguerites fanées, petits bouquets de deux sous, jetés par des mains pieuses, par pitié pour celle que Ton doit aimer parce qu'elle-même a beaucoup aimé.
Certes, cette tombe n'est pas délaissée encore. Un vieux gardien du cimetière m'a dit avec quelque humeur :
— La Dame aux Camélias ?... Ah ! oui, elle nous donne assez de mal, celle-là, et cependant, il y a cinquante ans qu'elle est morte. Il ne se passe pas de jour où l'on ne vienne me demander sa pierre, bien qu'elle soit fort commune. On apporte des fleurs, parfois même une couronne : la dernière a été déposée il y a deux ans.
— Alexandre Dumas visitait-il la tombe de la Dame aux Camélias ?
— Jamais je ne l'ai vu, Monsieur, et pourtant il venait ici assez fréquemment, car la plupart de ses parents y reposent, et lui-même est inhumé aujourd'hui dans ce cimetière. Je connaissais bien M. Dumas et j'ai lu sa Dame aux Camélias ; or, il y a dix-huit ans que je suis gardien, et je le répète encore je ne l'ai jamais vu s'approcher de cette
tombe. J'ajoute qu'elle n'a pas toujours été en cet endroit; l'on m'a dit que les restes d'Alphonsine Plessis furent transférés du vieux cimetière Montmartre.
Cette translation, Alexandre Dumas l'a signalée dans le roman. Elle fait l'objet d'un chapitre poignant (page 49).
Quelle avait donc été la vie réelle de cette héroïne fameuse? Alexandre Dumas mentait-il en disant au début de son ouvrage : « N'ayant pas encore l'âge où l'on invente je me contente de raconter. J'engage donc le lecteur à être convaincu de la réalité de cette histoire donttous les personnages, à l'exception de l'héroïne, vivent encore. »
J'ai voulu connaître les détails de cette existence aventureuse, et ayant pu les fixer après de sérieuses recherches, j'ai pensé qu'ils seraient de nature à intéresser le public, — ce public qui s'est ému et se passionnera longtemps à la lecture du roman, à l'audition du drame. A défaut d'autres qualités, mon récit aura du moins le mérite d'une entière sincérité.