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LE PERE

Pendant les premières années de la Révolution, au petit village de Lougé-sur-Maire (Orne), une femme, jeune encore, se vendait quelques heures au mieux offrant, et avec l'argent de l'amour, se grisait de cidre. C'était la Guénuchetonne, terme de mépris qui doit venir sans doute de guenippe. Une vraie guenille en effet que cette Louise-Renée Plessis, le teint rougi par l'alcool, les traits fatigués et le front ridé par les veilles.

Courtisane des Champs, vendeuse d'amour — et de quel amour! — à tout venant, cette fille objet de mépris avait, ce qu'on dit au pays normand, mal tourné. Ses parents, Claude Plessis et Marie

Lejeune, honnêtes cultivateurs à Lougé, en moururent de chagrin, paraît-il.

Or, vers ce temps-là, vivait au même village un jeune prêtre, Louis Descours, entré dans les ordres contre sa volonté, ou plutôt parce que sa famille le désirait...

Destinée implacable, il s'éprit violemment de la Guénuchetonne, cette créature hideuse, n'ayant plus ni sexe ni âge, comme toutes les prostituées de bas étage. Il l'aima et sans écouter la voix impérieuse du devoir que lui dictait sa conscience, comme les autres, il la prit...

Le 15 janvier 1700, elle mettait au monde un petit être, véritable enfant de l'amour, auquel le prêtre Philippe, vicaire de Lougé, donnait le nom de Marin, sur les fonds baptismaux de l'église du village.

Le vendredi, quinzième jour de janvier au dit an (1700), a été baptisé par nous vicaire soussigné, un garçon né d'aujourd'hui de Louise-Renée-Plessis et d'un père inconnu, et qui nous a été présenté par Marie Durand, femme de Charles Fourneaux, assistée de Marie Lejeune, femme de Claude Plessis, père et mère de la susdite Louise-Renée Plessis, et a été nommé Marin par Joseph Mangeard et Marie Moulin, veuve de Pierre Aubry, parrain et marraine, qui ont déclaie

ne savoir signer, ainsi que la sage-femme qui nous a présenté l'enfant.

(Registres paroissiaux de Lougc).

La Guénuchetonne continua sa vie scandaleuse, le petit Marin fut élevé dans le taudis de sa mère, Dieu sait comme!

* Le père de l'enfant, dit M. de Contades, n'était innommé que sur les registres paroissiaux, et le prénom de l'aïeul paternel, Marin Descours, donné au nouveau-né, prouve qu'après tout l'on ne se cacha point trop de cette aventure galante. L'on était autrefois, dans les campagnes normandes, plein de singulières indulgences pour ces bâtardises, et le fils naturel d'un bourgeois ou d'un hobereau était ordinairement regardé par la fa mille comme un protégé obligatoire dont on avait moins à rougir qu'à prendre soin. Ce ne fut point, au reste, le cas avec la famille Descours, dont la générosité à l'égard du pauvre Marin semble s'être bornée àla faveur du prénom... Les bourgeois de Lougé eurent bientôt d'ailleurs à songer à autre chose et à sauvegarder leurs personnes et leurs biens pendant la terrible crise qui agitait le pays.

L'enfant grandit, un brave homme de fermier

le prit à son service, mais très joli garçon, Marin courtisa la fille de celui-ci, voulut la mettre à mal, et son maître le chassa.

Il se fit colporteur, et c'est au cours de ses tournées, qu'il rencontra et épousa la charmante Marie Deshayes.

C'était l'union du corbeau et de la colombe!...

Presque toujours l'hérédité est implacable. Le sort cruel qui fit une courtisane de Marie Duplessis, elle le devait au sang paternel et maternel, à la fois.

Fatalité! Fatalité! me disait M. Ch. du Hays. Chose strictement vraie. Si la chèvre broute où on l'attache, l'homme a les passions de son sang, et, quoi qu'il puisse faire, à moins d'une énergie indomptable, chose bien rare d'ailleurs, il apporte son avenir dans son berceau.

C'est pourquoi la Dame aux Camélias devait être tour à tour dépravée et sentimentale, vénale et désintéressée, mais conservant toujours les manières gracieuses de la grande dame et la religiosité galante d'un petit abbé du xvme siècle.

Cette complexité du cœur sensible de la belle courtisane, s'explique par le mélange encore trouble du sang de deux races dissemblables. La pauvre Marie en souffrit la première. Comme on le verra aux cours des chapitres qui suivent, parmi les joyaux et les fêtes, les dentelles et les parfums, les sourires et les fleurs, elle n'était pas heureuse. Le calcul et le mensonge ne triomphaient qu'avec peine d'une sensibilité exquise de femme, sa fierté native se choquait fréquemment de la prostitution de son corps. En pouvait-il être autrement?

Ses vices venaient de son père Marin le colporteur, de sa grand'mère l'odieuse Guènuchetonne, de son grand père Louis Descours.., Sa distinction de manières, ses qualités de l'esprit et du cœur, étaient sans aucun doute l'apanage des dames délicates du Mesnil et en particulier de son aïeule Mlle d'Argentelles.

Dans un article remarquable. M. le comte de Contadesa expliqué autrefois la source de ces dons précieux ou méprisables d'une jeune fille également noble et de basse roture. Avec son aimable autorisation, je détache ce passage intéressant entre tous :

« La plupart des mauvais instincts viennent assurément du côté Plessis : prostitution et débauche avec Louise la Guénuchetonne, vénalité et calcul avec Marin, le marchand ambulant ; héritage de mensonge provenant des deux ; de l'une qui trompait sur la sincérité de son amour et de l'autre qui fraudait sur la qualité de sa marchandise. La Dame aux Camélias « avait, dit M. Claudin, la manie de mentir... Un jour qu'on lui demandait pourquoi elle mentait, elle dit : « Le mensonge blanchit les dents ». L'abbé Descours est une figure si misérable et vraiment si effacée que de lui sa petite fille ne reçut peut-être rien, sinon cette religiosité vague et sentimentale qui se changea pourtant, à l'heure des suprêmes pardons, en la religion sincère de Mlle d'Argentelles. C'est du côté des Deshayes et surtout des du Mesnil que vint à la Dame aux Camélias ce qui fit d'elle une fille de cœur entre celles que l'on allait appeler bientôt les filles de marbre. Elle tint de son aïeule, Anne d'Argentelles,* cette distinction exquise, cette aristocratie de formes qui la signaient duchesse » pour qui ne la connaissait pas ; elle reçut d'elles aussi cette flamme d'amour véritable qui s'alluma dans son

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âme aux derniers jours de sa vie et forma autour de sa figure, dès qu'elle fût morte, une poétique aurore. Ce pur amour s'associa toutefois en elle à un instinct ménager provenant de sa grand'mère, Madeleine Marre qui, souvent, lui fit rêver une vie bourgeoise entre les comptes de sa cuisinière et les pantoufles de son amant ; car Alexandre Dumas le dit (i) et certes nous pouvons l'en croire, si, dans la réalité, elle n'a rien sacrifié à Armand, c'est qu'Armand ne l'a pas voulu, et c'est à son grand regret qu'elle n'a pas pu jouer le troisième acte de la pièce, celui de la maison de campagne de Chatou. Marie Deshayes dont la destinée ne fut guère moins fatale que celle de sa fille, lui transmit sans doute la résignation et le courage qui devaient la soutenir aux heures de honte et de souffrance ; elle accrut aussi assurément en Alphonsine Plessis la puissance de cet amour que deux femmes de sa race avaient si libéralement donné et que la Dame aux Camélias devait, tout en vendant son corps, garder si longtemps réservé dans un coin de son cœur. »

(1) Alexandre Dumas (A propos de la Dame aux Camélias) Théâtre. Calmann-Lévy, tome i, page 8.

La pauvre Marie Deshayes s'aperçut le soir même de ses noces combien elle s'était trompée en choisissant pour mari le beau colporteur Marin Plessis.

Quelques jours après, les jeunes époux allèrent se fixer a Nonant-le-Pin, gros bourg à deux kilomètres de Saint Germain, dans une maisonnette d'aspect misérable (i). au carrefour des routes de Rouen à Bordeaux et de Paris à Granville ; ils y installèrent un petit fonds de mercerie et d'épicerie que Marie géra, tandis que Plessis reprenait sa vie vagabonde de colporteur.

Ivrogne et jaloux à l'excès, il rudoyait sa jolie femme, abandonnant même ses tournées pour rentrer à l 'improviste à la maison.

(i) La masure n'existe plus aujourd'hui, ayant été abattue pour l'alignement de la route.

Marie versa bien des larmes et regretta de ne pas avoir suivi les sages conseils de sa famille. 11 était trop tard, et elle subit courageusement, avec une résignation vraiment angélique les brutalités de son mari.

Celui-ci, chicanier comme un vrai Normand, se querellant chaque jour avec ses voisins s'était rendu odieux à tous.

Après un an de mariage, Marie donna le jour à une fille, Delphine. Elle espérait voir cette enfant apporter le bonheur à son foyer attristé. Comme elle se trompait ! Marin qui désirait un fils déversa son mécontentement sur sa compagne, il la roua de coups.

La gêne était venue dans la boutique vide. La jeune mère ayant conçu de nouveau, mit au monde le 16 janvier 1824, à six heures du soir, une deuxième petite fille que l'on appela Alphonsine et qui devait être la célèbre Dame aux Camélias.

L'an mil huit cent vingt-quatre, le vendredi seize janvier, à neuf heures du matin, par devant nous, Jacques-Samuel Fossey, maire, officier de l'état-civil de la commune de Nonant, département de l'Orne, est comparu Marin Plessis, marchand, âgé de trente-cinq ans, demeurant dans ce bourg ; lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin, né d'hier, à

huit heures du soir, de lui déclarant et de Marie Deshayes, son épouse, demeurant avec lui, auquel il a déclaré vouloir donner le nom d'Alphoncine (sic). Les dites déclarations et présentations faites en présence des sieurs Auguste-Jean Cornet, marchand, âgé de trente-quatre ans, et Louis Lignel, boulanger, âgé de quarante-sept ans, tous deux demeurant en ce bourg, et ont, les témoins ainsi que le père, signé avec nous le présent acte de naissance, après lecture faite.

(Etat-civil de Nouant, 1824).

Les parrain et marraine de l'enfant furent Saulnier dit la Bruyère, maréchal à Nonant et Julie Deshayes sa tante.

Pauvre petite, son entrée dans la vie ne fut guère souriante, les fées ne couvrirent point de fleurs son berceau. Quant au colporteur, sa fureur devint si grande qu'il proféra contre sa femme des menaces de mort.

Ne vivant plus que d'expédients, le ménage Plessis se vit dans l'obligation de fermer bientôt boutique pour aller se fixer dans une chaumière, à trois kilomètres environ de Nonant, en rase campagne.

Que de tourments y subit la pauvre Marie ! Toujours ivre, ne décolérant pas, Marin finjuriait. la battait. 11 s'en prenait aussi à la petite Alphonsine.

Renvoyé de hameau en hameau à cause des emportements du mari, le ménage s'échoua enfin dans une maisonnette de la Castelle(i). C'est là que se passa, le soir de la fête des rois à Gacé, la scène qui devait mettre fin au martyre physique, sinon moral de la toujours belle et résignée Marie Deshayes.

Marin était rentré ivre de la foire il alluma un énorme feu de bois sec.

— Mais mon ami, lui dit Marie, tu vas brûler la maison.

— Et toi avec, je veux te rôtir, hurla-t-il. Et l'homme se jeta sur sa femme, essayant de l'entraîner vers la cheminée.

« Alors, dit un ancien ami de la Dame aux Camélias, M. Romain Vienne, de Nonant, commença un drame épouvantable. Marie, fort heureusement, ne perdit pas la tête ; aussi forte que courageuse, et comprenant l'horrible danger qui menaçait sa vie, elle se défendit avec une énergie décuplée par le désespoir ; pendant dix minutes elle put résister, en se cramponnant à la table et au bois du lit. Ses cris n'étaient pas entendus ; la maison la plus

(i)Sur la route de Nonant à Gacé.

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rapprochée était à deux cents mètres ; épuisée, presque évanouie, impuissante à lutterlongtemps, implorant la pitié de son bourreau, elle allait succomber, lorsque la porte s'ouvrit avec fracas ; un sauveur providentiel entrait dans la maison, enveloppait Plessis dans ses bras robustes et le réduisait à l'impuissance.

a Le sauveur était un jeune conducteur de messageries, de Nonant à Rouen. Il passait sur la route en voyage de retour, au moment même où le crime allait s'accomplir. Il avait arrêté son attelage, donné un coup d'épaule dans la porte, et s'était jeté sur Marin.

«Soudainement dégrisé et dompté, celui-ci n'osa souffler mot.

« Henry Aubert confia ses chevaux à un de ses voisins qui revenait de la foire de Gacé et conduisit Marie et ses enfants chez un ami parfaitement en état de les défendre. »

Pris de peur à l'idée que la gendarmerie allait être prévenue de cette atrocité, Marin diaparut du pays dès le lendemain.

La jeune mère confia ses deux enfants à sa tante Mesnil, de la Trouillère, village de St-Germain de Clairefeuille. Elle ne devait plus les revoir! La peur de son mari la força à se réfugier chez François Marre, dit Lano, à quelque cent mètres du château du Mesnil.

« Je me souviens qu'étant enfant, dit M. du Hays, j'allais la voir chaque jour, avec Madeleine Mesnil, notre domestique; elle me semblait belle comme une sainte et toutes les histoires qu'on me racontait d'elle me faisaient frémir. C'est la femme de Pluton me disait la servante, son mari veut la tuer, et si jamais il la trouve, il la tuera et tous ceux qui contribuent à la cacher. Si jamais vous

parliez, il brûlerait votre maison, empoisonnerait vos vaches. Aussi gardais-je scrupuleusement mon secret. Cependant, il ne fallait qu'un malheur pour que le misérable découvrit sa victime et elle ne pouvait demeurer toujours dans sa cachette de St-Germain,un petit couloir noirentre deux appartements d'une vieille maison, aujourd'hui convertie en étable.

« A force de réfléchir, ma mère finit par trouver une issue :

« Le célèbre Augustin qui avait autrefois entraîne et monté pour mon grand père, M. Neveu de Médavy, s'était retiré à Paris après la dispersion de cette écurie. Sa veuve devenue lectrice d'une grande dame anglaise vivait en Suisse. Comme nous étions demeurés en termes d'affection avec elle, feu ma mère lui écrivit, pour lui dépeindre la misère que nous avions sous les yeux et lui demander aide. Lady Henriette Anderson Yorborough trouvant dans le sort de cette malheureuse une grande œuvre de charité à accomplir voulut bien s'en charger. Mais comment courir les routes visitées constamment par Marin Plessis? Avec mille peines, mille subterfuges, on arriva à Laigle. On y cacha

la fugitive et profitant d'une diligence dans laquelle on avait préalablement retenu une place, on l'y jeta et elle arriva heureusement à Paris. Lady Anderson l'y attendait et s'efforça par mille soins, de lui faire oublier ses malheurs. »

Elle mourut à Genève, deux ans plus tard.

Quand sa mère la quitta, la petite Alphonsine avait huit ans. Marie Deshayes, femme de Louis Mesnil, couturière au village de la Trouillère, s*en chargea donc et servit de mère à l'enfant.

Plessis s'était engagé à lui payer huit francs par mois, mais naturellement il ne lui donna jamais rien. La charge était lourde et quand Alphonsine eût fait sa première communion, comme le pain manquait parfois à la maison, Marie Mesnil pria Plessis de reprendre sa fille. L'autre n'entendit pas de cette oreille, il resta coi et la pauvre petite dût mendier son pain.

Par les chemins elle s'en allait tous les jours, acceptant une aubole, un moiceau de pain, un verre de cidre, et rentrait le oir coucher chez sa

protectrice. Au temps de la moisson Alphonsine glanait de son mieux les épis perdus. Même on m'a dit qu'elle était un peu voleuse, opérant parfois sa cueillette dans les gerbes.

Elle ignorait si c'était bien ou mal. D'ailleurs son éducation du vice commençait. Les moissonneurs et moissonneuses avaient parfois devant elle des conversations libertines et des gestes lubriques. L'instinct de curiosité qui perd souvent la femme, aidant les tristes exemples de la vie errante des champs, fit si bien qu'un soir d'août, à douze ans, elle tomba dans les bras d'un garçon de ferme, à peine plus âgé qu'elle,

Apprenant cette incartade de sa nièce, la bonne tante Mesnil ne voulant point assumer plus longtemps une responsabilité qui croîtrait de jour en jour, ramena la fillette chez son père. Plessis s'en débarrassa à nouveau dès le lendemain, en la plaçant moyennant dix francs par mois chez une lingère de Nonant.

D'un bon naturel. Alphonsine se fit bientôt aimer de sa patronne, la fillette promettait même de devenir une excellente petite ouvrière, très adroite et fort laborieuse.

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Mais la fatalité était toujours là. Elle se révéla encore sous les traits de ce père honni qui, loin de développer chez son enfant des sentiments honnêtes et chastes, la voyant si délicate et jolie, chercha à mettre à profit cette distinction native.

Le premier dimanche de chaque mois, Alphonsine venait passer une heure à Saint-Germain. Son père, certaine sortie d'Août, la conduisit chez un vieux et riche célibataire d'Exmes, nommé Plantier, aux mœurs détestables. Marin revint seul après dîner, laissant sa petite Alphonsine dans les bras du vieux. La patronne ne la revit que le lundi soir.

Tous les quinze jours, sous prétexte de visiter Plessis, Alphonsine se rendait à Exmes et ne revenait que l'après-midi du lundi.

Ce n'était déjà plus la docile fillette des premiers mois. Une semaine, elle s'absenta trois jours.

Cette fois, la lingère désirant connaître la vérité, l'interrogea, et comme la petite avouait cyniquement ses relations avec le vieillard, elle la chassa. C'est alors qu'Alphonsine, âgée de quatorze ans, fut installée par son père chez Plantier. Elle y resta plusieurs mois, puis un jour, lasse sans doute des

galanteries séniles du bonhomme, elle s'enfuit et se réfugia dans l'auberge Denis à Exmes ; ces braves gens la gardèrent comme petite servante, aux gages de soixante francs par an. La malheureuse enfant vécut tranquille, heureuse jusqu'au moment où une fois encore, son père, qui fut bien son mauvais génie, vint la reprendre pour la placer chez un marchand de parapluies, à Gacé. Elle y fut deux mois à peine, Plessis l'ayant emmenée sans savoir ce qu'il voulait en faire.

« Qu'advint-il ensuite ? dit M. Romain Vienne. Mystère. Les suppositions sont souvent excessives et généralement cruelles ; portes closes, obscurité complète, personne n'a jamais su ce qui se passa, pendant une quinzaine. Le souvenir du vieux Plantier hantait les imaginations. Rien d'anormal peut-être ; mes investigations sont restées stériles ; à deux reprises j'ai abordé ce sujet, avec Alphonsine; je n'ai rien obtenu, la première fois, que des dénégations et des larmes ; et la seconde fois, qu'un ordre de cesser mes questions.

« 11 y eût à ce moment-là, dans toute la contrée, une tempête de rumeurs étranges qui étaient, à

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