‹ La vie de la Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 10 sur 51 · I JEUN · texte numérisé non relu

I JEUN

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et il me fut enseigné que telle était la pureté de la très-sainte Mère de Dieu. Cette façon de voir n’était point imaginaire et n’avait rién de ce qui peut tomber sous les sens. C'était une lumière toute spirituelle, qui faisait connaître les choses plus parfaitement sans comparaison, que ce que nous voyons des yeux du corps. J’ai vu depuis, dans la Théologie mystique de saint Denis, une expression qui peut m'aider à me faire entendre : c’est-ce qu'il appelle voir Dieu en de très-claires ténèbres. |

» Après cette vue, Dieu me fit voir si clair, que la plus petite chose me semblait impureté; et javais une continuelle attention que rien n’approchât de mon cœur qui pût l'empêcher de s’unir à son unique bien. Je trouvais de la faute partcut. L'amour est si jaloux que, sans pitié, il veut que tout soit consumé et que ce cœur soit sans tache, puisque c’est le lieu où il fait ses divines fonctions. Aussi, quand j'ai commis quelque imperfection , la première chose à quoi je pense, lorsque je veux me familiariser avec Notre-Seigneur, c’est à lui demander pardon. Je ne puis vivre qu'il ne me

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* Marie de l'Incarnation. Liv. I. 77

l'ait accordé, ce que je connais par la cessation du reproche intérieur. Un jour, j'étais tombée dans une imperfection qui me donnait bien de la confusion, et me rendait toute craintive devant Dieu. Il me fut dit intérieurement,

mais en manière de plainte amoureuse : Si

un peintre avait faitun beau tableau, seraitil bien content qu'on jetdt de la fange dessus ? O Dieu! si j'avais été humiliée et pénétrée de honte, js le fus encore bien davantage après celte parole. Jamais je ne me vis dans un plus grand anéantissement. Une de ces paroles dite dans l’intérieur fait plus d'effet que tout ce que les créatures les plus saintes pourraient dire. Elle réveille l’âme en un instant ; et quoique ce soit pour la reprendre et la corriger, elle n’en est point abattue, mais plutôt elle en court avec plus de promptitude et plus d’allégresse dans la pratique des vertus. Elle n’a point de repos que sa paix ne soit faite avec celui qui l’avertit si amoureusement. Mais comment demande-t-elle pardon ? Il faut qu’elle agisse comme elle se sent poussée. Quand j’eusse employé tout le jour à parler d’affaires nécessaires, cela ne m’eût

point tiré de cette grande vue de Dieu, Mais si j'y avais été un peu trop libre, si je m'étais laissé aller à quelque parole inutile ou à quelque évagation d'esprit, pour peu que c'eût été, je sentais cette liaison intérieure s’affaiblir en moi, et comme voulant s’écouler avec un trèsgrand reproche intérieur. Cela me faisait connaître combien cette divine Majesté veut qu'une âme qui l’approche de près sait nure et aille droit, puisqu'elle ne lui permet pas de faire la moindre attention à d’autres objets qui la pourraient distraire, et qu’il lui fournit lieu en soi tous les plaisirs capables de la conten- 1 ; ter , afin qu’elle n’en cherche point d’autres | Ce hors de lui. »

Enfin, l’amour de la pureté se grava dès-lors col si puissamment dans cetl: âme innocente, qu’elle n'a jé se mettait toujours du côté de Dieu dans la ven- mirab geance, que, par un amour jaloux, il voulait ti- de ph rer de ses fautes les plus légères , et quoique Cet dans la suite nous la devions voir gémir sous les ; tuatio peines les plus accablantes, elle trouvait tant de entrée justice en ce que les moindres impuretés fussent charge punies, au préjudice de tout autre intérêt, qu’elle derniè consentait et souhaitait même que ses fautes les L qu'on

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Marie de l’Incarnation. Liv. I. 79

plus légères le fussent avec la plus grande rigueur. Elle aurait même beaucoup mieux aimé souffrir les peines de l'éternité, pourvu que l’amitié de Dieu lui fût conservée , que de rien voir en elle qui fût contraire à cette adorable et infinie pureté. Elle était entrée si avant dans les

‘intentions de cette pureté divine contre elle-

même, que quand il lui refusait ses caresses et ses dons, elle en ävait de la joie et l’en remerciait, parce que, disait-elle, les retenant.en luimême, il les conservait dans leur pureté ; au lieu que, s’il les lui eût donnés, elle les eût souillés par sa misère.

Ce qu’elle pratiquait ainsi pour elle-même, elle le conseillait à tous ceux à qui elle avait occasion de parler des choses spirituelles , et elle n'a jamais rien tant recommandé que cette admirable disposition d'esprit, si propre :: s'attirer de plus en plus les grâces du ciel.

Cependant elle était chez sa sœur dans une situation assez étrange. Dès le moment qu'elle y était entrée, elle s'était mise à la cuisine, et s'était chargée de ce qui aurait dû être l'emploi des dernières servantes. Ce n'était pas pour cela qu'on l'avait appelée; mais Dieu, qui avait ses

desseins, permit qu'on ne pensât plus qu'elle pouvait être bonne à d’autres choses, et que pendant trois ou quatre ans, non-seulement les * maîtres, mais les serviteurs mêmes, la traitassent avec une extrême hauteur. « L'Esprit de‘grâce

qui me conduisait, dit-elle, me faisait cacher tous les talents que Dieu avait mis en moi, afin de demeurer obscure , comme une pauvre créature qui ne savait rien et n’était capable de rien, que d’être la servante des serviteurs. J'en faisais la fonction dans les occasions les plus humiliantes, et la bonté de Dieu permettait qu'on me traitât fort impérieusement.

J'aimais tant cette abjection, qu’une fois je dis à mon confesseur, que je craignais d'y avoir de l’attache. Il savait jusqu'où on poussait les choses, et ma peur était qu’il ne me tirât de cet abaissement, comme il le pouvait suns peine. Plus je fais réflexion sur cette situation, plus je l'estime : l'âme est vraiment cachée dans les trous de cette pierre vive et dans les cavernes de cette divine masure (Cant. 2. 14.), où elle est comme jetée, pour ne plus vivre que de l'Esprit de ce C'ivin Sauveur. »

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Marie de l’Incarnation. Liv. I. 81

Ainsi, bien loin que ni l’ingratitude de son frère et de sa sœur, ni la dureté des domestiques la rebutassent, ces mauvais procédés ne contentaient pas même encore l’insatiable désir qu’elle avait des croix et des humiliations. En faisant la cuisine, elle prenait plaisir à se brûler, tandis que. son cœur se consumait dans un autre feu. Elle ne souffrait pas que d’autres qu’elle prissent le moindre soin des domestiques dans leurs maladies: elle leur rendait -les services les plus bas. Au milieu de tout cela, elle goûtait une joie si grande que quelquefois elle en avait des scrupules. Elleregardait son frère et sa sœur, qui en usaient si mal avec elle, comme les personnes du monde à qui elle avait le plus d'obligation.

Quelque temps avant le départ de son premier confesseur, elle avait obtenu de lui la permission de faire vœu de chasteté perpétuelle. Elle avait alors vingt-un ans. Il y avait longtemps qu'elle s'y sentait intérieurement portée d’une manière fort pressante; mais son confesseur n’avait pas jugé à propos d’y consentir, qu'auparavant il ne l’eût mise à de très-fortes épreuves. Dès qu'elle eut fait son sacrifice, elle connut par un redoublement extraordinaire de grâce qu'il avait été

agréé. Voici ce qu’elle en dit elle-même: « Dès

que je me mettais à genoux devant mon crucifix, mon esprit était emporté en lui. Tout ce que je pouvais faire , était de lui dire: C’est l’amour qui vous a réduit en cet état. Si.vous n'étiez pas amour, vous n’auriez pas souffert de la sorte. Après cela, mon cœur-ne pouvait plus souffrir que des impressions de cet amour. Si quelquefois il voulait sortir de cette forte contention , il ne pouvait dire que ces paroles: Non, si vous n’étiez pas amour , vous n auriez pas fait des choses si grandes. En semblables occasions, je me suis trouvée dans un battement de cœur si étrange, que je n’en pouvais plus. S'il se fût fendu , cette mort eût été le comble de mes désirs, puisqu'elle m'eût mise en liberté d’aller jouir de celui que je ne pouvais concevoir qu’amour. Hors de là, mon âme était dans une tendance continuelle à sa bonté, pour qu'elle m'accordât la possession de son esprit : car je ne concevais rien de souhaitable que de posséder l'esprit de Jésus- Christ, L'âme le veut suivre d’une manière que ce divin Esprit lui fait concevoir. Elle dit avec l'Epoux: Tirez-mot après vous, el nous cour-

purel faite 4

Marie de l'Incarnation. Liv. I. 85

rons à l'odeur de vos parfums (Cant. 1.

15). Cependant quoiqu'’elle ait ces désirs, elle est dans un grand abaissement intérieur, se reconnaissant indigne de la possession où elle aspire." Elle cherche à anéantir la partie inférieure , qui se laisse conduire et réduire où l’esprit la veut mener. L'esprit, de son côté, lui fait part de tous les biens par une onction sacrée qui adoucit tous ses travaux. Et de la sorte, étant d'accord avec l'esprit, elle court après les abaissements, et comme si c’étaient les choses les plus précieuses, elle n’a point d'autre souci, que la crainte qu'on ne s’apercoive qu'elle souffre trop, et qu’on n’entreprenne de lui ravir son bonheur. »

Un si grand amour des Des tant de

courage, et une si exacte fidélité à correspondre aux grâces du ciel, ne pouvaient pas manquer de gagner le cœur de Celui qui ne nous invite à l’aimer que pour avoir lieu de nous témoigner son

amour et nous combler de ses bienfuits. Aussi

ce fut alors que la servante de Dieu, ayant posé les fondements d’une solide humilité, d’une pureté de cœur incroyable et de la plus par-

faite abnégation , cominencça à élever fort haut

84 La Vie de la Mère l’édifice de la perfection, et c’est ici proprement que l’on commence à reconnaître la nécessité de la faire parler sur ce qui se passa dans son âme. Elle s'élève effectivement si haut, et parle un langage si divin, qu'il faudrait être inspiré du même esprit qui la possédait, pour trouver des expressions qui égalassent les siennes : c’est ce qu’on va voir au livre suivant, dans lequel je ne : ferai guère que copier ses mémoires.

Dieu

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