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Marie de l’Incarnation. Liv.I. 73
présence de Dieu, aux volontés duquel la sienne demeurait tranquillement soumise et attachée ; que, sur ces entrefaites, le livre de l’Introduction à la vie dévote, composé par le B. évêque de Genève, lui ayant été communiqué , elle en tira beaucoup de lumières pour la vie intérieure ; qu’elle commença dès-lors à sentir que son esprit se débarrassait , et que son Confesseur s’en étant allé, le P. Dom Raymond de saint Bernard, qui:
. était un des hommes de son temps des plus éclai-
rés dans les voies de Dieu, et qui fut alors envoyé à Tours pour y gouverner la maison des PP. Feuillants, prit soin de sa conscience, donna à sa conduite une application toute particulière, lui défendit de méditer, et lui commanda de s’abandonner entièrement à l'esprit de Dieu. Qu’au même temps, la Majesté divine lui imprima une si haute idée de la pureté qu’une âme doit avoir pour être digne de lui être entièrement consacrée, qu'il ne se peut croire combien elle devint sensible aux plus légères imperfections , et avec quelle attention elle veilla depuis sur ellemème pour n’en plus commettre.
« Notre-Seigneur, continue-t-elle ensuite, me » liait toujours de plus en plus à lui. Un jour
que j'étais en oraison devant le Sain:-Tacrement, je me trouvai dans un grand recueillement intérieur, et il me fut montré que Dieu était comme une grande mer, qui rejetait de lui tout ce qui ressent la mort et l’impureté. IL m'instruisait par là qu'il voulait de moi une très-grande pureté de cœur; ce qui me
donna une telle délicatesse intérieure, que le
moindre atome d’imperfection mesemblaitune
» monstrueuse impureté qui séparait mon âme
de ce Dieu de pureté. Je ne voulais autre chose qu'être abimée dans cette grande mer, de crainte d’amasser des souillures qui me rendissent indigne d’être toute à Dieu. Je ne faisais que dire : O pureté! Ô pureté! cachez-moi en.vous, Ô grande mer de pureté! Rien ne me pouvait distraire , et il me semblait que cette grande mer eût rompu ses bornes sur moi, que j'y étais toute submergée et que je perdais de vue toute autre chose. »
Un auteur qui écrivait il y a environ cinquante
ans, et qui avait été dépositaire d’une bonne partie des secrets de la servante de Dieu , dans un
itraité qu’il a fait pour exhorter ses frères à tra-
vailler au salut des âmes, et où, pour les engager
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Marre de l'Incarnañon. Liv. I. 75
à un emploi si noble, il relève extrêmement la beauté et l’excellence d’une âme qui est en grâce, dit que Dieu fit voir un jour à notre sainte veuve, qu'il ne nomme pas, mais que l’on sait qu'il avait en vue, une âme qui est épurée, nonseulement de tout péché , maïs encore de toute imperfection volontaire, et qu’elle disait depuis que c'était une chosé st belle et si ravissante, que si les hommes la pouvaient voir, ils mépriseraient tout le reste, pour en faire leur félicité, en attendant que Dieu lui-même se découvrit entièrement à leur esprit. C’est apparemment la même vision qui est rapportée à la suite du journal que je viens de citer. Voici les propres paroles de la servante de Dieu :
« Je recevais tous les jours de nouvelles grâces » de Notre-Seigneur. Une fois, pendant mon » oraison, il me donna une vive lumière de la » pureté qu'il faut avoir pour s’unir vraiment à » lui. Je voyais. d’une facon admirable une » âme, et tout ensemble la Majesté de Dieu.
» Cette Ame avait une pureté céleste, sans aucun » atome d'imperfection. Ainsi, sans entre deux, » elle se joignait à son Dieu, qui l’attirait comme un aimant sacré, pour l’abimer en son sein :