LIVRE SECOND
SOMMATRE.
Dieu prépare la sainte Veuve à d’insignes faveurs par un grand dégagement des sens. Il lui donne un puissant attrait pour quelque chose qu’il ne lui fait pas encore connaître. Nécessité d’un Direc” teur, et quel il doit être. Ses austérités, sa promple obéissance aux inspirations divines. Dieu commence à lui faire entrevoir ce qu’il a dessein de faire en sa faveur. Son Directeur la fait retirer de l'état humiliant où on ja tenait dans la maison de son frère. Son application à Dieu parmi les plus grands embarras. Elle soupire plus que jamais après la qualité d’épouse du Sauveur. Elle connaît que Dieu l’appelle à l’état religieux, les raisons qu’elle a de différer de l’embrasser. Ses pensées sur les vœux de religion èt sur les vertus qui y répondent. Elle fait des vœux pour le temps qu’elle restera dans le siècle. Dieu établit son âme dans une paix inaltérable, qui n’empêche point qu’elle n’aspire fortement à la qualité d’épouse. Effets sensibles de la communion dans son âme. Elle augmente ses austérités, Elle éprouve diverses sortes de tentations. Sa fidélité dans cette épreuve, et de quelle manière elle en est récompensée. Elle recoit de nouvelles grâces qui l’unissent de plus en plus avec le Sauveur, Sa douceur et sa patience dans les occasions délicates. Ravissements extraordinaires, où elle reçoit de grandes lumières sur le mystère de la Sainte Trinité. Excellente instruction pour
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discerner ces lumières célestes. Nouvelles préparations de la part de Dieu pour le mariage mystique. Elle rentre dans ses peines. Nouvel état d’oraison. Elle reçoit de grandes lumières sur les attribats de Dieu dans un ravissement. Dans un quatrième ra-
vissement Dieu la prend pour son épouse, après !ni avoir com-
muniqué de nouvelles lumières sur le mystère de la Sainte Trinité. Son zèle pour empêcher que Dieu ne soit offensé. Elle en est récompensée par un redoublement de caresses de la part de son divin Epoux. Elle souffre un martyre d'amour, et en tombe malade. Elle change de disposition. Les mesures qu'elle prend pour éviter l'illusion. Elle pense sérieusement à se faire religieuse. Son attrait pour les Carmélites. On la presse d’entrer aux Feuillantines. L’Évèque de Dol la veut attirer daus sa ville, pour la faire Religieuse de la Visitation. On lui promet de la recevoir aux Ursulines. De fortes tentations , et puis la fuite de son fils, traversent ce dessein. Exemple admirable de son humilité, ce qui la soutient dans sa peiue. On parle mal de sa sortie du siècle. Elle demande à son fils son agrément pour le quitter , et l’obtient. Elle entre aux Ursulines.
Sy}: Dieu est admirable dans ses Saints, Ÿ 1 Re il fait par eux de grandes cho- SZ YA ses, quoiqu'alors ils ne soient que les needs deses merveilles, combien plus l’estil lorsqu'il opère en eux ces miracles de son immense libéralité, qu’il les divinise en quelque sorte, les transformant en lui, par l’affluence des dons célestes dont il les inonde? Ce que nous avons vu jusqu'ici de la préparation que notre
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= … Marie de l'Incarnation. Liv. II. 87
sainte veuve a apportée aux opérations divines, peut nous faire juger que le Dieu de bonté voulait répandre sur elle ses faveurs sans mesure ; mais on ne laissera pas d’être encore surpris du récit qu’elle en fera. Voici comme elle le commence :
« Dès que la divine Majesté m’eft communiqué le don d'oraison, elle n nna, ce me semble, la grâce de sa sainte e. C'était
ce qui me soutenait et m'élablissait dans un colloque continuel avec Notre-Seigneur , et, bien que pour lors mon esprit regardät cet aimable Sauveur comme Dieu-Homme, toutefois l'imagination n’y avait point de part. Tout se passait en l’entendement et en la volonté, d’une façon toute spirituelle et avec une très-grande pureté. J'avais quelquefois un sentiment intérieur que Notre-Seigneur était proche de moi, et cette compagnie que je portais partout était si suave, que je n’ai point de termes pour l’exprimer. Dans cet état, tout ce qui se passe en l’âme est plus spirituel et fort abstrait. Dieu lui fait expérimenter qu'il lui veut retirer le soutien de ce qui est corporel, pour la mettre dans une disposition où