‹ La vie de la Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 14 sur 51 · AL · texte numérisé non relu

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+ Marie de l'Incarnation:. Liv. H. 94

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de la matière, que rien n'était capable de me’ distraire. Quelquefois, m’adressant à la Majesté divine avec ce passage dans l'esprit :

O Dieu! vous avez fait loutes choses, et par votre volonté:elles ont été créées (Apoc. 4.

4), mon âme connaissait plus que ces paroles semblent exprimer, et fondait en louanges et en actions de grâces ; et quoiqu'’elle s’estimât ce qu’elle était, basse et vile créature , néanmoins sa fendance était de le posséder par un titre qui lui était encore inconnu et qu'elle pressentait ; mais on lui découvrait qu'il y a des dispositions nécessaires pour cela qui lui manquaient. C'est pourquoi elle eût voulu passer par les flamme pour arriver où elle prétendait. Il n’y avait point de travaux qu’elle n’embrassât ni le jour ni la nuit, pour tâcher d'acquérir cette dignité, quoïqu'elle vit bien qu’elle ne la devait attendre que de la pure bonté de son Dieu.

» L'âme, dans cet état, fait tout son possible pour gagner le cœur de Celui dont elle attend tout; et lui, de son côté, la remplit d’un nouvel esprit de pénitence, qui fait qu’elle traite

92 … La Vie dela Mère : : |

son corps comme un esclave. Elle le charge de haires, de cilices et de chaines, le fait voucher sur le bois, couvert seulement d’un cilice; le fait passer une partie de la nuit à se mettre en sang par des disciplines; manger de l’absinthe, pour ne plus trouver aucun goût dans les aliments, etne prendre de sommeil que ce qu'on ne peut lui refuser. Ce même esprit de pénitence lui fait panser les plaies les plus infectes, l’oblige à s'en appro-

» cher et à chercher même des charognes, pour

mortifier l’odorat. Enfin il ne lui donne aucun repos, et il invente continuellement de nouveaux moyens de souffrances. S'il se présente quelque petit divertissement, l'esprit lui dit qu’il faut quitter tout pour aller faire quelque pénitence, ou il la force à se retirer, pour

s’entretenir avec Dieu dans la solitude. Le

corps se laisse conduire comme un mort et souffre tout, parce que la vigueur de l'esprit de grâce l’a surmonté et réduit. »

Un jour cet esprit purifiant , par une manière

d'inspiration, qui lui ôtait presque toute liberté

‘ de résister, l'obligea d’aller trouver son direc-

teur, pour lui dire tous les péchés et toutes les

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Marie de l'Incarnation. Liv. II. 95 imperfections de sa vie, de des lui laisser par écrit, et de le prier de les exposer à la porte de

l'Église, avec son nom, afin que tout le monde

connût combien elle avaït été infidèle à son Dieu. Elle ressentit dans cette occasion une contrition si véhémente et répandit tant de larmes, que son directeur vit bien que c'était l'Esprit divin qui la faisait agir, et que son âme était blessée d’une plaie que l’amour lui avait faite. Cependant il parut trouver fort mauvais son procédé, et la | renvoya d’un air tout à fait capable de la déconcerter. Elle ne se découragea pourtant point

Sa constance et son humilité charmèrent ce Religieux. Il prit son papier: mais au lieu de l’attacher à la porte de l’Église, comme elle l’en avait instamment prié, il le brûla.

L’obéissance que la servante de Dieu rendit à l'esprit qui l’avait inspirée, lui altira de nouvelles grâces. Une des principales, fut la manifestation de cet état inconnu, où elle dit qu’elle aspirait

avec tant d’ardeur. Un jour qu’elle s’entretenait

familièrement avec Notre-Seigneur, et que son cœur élait dans un mouvement extraordinaire de tendance à ce bonheur qu'elle ne pouvait comprendre, Jésus-Christ lui dit distinctement

94 | + La Vie del Mère: \ ces paroles : babes tesmihr in fide ; ‘sponsabo de mihi an perpetuum (Osée. 2: 19) ; mais il lui fit voir en même. temps qu'elle: n'avait pas encore tous les ornements nécessaires: pour ce mariage mystique, dont il lui donnait: des: assurances, et que lui seul ‘pouvait la disposer à un état si sublime. Elle ne tarda pas ‘en:effet à sentir que Dieu opérait en — pd pee 0e choses qu’à l'ordinaire. + ::

« Je changeai, dit-elle, tout à coup ds disposition : car au lieu que je sentais l'esprit

» Dieu s'insinuer en mon âme avec une extrê

» douceur, aussitôt que je me mettais en orai- » son, il me fallait chercher un lieu caché et » m’asseoir ou m'appuyer, sans cela je fusse » tombée devant tout le monde. J'étais puissamment tirée; eten un moment, sans avoir 3 le loisir ni le pouvoir de faire aucun acte in- » térieur, il me semblait que j'étais tout abi- EE » mée en Dieu, qui ne me laissait aucun pou- À » voir d'agir. C’est une souffrance d'amour, et ) » il faut patir tant qu'il lui plait. Il semble à à » l'âme qu’elle est pâmée sur ce qu’elle aime. } » J’élais ainsi une heure ou deux. Cela se ter- L » minail avec une très-grande douceur d'esprit,

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