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:$ponsabo “mais il lui it pas enur’ Ce Ma- “des: assuposer à un ffet à sen- S: .
Ip de disde 1e extrême S en Orai- 1 caché et à je fusse tais puissans avoir 1 acte intout abicun pouamour, et semble à lle aime.
la'se terd'esprit,
Marie-de'l Incarnation. Liv. I. 95 ».et j'étais tout étonnée.de me retrouver dans
».mon entretien ordinaire , me familiarisant
» avec. Notre-Seigneur’; mais plus fortement » et plus puiséamment que par le passé. Pour ». le corps, cela me l’affaiblissait plus que toutes
» les austérités:que je faisais; mais je trouvais
» du: soulagement dans les actions ‘extérieures.
» Je courais à la pratique des vertus; et tout me » servait à m’unir davantage au sacré Verbe in- » carné, qui me pressait sans cesse , et il m'était » impossible de m’entretenir d’autre chose. Per-
». sonne ne s'aperceyait de ce qui se passait en » moi, parce que dans l’action même, je m'en-
» tretenais aussi librement avec Notre-Seigneur » qu’à l'oraison. Je chantais ensuite les louanges » de mon Jésus; puis je prenais une plume, et s j'écrivais mes passions amoureuses pour éva- » porer la‘ferveur de l'esprit, car autrement la
__» nature n’eût pu y résister. Cet état était une
» grande miséricorde de Dieu sur moi, mais il » ne laissait pas d'être aussi bien crucifiant, et » j'avais besoin d’une grande foi, d'autant que, » quand je sentais quelque soustraction de grâce » et que je n’avais plus ce soutien si fort, j'étais » comme un oiseau en: l'air qui n’a rien à quoi
96 La Vie de la Mère | ».se prendre, et je demeurais dans la pure souf- ». france , en attendant qu'il plût à cette Fes ». bonté de m'en retirer. »
Cependant son confesseur ne jugea as à pro-
pos de la laisser plus longtemps dans l’état.d’hu-
miliation où on la retenait; et après: quatre ans, il fit ouvrir les yeux à son frère et à sa sœur sur l'irrégularité de leur conduite à l'égard d’une personne qui les touchait de si près, qui n’avait par aucun endroit mérité un traitement si rude, et dont ils pouvaient tirer des services plu esse tiels que ceux qu’elle leur rendait. Ils la se
donc de prendre la direction de toutes leurs af-
faires, et quelque répugnance qu'elle eût à y consentir, il fallut céder à l'autorité de celui qui lui tenait la place de Jésus-Christ. Son beaufrère était commissionnaire général pour le transport des marchandises dans toutes les parties du Royaume, et avait, outre cela, un office considérable dans l’Artillerie. A la faveur de ces deux emplois, ileutreprenait quantité d’autresaffaires, , qui l’obligeaient d’avoir chez lui un nombre prodigieux de domestiques de toutes les sortes; car, pour ne dépendre de personne, il avait dans sa maison tout ce qui luiétait nécessaire en hommes,
pure soufette divine
pas à pro-
’étatd'hu- | atre ans, |
Sœur sur ard d’une jui n'avait t si rude, )luessena ou s leurs af- > eût à y > celui qui on beaurletransparties du ice consi- > ces deux Saffaires, mbre prories; car t dans sa hommes,
Marie de l'Incarnaton. Liv. IL. 97 chevaux , harnais, coches, chariots. La charitable veuve se chargea généralement de tout cela, et ne relächa rien des premiers soins que l’humiliation qui y était attachée lui rendait plus chers. Au milieu de tant d'embarras, elle assure qu’elle ne perdit rien de son application à Dieu, et que son esprit fut toujours abîmé dans la Majesté divine.
A la voir, on eût dit qu'elle était toute entière
à ce qu’elle faisait et à ce qu’on lui disait. Néanmoins, lorsqu'il ne s'agissait pas de ce qui était de son devoir, elle ne voyait et n’entendait rien.
Quelquefois elle: passait des jours entiers ou dans
des écuries où dans un magasin, et d’autres fois il était minuit qu’elle était encore sur le port à faire charger et décharger des marchandises.
« Tout cela, dit-elle, ne me détournait pas de : » Dieu, mais plutôt je m'y sentais fortifiée, » parce que tout était pour la charité et non » pour mon profit particulier. Quand j'étais sur- » chargée d’affaires, je m’adressais à Jésus, mon » refuge ordinaire, et ma confiänce en lui me » rendait tout facile. Jé le caressais et demeu- » rais aussi tranquille que s1'j eusse été dans un » désert. Ce puissant secours me faisait embras-
» ser Courageusement et gaiement tout ce que
98 La Vie de la Mère ». je connaissais lui être agréable. Quelquefois je : » me retirais pour l’entretenir dans la solitude: » aussitôt on me rappelait, et j'allais joyeuse- | » ment, en disant: Allons, mon doux amour!
» vous le voulez. Je suis contente, puisque je » vous possède. Je sentais une légèreté nompa- » reille, faisant tout pour le Bien-Aimé.J'étais » de très-bonne humeur avec tout le monde, » ce qui faisait croire que je faisais tout par in- » clination; mais c'était mon union avec Dieu » qui me donnait cette gaieté. | Dans un autre endroit, parlant de ces miêthes dispositions ,-elle dit: « J'étais étonnée de » ceque Notre-Seigneur me faisait tant de grâ- » ces, et me préservait si amoureusement, me » donnant la hardiesse d’aspirer à la qualité d'é. b » 'pouse ; mais il me manquait encore quelque ÿ » chose, et sur cela mon âme languissait , quoi-
Là \
» qu’elle füt unie de volonté à celui qui la fai- RP ” » sait ainsi languir et souffrir. Je faisois mon BP ! » possible pour gagner son cœur ; et un jour que NF “* » j'étais dans ces sentiments, il me mit en l’es- di » prit le premier verset du Psaume : Visi Do- D b » minus ædificaverit domum (Ps. 196). Une RP T
grande lumière se répandit en même temps
sx “AT
elquefois je :
la solitude:
is joyeuse- |
JüÜx amour!
puisque je été nompaimé. J'étais le monde, out par in- : avec Dieu
ces niêthes étonnée de tant de grâsement, me qualité d’éjre quelque ssait , QUOI-
qui la faifaisois mon
n jour que mit en V'es- : Nist Do- 126). Une
ème temps
» dans mon âme, et me donna l'intelligence de » ces paroles. Je vis clairement l'impuissance de » la créature pour s'élever d’elle-même à Dieu , » si lui-même ne mettait la main à l’œuvre, et » je me sentis établie dans une grande abnéga- » tion de moi-même, et dans une humilité gé- » néreuse, qui n’attendant rien de soi, pra
» tout de Dieu.
» Il ne se peut dire combien les ardents dé- » sirs qui sont produits par cet amour causent » à l'âme de peiries et de souffrances. Elle ne » voudrait pourtant pas en sortir, sice n’est pour b posséder Celui qu’elle aime et à qui elle de- » mande un baiser de sa bouche. Il lui semble » qu’elle a sans cesse les bras étendus pour l’em- » -brasser ; et comme si elle le possédait déjà, » elle dit: Mon bien-aimé est à moi, et moi Je » suis toute à lui. Il est comme un autre motméme : c'êst mon tout, c'est mawie. Tous ses mouvements, toutes ses attentions, tout ce qui. » esten elle tend vers son bien-aimé ; mais c’est dans les actions les plus humbles qu’elle l’em- > brasse plus étroitement. Qui pourrait dire à > quoi l’amour réduit la créature pour la faire » courir après lui? Il la captive sous ses amou-
100 . : La Vie de la Mère » reuses lois: et elle n’estime rien sa vie, pourvu » qu’elle le possède. I n'ya rien qu bar ne fasse » pouren venir là. » à |
C'était dans les chemins, et partout où la con. | duisaient sesaffaires, que ces choses se passaient, sansquerien ne fûütcapable de l’endétourner. Nuit et jour elle soupirait après ce qui lui avait été promis. Elle ne donnait. presque plus d’autre nom à Notre-Seigneur, que celui d'amour; parce qu'étant une fois en oraison , pénétrée des plus vifs sentiments d’humilité et de respect, ce divin Sauveur lui dit: Tu m'appelles ton grand Dieu, ton maître, ton Seigneur , ettu dis bien, car je suis (out cela , mais aussi je suis charité. L'amour est mon nom, et c'est celui que je veux ‘que tu me donnes. Il n’y en a point qui me plaise davantage , ni qui exprime mieux ce que Je suis à l'égard des hommes. Son âme, à ces paroles, fut remplie d’une douceufinexprimable. Cet aimable nom lui demeura si fortement imprimé dans l'esprit et dans le cœur, que quand elle parlait à Jésus-Christ ou de Jésus-Christ, elle ne l’appelait plus que son Amour, son très-pur et très-chaste Amour.
Cependant, dès le moment qu’elle s'était vue
e, pourvu e ne fasse
où la con- | passaient, rnèr, Nuit | avait été 1s d'autre À ur ; parce > des plus t, ce divin nd Dieu, en, car je rité. L'a- Je je veux né qui me x ce que me, à ces exprimafortement que quand hrist, elle très-pur
s'était vue
veuve, les premiers sentiments qu’elle avait eus dès son enfance pour l'état religieux , s'étaient fortement réveillés ; mais elle devait l'éducation . à son fils. Ainsi, quoiqu'’elle fût dès lors convaincue que Dieu la voulait en religion, elle crut que le temps n’en était pas encore venu, et qu’elle devait rester dans le monde, jusqu’à ce que son fils pôt se passer de ses soins. « Je por-
tais, dit-elle, ce joug nécessaire par acquiescement aux ordres de Dieu , qui cependant tenait mon cœur dans un cloître et mon corps dans le siècle. Mais comme il semblait ne se plaire qu’à me faire sans cesse de nouvelles miséricordes , dans les ardents désirs que j’avais de posséder l’esprit de Jésus-Christ , ilme faisait expérimenter les grands et infinis trésors qui sont cachés dans les conseils du saint Evangile , à l'observation desquels il appelle les âmes choisies. Il me faisait voir surtout ceux que renferment la pauvreté, la chasteté et l’obéissance , que je voyais être des vertus éminentes, que Notre-Seigneur avait choisies et pratiquées dans tout le cours de sa vie mor- (elle, afin de nous servir d'exemple. Dans la
pauvreté d'esprit, mon àme concevait des cho- 6,
ses si hautes et si divines, que tous les royanmes du monde et tout ce qui peut tomber sous les sens et dans la conception de l'esprit humain, ne lui paraissait que boue et néant.
Elle en était si ravie et si charmée, que si c’eût été une chose qui eût pu s’acheter en donnant sa vie, et qu'elle eût un million de vies, elle les eût données pour posséder un si grand trésor ; mais elle voyait que son prix n’était pas de la terre. Ah! mon Dieu! il faut que toute parole et toute conception cesse ; car il n’est point de langue qui puisse dire, ni d'’esprit qui puisse penser ce qui était communiqué à mon âme de cette glorieuse et magnifique pauvreté d'esprit, et des deux autres vertus qui en sont inséparables.
», Or, bien que ces hautes vertus s'entendent des vœux effectifs de la religion, regardant néanmoins la chose en elle-même, ces vertus ne sont que des premières démarches dans la voie de la sainteté, en comparaison de l’esprit de ces mêmes vertus, qui n’est autre que l’esprit de Jésus-Christ; car, comme ce divin Sauveur est le chef de l'Eglise et que tous les fidèles sont sous son domaine , il y a dans
s r'oyantber sous prit hu- | néant.
> si c'eût lonnant les , elle 1 grand x n’était aut que 2; car il ni d’esmmunimagnifiss vertus
tendent gardant s vertus dans la de l’esst autre 1e ce dique tous y a dans
Marie de l’Incarnation. Liv. II. 103
ce domaine certaines âmes choisies qui sont les âmes religieuse et parmi celles-là, il y en a encore de plus singulièrement choisies, qui sont la plus noble partie de son royaume, et dans lesquelles ce divin Chef influe avec abondance sa vie et son esprit, plus ou moins, selon son choix et son divin plaisir.
C’est à ces âmes qu’il communique cet esprit vivifiant , qui les mène à cette véritable pauvreté substantielle et spirituelle qui ne peut être l'ouvrage que de sa main toute-puissante. » À Après que cette âme si élevée a ainsi expliqué la doctrine toute céleste qu’elle puisait à la source dans ses communications intimes avec la sagesse incréée , elle revient à ce qui la regarde personnellement. « Lorsque toutes ces lumières opé- » raient dans mon esprit, je ne voyais pas qu'il me fût possible de parvenir à la possession des richesses immenses que je voyais enfermées dans ces sublimes vertus, auxquelles toutefois mon âme -tendait, comme à ce qui formait la couche royale de l’époux. Elle voulait néanmoins gagner son cœur et ses amours. C’est » pourquoi ayant déjà fait le vœu de chasteté,
je me sentis puissämment inspirée de faire encore celui d’obéissance et de pauvreté, en la façon que mon état le pouvait souffrir. Mon directeur, après bien des examens, y consentit; mais tout le reste dépendait de Dieu ; çar sa créature est trop faible pour avancer un pas d'elle-même. Ce qui dépend d’elle, c'est son consentement , l’obéissance et l’abandon de soi-même : car, encore que Dieu soit le maître absolu , néanmoins, ayant créé l’âme noble, il la traite noblement et lui laisse son libre arbitre. Mais cette âme, après qu'il l’a vaincud, lui donne tout. Elle ne veut rien qu'être enlièrement dépouillée. Mon vœu d’obéissance était pour mes directeurs, pour mon frère et pour ma sœur. Je leur étais soumise comme un enfant l’est à son père. Il y avait à souffrir ce que Dieu sait ; maïs j'étais encore traitée trop doucement. Pour la pauvreté, je n'avais rien à mon usage que ce que ma sœur me donnait, et elle me donnait plus que je ne voulais. Toutes les affaires de mon fils étaient dans la pure providence de Dicu, qui me portait à en agir ainsi ; et comme je trouvais des biens immenses dans la pauvreté d'esprit, je
faire té, en r. Mon sentit; Car sa n pas est son lon ‘de maître ble , il e arbincud, re enssance rère el omme duffrir traitée l'avais 8 don- } VOutaien!
e poris des rit, je
Marie de l'Incarnahon. Liv. I. 105
ne pouvais procurer à cet enfant que ce trésor inestimable , de sorte que je ne faisais rien ni pour lui ni pour moi.
» Un jour, étant en oraison, où je caressais le divin Jésus, il me dit au cœur ces paroles: pax huic domui. Ce fut un nouveau charme pour me consumer d'amour ; car cela fut plus pénétraut que la foudre. Cette parole eut un tel effet, que jamais depuis je n’ai perdu la paix intérieure un seul moment; quelque croix que j'aie eu à porter, rien ne peut empêcher mon cœur de se conformer à Dieu; et quoique j'aie quelquefois des peines extrêmes, je les vois toujours dans sa: paix par une heureuse con- | formité, ne voulant que ce que veut l'Amour.
n’y a rien d’heureux en cette vie, comme la possession de cette paix. C’est une nourriture du Paradis et une vie de Dieu, ou du moins, c'est un gage de celle dont nous jouirons dans l'éternité. »
Cette paix charmante que goûtait la vertueuse
veuve, nediminuaiten rien l’ardeur avec laquelle nous l'avons vue soupirer après l’heureux état qui lui avait été montré. Ce mélange admirable de
dispositions qui paraissaient contraires, produi-
106 La Vie de la Mère sait un amour qui souffrait une langueur conti-
nuelle. « En cet état, dit-elle, l’âme est en Dieu
et lui parle, son esprit lui donnaut une amoureuse activité qui lui fait parler un langage divin. L’âme n'est pas dans la possession des biens qu’elle attend; et l'époux semble se plaire à la faire ainsi mourir de langueur. Le plus grand soulagement qu'elle trouve, est dans la communion journalière , où elle est assurée qu’elle possède sa vie. Non-seulement la foi vive lui en donne la certitude, mais ce Dieu
de bonté lui-même lui fait expérimenter par |
une liaison d'amour, que c’est lui qu’elle reçoit. Quand tout le monde ensemble lui dirait le contraire, elle mourrait pour la confession de cette vérité. Mon corps, brisé par les pénitences, et épuisé par les fatigues que je prenais pour le service du prochain, rétablissait ses forces en mangeant ce pain divin. Mais quoiqu'avec une certitude de foi et de jouissance, j'eusse possédé mon Bien-Aimé dans la sainte communion ; néanmoins, mon âme revenait à sa tendance ordinaire, ce qui me donnait de très-grands désirs de mourir. Enseignez-mo, mon Bien-Aimé, lui disais-je en gémissant,
où vous prenez votre repos pendant la chaleur du midi (Cant. 6). Emmenez-moi dans vos jardins et dans la solitude, où rien ne m'empèche de jouir de vos sacrés embrassements. Quoiqu'il fût en moi, il semblait s’enfuir de moi et se retirer dans sa lumière, inaccessible aux Séraphins mêmes. »
Il fallait que les effets de la divine Eucha-
b.A 3 Y Y. ŸY CA A4
ristie fussent bien sensibles en elle, pour lui con-
server toute sa vigueur au milieu des austérités dont elle affligeait son corps, car elles étaient excessives. Quand au milieu de l’hiver elle s'était laissé transir de froid, elle se déchirait impitoyablement par des disciplines armées de pointes. Ensuite, elle se revêtait d’une haire dont les nœuds entraient dans les plaies qu’elle venait de se faire, et en cet état elle allait se jeter sur une planche pour prendre un peu de repos.
L'été, elle se servait de disciplines d’'orties, mais d'une manière si terrible, et se mettait le corps tellement en feu, qu’il lui semblait être dans une chaudière bouillante. Cela durait trois jours; après quoi elle recommençait. Nous avons vu qu’elle mêlait de l’absinthe dans tout ce qu’elle mangeait. Hors des repas, elle en tenait dans sa
bouché, pour en goûter l'amertume à longs traits; mais comme ons 'aperçut que cette mortification lui ruinait l’estomac, on la lui défendit. À force de coucher sur le bois, elle se rendit insensible le côté sur lequel elle se mettait; mais’il lui en coûta beaucoup, avant que d’en venir 1. Elle avoue que de toutes les austérités, celle-là fut la plus sensible, parce que la dureté du bois et la pesanteur du corps lui faisaient entrer dans la chair les crins du ‘cilice dont elle était revêtue; en sorte qu’elle ne pouvait presque dormir. Elle prenait plaisir à se refuser tout ce qui était de son goût, etil ne lui était presque plus possible de se contenter en quoi que ce fût. Quelquefois elle s’en allait passer la nuit dans une caverne, et elle l'y partageait, comme ailleurs, entre la prière, la pénitence et le repos, si l’on peut appeler repos un sommeil pris de la manière que nous venons de voir. Il est assez surprenant que son confesseur lui ait permis tout cela : mais elle assure que l'inspiration était si forte et si visible, qu'il n’était pas possible de s’y opposer. Ceux qui ont de l'expérience dans la conduite des âmes, trouveront cette raison bonne; les autres doivent au moins suspendre leur jugement. D'ailleurs,
raits:
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force nsible
hi en . Elle fut la s et la ans la vêtue :
r. Elle ait de yssible uefois erne, tre la appee nous e son ile asisible , ux qui
oivent leurs,
âmes CR
Mar:: de l’Incarnaton. Liv. IL. 109
jamais madame Martin ne fut incommodée de ses pénitences; au contraire, elle y recevait une nouvelle vigueur : mais ce qu’elle ajoute est encore, ce me semble, plus capable de la justifier, et celui qui avait la conuuite de son âme. Voici comment elle parle.
« Je n'avais point d’heures pour mes pénitences , et 1l me fallait suivre l’inspiration surle-champ; car quoiqu'elle se fit sentir dans une grande paix, elle avait tant de force et de persuasion , qu'il fallait aller où elle me portait. Je ne manquais jamais d’y recevoir de nouvelles grâces, et une augmentation de ma paix intérieure. D'ailleurs, mes austérités n’ont jamais rien dérangé de mes devoirs, ni apporté aucun trouble à ceux avec qui j'étais. Tandis qu'ils s’entretenaient sur différentes choses, je meretirais doucement, et je donnais à Dieu le temps qu’il voulait; puis je revenais. Avoir toujours un Dieu présent et ne pas lui obéir, celaestimpossible. Voir qu'il est l'amour même, cela est encore plus pressant. L'âme ne demande qu’à lui complaire et à faire amoureusement ce qu’il veut qu’elle fasse. Au
moindre mouvement qu’elle ressent, elle dit : sisi
» Allons, mon amour, allons à la croix. Aiors il » semble qu’elle vole. D'ailleurs, plus elle souf- » fre, plus elle est unie à son Dieu; et elle est » entre ses mains comme le fer entre les mains » du forgeron. »
Madame Martin vécut ainsi jusqu’à l'age de vingt-trois ans. Dieu qui n'avait point encore permis au démon de troubler la paix de son âme, voulut alors qu’elle fût mise à l'épreuve des tentations. Tout d’un coup elle perdit absolument le goût des choses de Dieu ; et au lieu de cette of légresse avec laquelle elle se portait à tous s exercices, elle y ressentait des répugnances extrêmes. La douceur et la patience à l'égard du prochain ne lui avaient jusque-là presque rien coûté; elle se trouva d’une sensibilité et d’une aigreur d’esprit qui lui eussent fait faire bien des fautes, si elle ne se fût extrêmementobservée. Dépendre en tout d’un directeur, lui parut un joug intolérable; elle eut sur cela des assauts si violents à soutenir, qu’elle en était quelquefois hors d'elle-même. Les scrupules se joignirent aux tentations, et elle en eut surtout de très-importuns sur la conduite qu’elle tenait touchant ses affaires domestiques et les intérêts de son fils.
Ors il souf- Ile est mains
ige de in core âme, S tenment
sf
Marie de l'Incarnation. Liv. II. 441
Elle se représentait à elle-même comme une mère dénaturée, et son abandon à la divine Providence était dans son imagination frappée comme une véritable présomption. La situation où elle se trouvait dans la maison de sa sœur, quoiqu'il n’y eût rien d’humiliant qui ne fût volontaire, lui devint un esclavage indigne d’une personne d'honneur. Enfin, elle se vit attaquée . de tous côtés, sans que personne ne pôt ni la soulager ni la consoler. Elle proposait bien ses doutes, mais les décisions de son directeur ne la rassuraient point. Elle ne recevait pas plus de soutien du côté de l’intérieur; toutes les puissances de son âme étaient comme dans une entière stupidité; et quoique sa raison ne fût pas si troublée, qu’elle ne vit bien qu’il n’y avait rien à craindre, elle n’en était pas moins tourmentée. La crainte d’être trompée la saisissait souvent. Elle sentait toutes les puissances de l'âme comme liées, en sorte qu’elles ne pouvaient agir. Dans la peinture qu’elle nous a laissée de cet état, elle dit que d'elle-même elle n'aurait pu supporter la tentation, si cette parole du Prophète ne se fût vérifiée en elle : Je suis avec lux dans la tribulation (Ps. 90. 15). Elle ajoute que
cette expérience n’est pas sensible, mais que le Seigneur influe dans l’âme une vertu secrète et foncière, qui aide à porter le fardeau; ce qui rend invincibles ceux qui ont de la fidélité. La sienne fut héroïque dans tout le cours de cette épreuve ; elle ne manqua à rien de ce qu’elle devait à Dieu, et ne tomba pas dans la moindre
impatience. Lorsqu’elle y pensait le moins, elle se sentit tout à coup soulagée, et au même moment elle reconnut que l’état affligeant par où elle venait de passer, était une disposition nécessaire à de nouvelles faveurs. « Alors, dit-elle » mon âme transportée par une puissance qui » la mettait dans un état passif, parlait à Dieu
» dans une très-grande privauté, sans qu'il fût » doi » en mon pouvoir de l'empêcher. Ce sont des » de » plaintes amoureuses, ce sont des gémissements >. » indicibles; chaque retour semble devoir con- 5 » nu », sumer l’âme. Un attrait la porte à l'amour du »..qu » Bien-aimé du Père éternel, et lorsqu'elle croit ». 80 » en aller jouir et se perdre dans son sein, une Fran » lumière sortie de la grandeur de sa Majesté » id » le lui dérobe; mais ce n’est que pour aiguil- 08 » lonner davantage l'âme qui, dans ses retraites, \” sa
» ressent de nouveau ses langueurs. Si j'eusse » ne
Marie de l’Incarnation. Liv. II. 415
crié bién haut, cela m’eût soulagée. Ce sont des affections ardentes qui ne se peuvent décrire. Je m’enfermais dans un lieu à l'écart ; » je me prosternais contre terre, pour étouffer mes sanglots, et tout ensemble pour gagner par un-abaissement intérieur Celui pour qui soupirait mon âme, l’amour ni la privauté ne diminuant en rien le respect. Je ne trouvais de soulagement que dans les actions de charité, c'était ce qui me faisait vivre; j’en cherchais les occasions. Les macérations me servalent aussi beaucoup, quoique je ne les fisse que pour châtier mon corps, et pour adorer les souffrances du suradorable Verbe incarné, dont je voulais gagner le cœur, en revanche » de ce qu'il avait ravi le mien.
» Îl ne me laissait en repos ni le jour ni la nuit. J'avais regret du sommeil que je prenais, quoiqu'il fût fort court, et je m'éveillais fort souvent en oraison. Ce qui me faisait le plus souffrir dans le monde, c’est que je le voyais tout contraire à l’esprit de Jésus-Christ. Mon esprit, qui ne voyait rien d’estimable que les saintes et divines maximes du Fils de Dieu, ne pouvait comprendre comment elles étaient
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si peu suivies de ceux qu’on appelle bons chrétiens. Comme j'étais dans cesentiment, quime faisait supporter une espèce de martyre, Notre- Seigneur, dont les amabilités sont infinies, me découvrait d’une manière très-spirituelle tout ce qu'il a fait pour les hommes, et à quel point son amour pour eux l’a réduit. Durant un Carême, il me découvrit le sacré mystère de son Incarnation d’une façon dont je ne l'avais jamais conçu; mais depuis ce temps-là, j'ai lu quelque chose qui y avait du rapport.
» Cette vue et cette application continuelle mé donnait un nouvel amour pour la Religion, où hors de l’embarras du monde se pratiquent les maximes du Fils de Dieu. Je gémissais et trouvais de jour en jour plus pesants les liens qui mé tenaient dans le monde. Cependant, appliquée de corps aux choses extérieures, j’avais l’esprit lié au suradorable Verbe incarné. Si l'horloge sonnait et qu’il me fallût compter les heures, j'étais obligée de les compter par mes doigts, parce que cet intervalle mettant de l'interruption à mon colloque amoureux, j'étais dans un état violent. En écrivant, les temps de prendre de l'encre étaient de pré-
» Cie »y mo » la | » mo » Agl Il « prenr ches ginat temp sans avec lumi la ch:
lienn qu'il intéri doit | spirit et d« che 6 r'aissé
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Marie de l'Incarnation. Liv. IL. 4145
» cieux instants dont je ne perdais rien. Tout » mon extérieur paraissait joyeux, à cause de » la paix qui inondait mon cœur, et parce que » mon âme était unie à un objet infiniment » agréable.
Il est rare qu’on tombe dans l'illusion et qu’on prenne pour des illustrations divines et des touches d’un attrait violent les écarts d’une imagination échauffée , et les effets naturels d’un tempérament tendre, quand on cherche Dieu, sans se rechercher soi-même en rien. Que si avec cela on ne fait aucun fonds sur ses propres lumières, si on fait plus de cas des exercices de la charité, de l’humilité et de la patience chrétienne, qué des faveurs du ciel, on peut dire qu’il n’y a rien à craindre dans ce que les voies intérieures ont de plus singulier ; et autant qu'on doit témoigner de zèle pour réprimer ces faux spirituels, qui, ne parlant que d'états surnaturels et d'opérations célestes, sont sur ce qui les touche d’une délicatesse inconnue à ceux qui paraissent agir davantage selon l'esprit du monde ; autant est-on obligé de prendre eontre les prétendus esprits forts les intérêts de ce petit nombre de véritables mystiques, qui sont la gloire
de l’Eglise et l’une des plus précieuses portions du troupeau de Jésus-Christ. Or, il n’y eut peutêtre jamais une personne de qui il fut plus aisé de juger de quel esprit elle était animée, que notre vertueuse veuve. Exposée tous les jours aux importunités d’une multitude de domestiques et d'ouvriers, on la vit toujours conserver une égalité d’âme qui ne convient point à la faiblesse d’un esprit trompé de bonne foi, ni à la vanité de celui que la présomption aurait entraîné dans l'illusion. On l’a même vue conserver toute
tranquillité dans des conjonctures où il s'agissai de toute sa réputation. Je ne crois pas, au reste,
qu’on trouve à redire que je rappelle de temps.
en temps ces sortes de considérations. Comme tous ne sont pas en état de reconnaître les véritables opérations de Dieu en elles-mêmes, il fau donner des règles pour les connaître par les effets. Il est vrai qu’il s'en trouve quelquefois d’un caractère si singulier et qui sont si bien marquées, qu'elles emportent conviction et désarment toute la sagesse humaine, et je crois pouvoir dire que tel est ce qui suit :
«© La divine Majesté me poursuivant sans cesse » par la communication de ses grâces et de ses
rtions peut- IS aisé , que 'S AUX ues et e égablesse ranité dans
1te 7issai reste, lemps .
mme véri- Il fau es efd’un uées, toute e que
cesse le ses
Marie de l'Incarnaton. Liv. II. 117
__» lumières, et voulant me faire quelque don ex- ‘ » traordinaire, me donnait une disposition de
» pureté toute particulière, qui me portait à » l’anéantissement de moi-même. Un matin, » C'était la seconde fête de la Pentecôte, comme » j'entendais la sainte Messe, ayant les yeux » élevés vers le ciel, en un moment ils furent » fermés, et mon esprit fut élevéet absorbé dans » la vue de la très-sainte et très-auguste Trinité; » toutes les puissances de mon âme étaient ar- » rêtées et souffraient l'impression qui leur était donnée de ce sacré mystère, et cette impression était sans forme ni figure, mais plus claire que toute lumière. D'abord elle me fit connaître que mon âme était dans la vérité; et cette vérité me fit voir en un moment l’admirable commerce qu'ont ensemble les trois divines Personnes : l’amour du Père, qui se » contemplant soi-même engendre son Fils, le- » quel est de toute éternité. Mon âme était in- » formée de cette vérité d’une façon ineffable. » Elle était véritablement abîimée dans cette lu- » mière. Ensuite elle voyait l'amour mutuel du » Père et du Fils qui produisent le Saint-Esprit, » ce qui se fait par un réciproque plongement
» et je connaissais distinctement les opérations
d'amour, sans mélange et sans confusion. Je recevais l’impression de cette production, entendant ce que c’est que spiration et production, spiration active et spiration passive. Mais la pureté de cette spiration et de cette production est si sublime et si haute, que je n’ai point de termes pour l’exprimer. Voyant les distinctions, je connaissais l’unité d'essence entre les trois divines Personnes; et quoiqu'il me faille plusieurs mots pour le dire, en un moment, sans intervalle de temps, je connaissais l’unité, les distinctions, les opérations dans elles-mêmes et hors d'elles-mêmes.
Néanmoins, en une certaine manière spirituelle, j'étais éclairée par degrés, selon les opérations des trois divines Personnes hors d’elles-mêmes.
» Dans le même attrait et dans la même impression, la très-sainte Trinité instruisait mon âme de ce qu’elle opérait elle-même par communication en la suprême Hiérarchie des Anges, à savoir des Chérubins, des Séraphins et des Trônes, lui signifiant ses saintes volontés, sans interposition d'aucun esprit créé;
Marie de l’Incarnation. Liv. II. 419
et les rapports de chacune des divines Personnes dans chacun des chœurs de cette suprême Hiérarchie. Que le Père Eternel habite dans les Trônes, par où m'’étaient signifiées la pureté et la solidité de ses pensées éternelles. Que le Verbe par la splendeur de ses lumières se communique aux Chérubins; que le Saint-Esprit se répand dans les Séraphins et les remplit de ses ardeurs. Qu’enfin toute la très-sainte Trinité, en l’unité de sa divine essence, se communique à cette suprême Hiérarchie, qui manifeste les volontés divines aux autres esprits célestes, selon les ordres qu’elle en reçoit. Mon âme était toute perdue dans ces grandeurs. Il semblait que la divine Majesté se plût à l’illuminer de plus en plus en des choses qui passent infiniment la faiblesse de la créature. Il me fut encore montré que quoique la Divinité ait mis de la subordination dans les Anges, pour recevoir l’illumination les uns des autres par degrés , toutefois, lorsqu’il lui plait, elle les illumine par elle-même, ce qu’elle fait aussi en ce monde à quelques âmes choisies. J’entendais et expérimentais aussi de quelle manière mon âme était créée
120 La Vie de la Mère | à l’image de Dieu ; que la mémoire avait rap- » port au Père Eternel, l’entendement au Fils, » et la volonté au Saint-Esprit; et que par une » espèce de ressemblance avec la sainte Trinité,
» l’âme est trine en ses puissances et une en sa
» substance. »
Il serait assez difficile de comprendre comment, sans aucune opération particulière de Dieu , une jeune femme ignorante a pu avoir des
lumières si pures, et trouver des expressions si .
justes et si élevées sur ce qu'il y a de plus incompréhensible dans notre sainte Religion. On voit dans ses autres écrits plusieurs particularités de ce ravissement que je ne crois pas devoir omettre. Elle dit dans un endroit, que par intervalle elle revenait à elle, mais qu’'aussitôt l’Esprit la ravissait de nouveau et l’absorbait toute en lui. Que l'impression qu’elle souffrit alors de la sainte Trinité, était sans forme ni figure sensible ; que le terme de lumière, ni celui même d'impression, ne lui paraissent pas propres, parce qu'ils tombent sous les sens et qu’elle n’en trouve point pour exprimer ce qui se passa en elle. Que son âme se trouvait dans la vérité et entendait en un moment l’ineffable commerce
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Marie de l’'Incarnation. Liv. II. 1921
des Personnes divines entre elles. « Lorsque je » dis, ajoute-t-elle, que Dieu me le fit voir, je » ne veux point dire que ce fut un acte, parce » que cet acte est encore dans la diction et pa- » raît matériel, mais c’est une chôse divine. En » un mot, l’âme était abimée dans ce grand » océan , où elle voyait et entendait des choses » inexplicables. Quoique pour en parler il faille » du temps, l’âme néanmoins voyait en un ins- » tant le mystère de la génération éternelle du » Fils, engendré par le Père, et de la production » du Saint-Esprit, qui procède du Père et du » Fils, le tout sans mélange ni confusion. L'âme, » quoiqu’abimée dans ce tout, ne pouvait pro- » duire aucun acte, parce que cette immense
» lumière qui l’absorbaït la rendait impuissante
» à lui parler; et quoiqu’ainsi anéantie dans cet » abîme de lumières comme le néant dans le » tout, cette suradorable Majesté l’introduisait » par son immense et paternelle bonté, lui com- » muniquait de grands secrets de ce divin com- » merce du Père au Fils, et du Père et du Fils » au Saint-Esprit par leur embrassement réci- » proque et leur amour mutuel. Cette grande » opération me fit changer d'état : je fus un long
espace de temps que je ne pouvais sortir de l’application aux trois Personnes divines, ce qui me causa une très-grande appréhension d’être trompée , et que ce ne fût quelque piége du diable pour m’amuser et me retarder en la vie spirituelle et dans la pratique des vertus,
» Je demeurai ainsi toute craintive, jusqu'à ce qu'étant une fois en oraison, ‘plus peinée qu'à l'ordinaire, une voix intérieure me dit: Demeure là comme la colombe dans son nid.
En ce moment, je fus assurée et en paix. Je demeurai en ce mystère comme dans une couche divine, où je prenais mon repos et mon repas : car les paroles de Dieu sont des œuvres et une manne céleste. O Ciel! qu'est-ce que demeurer en Dieu? cela ne se peut dire.
», Et il est à remarquer qu'il n’en est pas des lumières qui viennent de Dieu par une forte impression, comme de celles qui se puisent dans les livres et qui viennent de l'instruction des hommes. Celles-ci s’oublient facilement,
mais celles-là font une telle impression en l’âme, qu'on s’en souvient toujours et qu'on y demeure fortement établi. Lorsqu'on lit, ou qu'on entend parler des mystères de la foi
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Marie de l'Incarnation. Liv. II. 123
» après ces visions célestes, on voit que l’on a » connu tout cela et que l’on voudrait niourir » pour ces vérités , ce qui est d’une très-grande ». consolation à l’âme, qui ayant eu crainte d’être » trompée, et connaissant ensuite que ce qui » s’est passé en elle est conforme à la foi de lE- » glise, dont elletient àsouverain bonheur d’être » fille, elle reste dans une parfaite et solide » paix. » Après ce récit, la servante de Dieu établit plusieurs principes touchant les illustrations divines, qui font bien voir qu’elle avait été à l'école d’un grand maître.
Dans un autre mémoire, où elle donne le nom de tendance à la disposition dans laquelle elle était pour lors, elle en parle ainsi : « La fendance » est le premier état de l’âme blessée du saint » Amour, et qui ayant encore le dard sacré dans » la plaie, souffre pour s'unir à son vainqueur; » parce qu’elle ne le peut atteindre, n'étant pas » encore dans la pureté requise à cette union. » Il lui faut passer par divers feux et par divers » maux, avant que d'y posséder son bien-aimé. » C’est pourquoi elle soupire jour et nuït, et, par » des élans continuels, elle ouvre ses bras, ou, » pour mieux dire, elle étend ses ailes qui sont
dans un mouvement continuel. Ce que je couche ici par écrit, continue-t-elle, n’est qu’un légercrayon dece quise passait. Enfin l'esprit qui agissait en mon âme la remplissait de lumières, auxquelles elle ne répondait que par son amoureuse activité ; ce qui faisait un entre-
lien continuel, comme entre deux amis. La
langue ne le saurait dire ; car cette compa-
raison , quoique forte, est encore trop terrestre |
pour l’exprimer. La langueur était causée par de nouveaux écoulements et par des touches divines. Je crois que c’est ce que le Saint-Etprit fait dire à l’Épouse des cantiques : Soutenez-moi avec des fleurs, appuyez-moi avec des pommes, car je languis d'amour (Cant.
2. 5). Mon âme voyait les beautés ravissantes de l'Époux ; elle voyait qu’on la préparait à s’unir à lui, mais ce délai la faisait mourir.
Tout ce qu’elle pouvait, c'était de répéter
sans cesse : Ah! mon amour, ah! mon bienaimé. »
On peut juger de la sublimité de l’état où Dieu
voulait élever sa servante par l’excellence des moyens qn'il employait pour l’y disposer. Souvent la seule vue de la Majesté divine lui faisait
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Marie de l’Incarnation. Liv. I. 141%
connaître sa bassesse d’une manière infiniment sensible , et l’abattait de telle sorte, qu’on l'a vue tomber en défaillance. D’autres fois Dieu la réveilläit par des touches intimes ; et comme s'il eût dit : me voici, il commençait à se faire voir, et elle, croyant que le moment désiré était venu, se présentait pour l’embrasser ; mais il se dérobait aussitôt, et la laissait dans un désir plus ardent qu'auparavant. Il se présentait de nouveau, puis se retiraitencore : et ainsi, par ses approches et ses retraites, il prenait plaisir à faire croître son amour. à Après cela, il prenait une voie contraire, et la purifiait en la rejetant, en l’éloignant de sa présence ; maïs ce n’était que pour l’attirer plus efficacement. Un jour, il lui fit voir son âme dans l’état de pureté où il la voulait. Le fruit de ce ravissement fut qu’elle conçut que Dieu lui faisait justice, en différant la grâce qu'il avait dessein de lui faire, et que depuis toutes les créatures ne lui furent plus rien. Enfin elle fut encore remise aux tristes épreuves des peines inté-
“rieures. Tout ce qui lui était arrivé jusque-là lui
parut frivole. Les paroles de son directeur, bien loin de la soutenir, redoublaient ses frayeurs, et
la continuelle présence d’un Dieu, qu’elle croyait ne pas aimer, lui était un supplice intolérable, Elle fut plusieurs mois dans cet état. Enfin, un jour qu’elle tâchait de faire oraison , ces paroles lui furent dites dans l’intérieur: C’est dans la foi que je t'épouserai (Osée, 2. 19). Ce n’était pas, comme la première fois qu’elle avait entendu ces paroles, une promesse, mais un avertissement de ne chercher point d’autre voie pour arriver à cet état sublime que la foi, et d’en faire son unique soutien. Ses peines ne lui furent point Ôtées, maïs elles lui devinrent chères et k mables. « Depuis cette nouvelle lumière, dit- ». elle, il me fut plus aisé de m’entretenir avec » Dieu par la foi, sans aucun autre soutien. Cela » me nourrissait et me tenait contente et pai- » sible. Je me regardais toujours comme un ob- » jet vil et méprisable, indigne des miséricordes » de mon Dieu. La partie supérieure s'était ren- » due la maïtresse, et semblait même avoir de » la joie de voir souffrir ses ennemis, à savoir » l'imagination et les appétits, sans qu'ils pus- » sent lui nuire. Peu à peu mes peines dimi- » nuäient, et de moment en moment mon esprit se réveillait, pour arrêter Celui qui était mon
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Marie de l’Incernation. Liv. II. 127
» amôur; mais cet esprit était sévère et exact à » ne laisser prendre aucune consolation à la par- » tie inférieure, parce qu'il voulait aller à Dieu » par.une très-grande pureté et sans aucun sen- » timent. Etant ainsi abandonnée à Celui qui me » nourrissait de foi, je m'’estimais plus riche en » ma pauvreté spirituelle que si j’eusse eu tous » les trésors imaginables. Mon plaisir était de » regarder Dieu dans la foi, et si l’on m’eût » demandé quelle était mon occupation inté- » rieure, j'eusse répondu: Je me contente en » Celui qui est tout et qui remplit tout. »
Tant de courage et un si généreux abandon de soi-même, engagea Dieu à se remontrer à son humble servante. Elle se sentit tout à coup dans une privauté qu’elle n’avait pas eue depuislongtemps. L'Époux paraissait vouloir encore s’éloigner, mais elle était portée à le rappeler par ces paroles du Cantique: Venez , mon bien-aimé, venez en mon jardin (Cant. 5. 4). Aussitôt elle reconnaissait qu’il était proche ; elle entendait sa voix, qui n’était autre chose, dit-elle, qu’une manifestation de lui-même, faite à la dérobée, qui était suivie d’un tressaillement , et qui lui faisait dire dans ses élans amoureux: J'entends la voix
de mon bien-aimé. Voilà qu'il regarde ; il est derrière la muraille. Il regarde au travers des treillis (Cant. 2. 5).