‹ La vie de la Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 27 sur 51 · VIII. Dès qu'un cœur est navré, 1l aime par · texte numérisé non relu

VIII. Dès qu'un cœur est navré, 1l aime par

tout, pourvu qu’il entretienne les plaies de l’amour et qu’il ne Îes referme point par de misérables médicaments, c’est-à-dire, par les fausses raisons de l’amour-propre.

IX. Il faut tous les jours commencer à ailner Dieu , et croire aujourd’hui qu’hier on ne l’aimait pas vérilablement. Les degrés de ce saint commerce sont de voir défectueux tout ce qui est derrière soi.

X. Je ne puis comprendre comment une âme s'amuse à s’entretenir avec les créatures, ayant toujours en soi le Créateur.

XI. Si une âme, qui a Dieu pour Père, n'est pas contente , c’est qu'elle réfléchit trop sur ellemême.

XIT. Plus l’âme s'approche de Dieu, plus elle connaît son néant ; et quoiqu'elle soit dans un très-haut degré d'amour, elle s’en humilie da-

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Marie de l’Incarnation. Liv. III. 211

| vantage en sa présence. Cela me fait comprendre

le sens de ‘ette parole de Notre-Seigneur : Celui qui s’humilie sera exalté (Luc, 18, 14), et de cette autre : Apprenez de moi que je suis doux

| ethumble de cœur, et vous trouverez le repos

de vos âmes (Matth. 11 , 29).

XIII. L'obéissance, quand on a l'intention droite, supplée à tout. Comment une âme relgieuse pourrait-elle vouloir aimer Dieu et être aimée de lui, ayant de la peine à se soumettre ?

XIV. Point de chemin plus court pour parvenir à la perfection. de la vie intérieure, que le retranchement universel de réflexions , non-seulement sur tout ce qui peut donner de la peine, mais même sur tout ce qui ne porte point à Dieu et à la pratique de la vertu.

XV. L’empressement que l’on a d'achever une chose pour en commencer une autre, fait que toutes les deux sont imparfaites.

XVI. Il n’est pas possible de mener longtemps la vie de l’esprit sans passer par de grandes épreuves.

XVII. Avoir de la résignation dans les souffrances, c’est une marque certaine qu’on est pro-

212 La Vie dela Mère che de Dieu et de ses miséricordes. Dans les infirmités que Dieu nous envoie, nous ne devons rien désirer, sinon qu’elles ne nous empêchent point de le servir. Quant aux souffrances qui y sont attachées, c'est un présent qu’il nous fait, et que nous devons chérir.

XVIII. Prier et souffrir, c’est tout ce que nous pouvons faire de mieux pour obliger les Églises triomphante , militante et souffrante, et pour nous-mêmes.

Voilà le lait dont la sainte Mère nourrisfait ses filles. Il ne faut pas s'étonner, si une si excellente nourriture, dans des sujets parfaitement disposés, produisit ces fruits de bénédiction, qui ont donné tant de saintes à la Congrégation des Ursulines ; on en a fait connaître quelques-unes au public. Mais on sera peut-être bien aise d’apprendre que, parmi ces religieuses, qui, sous la direction de la Mère de l’Incarnation, se sont élevées à la plus sublime vertu , une des plus distinguées fut Angélique de la Vallière, dite la

Mère de la Conception , qui, après avoir illustré ,

son Ordre par la pratique des plus héroïques vertus, finit une vie si sainte par une mort encore plus précieuse ; s'étant faile une victime

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souffrante et mourante, pour obtenir du Ciel la | conversion de son illustre nièce, et a ainsi pro-

Marie de l’Incarnation. Liv. IT. 213

curé à l’Église, dans un siècle corrompu , un des plus rares exemples de la pénitence chrétienne. Je ne dis rien ici de la Mère Marie de Saint-Joseph, qui fut encore une élève de la Mère Marie | de l’Incarnation, parce que j'aurai plus d’une fois occasion d’en parler dans la suite de cette histoire. Au reste, rien n’était plus selon le cœur de notre sainte institutrice, que l'emploi dont l'obéissance l'avait chargée. Effectivement, et par l'intérêt que sa qualité d’épouse lui faisait prendre à ce qui regardait la gloire du sacré Verbe, et par la vue des desseins qu’il paraissait avoir sur elle , il ne lui était pas possible de s'occuper d'autre chose, que des moyens de le faire connaître et aimer; et l'unique désir que formait son cœur était que Jésus-Christ fût adoré dans toutes les parties du monde. « Dès mon entrée aux Ur- » sulines, dit-elle, un certain instinct me dit que » la divine bonté me mettait dans cette sainte » maison, comme en dépôt, jusqu’à ce qu’elle » disposât de moi selon ses desseins. Je repous- » sais toujours ce sentiment, dans la crainte que » ce ne fût un piége du diable ; mais il revenait

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