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sans cesse. Je ne raisonuiäis point, je n’examinais point ; seulement je m’abandonnais entre les mains de Dieu. Enfin, à l’âge de trente-quatre à trente-cinq ans, j’entrai dans l’état qui m'avait été montré. Je fus saisie d’un esprit apostolique , par le mouvement duquel je me promenais dans la vaste étendue des Indes, de la Chine et du Japon, et j'y
‘accompagnais les ouvriers de l'Evangile, aux-
quels je me sentais étroitement unie, parce qu’ils se consumaient pour les intérêts de mon céleste Epoux. Je perçais jusque dans les régions les plus inaccessibles, où il y avait des âmes raisonnables, que je connaissais appartenir toutes à Jésus-Christ. Je voyais le démon en triompher et les ravir au domaine de mon divin Maître , qui les avait achetées de son sang. Ces vues me faisaient entrer dans des langueurs extrêmes. J'embrassais ces pauvres âmes, et mon cœur ne cessait point de presser le Père éternel, par une activité amoureuse, d’avoir pitié de leur égarement. L’Esprit de grâce m'emportait en une si grande hardiesse, qu’il me paraissait que je n'étais pas
libre de faire autrement. 0 Père! lui disais-
Marie de l'Incarnation. Liv. III. 215 | » je, que tardez-vous, puisqu'il y a si longtemps » que mon Bien-Aimé a répandu son sang? c’est » pour les intérêts de mon Epoux que je prie, » et vous lui avez premis toutes les nations. Par » une lumière qui était infuse en mon âme, je » voyais clairement et comme en plein jour, le » sens des passages de l’Ecriture sainte où il’est » parlé du souverain pouvoir quele Père a donné » au Verbe incarné sur tous les hommes, et ce » que le Saint-Esprit dit de lui. Ce grand jour, » qui me découvrait tant de merveilles, embra- » sait mon âme d’un amour qui me consumait.
» ILest juste, m'écriais-je, il'est juste, Père éter- » nel, que mon Epoux soit le maître. Donnez- » moi une voix assez puissante pour être enten- » due des .xtrémités de la terre, et pour pu- » blier partout que mon divin Epoux est digne » de régner dans tous les cœurs. Mes gémisse- » ments, comme autant de flèches embrasées , » allaient percer les cieux. Portéeen esprit parmi » les âmes qui ne connaissent pas Jésus-Christ, » je lui rendais pour elles les hommages qu’elles » lui doivent ; je les embrassais et les voulais » concentrer dans le sang précieux de cet ado- » rable Seigneur. »
Il n’était pas possible qu'un feu si dévorant se contint dans l'intérieur ; aussi fit-il de si grandes impressions sur les sens, que la Mère de l’Incarnation parut toute changée;*et qu'on appréhenda pour sa vie. On lui ordonna donc de se distraire autant qu'il lui serait possible. Elle fit tout ce qu’elle put pour obéir; mais ses effris furent inutiles, et il fallut s’abandonner à Celui qui mortifie et qui vivifie. Son directeur était alors le Père Jacques Dinet, recteur du nouveau collége de Tours, et qui fut, peu de temps après, appelé à la cour, pour y être confesseur du roi Louis XIII. Un jour que la Mère de l’Incarnation lui rendait compte de ses sentiments par rapport au salut des âmes, et qu’elle lui parlait du songe mystérieux que nous avons rapporté, elle fut bien surprise d'entendre dire au Père qu'il n’y avait rien là qui ne pût arriver, et qu’apparemment le Canada était le pays qui lui avait été montré. Jamais elle n'avait entendu parler du Canada, et il ne lui était point encore venu à l'esprit qu'elle dût contribuer à la conversion des infidèles autrement que-par ses prières et par celles des autres, qu’elle avait un fort grand soin de procurer à ces âmes infortunées. Il est pourtant
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Quteputetion - e hope p'28€ Marie de l’Incarnation. Liv. IV. (253 pleurs, lui disaient des choses si touchantes, qu'elle en avait le cœur percé. Puis, comme chacune cräignait de n’avoir pas été remarquée, elles allaient dans sa chambre, les unes après les autres, renouveler leurs instances, et les accompagnaient de tout ce qui se peut imaginer de plus touchant. De là, elles allaient au parloir faire la même chose auprès de M. de Bernières, le prier d’intercéder pour elles auprès de Madame de la Peltrie , sur l'esprit de laquelle on leur avait
dit qu'il pouvait plus que personne. Cette fer-
veur dura tout le temps que Madame dela Peltrie fut dans cette maison, et pendant lequel on fit, avec l’agrément de l’Archevêque, les prières . de quarante heures.
I n’y avait de tranquille dans toute cette nombreuse Communauté, que la Mère de l’Incarnation, qui était assurée de son sort, et une jeune Religieuse de vingt-deux ans, nommée Marie de Saint-Bernard, qui n’avait pas moins d’envie que les autres d'aller en Canada, mais qui, plus timide et plus persuadée de son indignité pour un ministère qui lui paraissait demander une
. vertu héroïque et une sainteté consommée, n’o-
sait faire aucune démarche. C'était un Ange sur
terre, et il est difficile de voir une âme plus prévenue des bénédictions du ciel, plus fidèle à la grâce, plus courageuse et plus accomplie dans tout ce qui peut rendre recommandable aux yeux de Dieu et des hommes une épouse de Jésus-Christ. Dès sa plus tendre enfance, elle avait ressenti de très-vives atteintes de ce zèle du salut des âmes, qui l’a dévorée jusqu’à sa mort, et dont elle a élé la victime. La Mère de l’Incarnation qui l'avait élevée , et pour qui elle n'avait rien de caché, n'avait jamais douté qu'eile ne fût la compagne que Dieu lui destinait, nr depuis que la sainte fille lui eut fait le récit d’une chose assez extraordinaire, qu’elle-même ne regardait que comme un songe, mais où sa sainte maîtresse trouvait toutes les ma:'ques d’une véritable vision, ce que l'événement justifia. Mais indépendamment de toute autre chose, la Mère de Saint-Bernard était sans contredit le meilleur sujet que l’on pût choisir pour l'expédition du Canada. Sa vertu avait extrêmement müûri sa raison, et dans une si grande jeunesse, elle faisait
voir par toute sa conduite une prudence que les années ne donnent pas toujours. Dès que Ma- . dame de la P: nie Au entrée dans le Monastère,
lus pré.
dèle à la ie dans ble aux ouse de ce, elle » zèle du Sa Mort, l’Incarn'avait ‘elle ne co it d’une e ne rea saine ne vériia. Maïs la Mère meilleur tion du ri Sa raie faisait que les ue Manastère,
Marie de l’Incarnation. Liv. IV. 955 cette jeune religieuse sentit tout son zèle et toute
sa ferveur se ranimer ; mais n’osant se présenter
nià la Dame ni à M. de Bernières, elle se con-
‘tenta de s'offrir à Dieu, comme une victime toute
prête à être immolée pour sa gloire. Après qu’elle eut fait ce sacrifice, elle se tint en repos. Elle ne laissait pas cependant de ressentir quelques mouvements qui la faisaient rôder tantôt autour du parloir où M. de Bernières passait presque tout le jour, tantôt auprès de la chambre de Madame de la Peltrie, sans pouvoir se résoudre à y entrer: jusqu’à ce qu'enfin la Mère de l’Incarnation, l'ayant rencontrée, la prit par la main, et sur-lechamp l’alla présenter à M. de Bernières, qu’elle
pria de l’examiner avec bien de l'attention. Le
serviteur de Dieu commença par engager la jeune Religieuse à lui rendre un compte exact de tout ce qui s'était passé dans son intérieur au sujet de la Mission de Canada ; et comme il avait un discernement exquis, il jugea d’abord de cette fille ce qu’en avait jugé la Mère de l’Incarnation. Il lui dit donc d'avoir bon courage, et qu'il ne tiendrait pas à lui que ses vœux ne fussent accomplis.
La vertueuse fille, encouragée par ces paroles,
alla du parloir droit à la chambre de la Mère Supérieure. C'était encore la Mère Françoise de Saint-Bernard qui gouvernait cette maison. Elle reçut fort mal la jeune Religieuse ; et, pour lui
ôter d’abord toute espérance de rien obtenir, elle
lui dit qu’elle se prépart à à prendre la chambre et l'office de celle qui serait choisie pour la Mission. La servante de Dieu fit paraître en cette occasion son humilité et sa confiance. Elle se retira sans rien répliquer à sa Supérieure, et ne songea plus qu’à fléchir le Ciel dont elle ‘attendait tout. Elle renouvela à Dieu le sacrifice de sa vie; le conjura, avec les plus fortes instances, que ses péchés ne missent aucun obstacle aux desseins de la divine Providence sur elle; prit
saint Joseph pour son protecteur en cette affaire auprès du Seigneur, et lui promit de prendre son nom, s’il lui obtenait la grâce qui faisait lunique objet’de.ses vœux. ;
Enfin, les prières de quarante heures finies, la Communauté fut assemblée pour faire l’élection. Toutes les Religieuses furent proposées , parce que toutes s'étaient mises sur les rangs ; mais il n’y en eut aucune en qui on ne trouvât quelque obstacle qu’il n’était pas aisé de sur-
monter. | ion être facil avait téir jamais q\ tout-à-cot de reco dans ce nerait le:
consente gicuse , F égards.
Märie Troche milles d’ exprès, ] Tours. I peut dire et ils ne qu'on mn s'instrui vaient el que l’avi saient à le châtes
Marie de l’Incarnation. Liv. IV. 257
monter. Marie de Saint-Bernard fut la seule en qui on ne vit aucun empêchement qui ne pût être facilement levé. La Supérieure même , qui avait t#inoigné d’abord qu’elle ne consentirait jamais qu'on jett les yeux sur elle, se trouva tout-à-coup changée, et, ne pouvant se dispenser de reconnaître quelque chose de merveilleux dans ce changement, elle déclara-qu'elle donnerait les mains:à-tout, si on pouvait avoir le consentement dés parents de la jeune Religicuse , pour lesquels on devait avoir de grands égards... : -
Märie de Saint-Bernard était fille de M. de la Troche Savonnière , d’une des meilleures familles d'Anjou. On députa à ce gentilhomme un exprès, pour lui apprendre ce qui se passait à Tours. Il en fut surpris au-delà de ce que l’on peut dire, aussi bien que madame de la Troche, et ils ne répondirent à l’envoyé qu’en ordonnant qu’on mît les chevaux au carrosse, pour aller s'instruire eux-mêmes d’une chose qu’ils ne pouvaient encore croire, et pour s’y opposer au cas que l'avis fût véritable. Pendant qu'ils se disposaient à partir, un Religieux Carme entra dans le château, et demanda pour quel voyage étaient
258 La Vie de la Pfère | les préparatifs qu’il voyait. On lui dit de quoi il s’agissait. Il parut étonné à son tour de la résolution de M. et de Madame de la Troche , et comme s’il eût été envoyé du ciel pour leur intimer les ordres du Seigneur, il dit des choses:si touchantes pour leur faire comprendre l’honneur que Dieu faisait à leur famille, que cela, joint au ton pathétique dont il parlait, les fit en un moment changer de pensée. M. de la Troche écrivit sur-le-champ à sa fille, qu’elle faisait faire à ceux qui lui avaient donné le jour un sacrifice qui leur coûterait bien des larmes ; qu'ilacquiesçait néanmoins avec soumission aux ordres du Ciel ; qu’elle allât puisque Dieu l’appelait, el que lui et sa mère lui donnaient et lui souhaitaient mille bénédictions. Toute la lettre était si tendre et si belle, que la lecture en ayant été faite en présence de la Communauté, toutes les Religieuses fondirent en larmes. La seule Mère de Saint-Bernard y parut insensible ; la grâce qui s'était emparée de son cœur y avait élouffé tous les sentiments naturels, et lui avait inspiré une grandeur d'âme et une intrépidité qui ne l’abandonntrent jamais depuis. Elle changea de nom comme elle s’y était engagée, et se fit appeler L'
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Marie de l’Incarnation. Liv. IV. 2]
Marie de Saint-Joseph. Elle a rendu ce nom célèbre dans toute la Nouvelle-France, où elle a laissé une odeur de sainteté qui dure encore, et que le Ciel a confirmée par plus d’un miracle. | Toutes choses étant ainsi terminées, on se disposa à partir pour Paris. Madame de la Peltrie avait réussi en tout au-delà de ses espérances ; mais Dieu permit que sa joie fût tempérée par une affliction qu’elle ressentit vivement, et qui lui vint d’où elle la devait moins craindre. Une fille avec qui elle avait été élevée, pour qui elle n'avait rien de caché, et qui lui avait promis de ne l’abandonner jamais, ne vit pas plutôt l'affaire engagée sans retour, que la vue des périls qu’elle aurait à essuyer sur mer l’effraya. Elle pria sa maîtresse de trouver bon qu’elle s’en retournât à Alençon, et il ne fut pas possible de lui faire reprendre femiers sentiments. La Mère de l'Incarnätion fut chargée de chercher un sujet qui remplaçât cette fille, et elle l’eut bientôt trouvé. Un Père Jésuite proposa une fille de fort honnête famille, nommée Charlotte Barré , qu’il savait être toute remplie du zèle du salut des âmes. On la fit venir. Elle s’of-
(660 La Vie de la Mère frit à tout, et ne demanda qu’une condition, à savoir qu’elle serait reçue Religieuse dans le Monastère qu'on allait fonder. On le lui promit, et elle se donna sans réserve à Madame de la Peltrie. Elle avait un oncle Chanoïine et un frère qui firent tous leurs efforts pour la retenir, mais inutilement. Elle justifia parfaitement dans la suite tout le bien que son directeur avait dit d'elle, et fut, sous le nom de la Mère de Saint-
Ignace, la première Professe du Monastère de Québek.
On n'avait pas cru trouver aucune difficulté au sujet de la Mère de l’Incarnation , et, jusqu'à la veille du départ, la servante de Dieu, qui
n’avait rien dit de son dessein à sa famille, ne croyait pas que rien dût l'arrêter de ce côté-là. «# Elle s'était trompée. A la première nouvelle qu’apprit de son voyage celle de ses sœurs chez qui elle avait demeuré, elle mit toute la ville en rumeur pour rompre le coup. Elle s’adressa à l’Intendant et à l’Archevèque ; elle parla à tous ceux pour qui elle crut que la Mère de l’Incarnation avait quelque déférence ; et voyant qu’elle n’avançait rien par toutes ces voies-là , elle crut foire davantage par les procédures de justice ;
idition, dans le ui prolame de e et un retenir, nt dans vait dit > Sainttère de
ffichlté jusqu'à
U, qui
Ile, ne Ôté-là, puvelle rs chez rille en r'essa à à tous Incarqu'elle le crut istice ;
Marie de l’Incarnation. Liv. IV. 261
elle alla trouver sa sœur avec un notaire, à qui elle fit dresser, dans le parloir même, une oppo- .
sition dans les formes à son voyage. Apparem-
ment elle ne prétendait par là que l’intimider ;
mais cette ressource lui ayant encore manqué,
elle lui déclara qu’elle ne prendrait plus aucun
soin de son fils, à qui jusque-là elle avait bien
voulu servir de mère. Elle fit plus : l'enfant était à Orléans, où le Père de la Haye l’avait fait placer pour achever ses études ; elle lui écrivit tout ce qui venait de se passer , lui donna avis que sa mère devait passer par Orléans ; l’instruisit de ce qu'il devait faire pour l'arrêter en France, et lui fit bien comprendre combien il lui importait de ne pas manquer son coup.
Il fallait bien d’autres batteries que celles-là pour ébranler la Mère de l’Incarnation. Ceux qui connaissaient le crédit de sa sœur , ne savaient pas trop que penser des mouvements qu'elle se donnait ; maïs pour elle, il ne lui en coûta pas un seul mouvement d’inquiétr \e. Elle était convaincue que Dieu la voulait en Canada ; et rien n'était capable de lui faire naître'le. moindre doute sur ce voyage. Elle savait d’ailleurs que
saint Joseph, patron de la Nouvelle-France, fa- 15,
262 La Vie de la Mère vorisait son entreprise, et entre plusieurs preuves qu’elle en avait eues , elle en rapporte une fort singulière. Le jour que Madame de la Peltrie partit de Paris pour se rendre à Tours, la servante de Dieu, qui n'avait eu aucun avis de ce départ , se sentit tout à coup fortement pressée de quitter ce qu’elle faisait, et de s’en aller dans une chapelle qu’on avait bâtie au bout du jardin, en l’honneur de saint Joseph, pour remercier ce grand saint de quelque faveur particulière , dont elle n’était pas encore informée. Elle résista quelque temps, mais enfin elle fut obligée de se rendre, et, peu de temps après, elle sut que Madame de-la Peltrie était en chemin pour la venir chercher, et allait arriver à Tours.
Une autre chose l’occupait encore davantage, et était seule plus que suffisante pour l’empêcher de faire attention aux oppositions qu’on formait à ses desseins. C'était un sentiment qui fut imprimé en son âme que Dieu lui préparait de grandes croix dans l’expédilion qu’elle médita t, Voici comme elle en parle. « Jour et nuit je » ne pouvais ni manger, ni dormir, ni faire » aucune fonction de mon esprit, tant il étail » abstrait et aliéné de toutes choses, et occupé
S preu-
re une
la Pelurs , la avis de pressée er dans jardin, rCier ce e, dont a quelse ren-
ladame
r cher-
infage, pêcher ormait ut imrait de Édita t.
| était CCupé
“miurie detTincarnalion. iv. :*. 963 :
de la représentation de ce qui me devait arriver en. Canada. Je vis des croix sans fin, un abandon de la part de Dieu et des créatures
» dans un degré très-crucifiant. 11 me fut montré que j'allais entrer dans une vie cachée et inconnue , et il me semblait que la Majesté
» de Dieu me disait par une insinuante péné-
» tration : Il faut que désormais vous me ser-
» viez à vos dépens. Allez me donner des preu-
» ves de la fidélité que vous me devez, par une
» parfaite correspondance aux grâces que je yous
» ai faites. Je ne puis dire en quel étonnement et
» en quel effroi se trouva mon esprit par cette
» vue. Je sentais toutefois en moi-même une si
» grande résolution pour faire et souffrir tout ce
» qu'il plairait à la divine Majesté, qu'au mo-
» ment même je m'abandonnai pour suivre ses
» ordres en toutes choses. On n’aperçut rien au
» dehors de ce que je souffrais, parce que j'étais
» embarrassée en diverses affaires. Toutefois, je
» me trouvais comme une personne seule , ef
» j’expérimentais déjà une affreuse solitude d’es-
» prit, qui me rendait insensible à la séparation
» qui s’allait faire de tout ce que j'avais de cher
» au monde. »
Cependant M. l'Archevêque de Tours, voulant n’avoir rien à se reprocher touchant les deux Religieuses qu’il donnait à Madame de la Peltrie, fit dans son palais une assemblée des personnes qu’il honorait le plus de sa confiance; il pria M. de Bernières et Madame de la Peltrie de s’y trouver, et voulut que la Supérieure des Ursulines avec une autre Religieuse , la Mère de l’Incarnation et la Mère de Saint-Joseph, y fussent aussi présentes. Quand tout le monde fut venu, il prit la parole, et dit qu’il avait une joie sensible de ce que Dieu avait jeté les yeux sur ses filles, pour une entreprise aussi héroïque et aussi sainte que celle dont il s'agissait; mais que la sagesse voulait, et que sa conscience demandait qu’il ne conclût rien, sans voir un fonds assuré pour le monastère qu'on avait dessein de bâtir; qu'à cet effet il priait Madame de la Peltrie de lui marquer les avances qu’elle était résolue de faire et de passer en sa présence le contrat de fondation. Madame de la Peltrie répondit qu’elle était dans le dessein de donner tout son bien, qu’elle déclara en détail; que pour s’ôter, et à tout autre, les moyens d’en rien retrancher, elle se donnait elle-même, mais qu’elle le priait de la dispenser
roulant PUX Re- Peltrie, Sonnes aM. de trou- Sulines Carna- { aussi il prit ï ble de S, pour te que e vou- 1e COnle mol'à cet maraire et alion, { dans le déiutre, nriait enser
Marie de l'Incarnation. Liv. IV. 265’
de passer pour le présent le contrat de fondation, parce que, n'ayant pas pris pour cela ses mesures en partant de Paris, il lui serait difficile de faire
les choses si à propos, qu’il ne s’y trouvât quelque
nullité : que s’il voulait commettre à Paris quelque personne en qui il eût confiance, on ferait en sa présence le contrat, et qu’on y suivrait, autant qu'il serait possible, toutes ses intentions.
Le prélat se rendit à de si bonnes raisons, et agréa les propositions que lui faisait Madame de la Peltrie. Il nomma pour travailler à cette affaire en son nom, le Père de la Haye et dom Raymond de Saint-Bernard, alors provincial de son Ordre. Il ne pouvait prendre de meilleures sûretés pour ses religieuses, qu’en remettantleurs intérêts entre les mains de deux hommes aussi éclairés que l’étaient ceux-là, etquiavaient autant à cœur que lui qu'on ne fit rien au désavantage de ses filles. Tout étant ainsi arrêté, l’Archevèque voulait dire la Messe, afin de communier de sa main la Mère de l’Incarnation et sa compagne ; mais son extrême vieillesse et ses infirmités ne le lui permirent pas. Il la fit donc célébrer par son Aumônier, et communia avec les deux Religieuses. Il retint ensuite toute la compagnie à diner;
et tandis qu'après le repas le Secrétaire expédiait les obédiences des deux Missionnaires, 1l leur fit une fort belle exhortation sur les devoirs qu’elles auraient à remplir dans le nouveau genre de vie qu’elles allaient mener. Dès qu’il eut cessé de parler, la Mère de l’Incarnation le pria de vouloir bien leur commander le voyage qu’elles entreprenaient, afin qu’elles eussent le mérite de l'obéissance: il y consentit, et leur parla d’une manière si touchante, que tous les assistants en furent attendris. Îl voulut ensuite que les quatre Religieuses chantassant le Psaume /n exilu sraël de Egypto, et le cantique Magnifical ; ce qu’elles firent à deux chœurs, avec beaucoup de dévotion. Puis, il leur donna sa bénédiction, et, adressant la parole à M. de Bernières et à Madame de la Peltrie : « Voici, leur dit-il, mes » filles, que jé vous confie : voici deux pierres » fondamentales de l'édifice que vous voulez éle- » ver dars le Nouveau-Monde, en l’honneur de Jésus et de Marie. Qu’elles y soient comme deux pierres précieuses, semblables à celles des fondements de la Jérusalem céleste. Que ce temple soit à jamais un lieu de paix, de bé-
» nédictions et de grâces plus fécond que ne fut
Kpédiait leur fit qu'elles > de vie essé de Ouloir entreite de d’une nis en quatre tu Ts:
al ; ce uCoup ICtIon, s et à » mes ierres 2z éleur de mme s des ue ce e bée fut
Marie de l'Incarnation. Liv. IV. 9262:
x celui de Salomon. Que les portes de l'enfer
» ne prévalent point contre lui, et ne lui puisse » jamais nuire, non plus qu’à celui de Pierre.
.» Que Dieu y habite cc..me père et comme
» époux, jusqu’à la consommation des siècles. Après ces paroles, qui furent comme le testament de ce vénérable vieillard , les Religieuses retournèrent à leur couvent. Les adieux se firent: on peut juger avec quelle charité, et combien de larmes de tendresse et de dévotion furent versées. Enfin, on monta en carrosse dès le même jour, qui fut le 22 février 1639.
Dès que le jeune Martin sut que sa mère était à Orléans , il l’alla trouver à l’auberge où elle ‘était descendue , et d’abord, dissimulant ce qu'il savait de son dessein, il parut d’une surprise extrème de la voir dans une hôtellerie. Il lui demanda ensuite où elle allait. Elle lui répondit qu'elle allait à Paris. « Mais, continua-t-il, ne » passerez-vous point Paris? Je pourrai, répon- » dit la mère, descendre jusqu’en Normandie. » Le jeune homme vit bien qu’elle ne voulait pas s'expliquer ; c’est pourquoi il ne lui répliqua qu’en tirant de sa poche, et lui mettant en main la lettre que sa tante lui avait écrite, et la révo-
at
a tif
ge,
cation en bonne forme d’une pension que cette femme avait créée en sa faveur sur tous ses biens, pour reconnaître les services de sa mère. La servante de Dieu prit ce papier, le lut, et levant les . yeux au ciel : « Oh! que le démon, s’écria-t-elle,
a d'artifices pour traverser les desseins de Dieu ! Puis, regardant son fils : Il y a huit ans, mon fils, lui dit-elle, que je vous ai quitté pour me donner à Dieu ; depuis ce temps-là vous at-il manqué quelque chose? non, repartit l'enfant. Hé bien! reprit la vertueuse mère, le passé doit vous répondre de l'avenir. Quand je vous quittai pour l’amour de Celui qui m’en avait donné l’ordre, je vous donnai à lui, et
je le priai de vous servir de père. Vous voyez
» qu'il a été au-delà même de nos espérances.
Il continuera comme il a commencé. Mon-
trez-vous seulement un digne fils du meilleur
des pères. Gardez ses commandements. Ayez -en sa Providence paternelle une entière con-. fiance , et vous éprouverez qu'il ne manque point à ceux qui le craignent. Je vais en Canada, mon fils, il est vrai, mais c’est pour obéir à Dieu qui me l’ordonne. Quel honneur pour moi d'être choisie pour l’exécution d'un
LA
nana,
Marie de l’Incarnaton. Liv. IV. 269
si grand dessein ! et quelle joïe n’en devez-
» vous point avoir si vous m’aimez? » Ces paroles, ét l’air dont elles furent dites, changtrent en un moment le jeune écolier. Il s’abandonna sans réserve à la divine Providence , brûla les papiers qu’on lui avait envoyés, et fit à Dieu dans la simplicité de son cœur, un sacrifice de tout æ qu'il pouvait avoir sur la terre, qui fut pour
| ‘lui, dans la suite, une source intarissable de
grâces.
Cependant toute la troupe poursuivit son voyage et arriva à Paris. Les Ursulines du faubourg Saint-Jacques avaient fait offrir leur maison aux deux Religieuses; mais elles ne purent l’accepter sitôt, leurs affaires ne leur permettant pas pour lors de s'éloigner de leur compagnie, et on choisit la maison de M. de Meules , maître d'hôtel chez le Roi, à cause du voisinage de la maison professe des Jésuites. On n'avait pas encore eu le temps de se reconnaître, que M. de Bernières tomba malade et fut à l'extrémité. Ce contre-temps dérangea fort les affaires de la Mission, dont 1l était comme l’âme; mais il contribua beaucoup à tromper les parents de Madame de la Peltrie, dont l’assiduité auprès du malade
- Ta Vie de la Mère
| ne laissa aucun lieu de douter qu’elle ne fût son
| épouse. ; HA Dès que M. de Bernières fut en état d'agir, il [A !
à | usa de tant de diligence, qu'avant la fin du mois QE
4 tout fut conclu et le contrat de fondation passé, +
Une petite négociation, dont le succès ne fut pas heureux, troubla un peu la joie qu’on avait de se voir si près du port. Les deux Religieuses qui s'étaient enfin transportées au Monastère du faubourg Saint-Jacques, y avaient gagné une vertueuse fille, nommée la Mère de Saint-Jérôme. La permission des Supérieurs immédiats était donnée , et il ne restait plus qu’à avoir l’agrément de l’Archevêque de Paris, qu'on s'était flatté d'obtenir sans peine. Il fut effectivement accordé à la première demande ; maïs , dès le lendemain, il fut rétracté, sans qu’on en ait jamais pu savoir le motif; et quoi qu’on püût faire pour regagner le Prélat, il tint ferme. Il fit plus, car sachant que Madame la duchesse d’Aiguillon pee
et Madame la comtesse de Brienne, qui avaient for pris vivement les intérêts du nouvel établisse- dé ment, s’élaient engagées à le fléchir , il se retira À Mi pour n'être pas obligé de refuser à ces Dames ".
ce qu'il était déterminé à ne leur point accorder.
e fût son
l'agir, il du mois h passé, fut pas avait de uses qui du faune ver- Jérôme, ts était
l’agré- 1 s'était ivement , dès le À ait jaùt faire it plus, guillon avaient xblisseà retira Dames order.
Marie-de l'Incarnation. Eiv. IV. 271
Quelques jours après, Madame la comtesse de Brienne alla prendre. Madame de la Peltrie et ls deux Religieuses pour les mener à Saint- Germain, où la Reine souhaitait les voir. Il ne se peut rien ajouter à l'accueil que Sa Majesté leur fit. Cette Princesse ne se lassait point d’admirer la générosité avec laquelle Madame de la Peltrie, dans un âge si peu avancé, allait se con-
sacrer avec tout son bien au service des filles
sauvages. Le grand mérite de la Mère de l’Incarnation, dont elle avait été prévenue , et qu’elle reconnut bientôt par elle-même, dès qu’elle l’eut un peu entretenue , la charma ; et le courage avec lequel sa compagne, dans une si tendre jeunesse et malgré la délicatesse de sa complexion, s'exposait à tant de dangers et de traverses, l’attendrit jusqu'aux larmes. Elle voulut savoir jusqu'aux moindres circonstances d’une entreprise si extraordinaire ; et apprenant ce qui s'était passé à l’occasion de la Religieuse Ursuline de Paris, elle envoya sur-le-champ un Gentilhomme à l’Archevêque pour l’engager à donner cette fille à Madame de la Peltrie ; mais le Prélat, qui s’était apparemment douté qu’on ferait encore jouer cette machine , prit si bien ses mesures,
qu'il ne fut pas possible au Gentilhomme de le trouver. .
Ce ne fut point là au reste la seule mortifica. tion que la Mère de l’Incarnation eut à Paris. Son fils avait mandé au Père de la Haye , qu'il désirait fort se faire Jésuite, et qu’il le priait d’être son intercesseur auprès du Père Provincial. Ce Père crut que rien n’était plus propre pour lui faire obtenir ce qu’il demandait, que la présence de sa mère, à qui il communiqua la lettre de son fils, et l’on peut juger de la joie quelle enconçut. Après s’être concertés ensemble sur ce qu'il yavaità faire, ils conclurent qu'il fallaitsans tarder faire venir l'enfant à Paris. Il vint et on le présenta au Père Binet. Ce Père l’examina, et ne le jugeant pas propre à son Institut, se trouva assez embarrassé. Il ne voulait pas faire un refus à la Mère de l’Incarnation dans une chose qu’elle paraissait avoir fort à cœur ; et d’ailleurs il ne pouvait se résoudre à se charger d’un sujet qui ne lui paraissait pas de service. Le biais qu'il prit fut de dire qu’il avait déjà le nombre de Novices qu'il lui fallait, et que si Martin persistait, on le pourrait recevoir après qu'il aurait fini son cours de philosophie. Ce qui lui faisait peine
ne de le
ortificaà Paris.
e,qui e priait vincial, re pour la préla lettre qu c!le esur ce aitsans teton nina, et > trouva n refus qu'elle S il ne jet qui s qu'il de Nosistait, ni son peine
Marie de l'Incarnation. Liv. IV. 273
dans cet enfant, était un commencement de surdité dont il craignait les suites , outre qu’il ne lui croyait qu’un esprit médiocre. Aussi lorsqu'après sa philosophie il se présenta de nouveau, On lui dit nettement qu’on ne croyait pas que Dieu le voulût Jésuite. Il y a.de l'apparence qu'en effet Dieu le voulait ailleurs ; mais il est
certain que le Père Binet fut trompé dans le ju-
gement qu’il porta de lui. Il ne lui parut jamais depuis aucune atteinte de surdité, et il a donné des preuves qu'il avait l'esprit fort bon. Il entra quelque temps après dans la Congrégation de Saint-Mabr, y a été élevé aux premiers emplois, et s’y est extrêmement distingué par son méritc et par sa sainteté, comme on le peut voir dans l’histoire de sa vie qui est imprimée.
Pour revenir à la Mère de l’Incarnation, elle partit avec sa Compagnie au commencement d’avril, après avoir laissé à un très-grand nombre de personnes de tout état, avec qui elle eut occasion de s’entretenir, une haute opinion de sa sainteté
et des excellentes qualités dont le Ciel l’avait en-
richie. Cette réputation, qui se soutint et: crût même de jour en jour, ne fut pas inutile à son monastère, et l’on peut dire que sa meilleure
ressource dans la suite fut l'estime que l’on avait
conçue d'elle. En arrivant à Rouen, elle trouva |
le Père Lallemant, qui lui assura que tout était prêt à Dieppe pour l’embarquement. Toute la troupe s’y rendit, et le Père Lallemant les y accompagna. La Mère de l’Incarnation et la Mère de Saint-Joseph logèrent chez les Ursulines, où elles trouvèrent dans la Mère Cécile de Sainte- Croix de quoi se dédommager de la perte qu’elles avaient faite à Paris. Mais à peine la Mère de
l’Incarnation avait-elle commencé à remercier :
Dieu de lui avoir enfin donné une nouyelle Com- - pagne, qu’elle se vit dans l'obligation de Jui faire des vœux pour la conservation de celle qu'elle avait si heureusement amenée jusqu’au port.
M. et Madame de la Troche n’avaient pas été longtemps à se repentir du consentement qu'ils avaient donné à leur fille pour le voyage de Canada. Toute leur famille, et surtout M. l’Evêque de la Rochelle, qui était frère de Madame de la Troche, avait trouvé fort mauvais qu'ils se fussent rendus si aisément. On leur manda qu’on n’envoyait en Amérique que des filles de mauvaise vie, et que d'y laisser allér la leur, c'était faire à ‘ leur famille une tache que rien ne laverait jamais.
on avait e {rouva out était loute la les y acla Mère nes, où Saintequ'elles ère de
le Comfui faire qu'elle U port.
pas élé t qu'ils de Ca- Evêque e de la fussent an'en- \uvaise faire À amais.
mercier ‘
Marie de l'Incarnation. Liv. IV. 9275
Quelque peu fondé que fût ce reproche, M. et Madame de la Troche y furent si sensibles, que,
| sans perdre un moment de temps, ils écrivirent
a leur fille qu’ils révoquaient la permission qu’ils
| lui avaient donnée, et envoyèrent après elle un
homme de confiance, avec ordre de l'arrêter en quelque endroit qu’il la trouvât. On peut juger
D quelle fut la douleur et l'inquiétude de la jeune
Religieuse à cette nouvelle. Elle ne se laissa pourtant point abattre , et tandis que la Mère de l’Incarnation songeait à fléchir le Ciel par toutes sortes de moyens et traitait de cette affaire avec Dieu <ul, Marie de Saint-Joseph fit tant par ses le‘: :. que son père fut encore une fois obligé de lui donner son consentement. Mais afin que sa famille n’eût rien à lui reprocher, il écrivit au Provincial des Feuillants à Paris, qu'il le priait de s'informer de tout ce qui regardait le voyage de sa fille, et qu'il le faisait le maître de la retenir ou de la laisser partir, selon ce quesa prudence lui ferait juger être le plus convenable. Ce choix rassura nos deux fervéentes Religieuses. Dom Raymond de Saint-Bernard connaissait de
ngue main la Mère de Saint-Joseph; il l’avat pr à loisir à Paris , et s'était pleinemenfton-
276 La Vie de la Mère i
vaincu qu’elle n’allait que par l’ordre de Dieu, Néanmoins, afin de marquer à M. de la Troche qu'il ne voulait rien négliger pour s'acquitter avec exactitude de la commission dont il l'avait chargé, il se transporta à Dieppe; et cette bourrasque dont on avait tant appréhendé les suites, n'eut point d'autre effet que de procurer aux servantes de Dieu le plaisir de revoir encore une fois un des hommes du monde qu’elles estimaient le plus, et en qui elles avaient une plus véritable confiance.
Comme il n’y avait rien qui arrêtât à Dicbpe, on n’y demeura pas longtemps; Madame de la Peltrie voulait monter sur le petit bâtiment qu'elle avait frété; mais Messieurs de la Compagnie avaient donné des ordres exprès qu'on ne le’ souffrit pas, et qu’on la reçût avec tout son monde sur leur meilleur vaisseau, qui se nommait le Saint-Joseph, ce qui fut exécuté. M. de Bernières eût bien souhaité d'accompagner jusqu'à Québek Madame de la Peltrie et ses Religeuses; mais il jugea lui-même qu'il leur rendrait plus de service en restant en France, pour prendre soin du bien de la Fondatrice, et trac väiller aux affaires de la fondation. Effective
e Dieu.
Troche Cquitter
l'avait le bour- S suites, rer aux ore une >S estine plus
Dieppe, > de la Atiment | Comu'on ne ut son > nom- M. de er juss Reliir ren- >, pour
et tra sir]
Marie de l'Incarnation. Liv. IV. 277
ment, on peut dire que, sans les soins extraordinaires qu’il se donna, les Religieuses eussent apparemment été contraintes de repasser en France. D'ailleurs, ce que ce grand serviteur de Dieu ne put pas faire par lui-même dans la Nouvelle-
France, il eut la consolation de le faire depuis
par un de ses neveux, qui passa quelques années après dans cette Mission, et qu’on peut compter parmi les plus saints Ecclésiastiques qui aient jamais été dans cette nouvelle Eglise.
Enfin, le 4 mai 1639, le vent étant bon, on appareilla de grand matin. Les trois Ursulines furent menées de leur Monastère à celui des Hospitauères, pour y prendre trois Religieuses de cette Maison, qui allaient aussi faire un éta-: blissement à Québek, par les soins et les libéralités de Madame la Duchesse d’Aiguillon. Il tar- . dait bien à la Mère de l’Incarnation que le moment fût arrivé de risquer sa vie pour son Dieu. « Je voyais, dit-elle, que ma vie n’était rien; » mais c'était tout ce que je pouvais sacrifier, et
j'y joignais encore mon cœur et mon amour.
Voyant donc que j'élais prête d’en venir aux
effets en m'embarquent sur mer, et tout moi-
même élant dans cette disposition et dans un
CA
sentiment qui m'emportait, je me prosternai devant le Saint-Sacrement dans le chœur des Mères Hospitalières, et je m'offris à la Majesté de Dieu, en holocauste perpétuel. Alors j’expérimentai que le Saint-Esprit possédait mon âme, et lui donnait des mouvements con-
formes à l’action que j'allais faire. O Dieu! |
qui pourrait dire ce qui se passa en cette donation et en cet abandonnement de tout moimème? De mon côté, je voyais que l'esprit qui me conduisait rendait témoignage à ma conscience, que je n avais jamais rien fait de. si bon cœur ; et d’ailleurs j'avais un sentiment que le sacré Verbe incarné, Roi. et Monärque de toutes les nations, aimait et agréait mon sacrifice. Lorsque j'étais en cet entretien, Ma- ‘dame la Gouvernante nous fit remonter en
son carrosse pour nous mener au bord de la
mer. Nous étions entourées de monde, et cependant mon esprit était si fortement occupé,
qu’à grand'peine pouvait-il se diverlir de son attention. On n’eûf pas jugé cela de moi, tant je paraissais à l'extérieur ubre et dégagée.
Lorsque je mis le pied dans la chaloupe, il me sembla entrer en paradis, puisque je com-
» Me » Cel » mêr |» duis » les » la E CA) une
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Ou Madar Vimor néral € Saint-.
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Dieu! .
(te doit moirit qui a cons À de a timent 1arque { mon a, Meter en de la el ce- Cupé, le son , tant jagée.
ilme com-
… Marie de l'Incarnation. Liv. IV. 279 » mençais à risquer ma vie pour l'amour de
| » Celui qui me l’a donnée. Je chantais en moi-
» même les miséricordes de Dieu, qui me con-
» duisaït avec'tant d'amour. Cependant on étend
» les voilés, le vent nous emporte, et je quitte » la France pour n y. retourner jamais; et dans », une ferme résolütion de consacrer ma vie au » service des nations sauvages pour les assujétir
|» à leur Roi légitime ,» mon céleste et divin
» Epoux. »
Outre les six religieuses dont nous avons parlé, Madame de la Peltrie et sa Demoiselle , le Père
D Vimond, qui venait d’être nommé Supérieur gé=
néral des missions du Canada, s’embarqua sur lé Saint-Joseph. Le récit que fait la Mère de l’Inc'nation des circonstances de son voyage est si naturel, et elle lie si bien tout ce qui se passa dans la route et son arrivée au terme, avec les dispositions intérieures de sonçâme, que je ne crois pas pouvoir mieux faire que: de la laisser parler. Voici donc ce que j'en trouve dans ses Mémoires. ef
« Il y avait longtemps que n mon esprit avait » pris la route de Canada, et qu'il voyageait » dans les vastes forêts de ce Nouveau-Monde,
CS
pour chercher les moyens de travailler à la gloire de Dieu : mon COrps qui se voyait dans l'impuissance de le suivre, était dans une violence qui le faisait gémir, et qui m’eût fait bien de la peine, si la volonté de Dieu ne se fût rendue la maîtresse de la mienne. Maïs, dès que je me vis séparée de la France et que je sentis
que mon corpssuivait mon esprit sans que rien Jui fit obstacle , je commençai à respirer.
J'étais comblée de jo'e d’être continuellement exposée pour l'amour de mon céleste Epoux à cet élément infidèle ; et tout le temps de la
{traversée me fut l’occasion d’un continuel
sacrifice. Nuit et jour je m'offrais à Dieu dans les périls qui se présentaient, et surtout dans un actident que ceux qui n’ont pas fréquenté
‘ces mers, auront.de la peine à croire. Ce fut ‘une glace détachée de la mer du Nord, si haute
et si grosse, que dù haut des hunes du vaisseau on n’en découx ait point la cime, laquelle se perdait dans l& brume. On y voyait, ou on croyait y voir des donjons avec leurs créneaux. On eût dit une ville flottante, et il y a des villes qui n’ont pas l'étendue qu'avait cette glace. Nos marins même, accoutumés à ces sortes
ler à la ait dans ne Viofait bien fût rendès que
le sentis | 4
que rien espirer, ellement > Epoux ps de la ontinuel eu dans Jut dans équenté . Ce fut si haute vaisseau ruelle se > VU on éneaux.
es villes > glace. s sories
LA
Marie de l’Incarnation. Liv. IV. 281
|» d'écueils, avouaient qu'ils n’en avaient jamais
» rencontré qui en approchât. Cependant cette » monstrueuse glacé, que la brume nous avait » cachée, venait fondre sur nous avec impétuo- » sité, et comme nous n'avions pas assez de vent » pour la parer, le naufrage paraissait inévitable. » Tout le monde criait miséricorde , et le Père » Vimond avait déjà donné l’absolution géné- » rale. Durant ce désordre, mon esprit et mon » cœur étaient dans la plus grande tranquilité » dont il soit possible de jouir, et je n’eus pas » un mouvement de frayeur. Ainsi je me trou-
» vais dans un état tout propre à faire un holo-
» causte parfait de moi-même. J'avais en vue » toutes les faveurs que Notre-Seigneur m'avait » faites au sujet du Canada : son commande- » ment, ses promesses, sa conduite ; et avec tout » cela, j'étais indifférente pour vivre ou pour » mourir, et toute ma pente était dans l'accom- » plissement des volontés de Dieu. Madame » notre fondatrice se tenait comme collée à moi, » afin que nous pussions mourir ensemble. Je
» disposais mes habits pour n'être point dans un » état indécent, lorsque le vaisseau se fracasse-
» rait. Enfin, le Père Vimond fit un vœu à la IT
Mère de Dieu, au nom de tout l’équipage, et aussitôt la Sœur de Saint-Joseph commença les Litanies de la Vierge, auxquelles tout le monde répondit. A peine cela était fini, que le timonier,ayant reçu l’ordre-de mettre le gouvernail d’un côté, le tourna, sans y penser, de l’autre, et nous sauva par mégarde; car, par là, il mit de côté la glace que nous avions devant nous, et qui n’était plus éloignée que de la longueur d’üne pique. Ce danger fut le plus grand que nous courûmes. »
» Notre voyage dura trois mois, pendant ilesquels nous gardâmes exactement nos règles.
Nous avions une très-belle Chambre, où nous disions notre office à deux chœurs ; les Mères Hospitalières d’un côté, et nous de l’autre, /Notre-Seigneur nous fit aussi la grâce d’entendre tous les jours la Messe, et d’y communier , excepté treize jours que l’agitation du vaisseau ne le permit pas. Nous fûmes encore en danger deux autres fois : l’une en des-
cendant à la première terre pournous acquitter
de notre vœu. On se jeta dans la chaloupe avec tant de précipitation, que nous fûmes sur le point de tourner sous le navire; et l’autre,
age , et ença les monde e timo- Vernail l’autre, à, il mit t nous, ngueur nd que
ant lesrègles.
DÙ nous
Mères l’autre, > d’enr comtation 1es enen desquitter pe avec sur le autre,
Marie de l’Incarnation. Liv. IV. 983
» parce que les brumes nous ayant fait perdre * notre route, nous nous égarâmes environ » soixante lieues sur des rochers cachés sous » l’eau. Dès que nous fûmes sortis dece danger, » nous commençâmes à voir des sauvages, ce
, » qui rious causa bien dela joie. Ces pauvres
» gens, qui n'avaient jamais vu de personnes » faites comme nous, paraissaient dans une » grande surprise. Le PèréVimond leur dit » dans le style de leur pays, qué nous étions des . » filles de capitaines; que potrFamour d'eux, » pour instruire leurs filles, afin qu'elles ne fus- » sent pas brülées dansles feux;etqu’ellessussent . » ce qu’il fallait faire pour être éternellenient » heureuses, nous avions tout quitté. Ils ne le » pouvaient comprendré; et comme ils nous con- » duisirent par terre jusqu'à Québek , l’étonne- » ment que nous leur avions causé leur faisait » continuellement jeter lés yeux sur notre vais- » seau. Il faut avouer qu'il y a du plaisir à être » dans la souffrance, quand on a le cœur gagné » à Dieu. Quoique nous fussions traitées et lo- » gées aussi bien qu’on le peut être sur mer, et » dans un très-beau navire, accommodé de tout, » il y a néanmoins tant à souffrir pour les per=
LA
sonnes de notre sexe et de notre condition ,
qu'il faut lavoir éprouvé pour le croire. En
mon particulier , je pensai mourir de soif ;
parce que les eaux douces s'étaient gâtées dès
la rade, et que mon estomac ne pouvait Supporter lesboissons fortes. Je passai aussi presque tout le voyage sans dormir, et cette insom-
nie était accompagnée d’une douleur de têle -si violente, qu’elle ne peut l'être davantage
sans causer la mort. Avec cela, je possédais une paix très-grande dans l’union de mon souverain et unique bien, et je n’en faisais pas moins tout ce que je croyais utile pour le service du prochain.
» Enfin nous ärrivâmes à Québek le premier jour d’août 1639, où le petit navire de Madame de la Peltrie , qui avait fait plus de diligence. que nous, avait déjà donné avis que nous approchions. L'allégresse fut grande dans la ville ; car outre le plaisir que causait notre venue , celle de cinq Missionnaires n’apportait
pas uné moindre joie à toute la colonie. M. de
Montmagny, gouverneur de Québek, qui avait eu la bonté d'envoyer au-devant de nous un
- canot chargé de rafraichissements, nous re-
dition , ire. En > soif :
ées dès il Sup- 1 presinsomde têle anfage Ssédais Dn Souais pas le ser-
emier e Mae dili- IS que edans notre orlait M. de:
avait IS un s re
Marie de l’Incarnaton. Liv. IN. 285
» çut sur la grève avectout l'accueil possible ; » et dès que nous parûmes, les ouvrages cessè-
» rent et on ferma les boutiques. La première | » chose que nous fimes au sortir du vaisseau,
» fut de baiser cette terre en laquelle nous étions » venues pour y consommer nos vies au service » de Dieu et de nos pauvres Sauvages. On nous » conduisit à l’Église où le Te Deum fut chanté: » ensuite M. le Gouverneur nous mena au Fort, » où il nous régala splendidement. Apr!; le re- » pas , lui-même, accompagné de tous les Jé- » suites qui élaient pour lors à Québec, nous » conduisit aux lieux destinés pour notre de- » meure.
» Le lendemain , le nouveau Supérieur des » Missions , et le Père le Jeune qui sortait de » chärge, nous menèrent aux plus proches caba- » nes pour visiter les Sauvages, nos très-chers » frères. Nous y recümes des consolations bien » grandes en les entendant chanter en leur lan- » gue les louanges de Dieu. Le premier Chré- » tien nous donna sa fille, et, en pc: de jours, » nous en eûmes un assez grand nombre, outre » toutes les filles françaises qui étaient capables » d'instruction. En attendant qu'on nous eût
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bâti un monastère , on nous logea dans une maison où il n’y avait que deux petites chambres. Bientôt ce fut un Hôpital, la petite vérole s'étant mise parmi nos pelites Sauvages, dont trois ou quatre moururent. Comme nous n'avions pas encore de meubles, les lits étaient
» sur le plancher, et tout était si plein, qu'il
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nous fallait passer par-dessus les lits. Dans celle extrême indigence, Dieu inspira un si grand courage à mes Sœurs, qu’elles n'eurent aucun dégoût de’ la saleté des Sauvages. Madame notre fondatrice voulut tenir le premier rang dans les pratiques de charité dont nous avions de si belles occasions à chaque instant ; et quoiqu'elle fût d’une complexion fort délicate , elle s’'employait avec un zèle merveilleux dans les offices les plus humbles et les plus rebutants. Oh! que c’est une chose précieuse que d’avoir les prémices de l'esprit, surtout lorsqu'il inspire le zèle du salut des âmes!
» Cependant, pour satisfaire au dessein qui nous avait fait venir en ce pays, il nous fallut apprendre les langues des Sauvages , et le Père le Jeune, qui avait 66 nommé notre confesseur, fut encore chargé de nous aider dans
Ans une chamlite vé- Uvages, ne nous étaient » qu'il , Dans à un si ‘eurent 8, Marumicr it nous IStant :
rt délieilleux s plus cieuse urtout 8!
in qui fallut et le } condans
Marie de l'Incarnation. Liv. IV. 287
» cêtte étude. C'était quelque chose de bien nou- » veau pour nous; et quant à moi, l'application » à une langue si différent: de la nôtre me » causa bien de la douleur de tête. Il me sem- » blait qu'apprenant par cœur des mots et des » verbes, car nous étudiions par règle et par mé- » thode, c’élaient autant de pierres qui me rou- » laïient dans la tête. Cette douleur, jointe aux » réflexions que je faisais sur la rudesse et sur » la difficulté d’une langue barbare, me faisait » croire qu'humainement je n’y pouvais réussir,
| et j'en traitais amoureusement avec Notre-
» Seigneur, quim'aida de telle sorte, qu’en très- » peu de temps je fus en état d'entendre et de » parler avec assez de facilité. Mon étude m'é- » tait une oraison qui faisait évanouir toute la » barbarie de cette langue. » La Servante de Dieu ajoute, qu'à son arrivée dans le pays et après qu’elle eut bien examiné toutes choses, elle connut clairement que c'était celui que Notre- Seigneur lui avait fait voir six ans auparavant. Que ces hautes montagnes, ces vastes forêts, ces pays immenses, la situation et la forme des lieux qui se présentaient à sa vue , étaient les mêmes qui lui avaient été montrés, et qui étaient encore
| Asa séméstl e| 24 Lens qi 2 5€
aussi présents à son esprit qu’à l'heure même de son songe. Qué cela lui donna une nouvelle fer. veur et une pente à s’abandonner sans réserve pour tout souffrir, et pour faire tout ce que Notre-Seigneur voudrait d’elle dans ce nouvel établissement.
Il faut pourtant avouer que quelque ferveur qui soutint le zèle des servantes de Dieu, leur petit nombre, l’incommodité du logement, la saleté et la mauvaise odeur des Sauvages, qui passent tout ce qu'on en peut dire, et le peu de moyens qu’élles avaient de se garantir de tant d'incommodités , les auraient bientôt fait succomber, si on n’eût travaillé en diligence à les mettre plus au large, et s’il ne leur fût venu du secours de France. Les lettres de la Mère de l’Incarnation excitèrent dans les maisons de Paris et de Tours une si grande ardeur pour partager des croix qu’on leur ‘:‘sait voir si aimables , qu'en assez peu de temps, il y eut à Québek une Communauté formée, dont la Mère de l’Incarnation fut élue supérieure : ce ne fut pas au reste en déguisant ce qu’il y avait à souffrir dans ce nouveau genre de vie, que la Servante de Dieu persuada à tant de saintes filles de venir partager
nême de elle fer-
réserve que Noavel éta-
ferveur eu, leur nt, la saqui paspeu de de tant fait sucice à les venu du de l’In- Paris et ager des s,quen e Comarnation reste en ce nouieu perpartager
Marie de l’Incarnation. Liv. III. @7
vrai que je ne sais quoi d’extraordinaire qui pa-
raissait en elle, faisait dire à ses Sœurs, qu’assurément Dieu avait de grands desseins sur elle, et qu’elie ne mourrait pas dans leur monastère.
Cependant, à mesure que son zèle prenait de nouveaux accroissements , l’amour qui allumait feu dans son cœur, semblait prendre plaisir à lui faire ressentir de temps rn temps de ces peines que produit la persuasion qu'on gémit en vain, et que l’on pousse des soupirs qui ne sont pas écoutés. Après qu'elle eut porté quelque temps cette souffrance , elle commença à respirer. «Je croyais, dit-elle, que le Père éternel » avait pour agréables mes poursuites, mais qu’il » me manquait quelque chose pour être exaucée. » Je me consumais à ses pieds, je m’abimais au » centre de ma bassesse et de mon néant, afin » qu'il plût à sa divine bonté de mettre en moi » ce qu’il y trouvait de manque. Alors j’expéri- » mentai un écoulement et un rayon divin en » mon âme qui m'unit encore plus étroitement » au cœur de Jésus; en sorte que je ne parlais » et ne respirais que par lui. »
On peut voir dans les lettres qu’elle écrivit
dans ce temps-là, et qui ont été données au pu-
218 La Vice de la Mère
blic, leschosesadmirables que lui faisait produire À
cetle union intime avec le sacré Verbe. Enfin, Dieu commença à lui développer ce qu’il ne lui avait montré jusque-là que d’une manière fort énigmatique. Un jour qu’elle était au:chœur en oraison , el'e fut en un moment ravie hors d’ellemême. La vision qu’elle avait eue en songe, lui fut représentée avec toutes les mèmes circonstances, et il lui fut dit que ce pays était le Ca-
nada, et qu'il fallait qu’elle y allât faire une mai- |
son. « Ces paroles, dit-elle, qui portaient esprit
et vie, réduisirent mon âme dans le plus profond anéantissement. J'eus néanmoins assez de force pour dire : O grand Dieu ! vous pouvez tout, et moi je ne puis rien. S'il vous plait de m'aider, me voilà prête. Ma volonté fut unie à celle de Dieu, sans qu'aucune réflexion eût précédé. Le seul commandement de Dieu fit cette union, d’où s’ensuivit une extase amoureuse, dans laquelle cette infinie bonté me fit des caresses, qu’une langue humaine ne » saurait exprimer. Je ne voyais plus d'autre » pays pour moi que le Canada, et mes courses
EE ES v ET y y
» ordinaires étaient parmi les Hurons, où je me :
» joignais aux Missionnaires. J'y étais unie d'es-
Missi relati np syml Mère d'un que ] mail en |
produire Ê
>. Enfin, il ne lui ière fort hœur en rs d’elleonge, lui Circonsit le Ca-
une mai- À
ent esprit
ins assez US pouous plait onté fut réflexion de Dieu le exlase ie bonté naine ne d'autre ; COUrSES
)ù je me :
nie d’es-
pro- |
Marie del Incarnation. Liv. II. 219
»prit au Père élernel , sous les auspites du sacré » Cœur de Jésus pour lui gagner des âmes. Ces » courses et ces occupations me causaient une » abstraction presque continuelle, qui faisait » beaucoup souffrir mon corps. »
Vers le même temps, la servante de Dieu requt une lettre du Père Joseph Poncet de la Rivitre, jésuite, qu'elle ne connaissait point, et qui n'avait pu être instruit par aucune voie humaine de ses dispositions , par rapport au zèle du salut des àmes. Ce grand Religieux, qui a été une des plus vives lumières de sa Compagnie, et dont la mémoire est en bénédiction dans les colonies françaises de l’Amérique, qu’il a presque toutes arrosées de ses sueurs, et quelques-unes même de son sang, lui faisait part de sa vocation à la Mission de Canada, et avait joint à sa lettre une relation de ce qui se passait dans ce pays, avec un petit bourdon, comme pour l’inviter par ce symbole à entreprendre le voyage avec lui. La Mère de l’Incarnation, quoique fort charmée d'une telle invitation, n'y répondit néanmoins que par une civdité. Elle n’était presque plus la maitresse de son zèle qui s’enflammait de jour en jour ; mais ia chose lui paraissait tellement
au-dessus de ses forces et de sa condition, qu’elle ne pouvait pas se résoudre à en parler même aux directeurs de sa conscience. Elle n’avait plus le Père Dinet. Le Ptre de la Haye et dom Raymond de Saint-Bernard étaient absents, et elis étsit en. tre les mains du Père Salin, jésuite, qui ne la dédommageait pas des pertes qu'elle avait faites, Mais tandis qu'elle ne songeait qu'à bien connaître la volonté de Dieu, et à se metire en ét de l’exécuter , la Providence ménagsait . sans qu’elle en sût rien, les moyens de faire réussir les desseins qu’elle avait sur elle. Hal Les Jésuites du Canada, et surtout ceux qui étaient avec les Hurons, souhaitaient depuis longternps l’établissement des Ursulines à Québec, et le Père Paul le Jeune, Supérieur de toute la Mission , faisant cette année-là , selon ce qui se pratiquait alors, la Relation de ce qui s'était passé d’édifiant dans cette nouvelle Église , s'y exprima en ces termes sur ce dessein: « Ne se » trouvera-t-il point quelque âme sainte qui
» veuille ramasser le sang du Fils de Dieu, pour
» le salut des pauvres sauvages ?
Il y avait alors à Alençon une jeune dame de condition , fort riche, nommée Magdeleine de
| Chau | de M | nobles
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Dieu
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étaien lante Ma gager sa lib trie, jeune qui 1
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ême aux t plus le aymond élsit enrui ne la lt faites, en conè en ét ut . sans e Méusir
Ceux qui depuis
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Marie de l'Incarnation. Liv. IL. 221
| Chauvigny, fille de M. de Vaubougon, et veuve | de M. de la Peltrie, de la maison de Tounoys. Elle avait apporté en naïssant des inclinations si. nobles et si heureuses, et elle avait reçu de ses parents une si belle éducation , qu’elle s'était rendue, dès l’âge le plus tendre, l'admiration de la ville et les délices de sa famille. Dès qu’elle fut capable de faire des réflexions, elle crut que Dieu voulait seul posséder son cœur, et commença de prendre des mesures pour entrer dans quelque Religion ; mais Dieu avait d’autres vues, et comme il la destinait au même dessein que : Marie de l’Incarnation, il ne permit pas que ces deux femmes, par qui il voulait faire de grandes | choses , prissent d’abord un parti qui aurait privé l’une des biens , et l’autre de la connaissance des affaires et de l’expérience qui leur étaient nécessaires pour exécuter l’œuvre imporlante qu'il leur devait confier.
Mademoiselle de Chauvigny se laissa donc engager par obéissance dans l’état dui mariage ; mais sa liberté lui fut bientôt rendue : M. de la Pel- | trie, qu’elle avait épousé, la laissa veuve fort jeune et sans enfants, n'ayant eu qu’une fille, qui ne vint au monde que pour augmenter le
LA
222 La Vie de la Mère nombre des prédestinés. La première pensée qu'eut Madame de la Peltrie dès qu’elle se vit maitresse de disposer d'elle-même, fut de reprendre son ancien projet d'entrer en Religion: mais.elle ne s'y arrêta pas longtemps. Elle était née avec une extrême tendresse pour les malheureux, et elle se persuada que Dieu ne l'avait mise en l’état où elle était, que pour la rendre
la mère des pauvres. Peu de temps après son zèle :
changea d'objet, et elle se sentait emportée en esprit dans les pays étrangers pour y contribuer au salut des âmes. Elle en était là, lorsque la Relation dont j'ai parlé lui tomba entre les mains. Cette lecture fit sur son esprit une si forte impression, qu’elle conçut dès-lors le dessein de se consacrer avec tout son bien au salut des filles sauvages. Cependant une telle entreprise, jusquelà sans exemple, ne devait pas être entièrement résolue avant que d’avoir bien consulté le Seignêur : c’est ce que fit la jeune veuve, et le ciel ne tarda pas à l’éclairer. Un jour de la Visitation de la Vierge, comme elle était en oraison , Jésus- Christ se fit entendre à son cœur, et lui dit que sa volonté était qu'elle allât en Canada, pour y exécuter le dessein qu’elle avait formé, et l’as-
sura
| ce pe
elle,
| resse | favet
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Marie de l'Incarnation. Liv. III. 225
sura qu'elle recevrait de très-grandes grâces dans ce pays barbare. Hé/ quoi, Seigneur, repritelle, est-ce d'une vile créature et à une péche-
| resse comme mot, qu’il faut faire de semblables faveurs? Votre bassesse, lui repartit le Sau-
veur, ne fera que relever l'éclat de ma miséricorde. Je veux me servir de vous en ce pays-là : elmalgré les obstacles qui s'opposeront à l’exécuhion de mes ordres, vous trez en Canada, et vous y Mmourrez.
Ces paroles remplirent la Servante de Dieu d'une douce confiance, et mirent la paix dans son âme ; mais pour avoir reçu sa Mission immédiatement de Dieu même, elle ne s’en crut pas moins obligée à prendre toutes les précau-
‘ions que la prudence demande en de pareilles
occasions. Elle consulta plusieurs personnes fort éclairées dans les voies de Dieu , qui toutes l’âssurèrent qu’elle était appelée en Canada. Mais à peine avait-elle commencé de prendre des mesures pour suivre sa vocation , qu’elle tomba malade, et fut à l’extrémité. On n’attendait plus que le moment de la voir expirer, et la recotnmandation de l'âme était faite, lorsqu'elle fut inspirée de faire vœu d'aller en Canada pour y
224 La Vie de la Mère x
bâtir une Église en l'honneur de saint Joseph , et pour y employer sa vie et ses biens au service des filles sauvages, sous les auspices de ce grand
Saint. Elle obéit à l’inspiration , et s'étant aussi-
tôt assoupie , elle se trouva à son réveil sans douleur et sans fièvre. Les Médecins, qui en avaient désespéré, apprirent cette nouvelle avec bien de la surprise. Ils voulurent s’instruire par eux-
mêmes d’une chose qui ne leur paraissait pas croyable. S’étant rendus chez elle, un d’eux lui prit le bras, et après lui avoir tâté le pouls : « Où est donc votre fièvre, Madame? lui dit-il; » serait-elle allée en Canada? Oui, répondit la . » Dame, elle y est allée. » Mais ni le Médecin, ni aucun des assistants, n'avaient garde de comprendre ce qu'il y avait de vrai dans cette réponse.
Pendant que les choses s’acheminaiïent si bien pour la réussite des desseins que Dieu avait sur la Mère de l’Incarnation, sa divine Majesté purifiait et perfectionnait de plus en plus cette grande âme ; et je crois que ceux qui, de quelque manière que ce soit, sont appelés à procurer le salut du prochain, me sauront quelque gré de n'avoir négligé aucun trait du modèle que je leur
seph , et vice des e grand t aussins douavaient ec bien ar EUXsait pas ‘eux lui pouls :
i dit-il:
ondit la édecin, e comtite ré-
si bien ait sur sié pus celle uelque rer le gré de je leur
Marie de l'Incarnation. Liv. II. 225
présente d’un cœur vraiment apostolique, et qui, pour être dans la personne d’une femme,
n’en est que plus capable de les animer et de les
confondre. Ecoutons-la parler :
« La divine Majesté voulant me dépouiller » absolument de mon propre vouloir dans les » choses mêmes qu'elle m'avait commandées, » afin que tout fût d’elle et qu’il n’y eût rien de » Ja créature, me fit connaître un jour, pendant » mon oraison, qu’il allait me réduire à ce dé- » nûment total et parfait. Je traitais alors avec » elle du salut des âmes, dans l’accès ordinaire » qu'il lui plaisait de me donner. En un mo- » ment elle m'ôta tout pouvoir de continuer ce » commerce, et ravit mon âmeen une extase » qui la mit dans son souverain et unique Bien. » Là, parmi ses caresses ordinaires, elle me dé- ». couvrit le grand avantage qu'il y a à lui gagner » des âmes, et m'incita à lui demander cette » grâce. Alors mon âme, prenant vivement les » intérêts de son Époux, voulait, par une amou- » reuse impatience, que son Royaume s’éten- » dit, ets’offrait pour cet effet en sacrifice , fal- » t-il donner mille vies. Je conjurais le Père
» Elernel de me mettre en état d'exécuter les 15,
226 La Vie de la Mère ‘commandements qu’il m’avait faits de iui bâtir
en Canada une maison où il fût glorifié avec Jésus et Marie. Je le priais d’y joindre le grand saint Joseph, parce que j'avais de fortes impressions que c'élait lui que j’aÿais vu être le gardien de ce pays. J’avais une certitude qu’il agréait mes instances, que je ne faisais que par le mouvement de son esprit. Cette Majesté suprême jetait ses regards sur moi et me fai-
sait entendre que, par un amoureux effort,
j'avais voulu ravir sa volonté, mais que, par sonamour, elle voulait triompher de lamienne.
- Il se fit alors une opération en mon âme, qui
la réduisit à‘une délicieuse agonie. Je me vis
‘en un moment absorbée en Dieu , qui, par un
amour de complaisance, me voulait surmonter, en m'ôtant ma volonté au regard de mes poursuites pour l’amplification du Royaume de son Fils. Eneeffet, il me martyrisait, car à peine me permettait-il de jeter un soupir pour prendre du relâche dans un tourment qui m'ôtait la vie et me charmait tout ensemble.
Alors je m'aperçus que je n’avais plus de volonté, et que Dieu voulait pour moi. J’acquiesçai et me confessai vaincue. Je chantai
1 bâtir é avec grand es imêtre le e qu'il is que ajesté e faieffort, e, ar ienne, e, qui me vis Dar un rmonle mes yaume , Car à r pour it qui mble.
le vo- J’achantai
Marie de l'Incarnation. Liv. III. 227 » le triomphe de mon vainqueur, et reconnus » la justice de son divin vouloir. Dès ce mo- » ment je fus délivrée des langueurs que me cau- » saient mes poursuites. C'était un repos, une » paix, un non-vouloir, une demeure dans lA » volonté de Dieu, avec lequel je traitais des
.» intérêts du sacré Verbe incarné: et cela me
» dura une année entière. »
M. de Bernières Louvigny, auteur du Chrétien intérieur, et qui, au milieu de la corrup-
tion du siècle, est parvenu à ce qu’il-y a de plus
sublime dans la vie mystique, s'étend bien au long dans ses Mémoires sur l’insigne faveur dont je viens de parler, et qu’apparemment la servante de Dieu luï avait particularisée plus qu’elle ne fait ici. Voici ce qu'il en dit: « Je me sou- » viens que cette grande Religieuse parlait fort » bien de l’excellence de la vie Apostolique , et » qu’elle en avait des sentiments admirables. » Mais elle souffrit un jour une opération bien » extraordinaire. Comme elle s’efforçait de pren- » dre la volonté divine, pour ne la quitter ja- » mais, et la fléchir à l'établissement du Royaume » de son Fils sur toutes les nations, Notre-Sei- » gneur prit la sienne, et depuis elle n’a point
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eu de volonté propre, mais la seule. volonté de Dieu a été sa volonté. C’est une grande âme, solidement vertueuse, qui à une profonde humilité, une charité éminente, et qui ne perd point l'union actuelle avec Dieu. Elle dit donc que Dieu la dépouilla de:son propre vouloir, ou pour me servir des paroles dont Dieu usa à son endroit, il triompha de sa vo-
» lonté, non qu'il lui ôtât cette puissance, qui
est le principe des actions spirituelles, ou qu'il la privât de sa liberté, mais la volonté divine
s’empora tellement de la sienne, qu’elle ne
pouvait plus vouloir que ce que Dieu voulaii. Ainsi , on eût pu lui donner ce nom admirable que Dieu avait promis à une nation qui devait être toute à lui; on vous appellera, ma volonté est en elle (Isaïe, 62, 4). Cette fa-
» veur merveilleuse commença par une espèce » d’agonie, pendant laquelle il lui resta quelque » aspiration, pour consentir à la perte de sa vo-
lonté. Cette agonie fut très-délicieuse, car comme il n’est rien de plus affligeant que de suivre les désirs de la propre volonté , il n’est rien au contraire de plus doux que de ne vivre que de la volonté de Dieu. »
volonté grande ne pro- » et qui eu. Elle
propre s dont Sa voce, qui pu qu'il divine
elle ne
oulaii.
mirable jui de- "a, ma {le faespèce uelque SA VOe, car jue de l n'est à vivre
Marie de l'Incarnation. Liv. III. 229 La Mère dé l’Incarnation fut toute une année
dans cette disposition de paix et de délices. Au
bout de ce temps-là, elle se sentit fortement poussée de s'ouvrir sur sa vocation au Canada. Elle avait encore pour directeur le Père Salin. Ce religieux était de ceux qui ne connaissent dans les voies de Dieu qu’uue sorte d’illusion, et qui croient qu’on ne peut jamais y faire de mauvais pas, en rejetant tout ce qui est tant soit peu extraordinaire. Aussi dès que sa pénitente lui eut ouvert la bouche sur son dessein, il la lui referma bientôt, en lui disani que c’étaient là de pures fantaisies auxquelles elle faisait fort mal de s’amuser. L’humble religieuse à ces paroles s’anéantitaux pieds de la divine Majesté. Mais quelque connaissance qu'elle eût, et quelque aveu qu'elle fit de sa bassesse , elle ne laissa pas de protester à Dieu que rien au monde ne l’empêcnerait de lui obéir. Elle fut bien surprise dans le même temps de voir que son dessein, qu’elle avait tout à fait caché, était divulgué, qu’on lui en parlait souvent, et qu’on lui en écrivait même de plusieurs endroits. Elle ne crut pourtant pas devoir pour cela s'ouvrir davantage, et fit aux lettres qu'elle reçut et aux discours qu'on lui tint sur
ce sujet, des réponses fort vagues, et qui ne faisaient concevoir rien autre chose, sinon que son cœur était épris d’un fort grand zèle pour le salut des inf dèles. Effectivement, il allait au-delà de tout ce qu’on en peut dire, et elle l’avait tellement communiqué à toutes ses Sœurs, que dans la communauté on faisait continuellement des prières, des pénitences et des communions à celle lutention.
Cependant le mouvement qui l'avait portée à s'ouvrir au Père Salin sur sa vocation au Canada, la poussait encore plus fortement à en écrire au Père de la Haye. Mais le Père Salin l'avait tellement intimidée, qu’elle n'osait en parler davantage. Lorsqu'elle était en cette peine, le Père de Lydel, autre jésuite, vint la visiter. Elle crut devoir s'ouvrir à lui, et ce Père lui conseilla d'en écrire au Père de la Haye qui la connaissait mieux que personne. Elle le fit, et la réponse du P. de la Haye fut qu’elle devait se disposer à ce que la divine Providence ordonnerait d'elle, et qu'il espérait que ses bons désirs s’exécuteraient.
Quelque temps auparavant, la servante de Dieu avait appris que dom Raymond de Saint-Bernard songeait aussi à passer en Canada. Effectivement
ne faique son le salut
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8 Dieu rnard ‘ment
Marie de l'Incarnation. Liv. II. 954
ce religieux prenait des mesures pour cela avec les Jésuites, mais Dieu se contenta de sa bonne volonté, et sa congrégation s’opposa à son pieux dessein. Dans le temps que la Mère de l’Incar-
| nation lui écrivit, il regardait son voyage en Ca-
nada comme une affaire qui ne pouvait manquer par aucun endroit. [ln’entra pourtant pas d’abord dans les vues de sa pénitente, et elle eut beau lui écrire pour l’instruire de tout ce qui s'était passé en elle à ce sujet, il ne la voulut point écouter. Enfin, elle le conjura d’examiner la chose devant Dieu. Il le fit, et se rendit. Il se rappela son caractère d'esprit, incapable de se gouverner par l'imagination, les faveurs qu’elle avait reçues du ciel dès sa plus tendre enfance , et la fidélité qu’elle y avait fait paraître. Il se ressouvint de ses premiers instincts, qui la portaient à s’unir aux prédicateurs de l'Evangile, de son z'° en mille occasions pour la gloire de Dieu, de ses désirs si ardents et néanmoins si peu empressés. Il considérait cette paix si inaltérable au milieu des plus violentes saillies de son amour, cette élevation d'âme jointe à la plus profonde humilité et à la plus parfaite soumission aux ordres du ciel. Mais ce qui le frappa le plus, ce fut que
232 La Vie de la Mère paraissant avoir une certitude que tout venait du Seigneur, elle n’avait cependant nulle attache à son sens. Il reconnut donc le doigt de Dieu dans le dessein qu’elle lui proposait ; et il lui manda qu'il ne pouvait se dispenser de l’approuver. Il travailla ensuite à lui procurer tous les secours qui pouvaient dépendre de lui pour l’exécution. Mais le ciel qui ne le voulait pas luimême en Canada, lui refusa aussi la consolation d’avoir contribué à y établir la servante de Dieu. IL vit rompre en assez peu de temps toutes les mesures qu’il avait prises pour elle et pour lui. Dans le même temps, la Mère de l’Incarnation se trouva en butte à toutes les contradictions imaginables. Plusieurs personnes , qui avaient paru favorables à son dessein, le désapprouvèrent ouvertement. Sa Supérieure même, qui lui avait applaudi plus qu'aucune autre, se déclara hau-
tement contre elle, et alla jusqu’à lui dire que si
Dieu lui accordait ce qu’elle lui demandait avec tant d’ardeur, ce ne serait que pour punir sa {émérité.
La courageuse Mère, voyant ainsi tout le monde réuni contre elle, montra ue fermeté d'âme qui a peu d'exemples. Elle écrivit à dom
L venait tache le Dieu et il lui approutous les ar l’exépas luionsolaante de s (outes et pour 1Carnalictions avaient ivèrent ui avait a hau- : que si it avec " sa {6-
oul le rme(é
à dom
Marie de l’Incarnation. Liv. II. 23535
Raymond pour le consoler et pour le fortifier ; et rien n’est plus grand, que les sentiments de confiance et de soumission aux ordres de la Providence dont ces lettres sont remplies. Elle en recevait elle-même des Missionnaires de Canada, qui servaient plus que toute autre chose à la soutenir au milieu de ses traverses. Ces religieux connaissaient son zèle pour le salut de leurs chers Néophytes, et ils ne manquaient point d’occasion de lui écrire, pour l’encourager à ne pas abandonner une si belle entreprise. Enfin, ils crurent que c'était assez délibéré, et qu'il fallait se hâter de venir à l’exécution. Ils n’avaient encore rien d’assuré pour le temporel; mais des hommes remplis de toute la plénitude de l’esprit apostolique ne savaient pas s'inquiéter touchant les moyens, quand la chose était dans l’ordre de Dieu; et, sûrs de la Providence pour les ressources, ils ne songeaient qu’à choisir des sujets, dont la sainteté répondit à la grandeur du ministère qui leur devait être confié.
Ce fut dans cette vue que le Père le Jeune, supérieur de la mission, pour s'assurer de la vertu de notre Mère, par une voix qui ne pût être suspecie, lui écrivit deux lettres consécutives,
25h La Vie de la Mère
où , après lui avoir exagéré avec beaucoup de force les dangers et les difficultés de son projet, il ajoute qu’il n'y avait qu’une présomption intolérable, pour ne pas dire diabolique, qui pût la faire aspirer à des emplois si élevés au-dessus de son sexe et de ses forces. L’humble servante de Dieu reçut ces lettres avec la même joie que si elles lui eussent annoncé l’ordre de partir. Elle ne se lassait point de les lire, et un jour qu’elle en parlait à son directeur : « N'est-ce pas là un » bon Père? lui dit-elle, je vois bien que «1 j'étais » auprès de lui, il me traiteraiten véritable ami. » Peu de temps après, elle reçut un avis secret qu’on prenait de bonnes mesures pour faire venir en Canada des Ursulines, et qu’elle était la première sur laquelle on jetait les yeux. Mais deux années s’écoulèrent encore sans qu’on parlât de rien; ce qui lui donna occasion de faire paraître d’une manière bien sensible sa parfaile dépendance de la volonté de Dieu, et la fermeté de sa confiance, que tant de délais et d'obstacles ne purent jamais ébranler. Enfin, sur la fin de la seconde année, elle sut par un instinct, qui ne pouvait avoir rien de naturel, que le temps de son départ approchait, et elle ne se trompa
Dup de projet, n into-
pût la
dessus rvante que si r. Elle qu'elle s là un j'étais ami. »
Secret e venir la pres deux parlât re paarfaile rmeté stacles fin de t, qui temps 'ompa
Marie de l'Incarnation. Liv. III. 235 point. L'heure marquée par le Seigneur, pour l’accomplissement de ce grand dessein était venue , et il s'exécuta de la manière que nous allons voir.