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il prenait plaisir à la rendre à l'extérieur un mo-
dèle de la plus héroïque patience. J'ai déjà dit qu'on ne nous a pas instruits du détail des contradictions qu’elle eut à essuyer dans la nouvelle France; mais on voit, par plusieurs endroits de ses écrits, qu’elles furent très-grandes et trèssensibles; et si Dieu les proportionna aux faveurs célestes dont il la combla, ce qu'il ne manque jamais de faire à ces âmes choisies, on pe. juger de leur excès par la sublimité des dons de la grâce dont elle fut prévenue et remplie. Mais quoiqu’elie eùt à souffrir, elle marcha toujours d’un pas égal, rien ne fut capable de troubler la sérénité de son âme. Sa charité n’en devenait que plus empressée , et sa douceur plus affec-
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tueuse à l'égard des personnes dont Dieu se ser vait pour l’exercer. Nous en rapporterons quel- ‘ ques traits à la fin de cette histoire. Mais où sa patience parut avoir quelqué chose de miraculeux à ceux qui en furent les témoins, ce fut dans les maladies dont elle fut attaquée les huit dernières années de sa vie. Voici ce qu’elle en dit elle-même :
« En l’année 1664, il plut à la divine bonté de me visiter d’une grande malad :, et de m'y disposer d’une manière toute singulièrelet » toute aimable. Je vis en songe Notre-Seigneur » attaché à là croix et tout couvert de plaies. Il » semblait gémir d’une manière très-pitoyable, » et j’eus une forte impression qu'il cherchait ‘quelqu'un qui le soulageât dans les douleurs extrêmes qu'il sentait. Une Dame se présenta pour lui rendre ce bon office ; mais peu après elle lui tourna le dos et l’abandonna.
Je nele perdais point de vue et je le suivais , car deux jeunes hommes le portaient. Je n’en vis pas davantage, mais ma maladie commençasur ces entrefaites, et l’image du Sauveur crucifié me demeura très-fortement imprimée dans » l'esprit. Le mal commença par un flux hépa-
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Marie de lIncarnation. Liv. VI 379
tique , accompagné d’un épanchement de bile par tous les membres et jusque dans le fond des os. J'avais encore une fièvré continue et
une colique qui ne me quittait ni le jour nila
nuit. On me donna les derniers Sacrements, et on pensa les réitérer quelque temps après, à cause d’une rechute qui commença par un
mal de côté avec une colique néphrétique, de grands vomissements et une rétraction de
nerfs générale. Enfin , pour faire un assemblage de tous les maux, comme je ne pouvais endurer qu'une posture. dans le lit, il se
forma des pierres dans les reins qui me Cau-
sérent d’étranges douleurs. On ne s’en aperçut
pas d’abord, mais une rétention d’urine le
découvrit. La résolution fut prise aussitôt de
me tirer ces pierres ; mais, la seule pensée
qu’on voulait mettre la main sur moi me.fit frémir. J’eus recours à la sainte Vierge ; je Lui fis la prière de saint Bernard, et dans le mo-
ment il me tomba une pierre grosse comme
un œuf de pigeon, qui fut suivie de plusieurs autres plus petites. Cette longue maladie ne m'a point du toùt ennuyée, et, par la miséricorde de Dieu, je n'y ai ressenti aucun mou-