LE
vement d’impatience. Je dois une grâce si spé-
ciale à l’aimable compagnie de mon Jésus cru-
cifié, dont le divin Esprit ne me permit pas
de souhaiter un moment de relâche, et m’é-
tablit dans une douceur qui me tenait dans la
disposition de souffrir ainsi jusqu’au jour du jugement. Les remèdes ne faisaiènt qu'aigrir » le mal et accroitre les douleurs, ce qui fit résoudre le médecin de me laisser entre les mains de Dieu, qui paraissait vouloir que je souffrisse, On faisait cependant partout des prières pour ma guérison ; plusieurs personnes me pressaient de la demander moi-même
à Dieu ; mais j'étais comme dans l’impuis-
sance de le faire. Quand une âme se rend fi- »/ dèle aux desseins de Dièu , il la conduit quel- » quefois dans un état où rien ne la peut dis- » {raire, où tout lui est égal, et où , soit qu'il » faille souffrir, soit qu’il faille agir, elle le » fait avec une parfaite liberté des sens et de » l'esprit. »
Cependant la servante de Dieu, que ses maladies avaient entièrement affaiblie, demandait à être déchargée du gouvernement de la maison; car elle était pour la troisième fois rentrée en
ce si spé-
ésus cruermit pas » et m’éit dans la jour du qu'aigrir qui fit réentre les ir que je riout des s personn0i-même l’impuise rend filuit quelpeut dissoit qu'il r, elle le
ens et de
à SES Maemandait | maison ; entrée en
Marie de l’Incarnation. Liv. VI. 381
charge, mais on était bien éloigné de l'écouter. Le père Lallemant était toujours son directeur, et n’était plus que cela à son égard. La nouvelle France avait enfin obtenu un évêque. Le choix était tombé sur François de Laval, un des premiers, et par bien des raisons, dont la haute naissance était la moindre, le plus illustre membre du Séminaire des Missions étrangères. Comme
ce Séminaire était alors sous la conduite des Jé-
suites, qui l'avaient formé dans cette même Congrégation de leur Collége de Paris, laquelle avait déjà donné à l'église saint François de Sales, le nouveau prélat et son petit clergé, presque tout tiré de la même maison que lui, n'avaient rien changé au gouvernement qu'ils avaient trouvé établi dans l’église du Canada. M. de Bernitres était de cette troupe, et fut donné pour pasteur à la ville de Québek et pour supérieur aux Ursulines. La Mère de l’Incarnation reconnut bientôt en lui le caractère de son oncle, et entra d'autant plus volontiers dans ses vues et dans celles de l’Evèque , qu’elle voyait une parfaite conformité entre leur esprit et celui des premiers Missionnaires. Nous l’avons vu ce saint prélat, dans ses dernières années, conservant encore
cette simplicité évangélique qui rendait si respectables les premiers successeurs des Apôtres; et nous avons eu la consolation, en recueillant ses derniers soupirs, de voir terminer par une sainte mort, une vie toute consacrée aux plus pénibles travaux de l’Apostolat.
- Des Supérieurs ainsi disposés , et qui eurent bientôt ‘connu par eux-mêmes ce que valait la Mère de l’Incarnation, n'avaient garde de l’écouter dans la demande qu’elle faisait d’être délivrée de sa charge. Elle se soumit donc et ne songea plus qu'à profiter des souffrances que le Ciel lui envoyait. « Ma disposition présente est » foute aimable, manda-t-elle alors à son fils, » puisque la croix est le plaïsir et fait les délices » de Jésus; je ne puis me remettre de ma lon- » gue maladie, quia des suites très-douloureuses » et très-pénibles. Mais la nature: s’apprivoise » aux souffrances et se famiiiarise avec les dou- » leurs. J’y ressens même de l'attachement , et » j'ai peur que mes lâchetés n’obligent la divine » bonté de me les ôter ou du moins de lés mo- » dérer. Tout ce que je prends m'est comme de » l’absinthe, qui me donne une continuelle » mémoire du fiel de la Passion de Notre-Sei-
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» gneur. C'est ce qui me fait chérir cet état. »
Ce que la servante de Dieu dit ici de ses sentiments par rapport aux souffrances, paraissait dans toute sa conduite extérieure. A la voir, on était surpris d’abord qu’elle pôt vivre. Cependant elle ne manquait à aucune observance régulière. Elle faisait toutes les affaires de son Couvent, écrivait un nombre prodigieux de lettres, transcrivait de gros Dictionnaires en langue sauvage, pour faciliter à ses filles l'étude de ces langues. En un mot, à l’âge de près de soixante-dix ans et dans un corps tout cassé, elle faisait tout ce qui paraissait au-dessus des forces de la meilleure santé. Sa manière de traiter avec Dieu devenait tous les jours plus simple. « Je n’ai plus, » dit-elle, de paroles aux pieds de la divine Ma- » jesté. Mes oraisons ne sont autres que ces as- » pirations: Mon Dieu! mon Dieu! soyez béni, » 6 mon Dieu !. les jours et les nuits se passent » ainsi, et j'espère de la bonté divine qu’elle me » fera expirer en ces mots, je dirais mieux en » Ces r'espirs. »
Ces délices spirituelles furent un peu interrompues par une de ces épreuves dont Dieu se sert assez souvent ‘pour achever de purifier ses
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