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396 La Vie de la Mère | crifice. Peut-être que Dieu, en lui prolongeant la vie à la prière de ses filles, avait eu principalement en vue de lui donner encore le temps d’acquérir cette perfection.
Comme toute sa passion, depuis le commencement de sa vocation au Canada, ayait été de procurer aux Sauvages la connaissance et l'amour de son divin Époux, non contente d’avoir consumé sa vie à leur service, elle demanda instamment à Dieu qu'il lui donnât pour purgatoire d'aller après sa mort exciter toutes les natièns barbares à embrasser la foi, et d’y accompagner les Missionnaires , pour les engager à n’épargner ni leurs peines ni leur vie pour faire entrer tous les peuples dans le sein de l’Eglise. Notre-Seigneur lui fit connaître qu'il avait sa prière pour agréable, mais qu’elle finirait son purgatoire avec ses jours, et qu’il consisterait dans ses souffrances et dans le sacrifice de sa vie, qu'elle lui offrait pour le salut des Sauvages.
Effectivement les quinze derniers jours qu’elle vécut, elle n’eut point d'autre occupation que ce sacrifice ; de sorte que ses Religieuses, qui, charmées de sa douceur dans de si vives douleurs, la prièrent de leur faire part des mérites qu'elle
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Marie de l'Incarnation. Liv. VI. 397
amassait par une si héroïque patience , n’en recurent que cette réponse: « Je n’ai plus rien dont » je puisse disposer ; tout est pour les Sauvages. » Se sentant à l’extrémité, elle demanda à voir encore une fois les petites Sauvages pour leur dire un dernier adieu, et, sur le midi du samedi 30 avril, elle entra dans une douce agonie. Elle ne perdit point la connaissance, mais seulement l'ouïe et la parole. Au bout de quelque temps, elle baisa tendrement son crucifix , et , en le baïsant , jeta trois ou quatre grosses larmes, ouvrit les yeux qu’elle tenait fermés depuis longtemps, regarda amoureusement ses Sœurs, comme pour prendre congé d'elles, les referma, et jetant deux petits soupirs, elle expira. La joie qu’elle avait eue en mourant, demeura peinte sur son visage, et fut accompagnée d’un éclat de beauté et d’un rayon de majesté si vif, qu'il semblait que l’âme communiquât au corps la gloire dont elle jouissait. Cette vue si charmante calma en un moment la douleur des Religieuses, et toutes ne songèrent qu'à s'assurer en cette illustre morte d’une protectrice dans le Ciel. Celles qui l’ensevelirent furent étrangement surprises
de lui trouver tout le corps ulcéré et écorché jus-
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