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tion à les aller entendre. La foiquej avais dans le cœur, jointe à ce que j'entendais de cette divine parole, opérait de plus en plus dans moi un amaur qui m'incitait à l'aller écouter, et j'avais une si grande vénération pour les prélicateurs, que, lorsque j'en voyais quelqu'un dans les rues, je me sentais portée d'in-
clination à le suivre, et à baiser les vestiges
de ses pieds. La prudence me retenait, mais je les suivais de l'œil, jusqu’à ce que je les
eusse perdus de vue. Je ne trouvais rien de |
plus grand, que d’annoncer la parole de Dieu; et c'était ce qui engendrait dans mon cœur l'estime de ceux que N. S. honorait de cet emploi. Lorsque j'étais au sermon, il me semblait que mon cœur était un vase dans lequel cette divine parole découlait comme une liqueur. Ce n’était point une imagination , mais la force de l'Esprit de Dieu, qui était dans cette divine parole, et qui, par une effusion de ses grâces, opérait cet effet dans: mo âme, laquelle ne pouvait plus ensuite con-tenir la plénitude qu’elle avait reçue, de sorte que j'étais contrainte de l’évaporer, en traitant avec Dieu dans l’oraison. Il m'en fallait même
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» parler pour me soulager , ce que je faisais avec une grande ferveur, et même hors de l’oraison, je me déchargeais en parlant avec un grand zèle aux personnes dela maison.
» Une fois en un sermon du S. Nom de Jésus, que le prédicateur avait nommé plusieurs fois, cette divine parole, comme une mannecéleste, me remplit si abondamment, que toût le jour mon esprit ne disait autre chose que Jésus, sans pouvoir finir. Dieu me donnait de grandes lumières en cette assiduité à entendre sa sainte parole. Mon cœur en étaitembrasé nuitet jour ; ce qui me faisait parler à ce divin Maître d’une »- façon ir érieure, et qui m'était inconnue. » La servante de Dieu ne doutait point, lorsqu'elle fut en Canada , que la Providence, en lui donnant ce goût de la divine parole, n’ébauchât en elle ce zèle ardent du salut des idolâtres, qui lui fit depuis entreprendre de si grandes choses. C’est ce qu’elle marque dans une lettre à son fils en ces termes: « Dès mon enfance, il semble que Dieu
» me disposait à la grâce que je possède; car
» j'avais plus l'esprit dans les pays éloignés ,
» pour y considérer les généreuses actions de
» ceux Gui y travaillaient, et enduraient pour
94 La Vie de la Mère » Jésus-Christ, que dans le lieu où j’habitais. » Mon cœur se sentait uni aux âmes apostoliques » d'une manière tout extraordinaire. » C'est ainsi qu'il ne faut rien négliger des attraits qui nous portent à la piété : ce sont toujours des grâces , et la moindre grâce exige de nous une fidèle correspondance, ne dût-elle avoir qu’un effet passsager ; mais quelquefois ce sont des dispositions à de grandes choses, où elles appartiennent à cet enchaînement de grâces par lesquelles Dieu veut nous sauver; et nous ne savons, quand: nous les laissons périr, ni ce que nous perdons, ni à quels périls nous exposons le salut de nos âmes. |
Enfin, de tous les secours extérieurs que l’Eglise emploie pour nous porter à Dieu, on peut dire, qu'après la prédication de la divine parole, il n’en est point de plus efficace que cet assemblage auguste , et ce bel assortiment de cérémonies qui forment notre culte religieux. Cela faisait sur le cœur de la jeune femme une impression qui montre combien sa piété était solide et fondée sur le véritable esprit du Christianisme.
« L’admiration , dit-elle, que me causaient la » sainteté et la majesté de nos mystères, aug-
grai o {a en :
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Marie de l'Incarnation. Liv. 1. 55
mentait mon amour , fortifiait ma foi, et me liait à Notre-Seigneur d’une façon toute singulière. Lorsque je voyais aux processions la croix et la bannière, mon cœur tressaillait de joie. J'avais vu un Cabitaine dggé dans notre quartier, et j'avais observé que ses soldats le suivaient avec leur drapeau, lorsqu'il allait à quelque exercice militaire : considérant donc le Sauveur attaché à la croix, et la bannière qu’on portait devant, je disais en moi-même : Ah! c’est celui-là qui est mon Capitaine ; voilà aussi sa bannière ; je le veux suivre, comme les soldats suivent le leur. Et ainsi je suivais la procession avec un grand sentiment de ferveur. J'avais les yeux e tachés sur le crucifix, et j'allais, répétant en mon cœur : A} / c’est là mon Capitaine; je le veux suivre. Je me trouvais des premières pour entrer dans l'Eglise, afin de ne rien perdre des cérémonies qui s’y pratiquaient. Toute mon occupation dans l’intérieur était sur ce que je voyais et entendais. De sorte qu’un jour, dans une procession du saint Sacrement , mon cœur et mon esprit furent si ravis en Dieu au sujet de ce Sacre-
» ment d'amour, que je ne vovais pas mon che- » min; de sorte qué je marchais au hasard, » comme 1ne-personne qui a trop bu. »
Il n’y avait que deux ans que Madame Martin étaitmarige, lorsque la mort lui enlevason époux. Elle demeura ainsi veuve à l’âge de dix-neuf ans, chargée d’un enfant, qui ne faisait que de naître, sans biens, et dans.un état si triste, qu’elle avoue elle-même que ses. peines étaient excessives ; mais elle ajoute « que Dieu la revêtit d’une force » et d’un courage qui la rendit supérieure à tout. » Son appui était fondé sur la promesse que » Dieu a faite d'être avec ceux qui sont dans la
tribulation : je croyais fermement, dit-elle,
que Dieu était avec moi, puisqu'il l’a promis ; de sorte que la perte des biens temporels, les procès, la disette, ni mon fils, que je YAyAIS aussi-bien que moi dénué de tout, ne m’in-
: quiétaient point. Mon esprit était sans aucune expérience humaine, mais l'Esprit de Dieu, qui m'occupait intérieurement, me remplissait de foi et de confiance, et me faisait venir à bout de tout.ce que j’entreprenais.
Il ne faut pas au reste s'étonner que Dieu, qui né se laisse jamais’ vaincre en libéralité, ré-
rables ressou à tout les ch qu'un et que bas âg qu'ell la bor SUPpo balan manie
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> force à tout.
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Dieu , , r'é-
Marie de l'Incarnation. Liv. I. 57
pañdit ses faveurs avec tant de profusion sur cette âme qui n’avait aucune réserve pouf lui, ni de recours qu'à sa divine Providence. À peine la jeune veuve avait eu le loisir de reconnaitre la triste situation où elle se trouvait, qu'on lui proposa plusieurs partis irès-avantageux. Sa vertu, son bon cœur; son grand esprit, son habileté dans toutes sortes d’affaires, dont elle avait donné de bonnes preuves, lui tenaient lieu de biens, et la faisaient regarder comme pouvant
faire la félicité, et même la fortuné de quiconque
l'aurait pour épouse. Il semblait que la Providence ne lui permit pas de négliger de si favo-" rables occasions de se relever , et de donner une ressource à son fils. Mais une sagesse supérieure à toutes celles des hommes, lui faisait envisager les choses avec bien d’autres yeux; jusque-là , qu’un jour qu’on la pressait extraordinairement, et que, pour la vaincre, on lui représentait le bas âge de son fils, la nature du peu de bien qu’elle avait, qui dépérissait de jour en jour, et la bonne volonté où étaient ses amis de l’aider, supposé qu'elle se rendit traitable ; ayant un peu balancé, elle en fut reprise intérieurement d’une manière très-sensible, et elle a toujours depuis
regardé cette espèce d’infidélité, comme une“des plus grandes fautes qu’elle eût jamais commises. On voit dans quelques endroits de ses papiers, que l’aversion qu'elle avait alors du mariage provenait de ce que l’esprit de grâce , qui la conduisait, était incompatible avec d’autres liens que ceux du ciel ; que quoique la mort de son mari lui eût été fort sensible, néanmoins, se voyant libre et dégagée, son âme se liquéfiait en actions de grâces de ce qu’elle n’avait plus que Dieu, en qui son cœur et ses affections pren se dilater dans sa solitude.
Ce n’est pas qu’elle eût été d’abord quitte de
tout embarras des affaires, sa belle-mère, avec qui elle demeurait, était résolue de continuer son commerce, et1l ne lui convenait point de l’abandonner. Ce n’était pas aussi son intention ; mais la bonne femme ne laissa pas de l’appréhender, au point que le chagrin qu’elle en conçut, et qu’elle tint caché, la fit mourir au bout d’un mois. Cette mort acheva de mettre la jeune veuve dans une entière liberté, et ce fut alors que, malgré tout ce qu'on put lui représenter pour l’obliger, par la raison de ce qu’elle se devait à elle-même, et de ce qu’elle devait à son fils,
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, avec ler son ’aban- ;: Mais ender, ut, et d'un veuve que, pour vait à \ fils,
Marie de l’Incarnation. Liv. I. 59 de reprendre un nouvel engagement , elle déclara nettement qu’elle n’y consentirait jamais; qu’elle voulait. désormais vivre dans la pure providence; que Dieu aurait soin de son fils; qu’elle le lui avait consacré, et qu’elle n’omettrait rien de ce qui dépendrait d’elle pour lui donner une bonne éducation ; mais qu'elle n'avait pas plus d'inquiétude sur ce qu'il deviendrait que sur ce qu’elle deviendrait elle-même; que celui qui leur
| avait ôté les biens était le même qui nourrit les
oiseaux du ciel; qu’elle était assurée qu'ils ne manqueraient jamais de rien ni l’un ni l’autre,
et qu’elle croyait plus faire pour son fils par cet
abandon à la Providence , que si elle lui amassait de grandes richesses.
La suite de cette histoire convaincra les plus incrédules , que ni l'esprit d'indépendance, ni la paresse, ni l'humeur, fruits trop ordinaires d’une dévotion mal prise, n'avaient aucune part à celte résolution de Madame Martin. Elle fut toujours bien éloignée de tenter Dieu; elle ne refusa jamais de sacrifier le repos de sa solitude, quand la charité l’exigea d'elle; elle ne fit aucune difficulté de se jeter, pour le service de ses proches, dans de plus grands embarras, que
n’eussent été ceux où un second établissement l’auraitengagée, et cela uniquement parce qu’elle trouvait moyen d'y satisfaire sa charité, qui fut toujours sans bornes, et l’ardeur qu’elle se sen-
tait pour les humiliations et la dépendance. Ainsi
la conduite qu’elle tint au commeñcement de son veuvage, ne peut être attribuée qu'à une forte inspiration, et à un attrait dominant de la part de Celui qui seul peut assujettir les cœurs, et qui, dans un siècle où l’on est à l'excès esclave de la fausse prudence du monde, a voulu no donner un exemple qui fût sans FÉAQUE « de a sage folie de l'Evangile.
Mais il ne faut point d’autre preuve que c'était
l'Esprit de Dieu qui conduisait la sainte veuve, que ce qui lui arriva dans le temps même qu’on . Ja pressait plus fortement de se remarier. Voici comme elle le rapporte elle-même :
« Après tous les mouvements intérieurs que » la bonté de Dieu m'avait donnés, pour m'atti- » rer à la vraie pureté de cœur, en laquelle je » ne pouvais entrer de moi-même, parce que » jusqu'alors je n’avais eu aucun directeur; et » que je ne savais pas même qu'il fallût traiter » des affaires de son âme avec d'autre qu'avec
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M arie de l'Incarnation. Liv. I. 61
Dieu, sa divine Majesté voulut enfin me faire elle-même un coup de grâce, me tirer dé mes ignorances, et me mettre en la voie où elle voulait me faire miséricorde. Ce fut la veille de l’Incarnation de Notre-Seigneur, de l’année 1620. Comme j'allais le matin vaquer à mes affaires, dans le moment que je mé recommandais instamment à Dieu, avec mon aspiration ordinaire, in fe, Domine, speravi, non confundar in æternum; paroles que j’avais profondément gravées dans mon cœur, avec une certitude de foi, que le Seigneur m'assisterait infailliblement; je fus tout à corp arrêtée intérieurement et extérieurement; ceia se fit par une subite abstraction d’esprit, et le tout se passa ensuite dans l’intérieur. Je demeurai debout, et je ne me souviens pas que j'eusse aucun usage des yeux, ni que je fisse aucune action extérieure. Toute pensée de mes affaires me fut ôtée. Les yeux dé mon esprit furent ouverts , et tous les péchés, fautes et imperfections que j’avaiscommis, me furent représentés en gros et en détail, avec une distinction et une clarté qui ne peuvent venir que d’une lumière céleste. Au même instant,
je me vis comme toute plongée dans du sang,
et mon esprit eut une conviction que ce sang
était celui du Fils de Dieu, de l’effusion duquel j'étais coupable, et qu avait été répandu four
mon salut.
» Si la bonté de Dieu ne m’eût soutenue, je
crois que je fusse morte de frayeur, tant la
vue du péché, quelque petit qu’il puisse être,
est horrible et épouvantable. Nulle langue
humaine ne le peut exprimer. Voir un Dieu,
dont la bonté et la pureté sont infinies, offensé par un vermisseau de terre, cela sur-
passe l’horreur même. En ce moment, mon
cœur se sentit ravi en lui-même et tout changé
en l'amour de celui qui lui avait fait cette in-
signe miséricorde , et il s’ensuivit un re-
gret de l'avoir offensé, le plus grand qu'il se
puisse imaginer; mais non, il ne se peut ima-
giner. Ce trait de l’amour est si pénétrant et
si inexorable, que pour le satisfaire, je me
fusse jetée dans les flammes , et ce qui est le plus incompréhensible , sa rigueur sém-
ble douce. Elle porte des charmes et des chaines qui lient et attachent l’âme, de sorte qu'elle la mène où elle veut, et que cette âme
Marie de l’Incarnation. niv. I. 63
» s’estime heureuse , de se laisser ainsi captiver. » Or, en cet excès, je ne perdais point la vue de ce sang dans lequel j’avuis été plongée, et » qui avait été versé pour expier mes crimes ; » et c'était ce qui causait mon extrême douleur. » Enfin le même trait d'amour qui avait ravi » mon âme, me pressait fortement de me con- » fesser. Revenant à moi, je me trouvai debout » arrêtée vis-à-vis la petite chapelle des Pères » Feuillants, qui ne faisaient que de s'établir à » Tours. Je m’estimais heureuse d’avoir le re- » mède si proche. Je rencontrai un Père seul, au » milieu de la Chapelle, qui semblait n’y être » que pour m'y attendre. Je l’abordai, et pres- : » sée par l'esprit qui me conduisait, je lui dis : » Mon Père, je voudrais bien me confesser, » car j'ai commis tel péché : et je commençai » à lui dire tous les péchés qui m’avaient été » montrés, avec une effusion de larmes qui » provenait de la douleur que j'avais dans le » cœur. Une dame qui était à genoux devant le » S. Sacrement, put facilement entendre tout » ce que je disäis; car je parlais fort haut; mais » je ne me mettais guère en peine que d’apai- » ser Celui que j'avais offensé, Après que j'eus
tout dit, je m’aperçus que ce bon Père avait
été extrêmement surpris de la façon avec laquelle je l'avais abordé. Il me dit avec une
» grande douceur , que ie m'en allasse, et que
le lendemain je vinsse letrouver au confessionnal. J’obéis, etje ne fis passeulement réflexion
» queje n'étais pas confessée. Le jour suivant, » de grand matin, je me rendis à son confession-
nal. Je lui redis tout ce que je lui avais dit la veille, et il me donna l’absolution.
» Comme Dieu, par un effet particulier " sa Providence, m'avait donné ce bon Père pou confesseur, je n’en pris point d’autre tout le
» temps qu'il demeura à Tours. Il se nommait
Dom François de S. Bernard. Je ne lui dis pas néanmoins ce qui m'était arrivé, ni ce qui m'occupait l'esprit, toujours persuadée qu'il ne fallait parler à son confesseur que de ses péchés ; et plus d'in an entier, que je me confessai à lui, je me comportlai de la sorte. Ce qui me détrompa , fut que j’entendis dire à une bonne fille, qu'il ne fallait point faire de pénitence sans la permission de son, confesseur. Aussitôt je parlai au mien de celles que je faisais : il me permit de les continuer,
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Marie de l’Incarnation. Liv. 1. 65 et me régla l’ordre que je devais tenir par rapport à mes confessions et mes communions. L'effet que produisit ce que je viens de rapporter, fut que je me trouvai toute changée. Je voyais à découvert mon igno-
rance, qui m'avait fait croire que j'étais bien parfaite, que mes actions étaient fort innocentes , et que j'étais bien rimée de Dieu ; mais après que Notre-Seigneuï m'eut ouvert les yeux, je me voyais telle que j'étais, et je confessais que mes justices n’élaient qu'ini- » quités. »
Voilà ce que l’humble servante de Dieu appelait sa conversion. L'endroit où elle fut si miraculeusement saisie d’un transport extatique, un des plus singuliers qui se soient peut-être jamais vus, étaitun chemin surle haut fossé de l’ancienne ville, Quand elle fut revenue à elle-même, elle se trouva dans un autre qui conduit à l'Eglise des Feuillants, et qui l’éloignait assez de l'endroit od-elle voulait aller. Ces lieux ont changé depuis,
LA
LA
CA
LA
et celui d’où l’esprit du Seigneur l’enleva, est au-
jourd’hui la place d’une fort belle fontaine, qui sert d'ornement au palais Archiépiscopal; mais revenons au récit que je viens d'interrompre.
66 . La Vie de la Mère » Après cette opération de Dieu dans mon âme, je fus plus d’un an, que l’impression du sang de Jésus-Christ demeura attachée à mon esprit, avec celle de ses souffrances; et sans cesse mon âme recevait de nouvelles lumiè-
res, qui me «'écouvraient les moindres im-
perfections , Lesquelles j'étais inspirée de me Confesser. Je sentais mon esprit et mon cœur dans une grande obéissance et soumission à Dieu, et je suivais toutes ces pentes. Ce n’est pas que j'’eusse des scrupules ; au contraire, je possédais une grande paix ; mais ce qui m'était montré être péché ou imperfection , c'était avec une si'grande clarté, que mon esprit était convaincu dans le moment.
J'en parlais à Notre-Seignéur, je lui représentais l’effusion de son Sang; toutes mes démarches, mon sommeil même, étaient dans cette occupation. Je n’avais pas besoin de méditer ce que j'avais à faire. L'esprit qui me guidait rn’enseignait tout, et me conduisait où il voulait. :
Ce divin Esprit, qui était alors plus que jamais le mobile de ses pensées et de ses actions, lui parlait plus fortement qu’il n'avait encore fait,
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ésens dédans méi me uisait
imais s, lui
Marie de l'Incarnation. Liy. I. 67 de terminer ses affaires, et lui en facilitait les moyens. Tout lui réussissait d’une manière qui étonnait. Enfin, rien ne la retenant plus dans le commerce du monde , elle congédia ses domestiques, ne garda qu'une servante, dont 4 paraît même qu’elle se défit bientôt ; et malgré les sollicitations que renouvelèrent ses parents pour l'engager à ne pas ainsi enfouir le talent qu’elle avait pour le négoce, elle prit un habit fort simple, qui marquait un divorce entier avec le monde; et son père l'ayant appelée chez lui, elle se logeaau plus haut étage, où elle ne pensait plus qu’à l'éducation de son fils et à la contemplation des choses célestes. « Je faisais, dit-elle, quel- » ques ouvrages paisibles, et mon esprit portait » toujours son occupation intérieure ; mon cœur » parlait sans cesse à Dieu, sans que je le fisse » parler par mon action propre; ce qui m’éton- » nait moi-même; mais il était poussé par une » puissance supérieure , qui l’excitait continuel- » lement.
Elle ajoute qu’elle voyait bien que cette puissance venait du Se ng précieux et des souffrances du Fils de Dieu: que comme la chose lui était nouvelle , elle l’admirait, et que cette admiratioæ
produisait en elle une tendre et respectueuse reconnaissance envers la bonté de Dieu, qui abaissant sa grandeur, voulait ainsi se communiquer à elle; que ce lui était une chose incompréhensible, queson cœur parlât si famiiièrement et si éloquemment à ce Dieu de Majesté; que néanmoins , bien loin de s’y opposer , elle s'y laissait aller, et suivait celte pente, qui produisait de plus en plus en elle une haine d’ellemême, un oubli de ses 'ntérêts et de ceux de son fils, et une extrême aversion du monde et de ses façons «'? faire; qu’elle était comme la tourterella retirée dans son nid, où elle gémissait pour les pertes de temps qu'elle avait faites: que la vue claire qu’eile avait que la miséricorde de Dieu serait son partage , et que la divine Providence aurait soin d'elle, la faisait courir au service d’un maître si aimable; qu’elle trouvait surtout sa vie dans la fréquéntation des Sacrements, dans l’assiduité à entendre les sermons , dans l'exercice de la pénitence et dans la solitude ; qu’elle ne pouvait parler que des choses de Dieu, si ce n’était dans les affaires d'obligation ; qu’elle ne les regardait même qu'en passant, ses yeux et ses oreilles élant fermés à tout ce qui se
1euse , qui auni- COM.
mertii que le s'y )dui- ’elleè son le ss rella r les À vue Dieu lence rvice tout enis , dans ude ; Dieu, elle Veux Li se
Marie de l’Incarnaton. Liv. I. 69 sentait tant soit peu des amusements du siècle. Son fils, qui demeura avec elle jusqu’à l’âge de douze ans, et qu’elle ne quittait presque point, a depuis protesté qu'il était ravi hors de luimême, lorsqu'il rappelait en sa mémoire les impressions saintes et les salutaires instructions qu’elle lui donnait, et qu’il ne pouvait revenir de son étonnement, lorsqu'il se représentait la vie céleste qu’elle menait ; les soupirs enflammés qui sortaient continuellement de son cœur; sa modestie et la retenue de son maintien , n'étant pas moins grave et composée , seule et éloignée de la vue des hommes, que si elle eût élé en la présence des personnes à qui ellé aurait dû marquer plus de respect; en sorte, conclut-il, qu'il était aisé de voir qu'elle avait sans cesse devant les yeux la Majesté divine.
Cette forte application à Dieu ne lui faisait pas oublier le prochain. Elle savait sur cela les obligations des veuves , et ne pouvant aider les pauvres de ses biens, qu’elle avait perdus, elle s'appliquait à leur rendre les services les plus capables de mortifier la nature. Elle avait fait la recherche des pauvres qui avaient les jambes ulcérées et pourries, et leur avait assigné’ des
70 . LaViedelaMère temps pour se rendre chez elle. Elle commençait par les faire placer dans un fauteuil; puis, se mettant à genoux devant eux, elle lavait et nettoyait
. leurs plaies, et y appliquait ensuite des fomenta-
tions et des onguents dont elle avait fait provision. Son fils, seul témoin, pour l'ordinaire, de ses actions de charité, ajoute qu’elle paraissait pénétrée de respect pour ces membres vivants du Corps de Jésus-Christ, et qu’elle approchait son visage si près des ulcérés qu’elle pansait, qu'il n’était pas possible qu’elle ne fût tout infectée de la mauvaise odeur qui en sortait. \
Il n’y avait guère qu’un an que Madame Martin menait cette vie, lorsqu'elle eut occasion de faire voir que la charité pouvait plus sur elle que son intérêt propre et celui de son fils. Une de ses sœurs, qui était engagée dans un fort grand commerce, la pria de vouloir bien la soulager. D’abord, cette proposition l’effraya : elle sentit quelque répugnance à sacrifier ce même repos auquel elle avait sacrifié sa fortune. Cependant, après avoir consulté Dieu, elle fit de fort bonne grâce ce que sa sœur souhaitait d’elle, et le ciel ne tarda pas à l’en récompenser : « No- ». tre-Seigneur, dit-elle, me voulut montrer que
ivait metyait n{a- 'OVI- », de ssait anis chaït qu'il ectée |
Marn de Une fort souelle ême Cet de alle, No-
que
Marie de l'Incarnation. Liv. 1. 71 » c'était lui qui m’avail engagée dans ce tracas, » en me conférant un nouveau don d'oraison.
» C'était une liaison avec Jésus-Christ touchant
» ses sacrés mystères. J’expérimentais principa-
» lement que ce divin Sauveur était a vore, la » vérité et la vie (S. Jean, 14. 6). La voie, que
» mon âme avait une inclination continuelle à
» suivre ; la vérité, qu’elle croyait avec la plus » grande certitude, et qui lui paraissait si évi- » dente, qu’elle disait : Je n’ai pas la foi, Ô mon » Dieu! puisque vous me montrez vos biens et » la vérité de ce que vous êtes avec tant de clarté, » et d’une manière qui me dit tout. Vous êtes » la vie qui me remplissez. Oui, j'a ouvert la » bouche, et vous l’avez remplie de votre vie et » de votre divin Esprit (Ps. 118, 151). Ce Dieu » de bonté me faisait encore expérimenter ce » qu'il dit ailleurs : Je suis la porte, si quel- » qu'un entre par mot, il sera sauvé. Il en- » trera et sortira, el trouvera des pâturages » (S. Jean, 10. 9). J'entrais eu lui et par lui, et
| » y découvrais les divins mystères, qui m'étaient
» comme des pâturages abondants. J'en sortais,
| » sans en sortir, pour entrer dans les emplois
où 1l m'avait mise ; et jy rentrais par un re-
» doublement d'amour, qui portait mon âme à » ne point cesser dè prendre sa nourriture dans » les biens de ce divin Pasteur, qui opérait en » elle une communication de sa vie et de son » esprit. » Hi
Dans la suite de ce récit, la vertueuset veuve raconte que, lui étant alors tombé entre les mains quelques livres qui enseignaïent la méthode de l’oraison mentale, où apparemment, selon la coutume de ceux qui traitent cette matitre , on représentait avec force et avec quelque sorte d’exagération, le danger auquel s’exposent les âmes qui tiennent une autre route, elle se persuada que, pour marcher sûrement dans la pratique de la vie spirituelle, il fallait suivre avec une très-grande exactitude tout ce qui y était prescrit ; et que, pour s’y conformer, elle fit de très-grands efforts, qui n’eurent point d’autre suite, que de lui causer de violentes douleurs de tête; que, dans cet état, Dieu lui fit connaitre qu’il avait eu pour agréable le motif qui l’avait fait agir; puisque , malgré la violencedu mal qu'elle ressentait, elle n'avait point cessé de jouir d’un très-grand repos d'esprit, et de goûter une très-douce paix intérieure , accompagnée de la
pré: derr que à la Gen beau qu'e se dé allé,
. était
rés d
VOyé