MARIVAUX ROMANCIER XV
Le Paysan parvenu, lui, n'est pas l'histoire de cette victoire peu à peu remportée sur l'isolement et la pauvreté ; de cet apaisement final de la fortune irritée épargnant, non sans l'avoir blessée, une victime de choix; de cette arrivée au port , après maint écueil et mainte tempête, d'une destinée aventureuse et contrariée. C'est l'histoire du bonheur imperturbable^ — insolent, s'il ne l'excusait par la naïveté avec laquelle il en jouit, et ne le justifiait même par le bon usage qu'il en fait, — d'un rustique débutant qui, scms s'en douter, ne fait que des coups de maître, apprend tout à la fois, se déniaise en une aventure, se polit en deux conversations, monte quatre à quatre les degrés d'une fortune inouïe, et, en quelques sauts, où il trébuche à peine, arrive de l'antichambre au salon, de derrière la voiture dans la voiture ellemême.
Comment Marianne, la petite-fille du duc de Kilmare, réduite d'abord à la condition de fille de boutique chez une lingère, devient la marquise de Valville; comment Jacob, de valet de traitant, devient fermier général et épouse la veuve du comte de Vambures : voilà ce que nous apprend Marivaux, après I20US avoir fait prendre, aux vicissitudes qui amènent de tels changements, un intérêt qu'il partage luimême.
C'est qu'il ne s'agit plus ici de ces thèses tout impersonnelles, toutes désintéressées, des comédies où Marivaux met aux prises des passions si légèrement