‹ La vie de marianeChapitre 15 sur 76 · XVI MARIVAUX ROMANCIER · texte numérisé non relu

XVI MARIVAUX ROMANCIER

contrariées qu'on s'amuse plus du plaidoyer qu'on ne s'inquiète du procès : il ne s'agit plus ici de ces paradoxes en un, deux ou trois actes, où // semble que l'auteur n'ait eu d'autre objet que de corriger, en lui montrant un idéal supérieur, en lui fournissant modèle de jolies manières et de dialogues exquis, la décadence du langage et des mœurs de l'amour de son temps.

Dans ses romans, le philosophe s'engage personnellement plus à fond qu'il ne le voudrait. A certains moments, on voit tomber le masque et apparaître celui qui s'est flatté « d'être le plus humain de tous les hommes »; celui à qui aucun des problèmes de la vie n'est étranger et qu'agite surtout celui qui nous tourmente tous : l'art d'être heureux , d'arriver à la fortune malgré les obstacles et à la paix en dépit des passions.

Cet art difficile , Marivaux, pour son compte, s'y exerça en vain toute sa vie. Ce problème irritant, il en chercha la solution sans la trouver. Il eut tou' jours le double honneur, le double malheur d'être pauvre et d'être fier. C'est lui qui a dit ce mot plein de ressouvenirs amers : Quand on demande des grâces aux puissants de ce monde et qu'on a le cœur bien placé, on a toujours l'haleine courte. Nul n'a parlé plus éloquemment que lui de ces maladresses d'un bienfaiteur qui gâtent et enveniment le bienfait. Il connut dans toute leur tristesse l'inutile regret de la fortune perdue, et cette gêne, ce supplice

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