MARIVAUX ROMANCIER XIX
Tcncin ou d'une M"^^ Lallemand de Betz s'ingéniait à fermer et à panser la plaie. Il n'avait pu établir sa fille dans le nnonde, et avait du s'en séparer pour la laisser entrer au couvent et prendre le vode : destinée habituelle de tant de jeunes files bien nées, mais pauvres, dont cette absence de fortune faisait souvent toute la vocation.
Il est impossible de ne pas remarquer à ce propos combien Marivaux a peint avec finesse et avec un piquant mélange de bienveillance et de sévérité les mœurs des couvents de son temps. On sent, à la fidélité de ses tableaux, qu'il les a faits d'après nature ; à la ressemblance de ses portraits, que les originaux ont posé devant lui. On sent qu'il aime ces cloîtres parce que sa fille y vit, et qu'il les hait parce qu'ils la lui ont enlevée. Elle avait pris le voile à l'abbaye du Trésor, et, comme elle était trop pauvre pour payer une dot même à Jésus-Christ, c'est encore la charité du duc d'Orléans, le fils pieux de l'incrédule Kégent, qui avait subvenu aux frais de sa profession.
Toutes ces épreuves, toutes ces tristesses, avaient rendu Marivaux susceptible, inquiet, et l'agitaient au point de lui rendre difficile tout travail suivi, toute persévérante action vers un but. Indécis, irrésolu, observateur, flâneur, savourant jusqu'à la sa" tiété les paresseuses délices de la curiosité, Marivaux se dégoûta tour à tour du théâtre, du journal, du roman et de la philosophie. Il n'acheva rien, excepté ses pièces, et, quand il devint dévot sur la fin, il ne