XX MARIVAUX ROMANCIER
put prendre sur lui de le devenir complètement, et garda plus d'une arrière-pensée profane. Ces dispositions morales influant sur ses dispositions d'esprit , il se dégoûtait de chaque entreprise avant d'arriver au but. Son talent^ facile à débaucher par toute nouveauté et que tentait toute diversion^ avait l'haleine courte, comme son cœur oppressé par tant de déceptions.
Il se fatiguait vite, doué qu'il était d'une de ces sensibilités exquises pour qui tout est blessure dans la vie, et qu'offense le pli même d'une rose. Enfin, il ne travaillait que lorsqu'il ne pouvait faire autrement, trouvant toujours plus beau ce qu'il se proposait de faire que ce qu'il faisait. Le trait qui nous le montre incapable de résister à l'aveu dénué d'artifice qu'un mendiant lui fait de sa paresse, et dans la main duquel, transporté d'aise par cette franchise si naturelle, il verse sa bourse , est bien de lui et le peint à merveille; il traitait en confrère ce mendiant héroïquement sincère, incurablement paresseux , qui sollicitait son aumône par cet aveu de pauvreté par fainéantise qui eût rebuté toute autre charité que la sienne. La requête de ce cynique besacier, victime volontaire du far-niente, eût été encore plus hardie s'il eût su à qui il s'adressait. Bien que ses Œuvres COMPLÈTES atteignent le chiffre respectable de douze volumes in-octavo, il est impossible de ne pas remarquer que, hormis le théâtre, le recueil n'est composé que d'œuvres inachevées.