‹ La vie de marianeChapitre 2 sur 76 · II MARIVAUX ROMANCIER · texte numérisé non relu

II MARIVAUX ROMANCIER

C'est là qu'on reconnaît quil eut mieux aimé lire les ouvrages des autres qu'écrire les siens^ et demeurer simplement un homme que de devenir un auteur.

Nous y aurions perdu j et peut-être n'y eût-il pas gagné : car son esprit curieux et inquiet trouva, à réfléchir et Cl observer, un aliment pour son activité qui, sans cela, se fut peut-être nourrie d'occupations frivoles; et, comme il avait beaucoup de talent, il eut, par-dessus le marché, une réputation longtemps florissante et triomphante. On peut en juger par ce fait qu'il personnifia tout un genre quil avait créé sans s'en douter, et qu'on appela de son nom la petite révolution morale, littéraire, sociale, que résume ce mot : le Marivaudage.

L'histoire de la vie de Marivaux étant toute entière ou à peu près dans celle de ses ouvrages, c'est donc l'écrivain en lui qu'il convient surtout d'étudier, sans négliger ce qui se rapporte à l'homme : car, enfin, il a trop bien fait parler les femmes pour n'avoir pas eu volontiers commerce avec elles; il a trop bien peint les passions pour ne pas les avoir éprouvées; il est trop tendre pour n'avoir pas aimé, trop triste pour n'avoir pas souffert. Ce que nous avons pu apprendre de sa vie ne nuira certainement pas au succès de son meilleur roman auprès de ce public féminin, délicat et fn comme lui, qui était son public de prédilection, auquel nous nous adressons en son nom, et qui nous aidera à restaurer cette aimable mémoire.

xM A R I V A U X ROMANCIER III

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux , d'une famille parlementaire normande descendue, dit d'Alembert, de la robe à la finance, était né à Paris, le 4 février i688j l'année même de la publication des Caractères de La Bruyère. Son père fut successivement directeur de la Monnaie à Kiom (en 1694^ et à Limoges.

C'est ainsi que Marivaux passa son enfance en Auvergne, sa jeunesse en Limousin, et qu'il traversa, pour ny plus revenir, les milieux provinciaux. Il se fixa en effet de bonne heure à Paris, ou il choisit ses m.odèles de prédilection et dont il subit spécialement l'influence. C'est en effet une première remarque à faire, qu'il est peu d'écrivains d un goût et d'un esprit aussi essentiellement parisiens.

Son éducation et surtout son instruction paraissent avoir été assez négligées, soit par la faute de parents insoucieux envers lesquels il s'est cru, sans doute, dispensé de reconnaissance, car il n'en parle janiais ; soit par la faute d'un caractère rebelle aux disciplines classiciues ; soit plutôt par suite de ce préjugé trop ancien qui exempte d'études approfondies les jeunes gens que leur fortune semble dispenser à janiais de la nécessité du travail.

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