‹ La vie de marianeChapitre 22 sur 76 · MARIVAUX ROMANCIER XXIII · texte numérisé non relu

MARIVAUX ROMANCIER XXIII

Quoi qu'il tn soit des mobiles mystérieux et complexes de cette détermination qui ne sera sans doute jamais bien expliquée, Marivaux ayant dédaigné ou négligé de le faire, ce qui demeure intact et achevé suffit largement pour faire apprécier sous cette forme nouvelle son originalité, et pour donner raison à ceux qui aiment ses romans, sinon à ceux qui les préfèrent à ses pièces.

Il est impossible de ne pas goûter dans Marianne la pénétrante saveur des observations dont l'héroïne assaisonne le récit de ses aventures, et d'échapper à la séduction du style dans lequel elle les raconte. Ce style est d'une finesse et d'une délicatesse toutes féminines, et bien dignes de l'écrivain qui disait, au rapport de Chamfort, « que le style a un sexe, et qu'on reconnaissait les femmes à une phrase ». Il y a plus d'une de ces phrases dans l'œuvre du romancier qui a le mieux connu les femmes, et qui a le mieux su les faire parler.

Ce quil faut y admirer surtout, c'est la variété, la ressew.blcmce, la vie des portraits. Marianne en contient toute une gcderie, telle que Watteau, La Tour et Chardin pourraient seuls en offrir dans leur art de pareille.

Marivaux, qu'on se figurerait volontiers toujours coquet, pimpant, brodant ses canevas élégants avec l'habit à manchettes de M. de Buffon, ne dédaigne pas les spectacles populaires ni les sujets bourgeois, et ne croit pas que sa plume déroge en retraçant les

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