‹ La vie de marianeChapitre 26 sur 76 · MARIVAUX ROMANCIER XXVII · texte numérisé non relu

MARIVAUX ROMANCIER XXVII

fondes à la connaissance du cœur humain^ et tant de délicatesses raffinées, à la langue du sentiment ?

Comme ils sont d'un observateur pénétrant et malin j d'un juge expert en coquetterie^ d'un virtuose de la gcdanterie et de ses variations infinies ^ d'un dilettante de l'expérience et de ses amères douceurs ^ les quelques extraits qui suivent et qui donnent si bien Vidée de sa manière !

— Les âmes excessivement bonnes sont volontiers imprudentes par excès de bonté même, et, d'un autre côté^ les âmes prudentes sont rarement bonnes.

— On croit souvent avoir la conscience délicate, non pas tant à cause des sacrifices qu'on lui fait, mais à cause de la peine qu'on prend pour se dispenser de lui en faire.

— Dans la vie nous sommes plus jaloux de la considération des autres que de leur estime, et par conséquent de notre innocence, parce que c'est précisément nous que leur considération distingue, et que ce n'est qu'à nos mœurs que leur estime s'adresse.

— Nous sommes bien près de nous consoler quand nous nous affectionnons aux gens qui nous consolent.

XXVIII MARIVAUX ROMANCIEH

— Elle m'avait recommandé de prier Dieu, et je n'y manquai pas; je le priai même plus qu'à l'ordinaire, car on aime tant Dieu quand on a besoin de lui!

— Qu'une femme soit un peu laide, il n'y a pas grand malheur si elle a la main belle; il y a une infinité d'hommes plus touchés de cette beauté-là que d'un visage aimable ; et la raison de cela^ vous la dirai-je? Je crois l'avoir sentie : c'est que ce n'est point une nudité qu'un visage, quelque aimable qu'il soit; nos yeux ne l'entendent pas ainsi; mais une belle main commence à en devenir une; et, pour fixer de certaines gens, il est bien aussi sur de les tenter que de leur plaire; le goût de ces gens-là, comme vous le voyez , n'est pas le plus honnête; c'est pourtant, en général, le goût le mieux servi de la part des femmes, celui à qui leur coquetterie fait le plus d'avances.

Tout ce que Von vient de lire fait l'éloge de Vesprit de Marivaux • mais voici qui fait Vêloge de son cœur et le montre capable des viriles fiertés autant que des féminines tendresses. C^est d'une blessure de cœur que mourut Marivaux. Un gai conteur, le triste abbé de Voisenon , nous a révélé, sans en sentir la beauté, ce trait de pudeur héroïque qui achève de nous peindre Marivaux. Honneur à ceux dont la mort couronne dignement l'image telle quelle résulte

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