PREMIÈRE PARTIE
si un homme à la fin fait le mutin, qu'il s'accommode ; on sait se fâcher aussi bien que lui, et puis on le laisse là; et ce qu'il a donné est donné; pardi ! il n'y a rien de si beau que le don ; et, si les gens ne donnoient rien, ils garderoient' donc tout! Oh! s'il me venoit un dévot qui m'en contât, il me feroit des présens jusqu'à la fin du monde avant que je lui disse: « Arrêtez-vous ! »
La naïveté et l'affection avec laquelle MmeDutour débitoitce que je vous dis là valoient encore mieux que ses leçons, qui sont assez douces assurément, mais qui pourroient faire d'étranges filles d'honneur des écolières qui les suivroient; la doctrine en est un peu périlleuse : je crois qu'elle mène sur le chemin du libertinage, et je ne pense pas qu'il soit aisé de garder ssu vertu sur ce chemin-là.
Toute jeune que j'étois, je n'approuvai point intérieurement ce qu'elle me disoit; et effectivement, quand une fille, en pareil cas, seroit sûre d'être toujours sage, la pratique de ces lâches maximes la déshonoreroit toujours. Dans !e fond, ce n'est plus avoir de l'honneur que de laisser espérer aux gens qu'on en manquera. L'art d'entretenir un homme dans cette espérance-là, je l'estime encore plus honteux qu'une chute totale dans le vice : car, dans les marchés, même infâmes, le plus infâme^^dA-teé^s est celui où l'on est fourbe et de mai^se^foy^ avarice ; n'êtes-^ipus pas de mon sentimenlT*^ *
Pour moi, favois le caractère trc^pVai pour me
conduire de cette manière-là: je ne voulois ni faire le mal, ni sembler le promettre : je haïssois la fourberie, de quelque espèce qu'elle fût, surtout celleci, dont le motif étoit d'une bassesse qui me faisoit horreur.
Ainsi je secouai la tête à tous les discours de Mme Dutour, qui vouloit me convertir là-dessus pour son avantage et pour le mien. De son côté, elle auroit été bien aise que ma pension eût duré longtemps, et que nous eussions fait quelques petits cadeaux ensemble de l'argent de M. de Climal;c'étoit ainsi qu'elle s'en expliquoit en riant: car la bonne femme étoit gourmande et intéressée ; et moi, je n'étois ni l'un ni l'autre.
Quand nous eûmes dîné, mon habit et mon linge furent donnés aux ouvrières, et la Dutour leur recommanda beaucoup de diligence. Elle espéroit sans doute qu'en me voyant brave (c'étoit son terme), je serois tentée de laisser durer plus longtemps mon aventure a\ec M. de Climal ; et il est vrai que, du côté de la vanité , je menaçois déjà d'être furieusement femme ! Un ruban de bon goût, ou un habit galant, quand j'en rencontrois, m'arrêtoit tout court, je n'étois plus de sangfroid ; je m'en ressentois pour une heure, et je ne manquois pas de m'ajuster de tout cela en idée (comme je vous l'ai déjà dit de mon habit); enfin là-dessus je faisois toujours des châteaux en Espagne, en attendant mieux.
Mais malgré cela, depuis que j'étois sûre que