‹ La vie de marianeChapitre 74 sur 76 · TROISIEME PARTIE lyy · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE lyy

et si elle ne le regarde pas comme un fourbe et comme un hypocrite; demandez à son neveu s'il ne l'a pas surpris à genoux devant moi, tenant ma main qu'il baisoit, et que je ne pouvois pas retirer d'entre les siennes : ce qui a si fort scandalisé ce jeune homme qu'il me regarde, à cette heure, comme une fille perdue; et enfin, mon père, considérez la confusion où M. de Climal a été quand je suis entrée ici : est-ce que vous n'avez pas pris garde à sa mine ?

— Oui, me dit-il, oui, il a rougi : vous avez raison, et je n'y comprends rien; seroit-il possible? J'en reviens toujours à ce solliciteur de procès, c'est un terrible article; et son embarras, je ne l'aime point non plus. Qu'est-ce que c'est aussi que ce contrat? Il est bien pressé! Qu'est-ce que c'est que ces meubles, et que ces maîtres pour des fariboles? Avec qui veut-il que vous dansiez? Plaisante chanté, qui apprend aux gens à aller au bal! Un homme comme M. de Climal! Que Dieu nous soit en aide ! mais on ne sait qu'en dire : hélas! la pauvre humanité, à quoi est-elle sujette! Quelle misère que l'homme ! quelle misère! Ne songez plus à tout cela, ma fille; je crois que vous ne me trompez pas: non, vous n'êtes pas capable de tant de fausseté; mais n'en parlons plus; soyez discrète, la charité vous l'ordonne, entendez-vous? Ne révélez jamais cette étrange aventure à personne ; gardons-nous de réjouir le monde par ce scandale, il en triompheroit, et en prendroit droit La Vie de Marianne. I. 2 3

de se moquer des vrais serviteurs de Dieu. Tâchez même de croire que vous avez mal vu, mal entendu : ce sera une disposition d'esprit, une innocence de pensée qui sera agréable à Dieu , qui vous attirera sa bénédiction. Allez, ma chère enfant, retournez-vous-en, et ne vous affligez pas (ce qu'il me disoit à cause des pleurs que je réparidois de meilleur courage que je n'avoisfait encore, parce qu'il me plaignoitj. Continuez d'être sage, et la Providence aura soin de vous ; j'ai affaire, il faut que je vous quitte; mais dites-moi radres se de cette marchande où vous logez.

— Hélas! mon père, lui répondis-je après la lui avoir dite, je n'ai plus que le reste de cette, jouriiée-ci à y demeurer; la pension, qu'on lui, payoit pour moi finit demain, ainsi je suis obligéç de sortir de chez elle; elle s'y attend; je ne saurai plus après où me réfugier si vous m'abandonnez, mon père : je n'ai que vous, vous ête§ .ra^^ seule ressource.

— -Moi! chère enfant, hélas! Seigneur, quelle pitié! un pauvre religieux comme moi, je ne puis rien; mais Dieu peut tout : nous verrons, ma fille, nous verrons; j'y penserai. Dieu sait ma bonne volonté; il m'inspirera peut-être, tout dépend de lui; je le prierai de mon côté, priez-le du vôtre. Mademoiselle. Dites-]ui : « Mon Dieu, je n'es- « père qu'en vous. » N'y manquez pas; et moi, je serai dem.ain sans faute, à neuf heures du matin, chez vous; ne sortez pas avant ce temps-là. Ah

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