MARIVAUX ROMANCIER IX
Quelles excellentes natures ! Combien leur rciison est tendre ou leur tendresse raisonnable! Quel brave hon^me que ce M. Orgon, du Jeu de l'amour et DU hasard ! On n'en trouve de pareils que chez Sedaine. Et encore n'ont-ils pas aussi bon air. Nul ne diraitj comme M. Orgon à sa fille :
Eh bien ! abuse. Va, dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez.
Ce qui diminue peut-être le mérite des pères de Marivaux, c'est qu'ils ont des filles si charmantes que vraiment il n'y a pas de peine à les gâter.
Un personnage que Marivaux ne gâte point, en revanche, c'est celui des mères. Comme s'il avait eu à se plaindre de sa mère, dont il ne parle jamais, Marivaux ne flatte point les mères de son théâtre. Il les peint uniformément laides, vaines, impérieuses, avares, entichées de préjugés. Il ne pare pas du moindre rayon de coquetterie leurs maussades et acariâtres personnes. Il a de la peine à ne pas céder quand il s'agit d'elles, à la tentation de la caricature. On dirait qu'il se venge. Il leur laisse à toutes le même nom, le même caractère et presque la même figure. Sa M'^e Argante paraît tour à tour trois fois sur la scène de TÉcole des mères, des Fausses Confidences, de /'Épreuve, et jamais à son avantage; c'est décidément le personnage repoussoir du théâtre de Marivaux , celui qui est destiné à faire endêver et à faire valoir tous les autres.
Mais là où Marivaux excelle et triomphe, c'est