‹ La vie de MirabeauChapitre 15 sur 51 · CHAP. VII. — AD SERVICK DU ROI. ETC · texte numérisé non relu

CHAP. VII. — AD SERVICK DU ROI. ETC

t ntion : c'étaient les égards dus à l'Église, en dehors de Flaquelle il ne croyait pas qu'il y eût de salut. Or, préci- [ sèment au moment où Mercy se raettaiten relation avec Mirabeau, la question de la vente des biens du clergé soulevait dans rAssemblée des débats plus passionnés que n'en avaient oiTert jusque-là les journées les plus violentes. La droite cherchait à porter la discussion sur i tin autre terrain, en accueillant avec enthousiasme la r motion de ce bon chartreux dom Gerle, selon laquelle la religion catholique devait être proclamée pour toujours religion de la nation, et son culte reconnu seul comme orficiel. Dom fierle vit sur-le-champ qu'il avait été trop loin. Mais Virieu reprit la motion en son propre nom. Maury tînt tète à l'emportement de la mnjorilé, qui réclamait la clôture. Le frère de Mirabeau jura de quitter la vie sur l'heure plutôt que d'abandonner la motion tle Dom Gerle. Le marquis d'Kstourmel, député de la noblesse du Cambrésîs, rappela la promesse qu'a- Lvait faite Louis XIV, de ne tolérer à Cambrai que le culte J'catholique. Alors Mirabeau s'écria : « Puisqu'on se Iperraet des citations historiques, dans la matière qui filous occupe, je n'en ferai qu'une. — Rappellez-vous, l 'Messieurs, que d'ici, de cette même tribune où je parle, Ije vois la fenêtre du palais dans lequel des factieux, tiniasant des intérêts temporels au.x intérêts les plus B^acrés de la religion, firent partir de la main d'un roi des Français faible l'arquebuse fatale qui donna le signal des massacres de la Saint-Barthélémy. » De telles paroles ne pouvaient être agréables au succès-

Ïseur de Charles LK, car elles irritaient, en faisant appel à ces souvenirs, des plaies encore saignantes. Quelques jours plus tard, le 19 avril, l'orateur se laissa aller à une autre allusion, qui devait être assez pénible à Louis XVI. Le mandat de quelques-uns des députés se trouvait sur le point de cesser, car leurs Qu'électeurs ne les avaient nommés que pour un an. On

résolu!^, de passer outre, puisque les anciens Étal s'étaient IransFormés en une Assemblée Constituante qui avait juré de ne point se séparer avant d'avoir achevé la Constitution. La droite protesta par la bouche Je Maury, qui demanda ce qui avait pu faire de la représentation des bailliages une Convention nationale^ « Je répondrai, s'écria Mirabeau : nous le sommes deV venus le jour où nous avons trouvé la salle qui devait nous rassembler, fermée, hérissée, souilléede baïonnettes... le jour où, par un acte de démence vraiment sacrilège, le despotisme a voulu nous empêcher de rem» plir notre mission sacrée ». Et il termina au miliea^ d'un enthousiasme indescriptible en faisant appel mot de Cicéron : « Je jure que j'ai sauvé la République »J et en s'écriant que personne ne pouvait contester l'Assemblée le droit de répéter ce serment avec lui.

Si de telles paroles n'étaient pus propres à fai: admettre sans conteste le loyalisme de Mirabeau, 1< rapprochement entre cet orateur et la coup trouvait une autre difficulté dans la nature des rapports de chacune des deux parties avec le ministère. C'était toujours Necker qui était en question. Des deux côtés on se trouvait d'accord pour e.xécrer son nom. La reine n'avait jamais pardonné au rigide protestant d'avoir si souvent contrarié ses volontés. Le roi confirmait à Lî Marck qu'il doutait fort que Necker réussît jamais se créer un fort parti dans l'Assemblée. Neeker np' pouvait être en faveur à la cour au moment où il faisait courir le Livre Rouge qui étalait devant toute la l^rance la mise au pillage du trésor de l'État par les courtisans de haut et bas lignage. En ce qui concernait Mirabeau, son jugementsur Neeker se montrait d'autant plus impitoyable que le ministre se trouvait dans une situation plus embarrassée. Le 20 février il s'était plaint de la «dictature financière » d'un ministre, qui, tout en ne cessant d'exiger une confiance aveugle, s'abstenait de jamais

lis^l

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rprésenter tin état sérieux de Doit et Avoir. Il osa rappeler que Galigula avait fait un consul même de son cheval préFéré, et laissa à ses auditeurs le soin de trou-

tver le second terme de su comparaison. Le IS mars on ftvait assisté au spectacle singulier, d'une entente entre Maory et Mirabeau, ces deux antipodRs de jadis. Comme le premier demandait aven forne si les députés étaient disposés à se laisser encore longtemps mener comme des enfants mineurs par un minislpe sans volonté et sans franchise, le second lui prHa un vigoureux appui. Huit jours plus lard Minibeau profita d'une circonstance toute occasionnelle pour rappeler à ses collègues qu'ils ne devraient pas permettre, s'ils voulaient rester Idéles à l'esprit de la Constitution, que les ministres Hissent à couvert leur responsabilité derrière des mesfages royaux qu'ils n'auraient pas contresignés : a Sans bute, il est commode pour ceux qui se sont engagea !ans un labyrinthe de difficultés qu'on leur montre le l pour en sortir ; mais c'est à eux à nous le montrer, 'ils le connaissent. >• Mirabeau ne nommait personne, lis il visait évidemment Necker, dont le département itait alors enjeu.

Ce qui devait lui inspirer le plus profond mépris pour lecker, c'était la faiblesse que celui-ci montrait devant L pression qu'exerçait l'Assemblée pour faire convertir 400 millions d'assignats en véritable papier d'État yent cours forcé, Jusque-là la loi ne leur avait pas relonnu ce caractère. Mais les esprits se trouvaient vioamment portés à faire usage de cet universel moyen de alut que l'on pouvait se procurer avec si peu de peine. .'impatience croissante que l'on manifestait d'appor- ? sur le marché les biens du clergé, le désir ardent ;jie l'on avait de commencer par les cloîtres si déistes, l'entremise si commode des municipalités qui 'offraient comme premiers et uniques acquéreurs : tout

Stebn. Mirabsau, II. 1^

cela concourut ù hâter les décrets décisifs qui furenfl rendus les Ki et 17 avril 1790.

Avec un zèle indomptable Ctavière, depuis le mois de-l mai, luttait dans le Courrier de Provence pour la créa-tion de ce papier-monnaie si gros do malheurs. A l'égard des périls de l'avenir, Clavière était complètement aveuglé. Il ne doutait pas que ce nouveau mode de paiement ne dût " triompher avec éclat de l'ignorance J des préjugés, des mauvaises volontés». Mirabeau ne pen^ sait pas de même. Lui, qui était si vivement opposé air cours forcé des bons de la Caisse d'Ii^scompte, ne pouvait se prononcer en faveur du cours forcé des assignats. C'était là ce qu'il avait appelé dans son discours du i" octobre 1789 " un emprunt le sabre à la main », ou encore « une peste circulante ». Il avait alors demandé que, si l'on décrétait la création d'un papier d'État, ce papier fût couvert par une hypothèque disponible et pût être converti en espèces métalliques dans un délai fixé. Or il était fort douteux que les biens du clergé pussent remplir les conditions de la itremière de ces deux demandes. Quant à la seconde, il était certain que l'on ne pourrait y faire droit. Mirabeau dut donc se séparer sur ce point de son Mentor accoutumé en matières de finances. S'il n'alla pas jusqu'à entrer en lutte ouverte^ avec lui, du moins ne fit-tl dans ses lettres aucun secrc de son mécontentement. Il abandonna le Courrier c Provence. La feuille qu'il avait fondée passa de plus en plus sous l'influence de Clavière, qui avait depuis peu trouve un collaborateur dans la personne du jeune Jean Baptiste Say '.

• Mirabeau à IBauvîtljn, p. 511, juin 1790. « Il y a trois raoia qao je ne me mâle plus de co journal et qu'il a tourné ie dos à mes principes en linancee. Soit moDtrC aui assignats-moaaeie, etc., etc. i>. C'est à tort que Stourm II, 272, fail de Mirabeau, dès le printemps de 1790, un défenâenr des assignats. La preuve que les '• observations nécessaires » et autres articles relatire à la queFtioi' des asaignata, parus en mars et en avril dans le Courrier de Provencei

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i:ilAP. VII, — Ai; HERVrCE DU Rlll, ETC. 11'}

Necker, qui avait la charge des financesde l'État, au rait dû s'opposer autrement que par des critiques confidentiellesà la création de ce nouveau papier d'État jusqu'à concurrence de 400 millions. Convaincu comme il l'était des résultats funestes qu'aurait cette expérience téméraire, il eût été de son devoir d'abandonner son poste, du moment qu'il ne pouvait faire accepter à l'Assemblée les conseils d'extrême prudence qu'il lui donnait, mais en vain, dans ses mémoires volumineux et pleins de sentimentalité. Au lieu d'agir ainsi, il avait été de lui-même au-devant du courant, en proposant une émission de papier-monnaîe, qui d'ailleurs devait être singulièrement restreinte. Mais, dans le sentiment de son impuissance croissante, il avait en môme temps exprimé le désir qu'à l'avenir la représentation nationale partageât avec lui la responsabilité de l'administration si pénible des finances. 11 n'y avait pas encore six mois que le décret du 7 novembre 1789 avait rendu pour jamais impossible le plan qu'avait formé Mirabeau de jeter un pont entre le pouvoir e.'cécutif et l'Assemblée. Cet échec de Mirabeau avait été un succès pour Necker. Et maintenant c'était Necker qui demandait instamment la création d'une commission financière composée en grande partie de membres de l'Assamblée. La Constituante, au reste, ne se montra nullement disposée à céder aux conseils de Necker. Pour ce qui concernait la transformation des assignats elle passa

doivent Ëlro attribués à CUvière, ee trouve (Ibdb un paii^ago du n° CXXIX, où son Dom est prononcé. C'est ainsi eneore que le Counier de Provence, n" CXCIll célébra Claviêre comme le* crûaleur des aGsignats ". Une page de Clavière " Secomle suite des observations nécesaairea sur le méoioire do M. .Necker ■> [Courrier, tome VII, 321), oii il est (établi une comparaison des assignats et desliillels de la Caisse d'Escompte (ouïe à l'avantage des premiers, parait immédiatement dirigée contre Mirabeau. Suy est désigné & la tlo de fé- 1790 I. directeur du bureau du Comricr de Provence n" 1» rue de riîclielle ».

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outre à ses exhorlations do procéder avec lenteur et prudence. Quant à prendre sur elle une partie de la responsabilité, elle ne s'y montra prête en aucune manière. Et Necker resta, bien qu'à plusieurs reprises déjà il eût parlé de ralîaiblissement de sa santé ; il resta, pour couvrir de son nom toute une nouvelle situation financière qui lui écliappait en réalité des mains et que dam le fond de son cœur il maudissait.

On aurait di\ penser qu'en cet état des choses, Mirabeau se serait disposé à couronner enfin victorieusi ment la lutte tant ouverte que aecrète qu'il avait en-^ gagée contre le ministère de Necker. Enfin donc la place aurait été libre pour la formation d'un nouveau gouvernement sur lequel tout au moins il aurait pu exercer son influence, puisque le décret du 7 novembre 178!.) lui interdisait d'en faire partie. Mais le couple royal ne voulait pas pour l'instant risquer encore une fois le renvoi de Necker. Le souvenir de la prise de li Bastille était alors trop frais. D'autre part Louis XVll pouvait encore moins penser à mettre Necker ou l'u; de ses collègues dans le secret des négociations gés avec Mirabeau. La Marck vit aussitôt, combien li position de son ami allait être fausse. Mais le désîi qu'avait manifesté le roi. de ne laisser soupçono' aucun membre du rainislère les pourparlers qui avaient lieu, était pour lui un ordre.

Si l'on veut comprendre les raisons qui empècbaieDt; de jeter Necker par.dessus bord, il faut mettre en ligne" de compte la personnalité de Lafayette. Le commi dant de la garde nationale, par ce qu'il était et par ce qu'il paraissait être, restait toujours la personnalité la plus influente du moment. Aussi longtemps qu'il soutiendrait Necker et que celui-ci s'accrocherait à soa poste, il ne pouvait être question d'un changement. Or'i l'union de Necker avec Lafayette était plus solide qufli jamais depuis le mois de février. Le général si adulé trou-

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(.H\r. VM. — Vf ■ii;svii:E m: luii, r.rc. 181

vail son compte à laisser porlerà Neoker le fardeau des afTaÎPes. tandis que luî-mdme se Lenait aii second plan, donnait au rni de bons conseils, et Taisait sentir ses volontés tant dans les affaires extérieures que dans les alTaires intérieures. Mirabeau reconnaissait qu'il devait tout faire pour s'entendre avec Lafayotte. La chose, îl est vrai, présentait des difficultés considérables, Depuis le procès de Favras les relations entre le général et l'orateur s'étaient encore refroidies. Le jour du supplice de Favras, Lafayetle écrivait à l'un de ses arais : ■' On m'a proposé de menlendre avec M. de Mirabeau. J'ai dit : Je ne l'aime, ni ne l'estime, ni ne le crains. Je ne vois pas pourquoi je chercherais à ni'entendre avec lui. » Mirabeau ne pouvait ignorer ces dispositions. Il se risqua pourtant à faire une tentative de Tapprocliement. Ce qui l'encouragea, ce fut de voir que Barnave, Duport et Laraeth, auxquels il gardait fortement rancune, s'éloignaient de Lafayette.

Mirabeau n'avait pas encore conclu le marché avec les Tuileries, lorsque, le2H avril, il étonna le général par une lettre telle qu'un autre que lui n'aurait pu aisément l'écrire. Les flatteries et les élans de franchise, les propositions de sacrifice au bien public et l'aveu sans détour de sa propre indigence s'y trouvaient raclés d'une façon tellement extraordinaire qu'il fallait, certes, une grande force de résistance pour ne pas se laisser séduire par le charme tout puissant qui se dégageait de cet ensemble. Mirabeau confessait hautement que Lafayette, par son passé, avait acquis tous les droits à être le premier citoyen de son pays, que la partie la plus saine de la nation voyait là son salut, et qu'il n'y avait aucun danger à ce qu'une telle puissance se trouvAt entre les mains de l'ami de Washington. Mais avec « l'impatience du talent, de la force etdu courage, avec le désir de réveiller sa portion de gloire, » il se « trouvait lui-même trop engagé dans le combat pour rester

neutre. » Pourquoi tous deux ne s'uniraienl-ils pas, puisqu'ils se rendaient compte également des progrès de lunarehie, puisqu'ils avHÎent chacun des ressources difTérentes et de nombreux amis politiques ? Pourquoi ne '( fourniraient-ils pas un seul point de ralliement au milieu des divisions, pour réunir les opinions par les hommes, puisqu'on ne pouvait réunir les hommes par les opinions ? » Pour sa part, Mirabeau s'y montrait tout disposé. Il promettait de ne jamais se séparer de Larayette, si celui-ci mettait une fois la main dans la sienne. Ce qu'il demandait tout d'abord à Lafayette, e'ctait de le couvrir contre la calomnie, de le débarrasser des chaînes qui entravaient sa vie privée et qu'il traînait après lui jusque dans la vie publique. Mirabeau demandait là, tout crûment, le paiement de ses dettes. h'À il ajoutait, en outre, que cette ambassade de Constantinople, que six mois auparavant il avait rejetée si loin, maintenant il l'accepterait volontiers. « L'horizon politique de l'tCurope est entièrement changé... Je découvre en cet instant à Conslantinople le levier d'une influence entièrement inconnue... Là se trouvent peutêtre les seuls moyens de hâter, pour la France, le retour de sa considération politique, sans presque aucun emploi de ses forces. »

Si l'on rélléchit au rùle que tout récemment la Turquie Jouait dans les combmaisoQs^des hommes d'État eurupéens, grâce à la tension des rapports entre la Prusse et la cour impériale, on ne peut nier qu'il n'y eût un grand fonds de vérilé dans les paroles de Mirabeau. Mais exprimaient-elles loyalement sa pensée î Mirabeau n'avait pas voulu se laisser » exiler» à une époque où il espéi'ait encore devenir ministre. Sans doute il n'était plus question de cela pour lui, mais en ce moment môme, il pouvait concevoir le jour où, derrière des ministres qui seraient de simples comparses, lui-même aurait le rùla elTectif de conseiller de la cou-

ClFAl'. Mt. AH SEnV[CE DU HOI, tTC. 183

ronne. Et d'ailleurs, avait-il, depuis le décret du 7 novembre 1789, le droit d'opter aiosi entre deux postes ? La carrière diplomelique ne lui était-elle pas, à lui, député, non moins Fermée que la carrière mitiistérielle ? N'eût-il pas dû, en acceptant secrètement tout au plus le salaire d'ambassadeur, considérer celte nomination comme une simple lettre de change tirée sur un avenir lointain ?

Ces seules considérations auraient suffi pour que Lafayette restât déûnnt à l'égard de son correspondant. Tout en sortant do la réserve hoslile où il se tenait envers Mirabeau, il se garda de faire cause commune avec lui. Cependant, dans les occasions importantes, il y eut des pourparlers entre ces deux hommes. Mirabeau tenta d'établir une communauté d'action dans l'Assemblée. Les messages se succédaient de l'un à l'autre. C'était Pellenc qui, parmi les collaborateurs de Mirabeau, recevait la confidence de ses pensées. Mais toutt s ces négociations manquèrent de sincérité, et Mirabeau put, à bon droit, se plaindre que Lafayette le traitât constamment de haut, sans se croire suffisamment lié par leurs conventions '.

Il y en eut un exemple dans la première moitié de mai. 11 s'agissait encore de Marseille, où les matières inflammables s'accumulaient de plus en plus. A peine les troupes qu'on y avait appelées par mesure extraordinaire, à la suite des troubles de 17S9, eurent-elles quitté la ville, gouvernée par une nouvelle nunicipalité, que le peuple et la garde nationale s'em larèrent des forts et massacrèrent un ofliciersupérieur, le 2 mai. Le gouvernement prit des mesures de conservation et demanda à l'Assemblée l'autorisation de cûn-

< Cr. lea lettres de Mirabeau k LaTuyiilte des (3 mai et l" juin 171X), dans Racouht, et au^&i uoe lettre de Pellenc fi Larayetle (21 mai 1790). daaa les mémoires de re dernit-r (II, 450j. Cf. encore Guibal, II, 233-275.

m UK Tie DE MIRABEAU

fier le commandement rie la cité soulevée à l'un de ses membres, le comte de Grillon. Mirabeau se regardait comme le protecteur naturel de Marseille. La municipalité venait de demander son intercession. D'ailleurs, il était bien sûr que les incidents de Marseille n'étaient que le symptôme de beaucoup d'autres. A Grenoble, à Nîmes, à Montauban, il se passait des faits tout semblables. Mirabeau pensa qu'il était absolument nécessaire d'éviter tout ce qui pouvait contribuera surexciter les esprits. Mais c'était, au contraire, à cette surexcitation que Ton devait, selon toute vraisemblance, aboutir en faisant comparaître devant l'Assemblée des membres de la municipalité, qui auraient eu là le rôle d'accusés. Prévoyant avec justesse qu'une pareille proposition serait faite, Mirabeau s'était entendu avec I^fayelte pour ne pas la soutenir. 11 pensait sauvegarder à la fois l'intérêt du pouvoir exécutif, celui de la ville et le sien propre, en faisant voter les mesures que proposait le roi et en laissant l'examen du reste au Comité des Rapports. Pourtant, lorsque Larochefoucauld demanda que deux membres de la municipalité marseillaise soient appelés à la barre de l'Assemblée, ce fut Mirabeau qui, seul, se leva pour défendre les magistrats de la cité.

lîion plus : il se vit contraint d'en venir à sa propre juslilicalion. 11 avait inconsidérément mis sur le tapis la journée du 5 octobre 1789 et demandé « pourquoi le 5 octobre ne serait-il pas coupable, et le 1" mai serait-il coupable à Marseille ? » Aussitôt s'étaient réveillés une fois de plus les soupçons qui le faisaient considérer comme le principal instrument de cette soi-disant conspiration orléaniste. Dans la presse cette calomnie s'était souvent reproduite, et tout récemment encore dans une Contrefaçon des Lettres à ses commettants \ Maintenant,

' L'tlrea aux commettants du comte de Mirabeau^ p. 80, Bibi- de la

cM.w. Vil. — AU neuvic.k iiu mu, kti;. ISo

elle opail s'cfalerà la tribune de l'Assemblée. Le propre frère de Mirabeau parlait des o lurfaits d'une exécrable nuit 11 et de l'instruotion qu'avait ouverte à ce sujet la cour deju3tice du Cliàtelet. Plus d'un murmurait qu'il fallait ehereher la main de Mirabeau dans les troubles de Marseille. Kxaspéré, Mirabeau lui-même demanda que l'on apporfi'it la preuve de tous ses crimes devant le Ck}mité des Rapports, et rappela ee qu'il avait dûjà fait pour la tranquillité de Marseille. Dans cette escarmouche encore Lafayette s'abstint d'intervenir, de même que, précédemment, il avait laissé échapper des paroles de blâme à l'égard des municipalités coupables, risquant ainsi d'atteindre et Marseille et Mirabeau.

Le jour suivant, Mirabeau demanda par lettre des explications au général. Il laissait de cùlé toute question de suseeptibililé personnelle, mais se plaignait d'autant plus amèrement des atteintes que Lafayette portait à leur entente politique : « Je ne vous écris que pour ne pas nous laisser plus longtemps ignorer à nousmêmes que nous n'avons aucun ressentîmentpersonnel l'un contre l'autre». Lorsqu'il envoyait ces nouvelles assurances à Lafayette, il s'était déjà entendu derrière son dos, et sans son inlermédiaire, avec la cour.

Sur ces entrefaites, en effet, Mirabeau avait rédigé, pour -satisfaire au désir du roi, une profession de Toi politique où il avait condensé les principales de ses idées. Il se déclarait nettement royaliste convaineu, exprimait les inquiétudes que lui causait l'anarchie croissante, mais aussi la conviction où il était qu'une contrerévolution serait dangereuse et criminelle. Il promettait de consacrer toutes ses forces à « rélablir l'autorité légitime du roi p et à « metlre fi sa place dans la Constitution le pouvoir exécutif, dont la plénitude devait être sans restriction et sans partage dans la main du roi. »

Ville de Paris, 8213, p. iâ, il y est dit que Mirabeau, dej^uis sis moie, était nccuBë lirs plus grands criaics.

18!; l..\ V;F, nB ÏIIRAKEAt

Pour arriver à ce résultat, il mettait en avant de moyens. Toul d'abord, il voulait s'engager à oïïric au roi ses avis sur la situation politique et ses conseils sur la conduite à tenir. Puis il voulait exercer une action sur l'opinion publique, « conquérir à la raison les citoyens sages, » et, pour atteindre ce but, constituer dans ctioque département un bureau secret de correspondance. Il demandait pour cela deux mots de temps. 11 désirait que l'on ne jupeàt aucun de ses écrits, aucun de ses discours en lui-même, mais qu'on les prît en bloc. " Je promets au roi e, concluait-il. o loyauté, zèle, activité, énergie, et un courage dont peut-être on est loin d'avoir une idée. Je lui promets lout, enfin, hors le succès, qui ne dépend jamais d'un seul, et qu'une présomption très téméraire et très coupable pourrait garantir dans la terrible maladie qui mine l'État et menace son chef. Ce serait un homme bien étrange, que celui qui serait indifférent ou infidèle à la gloire de sauver l'un et l'autre, et je ne suis pas cet homme-là, »

Daté du 10 mai, le mémoire de Mirabeau fut immédiatement transmis par La Marck au comte Mercy, qui le remit lui-même entre les mains du roi. Louis XVI, no m me M a rie- Antoinette, manifestèrentleur satisfaction. Il ne s'agissait plus, pour mener à terme la négociation, que de s'entendre sur le salaire de Mirabeau. La chose fut réglée dans le courant de mai. Mirabeau remit à La Marck une liste de ses dettes, qui, d'après son estimation, se montaient à quelques 200.000 livres. Le roi s'engagea à satisfaire ses cféanciers et à lui compter par mois 6.000 livres do pension. En outre, La Marck reçut en dépôt quatre billets, chacun de 250.000 livres, qui devaient être payés après Tachèveraent des travaux delà Constituante, si Mirabeau restait iidèle à ses engagements. Il fut stipulé pour de Comps, qui était chargé de transcrire les notes destinées à la cour, 300 livres par mois : on jugeait nécessaire d'acheter son silence.

CHAI'. VU. — W KEHVICB l»L Klll, bTC.

U était difficile de se montrer plus libéral. Six mois auparavant, Mirabeau avait déclaré qu'il ne saurait accepter de subsides considérables sans une ciiarge qui les justifiât. Il n'en était plus maintenant à de pareils scrupules. La Marck ne vit pas sans étonnement les transports de joie de son ami. lorsque celui-ci apprit quelles étaient les ressources pécuniaires qui se trouvaient mises à sa disposition, pour le présent et pour l'avenir. Lui, dont l'ambition, jadis, avait été de devenir min tre dirigeant, se trouvait réduit au rôle d'écrivain gagea et d'agent secret. D'ailleurs, ce qui est inconteS' table, c'est qu'il ne devenait pas apostat pour cela comme tant de petits esprits le sont devenus dans tous les temps. Son intérêt s'accordait avec ses convictions. De même qu'autrefois il s'était défendu contre le re proche d'avoir sacrifié ses opinions aux arguments sonnants de Galonné, de même il avait le droit, maintenant encore, de dire : « On peut m'acheter, mais je ne me vends pas. »

Toutefois, la llètrissurede la vénalité s'attacha à son nom. H ne fut plus considéré comme un homme libre, même par celui qui le payait. On avait si peu de confiance en lui qu'on ne lui remettait même pas les sommes destinées à désintéresser ses créanciers. L'archevêque de Toulouse, M, de Fontanges, était son caissier, ce qui, certes, pouvait présenterdes inconvénients pour la conservation du secret.

Il y avait deux jours que le pacte était conclu entre es représentants de la monarchie et le plus grand orateur de la Révolution, lorsque s'offrit Toc-casion la plus favorable pour permettre à Mirabeau de prouver par des actes la sincérité de ses déclarations. Depuis quelque temps les rapports étaient tendus entre l'Espagne et l'Angleterre, pour un différend relatif à un territoire contesté sur la côte de Californie, dans la baie de Nootka. Une attaque des Espagnols contre les établis-

1RS i.A, viK r.E mibahkau

sements ans'tiis siipexciLn les esprits des deux côtés,

Moiitmorin, qui conservait en fait de politique ctrangère, rafllgré la retenue que lui imposaient les circonstances, les anciennes traditions de la France, pensait] que l'on devait intervenir. 11 répondaitaux protestation si pacifiques du gouvernement anglais, mais en mèmel temps il prenait des mesures pour armer quatorze vai3-l seaux de ligne- Sa défiance à l'égard des intentions dea l'ennemi héréditaire se rencontrait avec son désir de se I trouver prêt, au cas très vraisemblable où l'Espagne-i lui rappellerait les stipulations du pacte de ramille.r Mais lo ministre espérait en outre, qu'en cette occasion! le patriotisme ferait taire les partis et les réunirait tousJ autour du trône. « It nous importe de montrer à l'Europe que l'établissement de notre Constitution esta loin d'apporter aucun obstacle au développement dei nos forces», ainsi, s'exprimait-il dans une lettre adres-J sée le If mai nu président de l'Assemblée.

Montmorin fut toutefois vite détrompé. Au lieu de vor J ter par acclamation les mesures proposées, l'Assemblée» décida de les soumettre le lendemain à un examen | approfondi. Cet examen fut l'occasion de longs et violents débats, qui se développèrent bien loin du cadrepri- I mitif. Alexandre Lnmeth souleva la question de prin-f cipe de savoir si la nation souveraine devait remettre a monarque le droit de décider sur la poix et la guerre: II' demanda que cette question constitutionnelle fût réglée avant que l'on discutât aucune des propositions gouvernementales. On pourrait entraîner la nation au delà des bornes que notre prudence doit prescrire... C'est ici ■ la cause des rois contre les peuples, n Barnave, Robes- 1 pierre, Hewbell, d'Aiguillon, leprince de Broglie, le ba-J ron Menou parlèrentaussifôt dans ce sens. La détianoa'l à l'égard des loyales intentions du ministère parut a fonder sur ce fait que la France était toujours représen-l lée par ce duc de La Vauguyoti qui avait dû se chargerl

AU SERViciî nu n(H, etc.

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■ des aiïaires «tningères un peu avant la rliute de la Bns-

i tille, et qu'après l'elTondrement du gouvernemenl., la

j municipalité havraise avait cru devoir arrêter. Mirabeau s'étiiit employé pour la mise en liberté du duc, .ans lui tenir rancune du rùle qu'il avait joué, comîne ambassadeur à La Haye, au moment de son extradition

\ en compagnie de Sophie. Mais la déliance universelle à l'égard de La Vauguyon s'était encore accrue depuis lors.

N'y avait-il point là le point de départ d'intrigues qui visaient à détruire par le moyen d'une guerre tout le

, travail de la Conslitation, et à réduire à néant les fruits de ta Révolution? N'avait-on pas dans l'Iiisloire toute récente de l'Angleterre un exemple instructif de la ma-

1 nière dont une nation, en dépit des remontrances de l'opposition, pouvait être insensiblement conduite à une

I guerre longue et désastreuse contre ses colonies? de telles questions se posaient à beaucoup d'esprits. Celui qui osait soutenir qu'on devait autoriser le pouvoir exécutif à prendre des mesures provisoires, et que la question de la guerre se présentait d'une toute autre façon, avait à défendre une position difficile. Mirabeau luimême, qui parla dans oe sens, en fit l'expérience. 11 comprit qu'un ajournement serait plutùl nuisible à la cause qu'il servait La régularité de la procédure aurait voulu que l'on demandât un rapport au Comité de Gons-

■ titution. Il indiqua d'abord cette marche à suivre, mais il s'aperçut bien vite qu'elle paraissait trop lonfiue à la majorité. Lui-même proposa dono que sans plus tarder on mît la question constitutionnelle à l'ordre du jour de la prochaine séance, mais qu'en même temps l'on reraer-

Iciât le roi d'avoir pria des mesures pour la conservation de la paix. Ainsi conçue, sa motion fut adoptée. Ce fut donc le 16 mai que la bataille décisive dut s'engager. Il était à prévoir que la lutte serait chaude. Aux Jacobins, où Lameth et Barnave régnaient en maîtres, on

190 LA vu: l)K Mirt.UlICll'

tenait pour ennemi de la liberté quiconque, sur ce point encore, n'était pas résolu à afTaiblir le plus possible la royauté. Combien il était allé(^hant de dresser une longue liste des guerres de pillage et de eonquO'ie qu'avaient faites les tètes couronnées ! combien d'exemples rtiisloire de France elle-même n'en fournissait-elle pas! combien n'était-il pas enivrant pour Tidéalisme du temps de proclamer à face du monde qu'avec le despotisme avait pris fin celte politique de pillage et de conquête ! Et la conclusion immédiate se trouvait être que le seul moyen d'empêcher qu'on n'usât mal du droit de paix et de guerre consistait à remettre ce droit à la seule représentation nationale. Toutes ces cordes furent touchées, et les discours prononcés trouvèrent un écho puissant dans le cœur de ces masses si facilement inllaramaMes.

Mirabeau, qui était sur le point de se laisser enchai' nor par des chaînes d'or à l'autorité monarchique, m pouvait laisser le champ libre à ses adversaires. Sans doute il ne voulait pas, comme Maury et Cazalès, remettre au roi le droit exclusif de paix et de guerre, mais il voulait lui en assurer une grosse part. 11 était encore là cooséqoent svee la coneeption ^ânfiralft ^u'il avait du rôle destiné au gouvernement royal dans la' nouvelle France. Il ne partageait iiueunement les illusions de ces théoriciens à courtes vues qui soutenaient qu'une assemblée nombreuse se laisserait moins facilement entraîner à la guerre qu'un ministre ambitieux ou qu'un prince autocrate. Tout au contrair'', il connaissait trop bien ses concitoyens pour ignorer quelle action le bruit des trompettes pouvait avoir sur leurs nerfs. Comprenant il'ailleurs qu'une longue période de guerres aboutirait au despotisme militaire, il ne voulait pas laisser le champ absolument libre à l'inlluence contagieuse de harangues parlementaires enflammées. Il y avait donc lieu de fixer législativement quelles aeraienf

AU SERVICE ItC mil

les conditions dans lesqutîHes s'exercerait la double initialive du gouvernement et de l'Assemblée. La lâche était des plus délicates. Au reste la solution que proposait Mirabeau ne paraissait pas avoir chanfie d'être adoptée, s'il ne réussissait à s'assurer de puissants alliés dont la conduite oserait braver les clameurs menaçantes des meneurs jacobins.

Cette fois encore il était très important de savoir le parti qu'embrasseraient Lafayette et ses amis. Lafayelte ne reculait aucunement, comme Mirabeau, devant l'idée d'une série de guerres. Ces guerres pouvaient être des plus utiles à la propagande révolutionnaire dont il s'occupait sans relâche. Ses vues se portaient surtout sur la Hollande et la Belgique. Là aussi l'actif Sémonville avait tout récemment travaillé pour lui. Bien que le caractère de cette révolution belge, où la noblesse et le clergé avaient le principal rôle, lui fût peu sympathique, it avait proposé de venir en aide à la Belgique par une démonstration militaire sur ses frontières, L'Angleterre qu'il haïssait depuis son séjour en Amérique, ne pourrait manquerd'ètre|émuebien plus encore qu'elle ne l'avait été par les événements de Californie. .Toutes ces considérations s'accordèrent pour ranger Lafayette aux côtés du gouvernement, lorsque Montmorin donna connaissance de ses armements. Mais ce qui l'empêchait encore hien davantage de soutenir Lameth, Barnave et Duport , c'était rhostilité déclarée dont ceux-ci depuis quelque temps le poursuivaient. Sans doute leurs principes n'étaient pas fort éloignés des siens. Mais ils étaient jaloux de son autorité, parce qu'eux-mêmes aspiraient à celte autorité. Ils cherchaient à ébranler la fidélité de la garde nationale ' et faisaient dans l'Assemblée de l'opposition à tout prix. Pour battre en brèche leur influence, Lafayette et

LLafiyettë, 11,371.

Bailly avaient l'ondé un nouveau nliib, qui -s'inlitulail Sociélé palriolique de 17^9. Ce club renferma les éléments modérés des Jacobins, et, d'après une liste, à vri dire non oflicielie, do ses membres, les triumvirs eu: mêmes jugèrent politique de s'y faire inscrire'. La mi nicipalile de Paris, l'état-major de la garde nalionali des écrivains, des finoncieps,ot mi)mo un des ministn le comte de Montmorin, s'aTlilièrent à la société. Sieyè^ Condorcet, Talleyrand, Gliapelier, Dupont, le duc La Itocliefoueauld étaient au nombre de ses Fondaleu Parmi tant de membres en relation avec Mirabeau manquaient ni La Marck, ni Chamfort, ni Clavière, Du Hoveray. Lui-mi'me fit partie avec joie, sans pQQl cela renoncer aux Jacobins, d'une société qui promej tait d'être si utile au but qu'il se proposait.

Le 13 mai, la veille du jour oii Montmorin adressa son message à l'Assemblée le club (le 1789 avait célébré sa constitution définitive par un banquet qui avait lieu dans une salle splendide du Palais-Hoyai. La foule qui stationnait au dehors, peut-être ameutée par des agents jacobins,.maniresta son mécontentement pardescriset des sifflets. Ce fut seulement lorsque Sieyès, Lafayette, Bailly et Mirabeau se montrèrent aux fenêtres pour saluer le peuple avec leurs serviettes, qu'éclatèrent cris de joie et des applaudissements.

liin l'état ou étaient les choses. Mirabeau croyait pou' voir compter sur Lafayette et sur le nouveau cluJ Dans une entrevue qu'il eut avec Lameth et ses amis leur déclara que la majorité ne les suivrait pas. 11 laiss quelques jours durant les orateurs de l'extrême droite de l'extrême gauche épuiser leurs munitions. Puis, le 20 mai, il intervint dans la discussion avec un discours

les

I J'emprunte cela à une brochure intitulée Discours prononcé M. i comité de la Propagande par Itl. Duporl le 31 mai. Paria, 1790, p. 27. j V. la aussi, p. \.l-il, une liste des memhroB, Cf. Zinkeisbn, Ùer Jake-^ tinerlilub, I, 301 si-m.

CUAI'. VII. AU SEItVlCE DU ROi, ETC. 1113

qui mit en pleine lumière la supériopité de l'orateur sur les Lhéoricieas de l'un et de l'autre côté '. Kt cette supériorité éclata non pas seulement lorsqu'il montra que É était un non-sens, dans une monarohie constitutionîlle, de vouloir établir, sur ce point comme sur tout itre, une scission complète entre le pouvoir exécutif Bi,le législatif; elle éclata plus clairement encore lorsqu'il mit en garde, avec un sens proptiétique, contre les séduisantes utopies auxquelles se complaisait l'imagination des triumvirs et de leurs amis. Ses regards perçaient le voile qui couvrait l'avenir ; on eût dit qu'il prévoyait le choc qui allait se produire entre la Révolution et la vieille Europe, lorsqu'il s'écriait : " Sera-t-on mieux assuré de n'avoir que des guerres justes, équitables, si l'on délègue exclusivement à une assemblée de 700 perlonnes l'exercice du droit de faire la guerre ? Avez-vous fepévu jusqu'où les mouvements passionnés, jusqu'où texaltation du courage et d'une fausse dignité pour- K$ient porter et justifier l'imprudence?... Pendant qu'un Wes membres proposera de délibérer, on demandera la guerre à grands cris, vous verrez autour de vous une armée de citoyens. Vous ne serez pas trompés par des ministres; ne le serez-vous jamais par vous-mêmes? » On eût dit que la figure du vainqueur d'Aroole se dressait à ses yeux, lorsqu'il disait : a N'a-t-on rien à craindre d'un roi qui, couvrant los complots du despoiisme, sous l'apparence d'une guerre nécessaire, ren- •erait dans le royaume avec une armée victorieuse, ïlon pour reprendre son poste de roi-citoyen, mais pour reconquérir celui des tyrans'.' Mais je vous demande si feetle objection n'est pas commune à tous les systèmes,

' Les Arch. pari. XV. 618-624 reproduisent sans acrupules le discours de Mirabeau, dans la forme où colui-oî le lit parvenir aux admiaigtrations départeoienlales. Mais le te.vle authentûjue se trouve dans le Moniteur, ainsi qu'en fait Foi une lettre d'un rédacteur de celle feuille à Tiiéolore Lamath. V. Af.. Lïmeth, flisinire -7^ iM«C')ibiée coustituantf. 11, 47fi, et plus bas paga 2"2. Stern, Mirabemt, 11. ïà

l'Ji

si nous n'aarons jamais à armer une grande force pi blique, parce que ce sera au corps législatif à exercer exclusivement le droit de faire la guerre? Je vous demande si, par une telle objection, vous ne transportez pas précédemment aux monarchies l'inconvénient des républiques ; car c'est surtout dans les États populaires que de tels succès sont à craindre... ("est pour Carthage, c'est pour Rome que des citoyens, tels qu'Annibai et César étaient dangereux ». En admettant même, comme on l'a affirmé, que Pellenc ait pris une part considérable à la composition du discours ', il est difficile à quiconque connaît les idées de Mirabeau de ne pas lui reconnaître la propriété de ces lignes,

L'orateur conclut par un projet de décret en douze ticles, dont le premier reconnaissait en principe « i nation » le droit de décidersur lu paix et la guerre. dant que tous les suivants exposaient en détail la façoi dont ce droit serait exercé conjointement par le pouvoii exécutif et le législatif. A l'exécutif revenait le soin d'assurer la sécurité de l'État, d'engager des négociations diplomatiques, de faire les armements urgentsj de diriger les opérations militaires après l'ouvertui des hostilités, de signer les traités de paix, d'alUam et de commerce. La part du pouvoir législatif consistait' àpouvoirs'opposerà une politique de guerres en mettant les ministres en accusation, en repoussant les crédits demandés, en refusant de ratifier les mesures prises par le gouvernement; il pouvait à tout moment des hostilités demander l'ouverture de négociations pour la paix, il convoquait les gardes nationales au cas où Iç; roi lui-même se mettait à la tête des troupes, il rétablii sail sur pied de paix les forces armées dès que les hoe

' Desmouliss, RéKolud'on» de France ei de Brabanl, N" SS-MontlosiU II, 63, Peut-ôlie Reybaz y avait-il aussi collaboré, V, dans Plak, colliborauur de Mirat'cau, p. 54, le billet dans lequel Mirabeau e:

r.HAP. vil. AL' SERVICE DU ROI, lîTC. 19-"

trouvaient arrêtées, il devait ratiDer tous les 'traités conclus par le roi. Knfin le décret disait que la

.ation française renonçait à toute conquête et n'entre-

rendrait jamais rien contre la liberté d'un autre peu-

Je.

En mettant ce projet sous la loupe d'une critique sé- :re, il était impossible de ne pas reconnaîtee qu'il laissait sans solution le point principal. 11 n'y était dit nulle part en termes clairs qui devait prononcer la déclaralion de guerre. Cette lacune n'était pas involontaire. Elle était favorable au gouvernement. C'était !e gouvernement qui tenait entre les mains tous les fils des rapports diplomatiques. 11 pouvait beaucoup mieux juger de la fniblesse ou de la force des puissances étrangères qu'un Parlement ; par suite il lui était beaucoup plus Facile de régler sa propre conduite, de préparer une fisction militaire, d'amener les choses à une rupture,

'il n'était pas dans l'obligHtion de demander aux représentants de la nation un vote formel sur la question delà paix et de la guerre. Lameth et ses amis, au-xquels Mirabeau, pour les sonder, avait communiqué son projet de décret, virent de suite quel en était le point faible. Dès le 20 mai, au matin, Barnave signala ce côté vulnérable aux Jacobins. Mirabeau, qui se trouvait aussi au club, défendit ses propositions et conclut en disant : a Eh bien ! c'est sur ce terrain que nous nous battrons demain n.

Et le 21 mai ce fut en effet Barnave qui attaqua Mirabeau à la tribune de TAssemblée. Les Jacobins n'avaient pu trouver de meilleur champion que ce maître de l'improvisation dont Mirabeau lui-même reconnaissait loyalement la valeur. « C'est un jeune arbre, avait-il un jour dit de lui, qui deviendra un mât de vaisseau. » Barnave s'acquitta brillamment de sa tâche. Sa critique du projet de Mirabeau se résuma dansée mot, qu'on allait ainsi à « l'anarchie constitutionnelle ». 11 ne lui

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fut pas difficile de montrer comment Mirabeau Inissait do côté la question capitale, et par cela même favorisait le pouvoir exécutif. Mirabeau laissait à celui-ci le champ trop libre pour transformer en guerre ouverte de petites hostilités, si telle ctaif son inclination, a Ce serait, s'écria Barnave, le premier capitaine de vaisseau, le premier marchand, le premier officier qui, en attaquant un individu ou en résistant à son attaque, s'emparerait! du droit de déclarer la guerre ». Il ne niait pas que de] tels incidents ne pussent donner matière à des complications militaires, mais il demandait qu'un acte natio-1 nal intervînt pour manifester clairement la volonté que l'on avait d'entrer en guerre et pour revendiquer hautement la responsabilité d'une telle décision. Le Corps législatif exercerait ainsi exclusivement le droit de d^ clarer la guerre et la paix ; au roi, déposilniro suprême du pouvoir exécutif, oppartiendrait ensuite le droit de faire au Corps législatif, surla paix et la guerre, lespropositions qui lui paraîtraient convenables. Barnave ne, stipulait pas si ces propositions seraient simplement facultatives, ou bien si elles seraient de rigueur. Il ne disait pas non plus si le décret de l'Assemblée aurait besoin de la sanction royale. Le gouvernement avait, uniquement pour lui le devoir de se conformer aux " volontés générales ». « L'anarchie constitutionnelle i était certes de cette façon supprimée ; ce qui l'était aussi, c'était la » royauté constitutionnelle ».

Mirabeau discerna sur le champ le càté faible du projet de Barnave. De suite il écrivit, avec l'aide de Frooliot, quelques notes dont on connaît le texte. « 11 peut parler, maintenant je le tiens », dit-il à cet ami, et, quittant la salle des séances pour respirer un peu d'air frais dans le jardin des Tuileries, il conversa en toute tranquillité avec M"" de Staël ; il rentra dans la salle juste à temps pour entendre les bruyants applaudissements qui accueillaient la péroraison de Bar-

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