L.V VIE DE StlRABEAi
mais journellement, mais oslensiblemenl, mais dans toutes les affaires".
Ud projet de lettre, en ce sens, de Louis XVI à Lafayette, daté de neuf jours plus tard, a été découvert dans « l'armoire de fer n après la prise des Tuileries ; mais cette lettre ne futjamais envoyée '. Kn réalité Mirabeau n'avait jamais exigé du roi un pareil acte de force. Il est très caractéristique de voir comment, dans ce dernier mémoire, Mirabeau met le roi complètement de côté, pour parler uniquement de Marie-Antoinette : « Le roi n'a qu'un homme, » osait-il dire, >■ c'est sa femme. Il n'y a de sûreté pour elle que dans le rétablissement de l'autorilé royale. J'aime a croire qu'elle ne voudrait pas de la vie sans sa nouronne ; mais, ce dont je suis bien sûr, c'est qu'elle ne conservera pas sa vie si elle ne conserve pns sa couronne. Le moment viendra, et bientôt, où il lui faudra essayer ce que peuvent une femme et un enfant à cheval -, c'est pour elle une méthode de famille ; mais, en attendant, il faut se mettre en mesure, et ne pas croire pouvoir, soit à l'aide du hasard, soit à l'aide des combinaisons, sortir d'une crise extraordinaire par des hommes etdes moyens ordinaires ». Le projetde discours à l'usage de Lafayette était donc en réalité destiné à la fille de Marie-Thérèse qui devait le prononcer t en tiers avec le roi, préparé et résolu ».
C'était un bien triste rôle que Mirabeau prétendait faire jouer à Louis XVI, même si l'on admet que ce mémoire ne fut adressé qu'à Marie-Aotoinelte. Ce qui est certain, au reste, c'est qu'il voyait en elle le seul véritable homme île la cour. Celait en elle seule qu'il croyait pouvoir trouver un ferme appui. Nous pouvons nous demander si son imagination complaisante ne lui présentait pas encore un espoir chimérique. Sans doute la reine s'efforçait de faire disparaître son ancienne an-
' Lai-ayette, h. '.06.
CHAI', Vlll. — TENTATIVKS l'UL H llKNVliRKtn LAL-AYKTTB 2l3
tipatlile pour Mirabeau. « La négociation avec Mirabeau se poursuit toujours, avait-elle écrit lout récemment à Mercy, et, s'il est sincère, j'ai tout lieu d'en être content». Mais elle ne savait où prendre toull'argent que Mirabeau songeait surtout à mettre en œuvre'. D'ailleurs pouvait-on compter d'une manière durable sur la conDance de la reine? Sans doute elle avait du courage, de l'énergie, etsentait vivement combien était critique la situation. Mais c'était une femme impatiente, peu docile, peu faite pour les calculs raisonnes de l'homme d'iiltat, et trop portée à considérer la politique comnae une affaire de personnes. Le seul iiomme dans l'entourage du roi était bien une femme, mais cette femme n'avait héritéde sa mère qu'une faible partie des qualités d'une souveraine.
Cependant les choses en étaient venues à ce point que Mirabeau devait tenir à avoir une entrevue personnelle avec Marie-Anloinette. Où il triomphait surtout, c'était dans l'art de la parole. II pouvait se flatter de faire plus en une demi-heure de conversation qu'en cent pages de mémoire. La reine aussi désirait s'entretenir avec Mirabeau, et le désir de la reine était celui du roi. Juillet menaçait d'amener des événements dont les suites étaient incalculables. La grande fête de la Fédération donnait déjà lieu à des préparatifs extraordinaires au champ de Mars. 11 y avait à prévoir le retour du duc d'Orléans, qui ne voulait pas manquer à la cérémonie. Il était essentiel de prévenir tous les mécontentements et pour cela de s'entendre de vive voi-v avec le nouveau conseiller secret. La cour devait précisément se rendre en villégiature à Saint-Cloud pour quelques semaines. Marie-Antoinette avait découvert là un lieu de rendez-vous où l'on pourrait se réunir au soir du
Arneth, Marie-AnloineUe, Joseph IleC Léopotd II, p. 129.
2 juillet sans exciter les soupçons'. Au dernier moment l'entrevue dut être repoplée au lendemain matin, ce qui fil perdre les avantages procurés par l'obscurité. Pour mieux cacher sa démarche, Mirabeau passa la nuit du 2 au 3 à Passy, dans la maison de sa nièce. Madame d'Arragon. Au malin son neveu Du Saillant, sous la livrée de postillon, le conduisit à la porte de Saint-Gloud dont on était convenu. Il se rendit sans être aperçu auprès du couple royal. A la vue de cet bomme si redouté, Marie-Antoinette ne put tout d'abord maîtriser son émotion ; Louis XVI parut apathique, comme toujours. L'entretien n'eut aucun témoin, mais nous savons que l'on se déclara fort satisfait de part et d'autre.
Cependant on peut se demander si cette entrevue ne porta pas des fruits beaucoup plus funestes qu'utiles. Bientôt se réveillèrent les soupçons. Un libelle anonyme parla d'un rendez-vous nocturne entre le h Cromwell français » et le ^oi^ Un article de VOralcf du peuple assurait que Mirabeau avait vu la reine à Saint-Cloud. On communiqua même au Comité des recherches une lettre trouvée soi-disant dans le parc et par laquelle on espérait porter un coup morte! à Mirabeau. Pour égarer ses ennemis, Mirabeau décida d'aller prochainement, et à plusieurs reprises, passer la nuit à Passy, pour rentrer à Paris le lendemain en plein jour. Plus il était bruit de
< Arnf.tk, 1, c. p. 133. Pour la suite, cr. le récit de La Marck et de Ou Isuillunl puisé daas la relation d'Haussouville, dane Bacocht. Le récit de Madame de Campan, dont on s'est servi tant de fois, ne mérite pas grande confiance. V. une noie qui s'autorise de Mirabeau lui-même, dans l'ouvrage intitulé : hruckttùcke aus deit Papieren etnés Augen-^ugen und iinparieiùchen Bsobachters der FraifMiUchen lievoltilion (C. K. Oelsseh, a. 1. 1794,. p. 113, 114 noie).
' Entrevue nocturne de Gabriel-Honoré Etîquelli ci-devant com'e de Mirabeau avec le Itoi. A Sainl-Cloud le2 juillet 1790. 8 p. iZ" Bibi. nui. L. 39. 3675 b. Cf. VAmi du peuple, N" 155, 6 Juillet 1790, p. 8. « " anaODce & l'instanl de sourdes menées de Riquettj l'staé è, T Cbud. »
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relations secrètes de Mirabeau avec la cour plus Lafayef Le devait devenir méfiant à l'égard de son rival. Il avilit tout récemment obtenu un succès qui le remettait en bons termes avec les triumvirs. Il se trouvait complètement d'accord avec eux sur ce point qu'il était |iodispensable d'abolir la noblesse héréditaire, de prohiber tous les titres nobiliaires et d'exiger que chaque citoyen se fît appeler uniquement de son nom de famille. Mirabeau, dans sa brochure sur l'ordre de Cincinnatus, avait lui-même tourné en dérision « la contagion nobiliaire ». Maintenant il se moquait de la conviction que l'on avait d'accomplir par ce décret quelque chose de grand : « Ce qu'il est le plus impossible d'arracher du cœur des hommes, écrivait-il à Mauvillon, c'est la puissance des souvenirs... Les formes varieront, mais le culte restera. Que tout homme soit égal devant la loi ; que tout monopole, surtout moral, disparaisse ; tout le reste n'est que déplacementde vanilé. » « Avec votre Riqueti vous avez ^désorienté l'Europe pendant trois jours », s'écriait-il en s'adressant aux journalistes qui ne désignaient plus le ■CÎ-devant comte de Mirabeau que sous le nom de « eilyen Riqueti l'aîné ».
Tout cela ne pouvait être fort agréable à Lafayette. 11 cherchait surtout à rendre vains les elTorts que ferait Mirabeau pour i^tre nommé Président de l'Assemblée à l'époque de la fête de la fédération. Rien n'eût été plus favorable à celui-ci que cette élection. Son nom aurait percé rayonnant au travers de la nuée des calomnies. Sa parole, dans une circonstance aussi solennelle, aurait été entendue de tout le pays : au lieu de jouer le simple rôle de figurant, il aurait occupé la première place après le roi. Au renouvellement du -1 y juin son nom avait déjà réuni beaucoup de suffrages . Si Lafayette et son parti le soutenaient, il pouvait facilement obtenir H la majorité lors du prochain renouvellement, qui devait ^HVoir lieu quatorze jours plus tard. Mais le général dé-
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clara à Frochot que M. de Mirabeau se conduisait trojH mal avec lui : « J'ai vaincu le roi d'Angleterre dnns sa puissance, le roi de France dans son autorité, le peuple dans sa fureur, certainement je ne céderai pas à M. de Mirabeau. » C'est ainsi du moins que Mirabeau, s'il faut l'en croire, entendit Frochot rapporter les paroles de Lafayette. Ce même libelle qui dénonçait le voyage de Saint-Cloud protestait violemment contre la présidence de Mirabeau, s'écrient que le peuple rassemblé au Champ de Mars ne supporterait pas un pareil affront, et ne souffrirait pas que ses droits fussent confiés à des mains impures. A l'élection du a juillet Mirabeau ne fut pas nommé. Ce lui fut une maigre consolation que d'être appelé, pour le mois de juillet, k la présidence du club de 1789'. L'honneur de conduire l'Assemblée Nationale à la cérémonie de la Fédération fut remis à Bonnay, personnage qui représentait bien, mais qui ne sut tirer aucun parti de sa place et laissa jouer à Lafayette, sans se montrer jaloux, le premier riile dans re magnifique spectacle.
Mirabeau ne manqua pas de donner par écrit a la cour de bons avertissements et de miner la trop grande puissance du « majordome » Lafayette. Ses efforts n'eurent pas de résultat appréciable. 11 eût jugé utile que l'on fît un bon accueil au duc d'Orléans lors de sou retour, d'autant plus que Lafayette s'en fût trouvé fort embarrassé. Mais, après tout ce qui s'était passé, c'était demander là l'impossible. 11 eût désiré que le 14 juillet, le roi, à cheval, et devant tout le peuple, prononçât une harangue enflammée, dont lui-même, avec beaucoup de prudence, proposait le texte. Mais le monarque timoré, se levant de son trône, ne prononça que la formule du serment qu'il devait prêter sur une Constitution encore inachevée. Aux yeux de la multitude dont
' Passy, Frochot, p, 50.
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