‹ La vie de MirabeauChapitre 20 sur 51 · I. — TENTATIVES POUR RENVERSER tAFAYETTE · texte numérisé non relu

I. — TENTATIVES POUR RENVERSER tAFAYETTE

tait rempli le champ de Mars, il fut éclipsé par le général qui, l'épée nue, entouré des bannières des 83 départements, jura le premier lîdélilé à la nation, à la loi, au roi. Lafayette apparut comme le héros de cette lOurnée. On vit des fédérés se prosleniep devant lui, baimains, ses bottes et jusqu'à la selle de son che- 'al. Mirabeau se trouvant le soir à table avec Sieyès )ei Stanislas Girardîn, le futur membre de la Légis-

tive, leur disait : « Avec un pareil peuplej si j'étais appelé au ministère, poignardez-moi, car un an après, vous seriez esclaves '. »

En attendant il faisait tout son possible dans ces journées solennelles, pour accroître sa popularité. Au club 1789, il charma les fédérés de Bretagne par un discours rempli de llatteries à leur adresse". 11 réunit à sa table cinquante de ses compatriotes venus de Provence à Paris. Il s'efforça de leur procurer le plaisir d'assister ù une représentation de Charles IX, tragédie deChénier, réclamée impétueusement au Théâtre Français''. Maisilne put cacher à la cour que la monarchie tirerait bien peu de profit de la fête du 14 juillet, bien que les convictions

lyalistes de la province se fussent nettement exprimées

.r la bouche de ses représentants venus à Paris. « Le roi, écrivait-il, a été compromis sans prolit pour son autorité ;.,. on a rendu l'homme de la Fédération homme redoutable. » Tant que cet « homme redoutable », avec la garde nationale, pourrait considérer le monarque à Paris comme son prisonnier, il n'y avait pas à espérer que la situation s'améliorât. Depuis plusieurs mois Mirabeau avait fait des plans pour l'éloignementdu couple royal, mais il avait toujours insisté pour que ce départ ne ressemblait pas à une fuite, et pour que le roi ne se diri-

' Journal tt Souvenirs de Slaniitas Girardin

; Froekot, 50.

' V. Sa correspondance avec les acteurs ( \ dans la Hevue Télroipective, 1838, 111, 2SU.

a Comédie Trançaise,

tA VrE DE lIinA'

geSt pas vers la frontière allemande. Dès oclobre 1789 il faisait entendre ses overlisseraents : « Se retirer à Metz ou sur toute autre frontière, serait déclarer la guerre â la nation et abdiquer le trône n. En juin 179011 revenait sur cette idée avec force ; « Un roi, s'il veut être roi, disait-il, ne peut partir qu'au grand jour ». Mais en même temps il se demandait si la cour n'agirait pas sagement en quittant Paris, ne fût-ce que pour se rendre à Fontainebleau. 11 jugi?ait possible ce voyage, à condition que l'assemblée en fût informée et ne s'y opposât point. Sans doute celle-ci, après les événements d'octobre 1789, s'était déclarée inséparable de la personne du monarque. Mais il était peu probable qu'elle suivît la cour. Les temps étaient bien changés depuis octobre 1789. Il suffisait que l'Assemblée ne suscitât aucun empêchement au voyage. Louis XVI avertirait la représentation nationale, par un message ministériel, que, pour des considérations de santé et en raison de la chasse, il avait l'intention d'aller passer quinze jours à Fontainebleau, d'où il reviendrait le plus souvent possible dans la capitale. Mirabeau indiquait dans quel ton le message devait être conçu, pour inspirer la confiance. II montrait comment on pourrait endormir les soupçons de Lafayette, en lui remettant au besoin la responsabilité du voyage. Toutes les mesures de précaution militaires étaient prévues par lui. Il tenait pour fort important qu'à Fontainebleau le roi substituât peu à peu des troupes de ligne aux bataillons de garde nationale, et il donnait la liste des régiments et des officiers qu'il considérait comme absolument sûrs.

A ce dernier trait on pourrait reconnaître quel était le but dernier de ses projets politiques. Ces troupes, qui se trouvaient en apparence réunies autour du roi pour un simple service d'honneur et de garde, pourraient constituer le noyau d'une armée solide et loyale. Le

uvernement aurait ainsi à sa disposition ce qui lui

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