CHAP. VIII. TENTATIVES POUR RENVERSER LAFAYETTE
battue dans un écrit de Choderlos de Laclos, auteur des a Liaisons dangereuses », seeri^taire du duc d'Orléans, et fougueux Jacobin. Elle ne trouva pas grâce non plus devant le comité de Constitution '. Si désormais il s'abstint de signaler, à mesure qu'elles se manifestaient de manière évidente, les lacunes et les inconséquences du nouvel édifice administratif, la cour n'en put pas moins compter qu'il ne perdait pas de vue le but auquel il visait, de rendre au roi la part principale dans l'administration du royaume, et par là dans le gouvernement. Mais y avait-il lieu de s'étonner que ses conseils ne fussent pas pris en considération par ceux-là même auxquels ils étaient destinés? Ils supposaient chez la reine et chez le roi un mélange de hardiesse et de perspicacité que ceux-là, surtout le dernier, étaient loin de posséder. Marie-Antoinette d'ailleurs savait fort bien discerner les points faibles que contenaient les plans de Mirabeau. En même temps qu'elle remettait à Mercy le papier par lequel était accordée la nomination de La Marck au poste d'inspecteur général des Suisses, elle lui déclarait que le plan de Mirabeau « lui apparaissait fou d'un bout à l'autre, et qu'il n'y avait que les intérêts de M. de La Marck qui y étaient bien ménagés '. » Elle reculait devant l'idée d'engager une sourde lutte contre Lafayette. Elle n'osait accorder à Mirabeau une seconde entrevue. Le voyage à Fontainebleau ne fut jamais pris en sérieuse considération, et l'on estima que la plus efficace mesure militaire consistait dans le rétablissement des gardes du corps. Si la reine ne jugeait pas même digne de réflexion le contenu des notes de Mirabeau, en revanche elle se
1 Arch. pari. XVIII, G39. 7 sept. Lellre de M. de Choderlos (cidevaat de Laclos) à M. Rique.Ui l'aloé (ci-devaot Comlo de Mirabeai:] BUT son opinion do 7 septembre relaLivenaent aux élcoleurs ». p. Bibt. tioiionale, Lb 39.4054.
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sentait de plus en plus blessée par leur forme. Ce di neur de conseils ne s'astreignait nullement aux réglai de l'étiquette de cour. Il parlait crûment, et sar nagement aucun, de la « déplorable léthargie couple royal. Il faisait un appel prophétique à l'effrayante image de l'échafaud '. Il menaçait même, si l'on restait sourd à ses avertissements, de laisser les choses suivri leur cours, et de ne plus songer qu'à son propre salul Personne n'entend volontiers résonner de telles pi rôles, et moins que personne une tèle couronnée.
Marie-Antoinette ne pouvait pardonner au ci-devani comte de Mirabeau, Riqueti l'aîné, ses manières plébéiennes. Elle ne lui accorda jamais sa pleine et entière confiance. Derrière son dos elle recevait des conseils étrangers. Il croyait savoir qu'elle prêtait l'oreille aux avis de Rivarol, le spirituel contempteur du héros populaire, qui lui rendait ce témoignage : « Mirabeau, capable de tout pour de l'argent, même d'une bonne action '. » 11 était exaspéré de voir que la cour prenait pour Mentor un Bergasse qu'il considérait comme uttj esprit faible ,ne fût-ce « que parce qu'un Bergasse étaij l'adepte crédule d'un Mesmer. •> Mirabeau aurait-i] conaa' les plan s que proposait aux Tuileries de vive voix le comte' Axel Fersen et par lettre le baron de Breteuil ! Aurait-il su que l'on examinait si, avec l'aide de Bouille, la fuite à la frontière allemande n'avait pas chance de réussir I Aurait-il su que l'on comptait pour cela sur l'appui indirect de l'étranger, surtout sur l'intervention des troupes aulrichiennes de Belgique! « Se retirer à Metz ou sur une autre frontière, serait déclarer la guerre
' « La Marck qui no vous quitlera plus qu'à l echafaud n. 16" note'l pour la cour.
' Lescure, Rivarol, p. 170. Mirabeau et ftivarol avaient précé- I demmeat rompu ensemble, apparemment parce que RiTarol, comme J tant d'aulres, avait quelque larcin lilliîraii'c à reprocher beau; v. Lf.scuiie, p, 169.