‹ La vie de MirabeauChapitre 25 sur 51 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

EXQUETK DU CUATELET. ASSIGNATS.

Un secret que connaissent plus de deux personnes n'est plus un secrât. Aussi bien l'union de Mirabeau avec !a cour ne reata pas tellement ignorée que parfois on l'a cru. La Marck, Mercy, l'archevêque Fontanges étaient dès le début initiés. Peltenc était employé à la rédaction des notes ', de Comps avait à les recopier. Rien d'étonnant si d'autres encore soupçonnaient Is] vérité. Dès la fin de juin, Cazalès devinait ce qu était ; peu de temps après, Vaudreuil dans sa correspondance avec le comte d'Artois, écrivait que Marie-Antoinette devait avoir gagné Mirabeau. En juillet et août, Goltz et Staël tenaient le marché pour conclu ••] Ce que le gendre de Necker avait pu savoir, Neekapj aussi devait l'avoir appris. Mirabeau d'ailleurs, selon son ordinaire, ne se privaitplus en rien depuis que l'a gent affluait dans sa caisse. On restait interdit en le voyant 5'installer luxueusement dans une maison delà

' Mercy daos sa lettre k Cobeazl, SJanvier 171^3 (v. plus haut p. 139)l nomcûB Pellenc " le principal rédacleur des écrits rie Mirabeau », C" Bacoust, I, 120 : 'i Pellesc était le vérilable secrétaire de Mirabeau. »

'Bacocrt, 1,340, 341. Staël, Cor«»p. di>/., 170. Golta, 16 juillet 1790. Areli. Berlin. — CorTesponiance inlime da comte de Vaudreuil etdii comte d'Artins jiendard l'émigration (1789-1815), p.p, L. Pisbauo, Paria, Pion, ISH'J, 1, 2\1.

j. flNDAUD, ^m

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Chaussée d'Antin, augmenter le nombre de ses domes-

ïliques et donner des repas magnifiques'. Tel ou tel de jses convives osait fort bien, le verre en main, faire allujision à la source où il puisait ; Mirabeau y répondait Ipar quelques sourires significatifs, et quelques raille- Iries sur les gens du château, qui ne trompaient perf-sonue.

Cependant on ne pouvait fournir aucune preuve ; et Ic'était là ce qui faisait la sûreté de Mirabeau. Il laissa les pamphlétaires anonymes qui le dénonçaient comme un traître vendu à l'Autrichienne répandre leur venin, et ne les honora même pas d'une réponse. Il ne répondit rien non plus aux accusations tant ouvertes que cachées de Desmoulins, Fréron, Prud homme et autres. S'il fit une exception pour un libelle de Marat, plus violent à lui seul que tous les autres réunis, ce fut simplement pour prier l'Assemblée nationale de ne prendre aucun souci H des démences d'un homme ivre. » Ce qui avait (donné sujet à la fureur sans bornes de Marat, l'Ami du peuple, c'était I.t proposition qu'avait faite le "^0 août [irabeau de licencier sans délai toute l'ancienne armée et d'exclure, lors de la réorganisation militaire. Ions les éléments dont on ne serait pas absolument sûr. Les collègues de Mirabeau reculèrent tout d'abord à la ;pensée d'un tel bouleversement. Le Courrier de Provence fit des réserves de toute sorte contre une « motion si bardie >>. Quant à Marat, il s'exprima dans son langage ordinaire : a Si les noirs et les ministres gangrenés et archi-gangrenéssont assez téméraires pour faire passer cette motion, citoyens, dressez huit cents potences dans le jardin des Tuileries et accrochez-y tous ces tiraltres et à leur tète l'inrâme Riqueti. » Malouet, qui lavait déjà réclamé des mesures destinées à réprimer de pareils excès de la liberté de la presse, insista poui*

II, d'après ses

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que Marat et les distributeurs de son libell poupauivis devant la cour du Ghâtelet. Mais il ne fut aucunement soutenu par Mirabeau, le principal intéressé. Celui-ci profita toutefois de la circonstance pour rappeler qu'il existait contre lui un libelle bien plus outrageant encore que celui de Marat. Et ce libelle, il ne voulait pas que le passage à l'ordre du jourfît le silence sur lui : « Celui-là est de l'homme à qui l'on veut renvoyer l'extravagance qu'on vous dénonce ; cet hommi^ est le M. procureur du roi au Ghâtelet de Paris, n

C'est qu'en ellet Mirabeau devait ardemment souhaiter que cette enquête sur les sanglants événements d'octûbfe, auxquels son nom avait été si souvent mêlé, aboutît enfin à un résultat tangible. Vers la fin de novembre ilSd le Comité des recherches de la Municipalité de Paris avait dénoncé « le forfait exécrable qui avait souillé le château de Versailles dans la matinée du mardi (! octobre. » L'enquête échut à la Cour di justice du Ghâtelet de Paris. Mais les membras de cett( cour, résolus à percer jusqu'au fond le mystère qui en' tourait ces événements, étendirent leur enquête sur journée du 5 octobre et sur d'autres faits se rapportai»! à une date encore plus ancienne. De là prit naissanci une violente guerre de plume avec la municipalité pi risienne, laquelle n'entendait aucunement laisser envelopper dans le procès d'autres personnalités que celles des inconnus qui, au matin du octobre, avaient fait irruption en armes dans le château. La municipalité se refusait aussi à donner communication d'aucuns documents pouvant serviràélargir le procès '. LeChâlelet n'en poursuivait pas moins sa procédure, interrogeait une foule de témoins, en faisait interroger d'autres, tels que Mounier absent, remontait dans ses investigation

de

V. les docuinenla relatifs à cette question dans les Arch. pari. XVllfl 712-717 ; cf. le compte reodu des séances des 7 et 10 août 1790.

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.jusqu'aux premières journées de la Révolution et finalement déléguait, le 7 août 1790, une députation chargée

de remettre à l'Assemblée nationale, sous pli cacheté, tous les procès-verbaux de l'enquête.

Depuis des mois ce procès tenait le public en suspens. On savait que les principaux coupables désignés étaientle duc d'Orléans et Mirabeau. La droite désirait acf;abler Mirabeau sous le poids de révélations aux- <iuel!es beaucoup de ses membres avaient apporté une contribution fort sujette à caution. A gauche on élait à l'avance prévenu contre une cour de justice que l'on ;«ccusait de s'être maintes fois ouvertement déclarée en faveur des partisans avérés de l'ancien régime et contre les défenseurs résolus de la liberté. On inlligeait au Châtelet le sobriquet de a grande buanderie de la reine, » apparemment pour indiquer que ce tribunal était destiné à blanchir les « noirs, u les ennemis de la Révolu- ,tion. Celte fois encore on croyait voir quelque manœuvre des H noirs » pour agiter violemment l'opinion publique. Un certain Bonne-Savardin, fortement soupçonné ide conspirer aven les émigrés, d'accord avec le ministre iSaint-Priest, s'était sauvé de prison. Un membre de l'Assemblée, l'abbé Barmond, avait contribué à cette lévasion. Tous deux avaient été reconnus dans leur .fuite et ramenés à Paris. U y avait là matière à une en- (■quète judiciaire dans laquelle la cour et les députés de ja droite pouvaient craindre de voir englober des perisonnages plus haut placés encore que l'abbé Barmond. ;11 est très vraisemblable que, pour fuire une contre-attaque, pour cfTrayer les ennemis ou dedans et au dehors de l'Assemblée, le Châtelet l'ut invité à presser son b'avail et à rompre le silence qu'il avait jusqu'alors gardé tir son enquête relative jiux événements d'octobre'. L'orateur de la députation du Châtelet parla d'un ton

ea\ l'avia de ferriôres (II, 82, 100), qui est cerles uq lémoia ispcct.

fort assuré. Avec des formulES erophatique:

que le voile devait enfin tomber, qu'on devait enfin arracher aox coopables leur masque de vertu civique. Il fit un emprunt à la Zaïre de Voltaire, en déclamant « Ils vont èlre connus, ces secrets pleins d'horreur ! ■ 0"^"'^ a été Doti'e douleur, poursnivit-il quand nou* avons vu des dépositions impliquer deux membres de. l'Assemblée nationale dans cette procédure ! Sans doute ils s'empresseraient de descendre dan? l'arène poui faire triompher leur innocence ; mais vous nous avez mis dans l'impossibilité de les citer en jugement. » L'orateur ne nommait personne. Mais, dans le numéro suivant de la feuille ofQcielle. le journal de Paris, on n'hésitait pas à donner les noms de Louis-Philippe-Joseph d'Orléans et de Mirabeau l'aîné. Le Chàtelet fulmina contre celte indiscrétion, mais on ne prit pas sa colère au sérieux. Mirabeau n'avait pas le moindre intéri^t à rompre une lance pour le duc d'Orléans. Lï chose tout au contraire lui éthit interdite par ses rapports avec la cour. H savait d'ailleurs raieu.x que personne ce que le duc avait à se reprocher. Si le retour de celui-ci à Paris ne lui avait pas été désagréable, et cela parce que Lafayette s'en montrait mécontent, ses relations avec le prince, qu'il méprisait, n'en restaient pas moins rompues. Mais d'autre part lui-même ne devait pas permettre qu'on l'attaquât impunément. Son nom ne devait pas restera jamais terni par les journées d'octobre. « Le droit et le désir des membres qui sont inculpés, déclara-l-il avec un calme apparent, est sans doute que tout soit connu, d

Cependant il s'agissait de savoir sous quelle forme Sft] produirait l'accusation. Un décret rendu le 26 juin 17t'0, • pour expliquer ce qu'il fallait entendre par l'inviolabilité des représentants, avait décidé qu'aucun membre de l'Assemblée ne pourrait être traduit en justice, à moins

déclara ^|

L... ..„ ^ j— que l'Assemblée elle-même, ayant pris connaissance ^H J

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des pièces de Taccusation, ne permîtà celle-ci de suivre

son cours. S'en référant à ce décret, Mirabeau demanda que le comité des recherches fît un rapport au sujet des charges qui pesaient sur quelques députés, afin démettre l'Assemblée en mesure d'autoriser ou d'arrêter l'accusation. L'orateur du Chilelet, lui aussi, avait fait allusion au décret du 2C juin. On avait rendu ce décret à l'occasion du péril où se trouvait un député de la droite, qui, accusé de menées liberticides, avait été fait prisonnier dans un château des environs de Toulouse. D'une part donc ta position de la droite se trouvait assez fausse, au cas où elle aurait voulu refuser le bénéficedu décret au plus célèbre des représentants de la gauche. Si d'autre part elle lui accordait ce bénéllce, il était à craindre que la bèLe poursuivie n'échappât à lamente. Maury et Gazalès s'efTorcèrentà l'envide prouver que le décret n'avait été rendu que pour une circonstance particulière, et que dans le cas présent la loi devait s'appliquer à tous les citoyens, sans privilège pour les représentants du peuple : « Si vous adoptiez la motion qu'on vous propose, s'écria Cazalès, si vous débattiez publiquement la procédure, vous verriez disparaître les coupables ou les preuves ; le crime seul resterait ; il resterait toujours plus odieux, car il serait sans vengeance ». D'ailleurs on faisait remartfluer combien ce serait empiéter sur les attributions de 'Jajustice que rendre publique toute l'enquête préliminaire. L'on demandait que tout au moinsl'on mîtà part les pièces qui ne concernaient pas les membres de l'Assemblée. Un orateur voulait que l'on exigeât du Gbàtelet noms des coupables. Un autre proposait que les acicusés, de même qu'on avait fait pour l'abbé Barmond, 'ussent détenus en lieu sûr.

C'était faire la partie trop belle à Mirabeau. II accabla ■le Chàtelet de son mépris et battit ses adversaires avec leurs propres armes. « 11 est inconcevable, dit-il, que, dans cette discussion, ce soit moi et ceux qui adoptent

VIE DE MIRAnEAC

mon opinion que l'on accuse d'invoquer les ténèbres, landis que ceux qui denaandenl que le secret soit «!onserve jusqu'à telle époque prétendent qu'ils invoquent la iumièpe. » Il consentait avec plaisir à ce que danssa proposition l'on remplaçât ie comité des recherches par le comité des rapports, il ajouta que l'ouverture des plis cachetés et le dépouilleraentde toutes les pièces devraient ^tre laits en présence de deux commissaires du Chàtelet, et il eut la satisfaction, après de violents débats, de voir l'Assemblée adopter ses conclusions.

Chaque nouveau pas que fil cette affaire, chaque incident qu'elle amena, furent pour Mirabeau l'occasion de nouveaux triomphes. A l'instigation du Chàtelet, l'Assemblée avait invité le comité des recherches de la ville de Paris à livrer sans relard les pièces qui lui étaient demandées. Le comité fit entendre aussitôt une protestation solennelle contre les demandes du Chàtelet, informa l'Assemblée que cette cour de justice avait donné à son enquête une extension que rien ne justifiait, et alla jusqu'à dire que c'était de la Révolution ellemême que l'on voulait instruire le procès '.

Quelques jours après, le 23 août, le cas de l'abbé Barmond vint en dt'libération. Ce cas n'avait rien de commun avec celui de Mirabeau, et l'on pouvait prévoir que l'autorisation de traduire l'abbé en justice serait accordée, Mirabeau lui-même parla dans ce sens, et réclama une 1' inflexible justice ». 11 était si sûr de son afTaire qu'il ajouta : « Je joindrai un vœu particulier... Je supplie, je conjure le comité des rapports de hâter son travail sur la procédure du octobre et de rendre publiques ces terribles procédures du Chàtelet, dont le secret divulgué élèvera une barrière qui mettra un terme à tant d'insolence. » La droite avjiît essayé d'interrompre l'orateur par des murmures et des cris. La majorité l'applaudit et l'acclama, lorsqu'il descendit de la tribune.

' Arch. pari. XVII, 708. .XVIII, 73.

CHAI'. IX. ENQVÈTE DO CITATELET, ASSIGNATS 2^5

Huit jours après, le comité des rapports fit savoir & l'Assemblée qu'il en avait fini avec l'examen des pièces communiquées par le Châtelet, Pour abréger la discussion, il demandait s'il n'y avait pas lieu d'imprimer la procédure avant qu'il présentât son rapport; l'on ne pouvait mieux indiquer quelle confiance il fallait avoir en la Cour de justice, dont celte procédure était la propriété. La droite prétendit qu'une divulgation de cette nature favoriserait la fuite des coupables. Mirabeau ne voulut pas laisser passer cette allusion, a L'évasion des témoins, » dit-il d'un ton méprisant, soutenu par les applaudissements de la gauche, « est aussi probable que celle des accusés, et cependant les accusés ne prennent pas des mesures contre l'évasion des témoins. » Mais il avait une autre raison pour tenir à ce qu'on ne retardât pas le rapport jusqu'à ce que le tout fût imprimé. L'aiïaire avait assez longtemps traîné; l'on ne devait pas laisser plus longtemps les coupables sous le L.coup de soupçons odieux. « Au reste, s'écria-t-il, tout ■■m'est égal, car je ne suis pas assez modeste pour ne pas ÏSavoir que dans le procès fait à la révolution je devais [enir une place ». Et un nouveau tonnerre d'applaudislements se fit entendre.

Lorsqu'il fut encore une fois question de l'enquôte du Êhàtelet, Mirabeau se vit l'objet, de la part même des ttribunes, d'une ovation enthousiaste, que le président ' sanctionna de son silence. L'occasion, pourtant, que l'orateur saisit pour donner à ses adversaires une preuve de sa force, n'était pas des plus favorables. Quelque temps avant la fête de la fédération l'on avait arrêté en Dauphiné un M. de Riolles sur lequel on avait saisi une clef chifTrée et différents papiers montrant que l'on avaità faire en sa personne a un émissaire du gouvernement. Cet agent devait sonder les dispositions des pro- Ivinces, s'informer des personnalités qui auraient quelque action sur les prochaines élections, constater

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en cerlaios lieux l'état des forces armées et prendi divers autres renseigaernents de méaie nature, mainles reprises Mirabeou Bv«il conseillé à la coi d'employer de tels éoiissaîres et de les confier à sa di reetion. Précisément Riolles arfirmait qu'il tenait de Mirabeau une lettre que l'ou avnit trouvée di gfiges. Lien que cette lettre ne fût pas autographe. La. correspondance de Mirabeau et de La Marck nous laisse en suspens sur le point de savoir si tXioUes disait vrai. Il faut toutefois remarquer que Mirabeau, dans cette correspondance toute coulideniielle, applique une fois Riolles l'épithète de traître '. tCn tout cas, dans un auln des papiers de Riolles se trouvait un portrait peu flali de Mirabeau : « c'est un scélérat, y élait-il dit, prêt se vendre à tous les partis i'.

Lorsque le H septembre l'Assemblée fut saisie deceti affaire, Mirabeau comprit le profit qu'il en pouvait tirer, 11 ne se délendit pas d'avoir connu ce Hiolles, mais il le dépeignait comme une espèce de fou, et fit appel au témoignage de plusieurs de ses collègues qui avaient eu â subir les importunités du personnage. Sans s'arrêter plus longtemps sur ce point, il rappela que toujours il avait combattu pour la liberté et souffert sous le despotisme. Lecachotde Vincennes, lesSi lettres de cacbet, lancées contre sa famille, « dont il avait eu 17 pour sa part », trouvèrent tout naturellement leur place dans cet appel au passé. Il en vint ensuite à parler des événements qui se préparaient: a Ma position est assez singulière; la semaine prochaine, à ce que le cootité me fait espérer, on fera un rapport d'une affaire

' Mirabeau h La Marck, 2t novembre 17 716, 717. — Marat, qui proHle de l'ocoaBioi suspect, annonce dans l'Ami <iu Pfuple, a" 2 on a Iruuvé encore une autre letlre écrite ai beiLU l'aîné, portant promesse d'acquilinr u pur Kit)!U;a avec M"" Lejay et l'aunonce cf. Ami du Peuple, n" 38li.

0, cf. ArcU

pari. XViri,

pour rent

re Mirabeau

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