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ces papiers
sieur Itioll
ni contracle
ie livres » ;
ciiAr. IX. — ENorèTE dc chatelet, assignats 235
où je joue le raie d'un conspirateur factieux; aujourd'hui on m'accuse comme un conspirateur contre-révolutionnaire. Permettez que je demande la division. Conspiralion pour conspiration, procédure pour pro-
Icédure; s'il !e faut même, supplice pour supplice, permettez du moins que je sois un martyr révolutionnaire. »
Après de telles paroles personne n'osa plus unir au jiom de Riolles celui de Mirabeau. En même temps, par l'assurance de son maintien, Mirabeau avait déf^agé le terrain pour le jour où il serait question des événements d'octobre. Aussitôt que l'on put disposer de deux séances du matin pour entendre le rapport du comité, la grosse alî'aire fut abordée. Le 30 septembre et le 1" octobre, le rapporteur Chabroud, un officier de justice député aux États par le Dauphiné, donna lecture de son travail, qui remplissait IIS pages imprimées en petits caractères. Ses amis eux-mêmes ne pouvaient dissimuler qli'il s'était par trop arrêté sur les points de détail. Mais ils approuvaient fort la façon dont il jugeait Jes choses et les conclusions q u'il dogageait : h Les malnlieurs du 6 octobre fourniront une leçon utile aux rois, VAUX courtisans et aux peuples ». Où le Chùtelet n'avait *u que des ténèbres, Chabroud ne voyait que la lumière. ^1 ne se faisait pas scrupule de tourner les magistrats dérision, et d'attribuer toute cette « procédure Bmonstrueuse» aux menées d'une faction qui se mettait jen révolte contre la constitution. Au nom du comité, il ■proposait de déclarer qu'il n'y avait lieu à poursuites ni leontre Mirabeau ni contre le duc d'Orléans.
Le i" octobre encore Mirabeau trouva l'occasion de
(faire entendre sa voix. Le ci-devant marquis de Bonnay,
indigné par les calomnies que Chabroud s'était permis
de lancer contre ses anciens compagnons d'armes les
Gardes du corps, appela son rapport « un modèle de
^L plaidoyer pour tous les grands criminels ». Aussitôt Mi-
■236 I.A Vllî DK MIBAHEAU
rabeau. prenant l'iilluBÎon puur lui, demanda ironiqui ment « qu'il lui fût permis d'inviter M. de Bonnay à plaider contre les grands criminels, car il était temps que cette question lût profundément discutée ". Le lendemain l'Assemblée prit une décision. Le duc d'Orléans n'était pas présent. Il se fit célébrer comme un ami de la liberté par son confident Diron, et le 3 octobre seulement, lorsque tout était fini, on l'entendit prononcer quelques paroles hypocrites de justification. Quant à Mirabeau, bien qu'indisposé, il était à sa place. 11 pouvait déjà considérer comme une beureuse chance qtiê.j l'absence du prince lui permît de comballre seul. PooP-' toujours ils étaient séparés. Maury sentait, lui aussi combien lasîtuation était délicate. 11 aurait voulu mettra] Mirabeau complètement hors de jeu et s'occuper seulement des mesures qu'il y avait li prendre à l'égard du duc d'Orléans. Mais la pierre était maintenant lancée, Maury ne pouvait l'arrêter au vol : Mirabeau parlerait, Mirabeau profiterait de l'instant favorable pour faire sentir à ses ennemis toute la force de son terrible démon. Il réaliserait à la lettre ce qu'il avait solennellement prorais. lorsqu'il avait juré, si le tlhfitelet se dressait contre lui en accusateur, « de ne point lâcher prise jusqu'au tombeau. » Jadis, sous la pression de son père, t^ette cour de justice avait prononcé son interdiction pour cause de prodigalité. Maintenant sonnait l'heure du châtiment. Les rôles étaient complètement changés. Ce n'était pas un accusé qui parlait, c'était un homme résolu à venger à la fois son honneur blessé et la conscience publique outragée. Comme en se jouant il mit en pièces le filet de témoignages ou bien superficiels ou bien insignifiants dans lequel on prétendait l'envelopper. Avec une éloquence persuasive il montra que l'on n'avaitrien prouvé de tout ce que l'on voulait prouver. Lorsqu'il conclut en s'écriant, tendant le bras vers la droite : H Oui, le secret de cette infernale procédure est enfin dé-
■ ENQCfcTE DU CnATELRI', ASSIGNATS
l-couvert, » il y eut dans rassemblée et sur les tribunes
I une explosion d'enthousiasme sans fin.
En vain Montlosier s'efForça-t-il de traîner la chose en longueur, sous prétexte que le rapport imprimé n'avait été ni distribué ni lu. L'Assemblée décida de ne pas autoriser les poursuites demandées contre deux de
Ises membres!, et la droite en fut réduite à une impuissante protestation. La cour de justice que Mirabeau avait voulu 1 buriner dans l'histoire « ne put se relever du coup qu'elle avait reçu. Trois semaines plus tard on enleva au Cbàtelet le droit de juger les attentats de lèse- Valion, et toutes les instructions ouvertes à ce sujet restèrent en suspens. Quant à Mirabeau, la journée du fi octobre avait de toute manière amélioré sa position. Qu'il eût ruiné le plan de campagne savamment combiné par ses ennemis, c'était là seulement le résultat le plus apparent de sa victoire. Mais il avait encore atteint bien d'autres buts secondaires. 11 pouvait maintenant tâcher de réconcilier le couple royal avec son passé politique. 11 pouvait faire fi de tous ces témoignages qui I auraient rendu suspecte au roi et à la reine sa fidélité [ absolue. Sans doute, si l'on ne voulait plus voir en lui k un coujurateur etun complice d'assassins, il n'en resflait pas moins notoire qu'il avait à l'occasion travaillé Lpour d'autres, compté sur d'autres que le roi, et que ces Autres pouvaient bien avoir nom Provence ou Orléans. iMais les reproches que l'un était en droit de lui adres- Pser à ce sujet, il avait trouvé pour tes esquiver une excuse qui ne manquait pas d'être assez osée. Le trône, pour lui, passait avant le roi. Alors que « la nation professait en quelque sorte le culte du gouvernement monarchique a, il considérait comme une glorieuse entreprise de vouloir lui conserver co gouvernement quand le roi lui-même le compromettait par une alliance avec lies ennemis de la liberté. Par là Mirabeau donnait en
238 ti VIB M! MIRABEAB
même temps à entendre qu'à l'avenir on devait se gai der d'une telle alliance.
De plus Mirabeau portait une atteinte violente au ci dit de Lafayette. Le général lui avait Taîl espérer qu'il soutiendrait dans les débats relatifs aux journées d'i tûbre : Mirabeau était de son côté tout disposé à trail Lafayelteavecégard. Ils s'étaient expliqués là dessus chi La Marck, sans déposer d'ailleurs le ressentiment qu'il nourrissaient l'un envers l'autre. ICt pourtant, quai Cliiibroud eut lu son rapport. Lafayetto fit défaut. Mirabeau considéra cette absence comme un manquement de parole et se tint pour délié de ses enf^ageraents. II accabla Lafayetlede reprocties pour la conduite qu'il avait tenue à l'égard du duc d'Orléans. Il l'appela hardimeut un a dictateur >•, « disposant au sein de la liberté d'une police plus active que celle de l'ancien régime «, et»/ crut encore en droit de vanter sa propre « modération » au comte de Ségur, qui prenait avec chaleur le pari de son amî Lafayette.
Enfin, et c'était là le plus important, les débats si l'enquête du Cliàtelet avaient de nouveau permis à Mirabeau de ranger à ses côtés une forte majorité parlementaire. Il avait trouvé pour le soutenir jusqu'aux députés siégeant sur les banes les plus extrêmes de la gauche. Les Laraeth, les Baruave, les Pétion étaient avec lui. L'hostilité des derniers mois était oubliée. Ce résultat devait l'afTermir même en dehors de l'assemblée. Pourrait-on croire qu'un homme autour duquel se ralliaient les chefs des Jacobins fût vendu à la cour? Les soupçons des plus vigilants amis du peuple ne devaient-ils pas s'endormir? o Et toi, s'écriait Camille Desmoulins, 6 saint Mirabeau, car te voilà redevenu saint après avoir été un grand pécheur, je te somme de ta parole de ne point lâcher prise, comme tu l'as dit, jusqu'au tombeau, c'est-à-dire jusqu'à ca que tu sois
lis ■
CliAP. IX. — ENQUÊTE IIU CHATELET, ASSIGNATS 239
Stllé prendre tu place dans le ciel à côté de Madeleine
l de saint Augustin '. »
Avant inème ce grand succès du 3 octobre, le colgue futur de Mndelpîne et d'Augustin s'était préparé iin autre ctianap de bataille sur Ii?quel il devait rallier our de son étendard les esprits les plus avancés de L Révolution, tout en livrant un combat décisif à ce Kecker tantdétealé. irrité de l'indifTérence que ta cour apposait à ses conseils, il avait, dans une de ses notes l'août, laissé échapper ces mots : " Je vais retravailler Mans l'assemblée, puisque c'est là. le centre unique d'activité ; nie mêler des finances, puisque c'est là la crise la plus prochainement menaçante, n Kt de fait, ù moins d'un miracle, la crise financière était inévitable. On avait presque épuisé les 400 millions d'assignats qui avaient été créés sous forme de billets valant depuis 200jusqu'à 1000 livres. Ces millions n'avaient pas remédié à la détresse de l'État et n'avaient que peu favorisé la circulation monétaire dans le pays. Le Comité Pâ finances de l'Assemblée déclara qu'il fallait vendre ncore des biens nationaux, et en mènie temps émettre Me nouveaux assignats, dont la valeur serait moindre nême de 200 livres, qui jouiraient du cours forcé, et " qui serviraient à éteindre la dette publique. Le comité ne fixait pas de chiffre, maison parlait de 1800 millions. Necker, qui n'avait pas vu de bon œil rémission des premiers 400 millions, mois qui n'avait pas eu le courage de ronnifester son mécontentement par l'abandon de sa charge, fit entendre quelques avertissements. Il démontra dans un mémoire quels dangers terribles amoncelerait la mise en circulation de celte masse ^énorme de papier-monnaie. Le 27 août, immédiate- Dent après la proposition faite par le rapporteur du K)mité de finances, on devait donner lecture du ménoire ministériel. Mais Mirabeau avait déjà demandé
' llévol. de frui!
son noi^^l
ia parole. Il fit voir â Necker que l'éclat de avait bien pûlî- 11 voulut être entendu le premier. « Moi,' que dix-huit mois de travaux parmi vous, » dît-il dédaigneusement, « n'ont pas accoutumé » l'initiative ministérielle, j'avoue qu'il me parait singulier qu^ quand uu membre de cette assemblée est à la Iribunu on l'en écarte par le mi'moire d'un ministre. » L'Ab-s semblée donna raison à Mirabeau. Elle apprit à connaître en lui non pas seulement un bomme résigné aux assignats, mais un Je leurs plus ardents promoteurs, un de leurs preneurs les plus passionnés. Il comment bien par confesser que cet expédient l'avait au promit abord étonné, même ellrayé. Mais cette première pression avait complètement disparu. L'orateur étail maintenant tout à fait optimiste, voyait dans l'émissioi d'assignats sans intérêts le seul moyen du salut, accU' mulait preuves sur preuves des heureux elTets que c( assignats devaient produire, et suppliait l'Assemblée dm ne pas refuser au peuple ce bienfait. Comrae le comil n'avait donné que des conseils généraux, il formulai! pour sa part des propositions fermes.
A la presque unanimité on décida d'imprimer le discours de Mirabeau, afin de lui donner la plus grande publicité possible. II n'y avait qu'à le comparer au mémoire de Necker, disait le Courrier de Provence, u. pour voir de quel côté la raison se trouvait ». Cette note était sûrement donnée par Claviers, qui en vérité pouvait être lier d'avoir converti Mirabeau à l'idée qu'il défendait depuis si longtemps. Que Mirabeau eût offert pour siennes des marchandises étrangères, qu'il eût donné lecture à la tribune presque mot pour mot du travail d'un autre, l'éditeur du Courrier de Provence se garda bien de laisser échapper une syllabe qui pût le faire croire. Et pourtant Glavière pouvait être au courant de la chose, car le véritable auteur du discours était son ami et compatriote Salomon lleybaz, (jui depuis le
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printemps de 1790 se trouvait attaché à 1' « atelier » de Mirabeau. Celui-ci avait depuis longlemps reconnu combien te Genevois était riche en connaissances, mais [Reybaz avait quelque temps résisté à ses avances (voir rp. 138). Sans se rebuter, Mirabeau s'était montré à lui iaous ses côtés les plus séduisants, avait accablé M. Reyhaz d'encouragements et d'éloges, avait mis ses carrosses .à la disposition de M'°" et de M"° Reybaz, leuf avait lenvoyé des livres et des épreuves de ses discours, enfin avait produit un effet irrésistible tant par ses instances •pressantes que par la modestie avec laquelle i! avait parlé de son propre talent.
Au printemps déjà Reybaz avait préparé à Mirabeau tun discours sur le célibat, discours dont nous avons •conservé l'original de sa main, et dont trois rédactions dilïérentes, corrigées en partie par Mirabeau, ont été 'trouvées dans les papiers du tribun. Le discours ne ■put être prononcé, par suite de la marche des débats '. ■Le travail de Heybaz sur les assignats eut un meilleur -sort. Nous avons assez de moyens de comparaison en ce -qui concerne d'autres travaux pour savoir que Miraau, orateur comme écrivain, avait coutume de mettre du sien dans les ouvrages d'autrui. Interrompre l'exposé démonstratif de la question par quelque violent mouvement oratoire, jeter çà et là quelque rayon de vive lumière, ou même jeter de l'ombre sur un ton trop éclatant : tels étaient les changements auxquels il hésitait d'autant moins à recourir qu'il connaissait mieux l'as- . semblée devant laquelle, manuscrit en main, il parlait. Au reste les lettres et les billets qu'au jour le jour il fai-
LucAS DB MoNTiGNY, VUI, 183 aqq. Plam, 121, sqq. Auhbd ; Les orateursiie l'assemblée conslUuante, 143. — SplonG. A. v. Halcm, Blicke \f einen Teil Deulichlands, der Schwetz und Frankreichi bei eiaer B»Ue vom iakre 1790, Hamburg, ITJl, 11, 123, Mirabeau « lui au club da 1789 quelque chose sur le mariage des prêtres, et les membraB du club se sëparéreut en criimt : lia se marieroat, ils se marieroat. »
SiEitH. Mirabeau, II 16
I^ TIB DK MIRABEAU
sait tenir à Reybaz nous montrent clairement combiei était grande sa dette envers loi : ■ Je vous envoie, lui ' écrit-il aussitdt après la ^ance. tous les compliments que m'a valu l'excellent discours dont vous m'avez doté. » Il se plaint de ce qae la gracieuse écriture, qui apparemment était celle de mademoiselle Reybaz, lui eût paru « on peu petite à la tribune », Il s'excuse d'avoir passé en lisant deux mots qu'il fallait rétablie dans le texte imprimi-. Il donne à Reybaz, en ce qui concerne les corrections. ■ la dictature la plus absolue » et lui demande seulement de « donner droit de cité aH^ petit nombre de pages n qu'il a lui-même ajoutées.
,\vec le discours du 27 aoiit se trouvait engagée 1m grande bataille qui durant tout un mois tint en halei l'.\ssemblée. Mais en dehors aussi de ses murs chacuiL partait en guerre pour ou cuntre les assignats. De toHffi côtés arrivaient des consultations dans l'un ou l'autre sens ; un nombre incroyable de libelles discutait la ques^l tion du jour, et Mirabeau ne pouvait manquer de voiem son nom partout mis en avant. Les sections de la capi-W taie, le club des Jacobins, les écrivains radicaux le sou-T tenaient. Ceux-là ne le considéraient ni comme uaJ « sot » ni comme un ■ fourbe ' ». Pour eux maintenant! il n'était plus un « transfuge ». Il affirmait aussi que] de beaucoup d'autres cités lui étaient adressées des p titions en faveur des assignats ; les orateurs de la droite^ il est vrai, lui répétaient que bien souvent les sign» tures de ces pétitions se trouvaient (-tre fausses*.
Le premier résultat de cette agitation croissante l le départ de Necker. Ne pouvant résister au flot montant, il se résolut à la fuite, trop tard pour sa renommée. Sa démission fut accueillie avec plaisir « par tous
' X RiquGl est ud sol ou un foiirbe. •• Mirabeau renversé ou dm. prouvé lies auignaU. De l'imprimene de Senties père, rue de Sa: n-O, 8 p.
' Arck. pari.. XIX, 191.
, — ENyOÈTK DU