CHAP. IX. — ENQUÊTE DU CHATBLET, ASSIGNATS
■Chacun devait se rappeler les expressions «d'emprunt le sabre en main » et de « peste (circulante », dont on était maintenant bien loin. C'était ainsi que, le 1=' octobre 1789, répondant à Anson, il avait qualifié tout papier-monnaie qui nii reposerait pas sur une hypothèque et ne pourrait pas être échangé contre espèces sonnantes dans un délai fixé. Comment pensait-il, même avec le concours de Reybaz, échapper ji ce soutenir? a L'on prétend, disait-il, m'opposer à moi-raèrae. L'on veut que je me sois élevé ci-devant contre ce même papier-monnaie que je défends aujourd'hui... Voici mot a mot oi a réponse à M. Anson comme elle «st rapportée dans Je n° 48 du Courrier de Provence. »> Et il fait suivre le passage en question de son discours idu 1" octobrCj mais en ayant bien soin de supprimer les phrases où i! demandait qu'après avoirpris hypothèque sur les biens nationaux l'on fixât un délai pour l'échange du papier contre espèces sonnantes, délai auquel on ne aongenit pas le moins du monde pour les assignats. C'était là ce qu'il appelait citer « mot pour mot ».
Est-ce là la plus forte contradiction que l'on pût jeter à la tête de Mirabeau ? Ku y regardant de plus près :on constate que la croyance de Mirabeau en la toutepuissauce du nouveau papier-monnaie était loin d'être aussi sincère qu'il la faisait paraître aux yeux de l'Assemblée. Il disait aux députés qu'une des plus heureuses leonséquences de cet expédient serait d'alléger le poids impôts. Huit jours plus tard il écrivaitdans une note destinée à la cour : « Les dépenses du nouveau régime seront plus fortes que celles de l'ancien... La vente des biens nationaux n'estqu'un autre piège '.» Du haut de la tribune il relègue au rang des chimères toutes les
|i.5ô., et aussi dans U brochure de Du Pomt, Effi-ts des assignats «r le prix du pain par un ami du peuple, Baudoin, 1790, brocbure 4ont il l'ut donné lecture à l'Assemblée le lO Beptembre. i 29« note Ju G octobre 179n.
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stDÎstres prophéties que l'on fusait sur les dang assignats^Ao roi et ■ b nûte il conBe sa pen:^ la plus ~ ÏDtime: • Peol-on répondre do socoès des as^ignatsmoDBsîe? Je réponds bardiment qoe non *. > Et ponrtaot. lorHjo'on décide ane Doavelle émission de papier* monDAÏe jusqu'à coDcnrr«Dee de 800 millions, sous forme de billets \-aIaDt depuis eînquante livres, il se vaote à MaovilloD d'avoir patssamment contribué à ce résDltat : ■ C'est vraiment !à le sceau de la Révolotion, j'e$pèreque voQS l'aperce%Tez comme moi. ■ Sans s'abuser sur la valeur de ta décisioo qui Gxaît à 1300 millions la limite extrême que devrait jamais atteindre le chilTre de? assignats, il ajoute : ■ Quant aux suites, leur succès ■ est incalculable. La révolution pent sans doute encoreta avorter au profit de l'anarcbie ■ . C'est là une lueur qutfl éclaire Tens^mble de ses idées. Chaque possesseur d'as^fl signais, chaque acheteur de biens dn clergé, il TavaitT crié à l'Assemblée le 27 août, devenait un dérenseur de ]aM coDstitulioD. < Un intérêt bien entendu, répétait-il le 271 septembre,lie les égoïstes par leur fortune particulière au I succès de la révolution. » C'était là ce qui faisait dire à I un spirituel pamphlétaire: « Mirabeau, immortel Mira-" beau, c'est à toi à qui la France doit le décret des assi-' gnats ; les cultivateurs, les manufacturiers, les petitsi rentiers et les ouvriers en fout genre te regardent pour I toujours te sauveur de la France '. • C'était là aussi ce-l que sentaient les Jacobins, lorsqu'ils se proclamaient 1 pleinement d'accord avec le pécheur repentant. Être contre les assignats, disait Barnave, c'est, être contre la Révolution. Les assignats, s'écriait Duport, nous donneront le bonheur de voir tous les Français unis « jurer i
' 21* note, dn i*' septembre 1790.
' L'Àiiemblée nationale, le comte de Mirabeau et la municipalUim lie Parti traités comme ils te méritent au sujet îles astignals.S\gaiM FnANyojB. Chez Roeé et Co. — De même Le Père Duchêne : achetei f ça pour deux sou», vous rirez pour quatre ; p. 5.
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' la paix sur l'autel de l'intérêt '. » A ce prix Mirabeau consentait que l'anarcliie se trouvât quelque peu mêlée au marché.
Une émeute dans les rues de Paris, dont la répression coûterait à Lafayette sa popularité, une guerre civile qui mettrait en armes les provinnes au proDt de la royauté, une surabondance de billets dont la facile émission devait attacher le profit de tous au succès de la Hévûlution, sans avoir égard aux conséquences anarchiques de la a peste circulante n, tels étaient les remèdes dont Mirabeau espérait encore le salut pour son pays atteint de la fièvre. On pourrait répéter à propos de Mirabeau ce qu'on a dit de Machiavelli, l'auteur du Principe et de V/lalie : u 11 ctierchait le salut de son pays ; pourtant l'état du malade lui paraissait si désespéré qu'il osait prendre sur lui de lui administrer du poison, B Mais une condition restait sous-entendue, c'est que ie patient se soumît de bonne grâce aux remèdes d'un docteur habile et énergique. Les charlatans devaient s'écarter de son chevet. En d'autres termes : un ministère fort, imbu de l'esprit de Mirabeau, guidé par ses conseils, devait saisir le gouvernail, pour mettre à profit soulèvements, guerre civile, anarchie, mais aussi pour eu triompher. La chute de Necker ébranlait le gouvernement tout entier. Mirabeau ne devait plus songer qu'à reconstruire l'édifice à son idée.
' Arch. p,iH., XIX, 30G, 321.