RAPPROCHEMENT AVEC LES JACOBINS
Mirabeau n'avait jamais renoncé à l'espoir de voir la décret du 7 novembre 1789 retiré. Le Courrier de Provence, au temps où il se trouvait encore sous sa direction, était à plusieurs reprises revenu sur cette néfaste décision '. Dans sa première note pour la coup, Mirabeau avait demandé s'il n'y avait pas Heu de s'y attaquer. Ses notes de septembre et d'octobre insistèrent encore sur ce point : k Le choix des ministres dans l'Assemblée nationale, y disait-il, est encore plus avantageux au royaume qu'à l'autorité royale. Le roi aura donc pour lui la justice, l'intérêt public, les véritables princi; les suffrages de tous les hommes éclairés. Vînt-on à échouer, les suites du refus retomberaient sur l'Assemblée. C'est à elle que tous les esprits sages imputeront les fautes d'un ministère qu'elle n'aura pas permis de choisir parmi les hommes qui ont acquis la confiance de la nation. Lorsqu'on ne peut pas obtenir le bien, l'avantage de faire faire une sottise est quelque chose'. «
[iipledanBlen''XGV[r,i ), du 13 eeptembre.
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Mirabeau dut alors sondpr ou faire sonder un certain nombre de députés, pour savoir s'ils étaient disposés à faire la sottise ', On a même trouvé dans ses papiers un long discoure qui, sans être de sa propre main, fut composé peu après le départ de Necker pour obtenir le rappel de la M loi funeste *. »
Cependant Mirabeau n'allait pas jusqu'à souhaiter I que le futur ministère fût exclusivement composé de ' membres du parlement. Clavière n'appartenait pas à LrAssemblée, et pourtant c'était lui, » l'auteur des assi- », un « travailleur jusqu'au prodige, une tête féiBonde ", qu'il croyait devoir désigner, après le départde ^ Neeker, comme élant l'homme capable de mener à bien Vamorlissement de la dette. C'était, là faire preuve d'un flair puissant et se tromper seulement de moment. Le futur ministre de la Gironde devait attendre encore un an et demi avant de réaliser son ancien rêve d'être l'administrateur des finances françaises. Pour le moment celles-ci passaient de plus en plus sous la gestion directe de l'Assemblée, Les autres places du ministère n'étaient pas à remplir, vu que les collègues de Neeker ■nontraient aucune disposition à suivre son exemple. [il est vrai qu'ils ne restèrent pas longtemps dans le ■doute sur l'instabililé de leur situation. Une terrible «meute de matelots à Brest, faisant pendant aux nomïireux soulèvements des troupes de terre, fournit une fpccasion favorable pour attaquer un ministère que l'on ■endait collectivement responsable de ce nouveau mal-
crois pouvoir inférer cette concloBion d'un discours prononcé ctobre par Du Pont nu club ijea J»cobin8 : i. Décret [ilu 7 no- \ 1789) contre lequel plusieurs tentatives, repousfées par le
nombre de r.JLSaemblée nationale.. Arcli. pari. ,\IX,73y. Cl-'ôiissi une allusion de Gower dans sa défiOche du 15 octobre (Bbowkino,
Ip.38).
< Luc** de Mo^^TlGNï, VllI, 126-149.
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An CM oô ron aormit obtenn le noaRal soohaité, le <ïh«mia qofs I'ôd avait à stuvre s«fflblut toot indiqué k Mirabean. Il mellait de côté sa propre personne, poar commencer toatau moÎQ». Il se croyait assaré. qaelle ({ne fiH»a place, de diriger à sa guise ie gouvememeat, »urtoat si l'on faisait appel à des membres de l'Asseoi- Itlée, Cela lut paraissait des plas facile si I'od avait ud niinistire jacobin, caril avait re^gné la faveur da club depiii» In bataille des assignats et l'humiliation du Châtulet '. Ottecombinaison ne lui semblait non plus offrir aucun danger [jour la cour; u Des Jacobins ministres ne itoront pa» des ministres jacobins, • pensait ce Sa connaisieurdu cœur humain. » Pour un homme quel j
in.
Lfi Murok au cutnto Uercy, 38 octobre 1790.
n oui, 171)11. M. de Mlrnbeau e'est rejoint
- BACODBt, 11^
171)11. M. de Mlrnbeau b' rr«ri>i it'Nrmni ilnn Jacobin», C'est u U oonstltulloii niipratirironl silreme Parlt ilu U «olobru I7D0. V. AuLtno,
lereredidernieràsi que tous lea aœia c , avec ptaiair ». Chronique dt La Société des Jacobini, 1, 303. .
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qu'il soit, unc! grande élévation est une crise qui guérit les maux qu'il a et lui donne ceux qu'il n'a point. Placé au [imon des affaires, le démagogue le plus enragé, voyant de plus près les maux du royaume, reconnaîtrait l 'insuffisance du pouvoir royal. Plus il serait Datte de consolider son ouvrage, plus il mettrait de soin à le corriger. Bientôt son parti, pour lui rester fldèle, se relâcherait de ses principes :.., sans le vouloir, sans ie savoir, il ne serait plus le même, » Mirabeau jugeait opportun de joindre aux meneurs du elub des Jacobins quelques membres du Club de 1789, ce qui supposait la réconciliation et la fusion des deux sociétés. Le tout serait aussi, selon son expression, plus « tempéré, » comme si l'on « mêlait de l'eau au vin. »
Si l'on ne pouvait espérer de faire rapporter le <iécrat du 7 novembre 1789, Mirabeau voulait à tout prix éviter que l'on reçût un ministère de la main de Lafayette. On se souvient que ce n'eût été là selon lui qu'un surcroît de puissance pour le maire « du palais, H et il n'avait pas tort en cela. Il nommait plusieurs personnalités prises en dehors du cercle immédiat de Lafayette, et dont les titres pourraient être examinés. Ce n'étaient pas des hommes « merveilleux ; » sur quelques-uns même il avait fort à dire, sur Rocharabeau notamment, qu'il pensait mettre hors d'état de nuire en conGant à ses épaules le poids écrasant du ministère de la guerre. Mais, à les prendre tous en bloc, ils lui paraissaient assez bons pour entretenir provisoirement la machine gouvernementale à condition que dans l'Assembtée ils s'entendissent avec lui. Sur ce dernier point il n'avait pas de craintes à avoir, s'il voyait se réaliir son espoir qu'à l'avenir, on accordât aux minis- ;res le droit de siéger et de parler à l'Assemblée tout moins lorsqu'il s'agirait de matière administra-
Pour le moment le plus impoptanl était que le roi prévint le coup préparé par les comités. Que Louis XVI renvoyât de suite les ministres et qu'il annonçât sans tarder à l'Assemblée oe renvoi, c'était là une manœuvre qui, dans l'état des choses, pouvait n'être pas sans profit pour la royauté. Céder sans paraître obéir, voilà, dans les temps de faiblesse, quelle doit ôtre la politique des gouvernements. Pour le moment Mirabeau ne voulait pas qu'un décret de l'Assemblée pût créer un précédent. 11 craignait que l'Assemblée n'acquît par là une certaine action sur la nomination des nouveaux ministres. Sans doute on avait l'exemple de l'Angleterre où l'on ne craignait nullement de telles conséquences. Mais Mirabeau se refusait à conclure de l'un à l'autre: « Que dans un royaumedont la constitution estafferraie, oîi l'autorité royale a une base inébranlable, l'opinion publique un cours déterminé, et le pouvoir exécutif de grands moyens d'influence, le pouvoir du corps législatif de demander le renvoi des ministres soit regardé comme un droit, je n'y trouve presque aucun inconvénient, et un tel pouvoir est fondé sur les véritables principes.... Mais que ce droit soit réclamé dans un temps de révolution, et lorsque les tètes, étiint exaltées, peuvent tout entreprendre, qu'il soit exercé dans un État divisé en factions, où rien n'est encore complètement organisé, où l'autorilé royale n'a que les plus frêles appuis, j'y vois le germe des plus grands maux. »
Quinze mois auparavant, aussitôt après la prise de la Bastille, ce même Mirabeau, en invoquant expressément les coutumes anglaises, avait voulu entraîner l'Assemblée a demander le renvoi du ministère Breteuil- Foulon. Mais alors il n'existait qu'une première brèche dans les murs de la monarchie. Maintenant elle avait à craindre pour ses derniers retranchements. Alors c'était le chef de l'opposition qui parlait. Mainte-