BAPPROCHEMENT AVEC LES JACOBIN
nant on avait affaire au Meotor secret de la royauté, chargé de lourdes responsabilités. Tout ce qu'il y avait de changé dans les temps et dans la propre situation du personnage se trouvait exprimé par nette contradiction entre le Mirabeau de 1700 et le Mirabeau de 1789.
Lorsqu'il faisait ainsi parvenir ses conseils aux Tuileries, Mirabeau se trouvait dangereusement atteint par une colique bilieuse. C'était de son lit qu'il dictait à son secrétaire ; il se sentait n moribond », ainsi qu'il l'écrivait à Reybaz. Néanmoins il eut la force de se lever pour assister à la séance du 19 octobre, où Menou devait faire lecture, au nom des quatre comités, de son rapport sur les événements de Brest. La cour n'avait pas donné signe de vie, Marie-Antoinette ne pouvait abjurer sa méfiance à l'égard du fougueux conseiller de la royauté. Elle se trouvait blessée par le discours qu'il avait prononcé sur l'enquête du Chàtelet, et pourtant il avait fait tout ses efforts pour mettre d'accoid ses intrigues passées et ses services présents '. Elle était révoltée de lui voir recommander un ministère de Jacobins, car ceu.K-ei ne cessaient de l'attaquer elle-même avec la plus extrême violence, comme étrangère et comme ennemie du peuple. Aussi n'avaît-on pas remué un doigt, soit pour provoquer le retrait du décret du 7 novembre 1789, soit pour feiire sentir aux ministres que leurs services avaient cessé d'être utiles.
De toute façon d'ailleurs le rappel du décret eût été chose fort incertaine. Mirabeau fut édifié à ce sujet parles nombreuses protestations de ses collègues. 11 n'y eut pas jusqu'au rapporteur Menou qui ne trouva moyen de dire : " Un déi;ret exclut du ministère les membres de cette Assemblée ; il doit être maintenu ;
' Arneth, p. 139.
2Si l,A VIE DE MlnABEAU
c'est le palladium de la liberté. » Menou fut soutenu par la droite oomme par la gauche. Le ci-devant marquis de BouthilJier rappela que o des prétentions trop annoncées avaient provoqué, dans le temps, ce sage décret, » et déclara que demander illégalement la retraite des ministres serait faire le prenaier pas vers son abrogation. Brevet, qui, tout au contraire était fougeux partisan de cette démarche, ne s'en déclarait pas moins pénétré de la sagesse du décret et prêt à le confirmer vingt fois, s'il se trouvait dans l'Assemblée « quelques ambitieux dévorant en espérance des emplois dans un ministère à venir. » Barnave et l'abbé Jacquemart, ces deux antipodes, se trouvaient là réunis, a Ne vous exposez pas, disaitcelui-ci, à perdre le fruit de ce décret mémorable ; gardez-vous de donner lieu aux soupçons odieux. * « Ce décret, proclamait Biirnave est immuable ; chacun sait au fond de son cœur que nous n'en reviendrons jamais. B
Il ne fallait donc pas songer à toucher « au palladium de la liberté. » Si l'on constituait un nouveau ministère, on ne pouvait en chercher les éléments qu'en dehors de l'Assemblée, parmi les a amis de la Constitution. » Le rapporteur s'en tenait pour assuré ; il ne considérait pas comme tels les possesseurs actuels du pouvoir. Les événements de Brest, déclarait-il, avaient conduit les quatre Comités à examiner l'ensemble de la situation intérieure du royaume, et cet examen leur avait fait reconnaître que les agents suprêmes du pouvoir exécutif manquaient ou de la force ou de la bonne volonté nécessaire pour assurer l'exécution des décrets rendus et le maintien de l'ordre public, Comme conclusion, Menou proposait que le président se rendît auprès du roi pour lui représenter que la défiance du peuple à l'égard des ministres s'opposait à la paciGcation du pays et à l'achèvement de la Constitution.
Kq!