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de belles paroles. Alors que le minislre ne pouvait abaolumenlpas se passer de l'appui de la banque, un arrêt du Conseil avait de nouveau retardé la date à partir de laquelle ses billets devaient cesser d'avoir cours forcé. De là l'indignation de Mirabeau. Il avait préparé un travail sur la situation de la Caisse d'Escompte, et il exigea que les directeurs et les commissaires lui répondissent par des explications. Cependant il renonça provisoirement à poursuivre sa campagne ; le tragique événement du 22 juillet fut, si nous l'en croyons, la cause de ce dèsislement. En ce jour le ministre congédié Foulon et son gendre Berthier Turent massacrés à Paris comme ennemis du peuple, sans qu'il eût été possible à Lafayette el à Bailly de les sauver. Dans ces circonstances Mirabeau ne voulut pas signaler de nouvelles victimes â la vindicte publique. Dans les Lettres à »es commettants il montra qu'il fallait combnttre les abus bien pluttM que les personnes; «celles-ci, d'ailleurs, ajoutait-il, il ne faut pas les Faire pendre puisqu'il s'agit de les faire payer. »
D'un autre côté Mirabeau combattit la proposition deLally-Tollendal, qui voulait que dans une proclamation on exhortât le peuple, en invoquant s l'amour paternel » du monarque pour ses sujets, h respecter l'ordre et la paix, et que l'on déclarât mauvais citoyou quiconque se laisserait aller à prevenir les arrêts de la justice. Quelques semaines auparavant, Mirabeau avait lui-même fait une motion toute semblable. Mais aujourd'hui, alors que l'Assemblée venait à peine d'échapper au danger d'être dispersée paf les baïonnettes, il ne lui semblait pas opportun d'endormir la nation dans une trompeuse sécurité. D'ail leurs, il jugeait que d'éloquenles paroles n'étaient pas des armes suffisantes pour arrêter les violences delà populace. 11 ne retenait qu'une seule partie de la proposition de Lally-Tollendal, celle qui visait à autoriser les nouvelles municipalités, dès qu'elles
■ EFFONDltEMENT DU OODVEHSEHE.VT
auraient été orgnnisées, à créer sur le modèle de la garde nationale parisienne de solides milices bourgeoises. Mais, entre les mains de Mirabeau la proposition de Lally-Tollendal était modifiée de fond enromblo. Mirabeau ne voulait pas que l'on attendît, pendant des mois peut-être, la dérision que prendrait l'Assemblée au sujet de l'organisation municipale. Il voulait que l'on accordât aux communes le droit de se donner, aussitôt que possible, une nouvelle et solide administration. L'Assemblée leur fixerait simplement quelques règles qu'elles seraient tenues d'observer, telles que fusion des trois ordres, liberté électorale, renouvellement périodique des raagistrals municipaux : pour le reste, on tiendrait compte des nécessités locales. « Les petits moyens, avait-il dit en répondant à Lally- Tollendal, compromettent inutilement la dignité de l'Assemblée, n Ce qu'il proposait, lui, ne pouvait certes pas être qualifié de pelit moyen. Sa motion trouva des partisans, mais aussi des adversaires acharnés. Lally, irrité de ce que Mirabeau cherchait à transporter les débats sur un autre terrain, lui cria: « On peut avoir beaucoup d'esprit, de grandes idées, et cependant être un tyran ; » et jamais il ne lui pardonna d'avoir combattu sa proclamation '. Monnier loi demanda s'il voulait autoriser toutes les communes du royaume a à se municipaliseràleur manière, » ce qui revenait « à créer des États dans l'État et à multiplier les souverainetés. » Mirabeau ripostajeta dans la discussion l'exemple des États-Unis d'Amérique, ce qui était hors de propos ; mais il ne put empêcher le vote de la proposition Lally, qui fut, selon sa prédiction, un coup d'épée dans l'eau.
Dans sa propre motion, Mirabeau avait eu surtout Paris en vue, Paris où se préparaient des changements
' Cf. ISémoirs de M. le comte de Lally-Tollendal ou seconde leltre à M(comme»ati(î, janvier 1790, p. 86.
dont il espérait bien tirer un profit personnel. Jusquelà les Électeurs parisiens avaient usurpé un pouvoir qui ne leur appartenait pas, et que, sous la pression de la nécessité, on avait dû leur reconnaître. Ils avaient pris en main l'administration municipale, nommé une commission permanente, élevé Bailly et Lafayette à leurs postes d'honneur et de danger. Dans les districtsde la capitale le mécontentement contre cette autorité qui tenait ses pouvoirs d'elle-même était d'autant plus grand que Ton trouvait très faible la conduite des Électeurs en face de la populace déchaînée. On demandait que l'Assemblée des Électeurs fût dissoute, maintenant qu'avec la fin des élections pour les États ses pouvoirs avaient perdu tout fondement légal. Les districts désiraient qu'il leur fût à eux-mêmes permis d'élire librement un conseil municipal souverain ; Bailly était plutôt d'avis qu'on les autorisât à élaborer un plan provisoire d'administration municipale. Mirabeau était au courant de ces dissentiments ; il y avait fait allusion au cours de la discussion et n'avait pas ménagé Tassembléedes Électeurs. 11 lavait conclu en proposant d'envoyer un député dans chaque district pour mettre fin aux dissentimentsactuels et provoquer l'élaboration d'un projet d'administration municipale à l'usage de Paris ^
Sans aucun doute Mirabeau se ménageait là un énergique moyen d'intervention. Déjà, peu de temps auparavant, on avait considéré dans son entourage
* Arch. nat. C, § 1, 211, carton 15, écrit de la main d'un secrétaire : « Envoyer vers chaque district un député qui lui propose des moyens de correspondance continuelle entre tous les districts pour établir incessamment et dès demain un comité chargé non seulement des travaux qu'exige Tadminiçlration journalière de la ville de Paris, mais encore préparer pour la capitale la constitution d'une municipalité, signé: le comte de Mirabeau, 23 juillet 1789». — Dans le même carton se trouve un amendement de Camus, proposant que les députés de Paris se constituent de suite en comité, « que M. de Mirabeau y soit joint et que le comité propose ses vues à PAsserablée générale. »