‹ La vie de MirabeauChapitre 4 sur 51 · EFFON'DREMBM DC GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

EFFON'DREMBM DC GOUVERNEMENT

qu'il pourrait être le compétiteur heureux de Bailly, s'il consentait à se prôsenler aux Électeurs pour la mairie de Paris. Peut-être serait-il arrivé ainsi simplement à se faire des partisans nombreux dans les districts. Le peuple le connaissait et l'aimait. Lorsqu'en compagnie de Dumont i! alla visiter, deux jours après la prise de la Bastille, le théàlre de l'événement, la foule lui jeta des fleurs et chargea sa voiture des livres et dea manuscrits que l'on avait trouvés derrière les sombres murailles. S'il était advenu que Bailly se démît de ses fonctions et que Mirabeau eût reçu le titre de maire de la nouvelle municipalité, son influence aurait été sans doute immense aussi bien sur le gouvernement que sur le peuple. Sa situation aurait été bien plus considérable que s'il se fût élevé par la faveur d'un ministre, voire même d'un régent. L'on affirma qu'il visitait do.nuit certains districts, pour préparer la réussite de ses projets, et lui-même jugea nécessaire de protester publiquement contre ces assertions', lin tout cas, s'il avait sérieusement espéré que la constitution d'une nouvelle municipalité pourrait amener la chute de Bailly, il fut vite détrompé.

Cependant les intelligences qu'il avait nouées avec les Parisiens ne lui étaient pas inutiles. A la fin de juillet, il sut encore les mettre habilement à profit, à propos d'un incident qui passionna tous les esprits. Un des personnages les plus odieux à la masse du peuple était le baron de Besenval, qui, au moment de la prise de la Bastille, commandait les troupes cantonnées au Champ-de-Mars. Le roi l'avait autorisé à se réfugier dans sa patrie, en Suisse, mais on l'avait arrêté en chemin, et sans l'intervention de Neckeril eût été ramené dans la capitale, où très probablement il aurait

* BAiLtï, Hi'moiret, II, 15i. — Rapprocher une lettre de Mirabeau puhlii^e par Lociurr, SIémoiret pour servir ù l'histoire de l'aimile 1789, 11!, an.

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partagé lesorl de Foulon et Berlhier. Necker cependant désirait pouvoir Taire plus encore pour son cooclloyen, en obtenant sa mise en liberté ; lui-même aurait pris ainsi, dès son retour, le rôle de conciliateur et de paci- Ocaleur '. Grisé par l'enthousiasme qui l'avait Bccueîlli durant tout le cours de son voyage de retour, il se rendit le 30 juillet à l'Hôtel de Ville et, par une allocution pathétique, entraîna l'Assemblée des Électeurs, comme celle des délégués des districts, à décréter la mise en liberté de Besenval. L'Assemblée des Êlecleurs, enlevée par un discours de Clermont-Tonoerre, proclama de plus, au nom de tous les habitants de la capitale, une amnistie générale, qui devait être publiée à son de trompe dans tout le royaume. Bailly avait déjà considéré l'intervention de Necker en faveur de Besenval comme une démarche imprudente. Or le fait que rAssemblée des Électeurs, qui a n'avait jamais été, depuis l'élection finie, qu'un club de particuliers sans pouvoirs S 11 profitait de l'effervescence du moment pour usurper des pouvoirs supérieurs, ne laissait pas de présenter de plus grands dangers et de contre-baiancer l'heureux effet de l'allocution de Necker-

Par le fait, celui-ci dut reconnaître avec douleur qu'il lui fallait désormais renoncer à diriger tes esprits. Sa populariié reçut une atteinte des plus sensibles, et il ■ a toujours affirmé que Mirabeau avait le plus contribué à lui porter ce coup. En faisant plus tard un retour sur ces événements, il l'appelle » tribun par calcul, patricien par goût ; ■> sa fille va plus loin encore, et oppose Mirabeau, le moderne i Galilina, * à Necker, le « Ci-

' Les Archivet d'État de Zurich (T. 8. Th. 2; et les Arch. d'Èlat de Berne {Acief du conseil lecreL : service des Suisses eu France, de 1789 à 1792) contiennent tou'.e une correspondance avec Necker à l'occasion de cet incidenl, iiui complêle les mémoires de Bsilly, Besenval, Ferriéres et d'autres.

' Courrier de Provence, N° .\X1, p. 27.

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céron » de son lemps. En réalité Mirabeau vit sur le champ le profit qu'il pouvait tirer de l'Incident; il courut à Psris, décida un district connu pour son énergie à casser les arrêts pris à l'Hôtel de Ville, et l'exemple de ce district fut suivi par tous les autres. Toute la conduite de Mirabeau à l'Assemblée nationale, où la chose vint en discussion le jour suivant, eut pour but de rendre plus complet l'échec de Nenker. Peu lui importait d'examiner si l'arrestation de Besenval avait eue un caractère légal. Il montra que l'Assemblée même n'avait pas le droit de décréter une amnistie. Il ne voulait pas se prononcer sur la question de savoir si, dans l'avenir, le droit de grâce devrait appartenir au monarque, mais il attaqua plus violemment encore qu'il n'avait fait jusque-là ces Électeurs qui, tout excellents citoyens qu'ils fussent, n'en continuaient pas moins, parleur usurpation, àentrelenir la fermentation dans Paris. Sans doute ils venaient enfin d'obéir à sa sommation de laisser la place aux représentants des districts. Ils avaient même, par crainte de conséquences fâcheuses, modifié le décret d'amnistie qu'ils avalent imprudemment rendu. Mais, soit qu'il n'eût pas encore connaissance de toutes ces nouvelles ou qu'il ne voulût pas les faire connaître, Mirabeau, soutenu par Prieur, Rewbell, Robespierre, Barnave, n'en réussit pas moins à triompher de Mounier, de Lally-Tollendal, de Garât, ^tplus encore deNecker, qui subissait un échec en voulant, dès sa rentrée en charge, faire preuve d'autorité personnelle. Lorsque, plus tard, l'innocence de Besenval fut reconnue, cela n'eut qu'unti importance insignifiante pour le développement général de la Révolution. Mais s'il eût alors recouvré sa liberté par l'intercession de Necker, ce triomphe du ministre aurait eu une grande valeur comme symptôme de sa puissance.

Cette escarmouche eut un épilogue au cours duquel il fut permis d'entrevoir les menées souterraines de Mi-

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rabeau. Le 1'" août le député Regtiault pro]tosa de décider qu'aucun mpmbre de l'Assemblée ne pourrait, sans une mission officielle, se rendre dans un district ' parisien. Mirabeau relova le gant, et déclara que I l'honneur d'un représentant du peuple était intéressé à ] ce qu'il ne se désistât d'aucun de ses droits, d'aucun ses devoirs do citoyen, .\lois que les Parisiens étaient à l'œuvre pour élaborer une constitution municipale, et comptaient sur te concours de Steyès, Montmorency et ■ autres députés domiciliés à Paris, la motion inconsi- ' dérée et funeste de lîegnault voulait interdire toutes relationsde ces députés avec leurs concitoyens. Mirabeau, d'abord fréquemment interrompu, réussit néanmoins ^ à se faire entendre et développa toutes ces raisons avec véhémence et avec bonheur; personne n'osa se ranger ' à l'avis de Regnault. Celui-ci n'eut même pas le courage j de répliquer à Mirabeau.

Mirabeau ne se laissa donc pas intimider ; et sa po- 1 sition dans l'Assemblée n'en fut désormais que plus forte. Mais ses vues ambitieuses ne l'avaientelles pas entraîné à commettre des actes, à prononcer des paroles peu compatibles avec son dessein avoué de faire rentrer dans un lit tranquille le torrent déchaîné de la Révolution? Lorsqu'il criait à Hegnault: « Le véritable ami do la liberté n'obéit jamais au\ décrets qui le ' blessent, de quelque autorité qu'ils émanent, t n'y avait-il pas là un appel ambigu de démagogue aux passions les plus violentes, appel doublement dangereux dans un moment où chaque opprimé, où chaque mécontent se trouvait enclin à revendiquer pour lui-même, au nom de la liberté, le droit sacré à l'insurrection?

On reconnaît de même du premier coup le démagogue dans la Dix-neuvième lettre de Mirabeau à ses commettania, la dernière de la série, celle après laquelle parut un nouveau Journal intitulé Courrier Provence, suite des Lettres du comte de Mirabeau à ses '

CHAP, II. — tVTIJNDHKMUXT I>i: tiOUVIilINUMEST i)'.l

commettants. Dès la onzième lettre, Mii-nbeau s'était déohai-gé du soin de la rédaction sur Dumont et Du Roveray. Durant les journées qui avaient précédé et suivi la prise de la Bastille, il s'était trouvé trop occupé de divers côtés pour se soucier de publier une relation minutieuse des événements. Il remit ce soin à Dumont. et celui-ci, pour approcher le plus possible de la vérité, 80 rendit à Paris. Une fois arrivé au théâtre des événeracnls. l'hotinète Genevois fut tout déconcerté par la quantité de récits dilTérents qu'il recueillit. Il eut beaucoup de peine à parvenir à des conclusions certaines sur divers points tels que la prétendue trahison du gouverneur de la Bastille de Launay, et il s'exprima là-dessus avec autant de circonspection que possible. Mais Mirabeau corrigea le brouillon de son secrétaire. Cette dix-neuvième lettre laissait facilement reconnaître la main de Mirabeau non seulement dans les quelques lignes consacrées au souvenir de son père, non seulement dans l'audacieux travestissement d'un discours de Mounier ', mais aussi dans la manière dont étaient jugés en leur ensemble et le soulèvement du peuple et les actes sanguinaires qui l'avaient accompagné.

Mirabeau avait de bons motifs pour croire à un complot delà cour. Il considérait comme absolument certaine la trahison de Launay. Lorsque des diplomates expérimentés, comme Mercy et Dorset, rédigeaient dans ce sens des rapports à leurs gouvernements respectifs ', l'on ne psut reprocher à Mirabeau d'avoir ajouté foi, lui aussi, à l'immense voix populaire. Il pouvait paraître plus périlleux d'excuser « la colère du peuplCj ■» dont l'explosion barbare s'était manifestée par

' Cf. L. de Laniac du i.AnotiiE, J. J. Mouniei; Paris, Pion, 1887, p. lOlî.

* FuHMËRMONT, Relulians inédites de la prise de ta Bustilte. Paris, I Piosrd,1885.

LA VIS DB MIRABEAr

quelques horribleâ exemples, en ta meltant en contraste avec « le ^ang-froid atroce du despotisme. » Mais quoique une telle absolution ressemblât de bienprèsà un encouragement, n'était -il pa? juste de dire : • On méprise le peuple et Ton veut qu'il soit toujours impas- l sible? n Le jugement que porLait Schlœzer, dans le si- \ lence de son cabinet de travail, n'était-il pasidentique? « Peut-on s'imaginer une Révolution sans excès ! On ne ' guérit pa3 les cancers avec l'eau de rose. Lors même que du sang innocent aurait été répandu let les victimes certes ont été infiniment moins nombreuses que celtes dont Louis XIV. ce despote conquérant, a semé l'Europe au cours d'une seule de ses iniques campagnes), et bien ! ce sang retombe sur votre tète et sur celle de vos infâmes instruments, ô despote qui avez rendu cette révolution nécessaire ! » tlt dans la Dix-neuvième Lettre de j Mirabeau à sex commetlants, quelques pages plus loin, voici des paroles qui forment un complément néces- J saire des observations sur la colère du peuple: « La société serait bientôt dissoute si la multitude, s'accoutumant au sang et au désordre, se mettait au-dessus des magistrats et bravait l'autorité des lois : au lieu de courir à la liberté, le peuple se jetterait bientôt dans l'abîme de la servitude; car trop souvent le danger rallie à la domination absolue, et dans le sein de l'nnarcbie un despote même paraît un sauveur, a Le fougueux démagogue était tenu en bride par l'homme d'État perspicace. Et cet homme, qui avait eu ainsi la vision de Louis XVi montant à la guillotine le 21 janvier 1793, eut aussi celle du despote a sauveur " Bonaparte victorieux le 19 brumaire 1799.

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