CHAP. X, — RAPPROCREMEST AVEC LES JACOBINS
Les orateurs de la droite furent loin de prendre avec ardeur ta défense des ministres. Cazalès leur reprocha d'avoir laissé s'établir le « despotisme de l'Assemblée. » Mais précisément parce qu'il ne voulait pas risquer l'accroître encore cette puissance de l'Assemblée, il 'opposa, ainsi que ceux de son parti, à ce qu'on exerçât une pression sur le roi. Comme les hommes de la couleur politique de Malouet jugèrent aussi cette pression inadmissible, coname Lafayette, ne sachant s'il gagnerait au renvoi des ministres, resta neutre, la proposition des quatre comités se trouva mise en minorité- Elle échoua le 20 octobre, mais la majorité qui l'écarta futseulement d'une vingtaine de voix. Personne ne put considérer ce vote comme une victoire. Les ministres eux-mêmes ne se firent pas illusion sur la faiblesse de leur situation. Dans les clubs, dans les sections, dans la presse, on se déchaîna contre eux. Quatre d'entre eux. olTrirent sur-le-champ leur démission au Mais il n'y en eut qu'un seul, le ministre de la
arine, surtout atteint par les débats auxquels on
mait d'assister, qui dès la fin d'octobre abandonna ?a charge. Sans doute son successeur I-'leurieu lut pris sur la liste dressée par Mirabeau ; celui-ci eût néan- -inoins préféré un autre choix, car il tenait Fleurieu bour un partisan de Lafayette.
La royauté reçutdans cette alTaire une grave atteinte. Au lieu de renouveler spontanément le gouvernement dans un sens conforme aux désirs du peuple, le monarque te laissa s'émietter intérieurement, sans oser faire d'un coup place nette. Déjà certains organes de l'opinion publique allaient jusqu'à demander s'il était juste .que la volonté d'un seul s'opposât à la volonté de tous.
Ou il faut ressusciter le despotisme », disait Brissot ians sa section, » ou il faut que le délégué cède à son
uverain, au peuple qui a parlé '. » Il n'était pas pro-
• Courrier de Provence, N" ccx.
bable que le roi résistât biea longleorips à cette p Or, après quelques semaines d'hésitation, il se décidait à renvoyer les ministres restés à leur poste malgré tant d'allnquea, sa dignité en aérait profondément atteinte. Ce qui, auparavant, eût été regardé de sa part comme m acte de condescendance tout spontané ne serait pli que soumission imposée
Mirabeau avait prévu tout cela, mais c'est en vai qu'il avait insisté pour que l'on prît des résolutions viriles. Irrité du peu de cas qu'en haut lieu l'on faisait' de lui, il était décidé, sans toutefois laisser de côté l'intérêt de la cour, à songer aussi au sien propre. Pour cela il voulait se conformer le plus possible aux désirs du parti radical, ce qui, d'ailleurs, avait l'utilité incontestable de faire tomber tous les soupçons anciens ou nouveaux dirigés contre lui, quelque bien fondés qu'ils fussent. C'est laque tendit sa conduite dans l dernières journées d'octobre. Le premier jour où s'ouvrirent les débats sur les événements de Brest, il se fij remarquer par ses nombreuses interruptions, qu'i) dirigea surtout contre Cazalès. Le lendemain, s' prit pas la parole pour combattre les ministres, il vota du moins contre eux au scrutin nominal. 11 se rendit 1»' soir aux Jacobins, où il apprit que l'on voulait organiser dans tout le pays un vaste pétitionnement contre chacun des ministres en particulier, et fut longuement applaudi lorrfqu'enchérissant encore, en apparence. les plus violents orateurs du club, il conseilla de laisser, simplement les incapables détenteurs du pouvoir suc-j comber à leur propre faibless moyen d'amener leur ruine '.
' Oq trouve le récit do Bacourt ci doonp G. A. VON Halem : B'iffci; uufei «iid Prankreichs bei einer Ueise vcm
, car c'était là le plus sûc
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lakr 1790. Hamburg. 1791, It,
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lui chu cbola : « Pointd'argeut, point de Miraliea
mte-t-il (p. 5ffl
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CtrAF. X. RAPPROCHEMENT AVEC LES JACOBINS 2o7
L'occasion tant désirée de se montrer de nouveau comme un fougueux et intraitable révolutionnaire s'ofTrit à Mirabeau le jour suivant. Mettant à profit les troubles de Brest, les quatre comités avaient demandé qu'on substituât, pour la tlotte de guerre comme pour les troupes de terre, le drapeau tricolore au pavillon blanc jusqu'alors en usage, La droite vit là un outrage l'ait à cet antique symbole de la gloire française connu sur toutes les mers. Un de ses membres, le marquis de Foucault, appela !a bannière tricolore un « hochet pour des enfants «, et reprocha à l'Assemblée de vouloir « suivre la mode ». Alors Mirabeau éclata, furieux, mordant, foudroyant, comme on ne l'avait pas entendu depuis longlerap3.il prédit aux nouvelles couleurs nationales qu'elles se feraient respecter du monde entier, et appela les autres, pour lesquelles des conspirateurs seuls pouvaient s'enflammer, lescouleurs de la contretévolulion. 11 laissa entendre que le mépris des trois couleurs, quelques semaines auparavant, aurait dû entraîner la peine de mort. Continuellement interrompu par les vociférations et les clameurs indignées de la ,droite, il lui cria d'une voix menaçante, aux acclamaitions de la gauche, qu'elle ferait bien de ne pas s'enidormir dans une sécurité trompeuse, car son réveil se- ■ait terrible.
Le tumulte fut à son comble, lorsque, entendant ces iparoles, Guilhermy, un noble d'ancienne roche, donna libre cours à son emportement. On assura qu'on l'avait intendu traiter Mirabeau de a scélérat » et d' h asisassin » ; on punit cet éclat en lui inlligeant trois [ours d'arrêts parlementaires. Mirabeau fut indemne. Pendant la séance on avait jeté par les feni>tres, au
uple assemblé dans la rue, des billets qui l'engageaient sans déguisement à venger son favori qu'avait outragé l'incorrigible aristocrate. Après la séunce les
tBuilles radicales, quotidiennes et hebdomadaires, furent Stehs, Mirabeau, II. 17
, TIB DB Mm A BEAU
remplies d'éloges à l'adresse de leur « divin Mira* beau'. » Le peintre Boze venait préciséraent d'achever un lableau où se trouvait représenté, entre les figures allégoriques de la France et de la Vérité, l'image pleine de vie du grand orateur. On lut aven joie dans le Monileiir que l'on pouvait souscrire pour la reproduction litliographiée de co portrait. Quel était le <t bon patriote a qui nese croirait pas obligé de s'assurer ainsi un souvenir du « célèbre député ? » Quant à penser que le « célèbre député » eût lui-même rédigé l'arlicl' du Moniteur, cela ne pouvait certes venir à l'idée d'ai cun de ses admirateurs ',
Mirabeau ne tarda pas à fournir des prétextes encoi plus légitimes à son apothéose. Lorsque fut portée plainte, le iJO octobre, contre des orficiers de la garnison de Belfort qui s'étaient attaqués à de paisibles citoyens au cri de «. Vive le roi ! h bas la nation I » il obtint une aggravation du décret qui était en délibération. Les gens qui prétendaient traiter les couleurs nationales comme un hochet d'enfant devaient appreudre, s'écria-t-il, qu'une révolution n'était pas un ji d'enfants.
Le 'fi novembre, Mirabeau continua sur ce ton agre sif. 11 s'agissait des plaintes qu'apportait une députation corse contre deux des députés de l'île, dénoncés comme de mauvais patriotes et des aristoorates. L'un était ce Buttafuoco, que Mirabeau avait pour la première fois appris en Corse à connaître et h estimer, l'autre était l'abbé Peretti, avec lequel il n'avait pas de relations person-
îe
1 Cf., outre les Arch. pari., et Ibb Ràool. de France, n° 49, les « piers d'un émigré, Ictlrea et notes extraites du portereuille du bars de Guilhermy •. Parie, Pion. 1880, p 21.
' Sur le portrait de Boza : Mémoires, journal et souvenirs de SlnnUUa Girnrdiffl.UI, 13, et Lucas de Montîonï, vui, 511, — Cf. l'arlioW du Noniieiir du 23 octobre 1790, le Journal de Paris 1790, 13 noven-^ bre, supplément. Pour l'attribution h. Mirabeau, voy. Plan, p. 87,
.VEC LES JAtîOBIKS 239
nelles. La droite s'éleva violemment contre la démarche des électeurs de Corse. Il y eut une scène de désordre, au cours de laquelle Maury dut précipiter de vive force en bas de la tribune un de ses adversaires qui lui disputait la parole. Mirabeau demanda sur ceg entrefaites à lire deux lettres de Peretti, dont le contenu justifiait les plaintes dressées contre lui. C'était un compatriote
le Peretti qui lui avait passé ces documents. La droite
,e se posséda plus. Ses imprécations et ses insultes déchaînèrent à nouveau la colère de Mirabeau '. 11 tourna en dérision l'impuissance de ses adversaires, réduits à recourir à des libelles dilTamatoires, tandis qu'il avait « des phalanges » à la disposition de son parti.
Du moment que l'on en venait à faire appel à la force brutale de la multitude, personne ne pouvait s'étonner que le peuple, même sans qu'on l'y invitât, saisît l'occasion (le se poser en vengeur de ses alliés. On en vit iUn nouvel exemple dans la première moitié de novem-
ire, lorsque Charles Lameth eût été blessé en duel par fils du maréchal de Gastries. Depuis quelque temps
.es adversaires de la Révolution semblaient avoir pris [pour système de provoquer en combat singulier les
.hefs de la gauche. Mirabeau était résolu à ne pas ren-
' L'ouvrage oublia, mais très remarquable, intitulé: « Bruchstiicko
I ans dBn PapiiireQ einaa AugeDzaugeo Liod uaparlp.iischea Ueobaoh-
fers der franziiiischen Révolution >> 179i, a. I. p. 153 (ilenxième édi-
tioa corrigée, aam le titre « Luoifer oder gereinigte Beîtriii^e zur
Gesctiichlcder Tranzâsiscben Revolutioa ». Erster Ttieil. 1797, a. 1.,
, contient l'atllrmation que Peretli « chercha i. planter un'
j.Blïlet dans le dos de Mirabeau ■>, el qu'il l'aurait lait « sans l'inter-
PYenlion de Reuboll qui Ib sépara de l'orateur ". L'auteur de ce livre
|jotéressaat est l'Alliimand Conrao Enceldsiit OËi.sibei; cf. mon
élude intiluléa << C. E. OËIaner'a Tagcbilsber und IJnet'c.Eme vergessene
lelle der Geschichte der franza^iscbea Révolution ». dans la Deul'
^feke Zeilichrift f'ir Gescliichlswissetiickafl, 1890. — La récit de G. A.
'. Halern, qui assistait à la séance, est conforme k câlul d'C£lsner.
« Perelli, dit-il, lira un couteau pour en frapper Mirabeau ». (L. c,
lll, 309).
;2W 1-A VIE DR MIRABRAV
dre de comptes sur ce terrain à ses ennemis politiques. On dit qu'il s'écria un jour dans l'Assemblée, s'ad sant à ses contradictoura furieux : « Messieurs, jai, toujours une canne pour les insolents et un pistoldÉj pour les assassins ». Lameth, après des provocation» plusieurs fois inutilement répétées, n'avait pas su gardei la même résolution, et sa blessure fit une impression' dans le public d'autant plus grande que l'on prétendi que l'arme de son adversaire était, empoisonnée. / matin du 13 novembre une multitude sauvage se précis pita en fureur sur l'Iiôtel de Castries, enfonça les port( et commença le pillage des appartements, sans qui Lafnyette, accouru trop tard avec la garde nationale, eiil pu s'y opposer. On cria même au générai qu'il y allaiii de sa lèLe, si un seul coup de feu était tiré '.
L'Assemblée nationale tenait sa séance du matin, quand elle fut informée de cette émeute, qui durait encore ; mais lorsqu'elle apprit que l'ordre était rétabli elle passa Outre, Dans la séance du Soir, pourtant, ell eut encore à s'occuper de l'incident. Une <léputation,i envoyée par un bataillon de gardes nationaux, réclamait de l'Assemblée un décret rigoureux punissant quiconque provoquerait en duel un représeniant du peuple. L'orateur de la députation ne s'abstint pas de fairft' des sorties contre Castries, Comme un tonnerre d plaudissements éclatait, un membre de la droite protesta en criant : « Il n'y a que des coquins qui applaudiS' sent, )> ce qui lui valut un emprisonnement de plusieurs jours. Cette sévérité fut le signal d'un nouveau tumulte, au cours duquel on se renvoya de part et d'autre des accusations haineuses. La droite reprocha à la gauch& de soulever le peuple et de l'exciter à des excès tels que le sac de l'hôtel de Castries, dont on venait d'être te-
' Staei : Carrapûndii ,
CIIAP. X. HAPTROCHtMIKT AVEC LES JACOBIKS 26Ï
'moîn. Au milieu de cette mêlée générale, Miralieau put enfin obtenir la parole. Malouet la lui accorda quand il eûtreçu de lui la promease qu'il voulait parler conire les
» agitateurs, et non pas en leur faveur. Soit que Mirabeau n'eût pas Tait loyalement celle promesse, soit qu'il ne s'en fût plus souvenu au milieu des interruptions qui accueillirent ses paroles, toujours est-il qu'il se laissa entraîner à une comparaison dans les règles entre l'indécence de l'Assemblée, qui n'accordait que trop d'indulgence m « une poignée d'insolents conspirateurs », et la conduite honorable du peuple, qui, même a dans les moments d'une fureur généreuse », tandis qu'il était occupé à détruire une « demeure détestée », n'avait pas toléré le moindre vol, et s'était montré respectueux de l'image du roi '. G'est en vain que la droite demanda qu'on ne laissât point impunie celte apologie d'une émeute de la rue. Mirabeau aorlit triomphant de cette journée. Lorsque, deux jours plus tard, il se laissa apercevoir tout au fond d'une loge à la Comédie française, — on reprenait ce soir-là le Brutus de Voltaire, qui soulevaitle même enthousiasme quesi c'eût été une pièce de circonstance, — le public n'eut pas de cesse ;que son favori ne se fût mis en une place en vue. Les <;itoyens voulaient, ainsi s'exprimait le Monûet/r, pouvoir contempler do près «un des plus intrépides apôtres de la liberté ».
L'impression générale que tous ces incidents d'oc- 'tobre et de novembre produisirent sur la reine devait ^fre on ne peut moins favorable. Quelle confiance pouvait inspirer un homme qui ne cessait, dans ses notes
* Cf., outre le récit de MaloueL danssea J/t'tnotVw (II, ■î). les ren ques criliques deSTAEiiTLEn, (11,346-313). Pour le discODrs qu'à 1' msion de l'incident Lamelb-Castries Miralieau prononga aux Ja
Ibias le soir dn 12 novembre, voy. G, A. von Hai.em (témoin t hirejjL. c, U,23i sqq.
secrèles, d'affirmer sod loyalisme, et qui. dii haut de' la tribune, applaudissait à l'iosurrection ! La Marek aussi ne manqua pas de faire entendre des plaintes amères. 1! était d'uilleurs bien loin de croire disparus les principes monarehiques de son ami. Mais il jugeai! difficile dp surveiller un " caraclère si impétueux ». de' le ramener dans le droit chemin « lorsqu'il s'êcrhappaits lui-m*>me », et de le maintenir quelques jours seule-1 ment dans la même direction. Il s'épancha à plusieurs*! reprises dans le cœur du comte Mercy. qui n'était plus à*' Paris depuis le commencement d'octobre. Mercy devait prendre part au congrès de L.a Haye, où il s'agissait de s'entendre sur les affaires de Belgique. La Marck regrettait d'autant plus son éloignement qu'il considérait le comte comme un auxiliaire indispensable dans le rôle dont lui-même s'était chargé entre la cour et Mirabeau. Celui-ci même recevait maintenant de fréquents reproches de son umî. Mais La Marck, quand il exhortait Mirabeau à se modérer, à quitter l'attitude de chef faction, à ménageries sentiments des Tuileries, avait beau l'assurer qu'il n'était Ik question que de sa et de sou bonheur, le tribun ne tenait guère compte di ces conseils.
Mirabeau chercliait par tous les moyens à se justifier^ 11 déclarait qu'en forgeant de sa popularité une arme à toute épreuve il avait conscience de rendre à la coui le plus grand des services. 11 suppliait que l'on distin' guùt entre son véritable visage et le masque dont il devait se couvrir pour garder la faveur si péniblement reconquise des radicaux. « Il faut dissimuler, disait-il, quand on veut suppléera la force par l'habileté ». S'il avait fiiit valoir le respect qu'avait montré le peuple pour l'imjige royale il voulait que la cour lui en tîûJ largement compte. Il prétendait que c'avait été ul acte d'habileté politique de montrer à toute la Franoi que même la populace de Paris savait distinguer entrtf^
CnAF. X. — BAPPROCHEMEKT AVEC LIS JACOBINS 263
ennemis et le monarque. S'il encourait un blâme Bpour avoir provoqué de nouveaux soulèvements par ses Iparoles incendiaires, il répondait qu'il ne croyait avoir leur ce chapitre rien à se reprocher.Tout au contraire, il jspérait que la masse des citoyens loyalistes serait leecouée de sa torpeur et se trouverait disposée à eor- L riger les vices de la constitution en fortifiant le pouvoir exécutif,
Mirabeau restait bien fidèle à son ancienne méthode en dirigeant encore toute la pointe de son argumentation contre Lafayette. « Ce profond politique et militaire consommé qui, avec quarante mille hommes ne peut pas contenir trente brigands, » serait l'homme, pensaitil, dont le cpéiiit perdrait le plus à de nouvelles scènes de pillage. Mais c'était précisément là ce qui était le plus à, souhaiter, h Les dangers présents du roi, mes craintes horribles pour l'avenir, ont-ils d'autre cause que l'exis- . tence de cet homme? — Veut-on tenter une seconde ibis les miracles de la Providence, en so fiant comme i Versailles, sur son courage et sur ses promesses ?,.. let homme qui voit en simple spectateur dévaster celte Uaison (l'hôtel Gastries) n'aurait ni plus de bonne vobnté ni plus d'inlluence, s'il fallait sauver le roi. n Si la * première partie de cet avertissement n'était pas juste, la seconde devait être une prophétie pleinement réalisée parle cours des événements. Certes, si quelque chose, aux yeux de la postérité, doit justifier Mirabeau de ses efforts ininterrompus pour renverser Lafayette de ce piédestal où il avait été élevé bien plus qu'il ne s'était élevé lui-même, c'est cette vue pénétrante qu'il avait de l'avenir. Il observait avec joie que de jour en jour le « héros des deux mondes n était traité avec plus de mépris par les feuilles radicales. On ne cessait de l'appeler le " sultan de Paris », le - Monk de la Révolution ». p Prudhomme lui portait un coup dangereux en faisant : le soupçon qu'il voulait, par une réorganisation
2C>i LA VIE DE MIRABEAD
des troupes de la maison du roi, créer un corps de n Janissaires », Mirabeau eût désire dresser contre Lafayette Charles Lameth, à qui sa blessure avait fait une immense popularité. A l'occasion des débats qui allaient s'ouvrir sur l'organisation de la force armée, et qui permettraient de discuter à fond les questions relatives au but et à l'ordonnance des gardes nationales, il pensait pouvoir mettre fin définitivement au pouvoir de Lafayetle. 11 voulait faire proclamer le principe d'incompatibilité entre les fonctions de député et do commandant de la garde nationale ; c'eût été comme une revanche du décret du 7 novembre 1789. « Je vous ai dit, écrivait-il à La Marck, que mon décret était convenu avec moi-même ; je détrône Lafayette au lieu de le dictaturcp u. En même temps il suppliait Reybaz H de lui faire son discours», car le temps lui manquait. « C'est moi, lui écrivait-il, qui ai institué les gardes nationales et c'est mon principal contingent dans cette grande révolution, mais, par le fait, je n'aurai qu'anarchisé le royaume, si je ne les organise pas. Je mets donc une très grande importance à paraître dans celte question avec toute la puissance du talent et de la raison, B Cependant il semble que Reybaz n'ait pas accédé au désir de Mirabeau, car celui-ci ne prit pas la pa* rôle.
11 n'en agit qu'avec plus de vigueur, en secret, contréij Lafayette. et se retourna vers la cour, où l'on faisait] encore difficulté de rompre avec le général. 11 joua sondernier atout en joignant au nom de Lafayette celui dfl la femme Lamotte, échappée jadis de la prison où elle' était renfermée, nom qui devait rappeler à Marie-Antoinette tout le scandale de l'histoire du collier. 11 y avait déjà un an, Mirabeau ne s'en cachait pas, qu'il avait vu cette intrigante, revenue impunément d'Angleterre avec son mari. Le désir de faire réviser le fa-' meux procès pouvait servir de prétexte au voyage. Eà<
CHAP. X. It.^rrnOCHEMENT AVEC LES JACOBIKS 265.
réalité, ce joli couple était rentré en France dans le but de se fflire acheter par la conr, au plus liaut prix possible, un libelle qu'il avait préparé à Londres sous le titre de Mémoires de Lamotle. Ils espéraient sans doute aussi servir d'instrument aux ennemis de haut et bas parage que s'était faits la reine. S'il fallait ajouter foi au récit composé quelques dizaines d'années plus tard par Lamotte, Mirabeau aurait eu alors, dans l'intérêt de Monsieur, des relations très suivies avec Jnî. Quoi qu'il en soit, il va sans dire qu'on ne trouve dans les notes destinées à la cour aucune indication de rapports aussi compromettants. Tout au contraire, Mirabeau se vante d'avoir conseillé en 1789 de dénoncer les tribunaux à la barre de l'Assemblée, pour les y rendre responsables de l'oubli de leurs devoirs. Il affirme en même temps que Lafayette avait alors combattu cette idée a peut-être à raison de la seule pusillanimité de son caracli-re, peutêtre aussi pour tenir en réserve ce lison empoisonné' ».
Mirabeau prétendait maintenant avoir appris que M"" Lamotte avait de nouveau pu s'introduire à Paris. Ce bruit était aussi parvenu à d'autres oreilles. Chacun pensait qu'il était sérieusement question d'une révision du procès Lamotte. Les suites d'une pareille affaire étaient incalculables. Mirabeau laissait aperce-
Ivoir que l'on en viendrait peut-être à proposer le divorce du roi, ou bien une régence, ou bien un changement de {dynastie, voire mùme un changement de gouvernement, ' Il plane une certaine obscurité sur tous ces JncidËnls. Mirabeau dit, dans Ra 24* noie du H novembre 1790: « J'avais vu Madame Lamotte il y a un «a >'. Or LEimottQ arfîrmo (mémoires iaédils da comte de LamoUe-VaMs, p. p. Louia Lacoor, 1858) que, soit en 1789 ■oit en 1790, il fut seul h. Paris. Curapardon a sîgualË {Hlarie-Antoi-
iielteetle procès du collier, 1803) les uombreuaea inexactitudes que Isti ferment ces Mémoires,