LA VIE
si l'on osait secouer la poussière qui couvrait toutes les ' vieilles calomnies lancées contre la reine. A son avis, les Lamotle étaient poussés par ceux qui voyaient dans la reine, « dans son caractère, dans sa justesse d'esprit et sa fermeté » le principal obstacle àla réalisation ' leurs desseins. S'il fallait l'en croire Lafayette, ce rêpa- ' blicain déguisé, était â la tète du complot. uJe ne doute J pas, affirmait-il, que M""" Lamotte ne soit ici ou parj lui ou pour lui.» Peut-être même le duc d'Orléans jouait- 7 il un rôle dans l'aiTaire, mais c'était comme simplfti agent de Lafayette.
L'on ne comprendrait pas comment Mirabeau osaUl mettre sous les yeux de la reine des révélations aussi! monstrueuses, si Ton ne savait, grâce à une lettre adre^l sée à Mercy par La Marck, dont les visites au château | étaient fréquentes, que Lafayette avait eu avec la reine une entrevue au cours de laquelle il l'avait effrayée en lui apprenantqu'il était question de contraindre le roi à seséparer d'elle et qu'elle dtsvait s'attendre à une demande en rupture de mariage '. Si Lafayette avait réellement touché ce sujet, c'avait été dans l'unique intention de signaler à la reine les dangers qui la menaçaient. Mai&d Mirabeau n'en demandait pas plus pour accuser lel général lui-même de faire naître perfidement ces dan- ' gers. Toutefois, il n'atteignit pas le but qu'il s'était proposé. Sans doute ia reine lui réitéra l'assurance de son
' La Hardi à Meny, novembre 17S0 (IUcourt, II, 57). Staël auH^JI (1. c. p. 177) annonce des le 27 octobre : " De la Motle avec ss femme ' est ici ell'oa paraît vouloir demander è. l'assemblée la réviaioD de son procès et qu'elle demaade à étreenlendue à la barre. Oa veut employer contre la reine tout ce que la mécbancelé la plus noire poarra Imaginer. On croit que, bietilût, il sera qoestiua du divorce et que les pluH Doirs projets sont cachés soua cette motion ». Dans lea Mémoires dsLalayette ta seule phrase que je trouve relative fi cet incident est
ivante : « M™* Lamotte est arrivée, et M. le duc d'Orléans prend soin. » [Ul, 157, lettre de la lin de novembre 1790.
EC LES JACOBIKB 267'
loutentement, mais la erainle que le « maire du palais» inspirait aux souverains était si grande qu'il ne cessa pas d'exercer une influence prépondérante.
Cette influence se manifesta surtout dans la formation du nouveau ministère, à laquelle on dut enfin se résoudre vers la lin de novembre. Le dernier coup, décisif ■ celte fois, fut donné au ministère JSeeker par une députation des 24 sections de Paris, qui se présenta, le 10 novembre, devant l'Assemblée pour l'inviter à demander péremptoirement au roi le renvoi des trois ministres détestés Champion de Cicé, Latour Uu Pin et Saint- Priest, dont on ferait ensuite le procès. L'orateur de cette ïutationfut Danton, qui, déjà alors, était un des favodu peuple. 11 est vraisemblable que Mirabeau setrou-
'aitdepuis quelque temps en relations avec le chef des Cordeliers. Plus tard, il fut en mesure de dire exactement la somme que la cour était disposée à sacrifier pour acheter Danton '. Mais il n'avait rien avoir avec la démarche que fit celui-ci le 10 novembre 1790. Cette démarche réalisait ce qu'il craignait le plus. Le roi, vivement pressé, dut paraître obéir. Les hommes nouveaux ■qu'il fit entrer dans son conseil, V)uport-Dutertre pour les sceaux et Duportail pour la guerre, passaient pour très radicaux, mais ils étaient tellement insignifiants u'il n'était pas difficile avec eux de prouver que des
facobins cessaient d'être Jacobins dès qu'ils devenaient ministres. De plus, ces nominations avaient été faites après entente avec Lafayette '. 11 fallait s'attendre à ce que tôt ou tard Saint-Priest eût un remplaçant gratifié à la fois de la conQance du général et de celle des felubs. Montraorin, ministre des affaires étrangères, qui
' Mirab-iau à La Mardi. 10 mars 1790. Les rololionB de Mirabeau et
do Danton Tureot eignalées par Debmollins. liévolulions, n" 72, [i. 310.
» la Marck à Hercy, 21 novembre 17!!0. De mÉme Gawer écrit, le
t novembre : « The opinion of. M. La Fayette bas evidently had at weigtit in the appointment of the présent ministr; >.
LA VIS DE XIBAKE^r
restait seul de l'ancien gooTemement, dut de conserrei son poste uniquement à ce fait qu'il ne rencontrait pas * sur les bancs de la gauche une hostilité aussi déclarée que ses collègues et qu'il était protégé par Lafayette <. Il n'y avait donc pas dans le nouveau ministère, comme s'en plaignait Mirabeau, un seal homme qui eut pu lui servir de lien avec la royauté. Que Doport-Dutertre l'eût assisté jadis comme avocat dans une afTaire privée (v. tome 1. p. 201 1 cela ne changeait rien à cette constatation. Mirabeau en était pour nne désillusioB de plus.
Précisément, à cette époque il intervint dans lat débats sur les affaires religieuses avec une violencl que Ix)ui3 XVI ne devait jamais lui pardonner. En cette matière, en elTel, il n'y avait pas de conciliation possible entre ie roi et la révolution. Pressé de sanctionner li loi la plus funeste de l'Assemblée constituante, ce monarque, d'ordinaire si indolent pour la pensée et pouf^ l'action, se redressa soudain dans une résistance opiniâtre et sourde qu'il crut non seulement de son droit mais aussi de son devoir d'opposer en signe de pieuse repentance et d'expiation pour une faute involontaire.
L«s hommes de la Révolution française avaient coutume d'en appeler fréquemment au.x héros de la Révolution d'Angleterre. Mirabeau lui-même, à l'occasion^J s'était adressé à son siècle en empruntant le langage dal Milton. Mais on vit alors éclater la profonde différence^ qui séparait les Indépendants et les Yollairiens. Milton ] s'était jadis élevé contre la condition mercenaire de 1 l'Égiise. Mirabeau, tout au contraire s'était écrié «que lésa
' La Mirck, comme il Inï arrive parfois, est trompé par ses Eonve->l nirs, lorsqu'il raconte [Bacodrt. I, 150] que « le comle de Mirabeau s'etBÎt abstenu de parler (20 octobre 1790) par considération pour U. de MoQlinoria >i. Mirabeau désirait plutôi, alors, se débarrasser de Hontmorin h tout pri>;. V, note 38 pour la cour, du 28 oclobrc; LAFAYrrTE,. Ii[, 150.
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i;!iAI', X. — HAPPROCHEMENT AVEC LES JACOBINS 269
r serviteurs de la morale "étaient des « salariés de la nation ». L'ordre privilégié du Clergé devait disparaître, pour faire place à des fonctionnaires de l'État. Que si
Itout dans l'État avait son origine dans la souveraineté ides citoyens actifs, il était simplement logique de vouloir faire aussi dériver uniquementde cette source rette .catégorie de fonctionnaires. Voilà le principe sur lequel reposa la nouvelle organisation de l'Église, avec ses ■empiétements sur l'autorité suprf!'me de la papauté, avec ■son bouleversement des anciens diocèses. Que les auteurs 'de cette constitution ecclésiastique protestassent sans 'cesse et fussent fermement convaincus qu'ils touchaient uniquement au domaine temporel de l'Église, il n'en était pas moins certafn qu'ils prenaient sur eux d'imposer à des raillions de catholiques croyants des règles auxt^quelles ceux-ci, pour rester catholiques, ne pouvaient Hpas se conformer. Mirabeau n'eut aucune part aux ar- Kdentes controverses que souleva la Constitution civile Hdu Clergé. Ses notes de l'été 1790 oelaissèrent même pas Vvoir ce qu'il pensait de cette œuvre néfaste. Pourtant, son attitude dans la question d'Avignon montra tout au moins qu'il ne \oulait pas précipiter la rupture avec Rome, Il mit un frein aux convoitises qu'e.xcilait cette l enclave pontificale dans le royaume. Comme membre ■ du comitédiplomatique, il proposa le 20 novembre d'enl-Tfoyer des troupes à Avignon pour sauvegarder les intéjêtsde la France menacés, mais d'ajourner toute décileion en ce qui concernait la requête d'annexion.
^aissix jours après, Mirabeau donna lecture d'un dis- I cours qui dutremplird'horreur quiconque vénérait dans lia personne du pape le chef suprême de l'Église catholirque. L'on voyait déjà où mènerait la constitution civile Idu clergé : au schisme dans l'Église et à la résistance des Ifldèles. La majorité des ecclésiastiques était résolue à pe pas accepter la nouvelle organisation religieuse re- Boussée par la Curie, et les paroisses, pour la plupart,
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appuyaient cette résistance. Mirabeau ne vit, dans l protestations qui affluaient et dans 1a défense imprimée des évoques, que le résultat des « inlri{,'ues, des cabales et de l'hypocrisie ».
Il est inutile de suivre son discours émaillé de oitalions empruntées à l'histoire de l'Église, cap ce discours n'est fiertés pas son œuvre. lien fit lui-même l'aveu, à pei déguisé, lorsqu'il confessa qu'il n'était pas fort versé enfl théologie mais qu'il s'était instruit dans la conversatioat de plusieurs ecclésiastiques savants et bien pensants..! Rien ne l'obligeait à parler de plusieurs collaborateurs.! Mais il ne pouvait pas révéler qu'un seul « ecclésiasti-*r que savant et bien pensant » lui avait presque en entiei composé son discours et l'avait autorisé à s'en servif] comme bon lui semblerait, de même qu'avaient fait, eitfl d'autres circonstances, Du Roveray, ['ellenc, Reybaz.'l Cet ecclésiastique était l'abbé Lamourette, plus tard évèque constitutionnel de Lyon, alors membre de l'Assem-J blée nationale et fort connu par ses écrits, dans lesquels! il cherchait, du point do vue même de la religion, légitimer la nouvelle constitution. Le Courrier de ProA vencc avait déjà cité quelques extraits des « prônes civi'J ques B du patriotique Lazariste et l'avait hautement louéq d'avoir prononcé « les éternelles vérités de la politique » dans les lieux sacrés. Mirabeau le vit de temps à autrel à sa table et sut mettre à profit, selon son habitude, cetle^ connaissance. Lorsque Lamourette, en 1791, fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, il reconnut qu'il avait, été un des collaborateurs do Mirabeau '. J
' V, surLtmouretle: Dumont, '2ii2, Staèdtleh, 11,378. —Le Cùarrier de Procfin-e, CCXXIV, 4i9, écrit bien : « L'éloquent diacourii da M. de Mirabeau, qu'il a fait dans la tribune », et Lticaa ds Montigoy attache de 1 importance H ces mois; mais il cat évident qoe Ia phrase ne prouva riea ea ce qui concerne t'attrlbutloa du diacoura \- Mirabeau.