X. — RAPPROCHEMENT AVEE I.E8 JACOBINS 27ï
Mais, si Mirabeau se frouvait innocent du discours du 3 novembre, le projet de décret qu'il lui donnait pouf conclusion était bien son œuvre propre. 11 s'écartait du projet de Voidel, rapporteur des Comités, en un seul point, maisen un point capîlal. Voidel voulait que tout ecclésiastique, évoque ou curé de village, dans un délai de huit jours, délai qui pouvait être porté à quatre semaines si l'ecclésiastique résidait alors en France dans une autre paroisse ou dans un autre diocèse que le sien, fût astreint à prêter serment à la constitution civile, faute de quoi son siège serait déclaré vacant, et lui-même poursuivi comme perturbateur de la paix publique, s'il persistait à s'acquitter de ses fonctions religieuses. Ces délaisrigoureux manquaient dans le projet de Mirabeau. Il n'y était non plus aucunement question d'un serment fcà la nouvelle constitution ecclésiastique, mais simplenent d'un « serment civique n quo tout clerc admis à ^recevoir laconfession auriculaire devrait prêter devant les magistrats municipaux. D'ailleurs, le projet de Mirabeau renfermait aussi des menaces terribles contre les opposants à la nouvelle constitution du clergé.
Mirabeau, dans une lettre à La Marck, , estimait que son projet établissait les mesures les plus pacifiques et les plus conciliantes qui pussent être prises dans l'état actuel des choses. « Le plus réfractaire, ajoutait-il, a son échappatoire... Si l'on veut nous pousser à une guerre f. religieuse, je dois m'y opposer. » Sans doute il ne poul^vait nier que le discours quo lui avait soufflé Lamou- Frette fût loin d'être pacifique et conciliant. Mais il espéraitque les prêtres, au courantde l'ABC de la tactique parlementaire, sauraient distinguer entre un discours et une proposition de loi. Gomme orateur, il voulait prendre s la gamme » de cette assemblés tumultueuse. Comme législateur, il voulait faire adopter, à force de flatteries, un décret plus modéré quo n'était celui de Bvoidel.
LA VIE DE MlRABBAtr
Mirabeau calculait ma!, et doublement mal. L'Asseï blée acclama son discours, mais repoussa son décret". Les prêtres négligèrent lo projet de décret, et s'en tinrent au discours. L'archevêque de Toulouse, entre les mains duquel passaient les sommes que la cour faisait tenir à Mirabeau, trouva la harangue violente du 26 novembre « plus détestable encore en la lisant que lorsqu'il l'avait entendue ». Il avait lui-même soumis au jugement de l'Assemblée des considérations su limites des domaines spirituel et temporel, et abouti à des conclusions tout autres que celles des compagnoi Lamourette -Mirabeau '. Au château l'indignation était comble. La Marck n'osait même pas paraître aux yei de la reine, bien qu'il eût promis à Mercy de la v( souvent et de lui donner du courage.
Aux Jacobins, en revanche, l'étoile de Mirabeau' brillait de son pi us vif éclat . Les bons royalistes n'avaient pas assez de railleries pour ces hommes qui Oubliaient si vite les fautes du grand pécheur *. Lon que les membres du club décidèrent d'inviter 1 blée à conserver le Jeu de Paume de Versailles commi monument historique du 20 juin, ce fut Mirabeau qi]< la société des Amis de la Constitution chargea de réd* ger une adresse éloquente '. Lue le 6 novembre devanl l'Assemblée nationale, cette adresse ht une profonde impression et fut livrée au public. Le 30 novembre 'Mirabeau reçut même la présidence du club, dignitéj qui d'après les statuts se transmettait de moisenmoiaj
' Arck. pnrl. xsi, 16-20. 1
'V p. 0. Le relourde Itir' "' aiix Jdcobins. Imilation du ohaaiS" do la PucGlIe. S p. Bibl. nationale.
" Courrier de Provence, CCXIV. La Marck b. Meroy,9 nov. 1790. V.ao récit de la eéancB Aa club dans G. A. v. HaIccD, I, c. \l, 109-117;.cf. sa lellra adressés à Wieland dans le • Neuar Teutscher MercaF,J nov. 1790, p. 380-390. V. ibid. das extraits d'un • Journal PiriT ?ien I ( de CE. Oelsner], où se trouve aussi rapportée la séance du club des Jacobins (p. W8). CF. Auurd ; la Société des Jacobin 330-361.
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