‹ La vie de MirabeauChapitre 35 sur 51 · ALLIANCE AVEC MONTMORIN · texte numérisé non relu

ALLIANCE AVEC MONTMORIN

Mirabeau eût fait tous les rêves possibles avant de sup- |>oser qu'il pût recevoir des ouvertures de Montmorin, "e seul membre du ministère Necker qui eût su conserver sa situation. Il avait contre le corale Montmorin préventions de toute sorte, personnelles et polifjues. Durant l'automne 1789 ses dernières tentatives i rapprochement avec le ministre des alTaires étran- :ères avaient échoué. Depuis lors il n'avait considéré Montmorin, et non sans raison, que comme un personnage faible, toujours attentif à ne pas s'aliéner Lafayette. Aussi bien avait-il été très hostile au maintien de ce ministre. Il avait indiqué à la reine comment on pourrait le faire tomber, et il était résolu à le combattre très énergiquement.

Sur ces entrefaites, il se produisit un revirement dans les idées de Montmorin. S'apercevant combien peu Lafayette était capable de s'opposer à l'amoindrigsement continu de la puissance monarnhique, effrayé d'ailleurs par les allures cassantes de ses nouveaux collègues, il se mit en quête d'un plus sûr appui, 11 dut se rappeler les propositions antérieures de Mirabeau. Jusqu'à quel point connaissait-il ou soupçonnait-il l^s

ilb LA VIE DE HIBABEAC ■

relations de Mirabeau avec La Marck ainsi que sa coJ respondanoe avec la cour, on ne le sait. En tout cas ÎF n'ignorait pas complètement les rapports que Mirabeau entretenait avec Marie-Antoinette par le moyen de La Marck, et il n'hésita pas à faire appel à cet intermédiaire. A la fin de novembre ' La Marck reçut deux envoyés du ministre, qui avaient fait des eiTorts pour s'introduire dans sa confiance et dont il ne pouvait repousser les services. L'un était Duquesnoy, député de Bar-le-Duc, avocat de talent, qui dans l'Assemblée nationale avait peu à peu passé des opinions les plus avancées à des sentiments modérés. L'autre était Talon qui, déjà, après les événements d'octobre 1781 avait joué un rôle dans les tentatives faites par Mi beau pour constituer un ministère parlementaire solide qui depuis s'était démis de sa charge au Chàtelet, mais' brûlait plus que jamais d'avoir quelque part au gouvernement suprême de l'Etat. Ces deux envoyés assurèrent La Marck que Montmorin désirait nouer a une coalition » avec Mirabeau, et que ce projet était un profond secret pour Lafayette.

Le prudent La Marck voulut tout d'abord sonder Marie-Antoinette. U savait que la reine ne se fierait pas à la légère au comte Montmorin, qu'elle était accoutumée depuis si longtemps à considérer comme un espion et un agent de Lafayette. En rappelant que Mercy avait toujours eu de l'estime pour ce ministre, il tàchi de la faire revenir sur ses préventions. Jusque-là Mira< beau s'était réservé. Il trouvait politique de se faii rechercher, et d'ailleurs la coopération de Talon ne lii] plaisait guère '. Il gardait notamment rancune à celui-

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* La date donnée par La Marck : ■ Vers la fin du mois d'octobi (Bacoukt, I, iSii) est infirmée par sa propre correspondance.

< V. le diacoura de Talon au 15 mai 1790. Arrh. pari. XV, 523. Cf. la 5' note de Mirabeau pour la eûur, du 28 juin 1790; of. aussi-, Marie-ÀntoineUe à Mercy, 29 juin 1700 (Arneth, p. 133},

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