‹ La vie de MirabeauChapitre 36 sur 51 · GHAP. XI. — ALLIANCE AVEC MONTMORIN · texte numérisé non relu

GHAP. XI. — ALLIANCE AVEC MONTMORIN

^ ci de quelques allusions malveillantes qu'il s'était permises dans son discours du 15 mai 1790 devant l'Assemblée, étant alors officier du Châtelet. Il l'avait dépeint à la cour sous les couleurs les plus noires pour empêcher qu'il n'obtint la charge de garde des sceaux, il lui avait dénié toute capacité et toute fidélité. Ce fut seulement lorsque Montmorin lui eût vainement demandé à deux reprises une entrevue que Mirabeau se rendit auprès du ministre le soir du 5 décembre.

Il sortait d'une séance orageuse du club desJacobins, et venait d'avoir un engagement violent avec Robespierre. Depuis longtemps il avait compris ce qui plus tard permettrait à ce froid fanatique d'offrir au monde épouvanté un spectacle inoubliable. i< Cet homme, ainsi le jugeait-il, croit tout ce qu'il dit. » Plusieurs fois à l'Assemblée il s'était rencontré avec lui, et il avait une fois laissé entendre que son intelligence et son patriotisme n'étaient pas de même valeur '. En sa qualité de président du club il saisit, dans la soirée du 5 décembre, la première occasion favorable pour faire infliger un vote de blâme à 1' h imprudent patriote s. Il y eut à ce propos une scène de violent tumulte. Les Il àraes républicaines » prirent la défense de la liberté de langage de Robespierre, et il ne fallut rien moins pour rétablir l'ordre que rintervention de Charles Lameth, qui depuis son duel portait toujours son bras en écharpe. Mirabeau se rendant alors à son rendez-vous avec Montmorin, profita de cet incident pour montrer au ministre ce qu'il entendait faire de la situation qu'il occupait comme président du club '.

' Le 3 mai 1790, lorsque Robespierre demanda que les assemblées du district k Paria siégeasseal an permaoeuce.

' Sur la BéancQ du 5 décembre aux Jucobios, cf. : Mirât, CAmi du peufle, a° 306; c. Desmoulins, ltévolutioHS,a'' 55, p. H1'117; Patriote Français, 7 déc- 1^90 j âulard, La sociéli des Jactibitu, 1, 403 seq. où il Taudrait lire 5 déc. au lieu du 6 déc. ~ Les Areh.

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Quant aux a^snrancesque, de son côté, pendant nuit d'hiver, Mirabeau reçut du ministre discret et inquiet, elles ne lui laissèrent aucun doute sur la sincérité de son interlocuteur. Montmorin déclara mépriser Lafayette autant que personne. 11 fit amende honorable pour avoir tenu si longtemps à l'écart « le premier talent de l'AsËpmblée. » En confessant qu'il était peu versé dans les questions constitutionnelles, il pria Mirabeau de lui redonner la confiance de la reine. Reconquérir à Marie-Antoinette b sa popularité », agir sur l'opinion publique dans les provinces, surtout ménager à l'Assemblée nationale une fin de législature paisible et préparer les élections pour la nouvelle assemblée : voilà quels étaient ses desseins, et pour les réaliser il demandait à Mirabeau conseil et aide. Il désirait que le grand orateur lui dressât un plan détaillé de campagne pour mener à bonne fin cette entreprise.

Le désir d'être remis en faveur auprès de la reine par l'intermédiaire de Mirabeau était visiblement pour beaucoup dans les avances de Montmorin ; aussi bien Mirabeau se hâta-t-il de rendre un compte détaillé à Marie-Antoi nette de l'importante conversation qu'il venait d'avoir. Il ne lui cacha pas que le résultat acquis jusque-là n'était pas des plus considérables. Ce que Montmorin apportait dans l'alliance était bien peu de chose. Le ministre était loin d'être l'homme capable, à l'heure de danger, d'en imposer à tous par son intrépidité. Pas un de ses collègues ne le soutenait. Ses troupes étaient de valeur douteuse, et d'ailleurs peu nompari, (ixi. 238-2501 contiennent le diBcours sur l'organisation de la garde nationale, que Robespierre aiait voulu lire & Ja séance du 5 décembre. Le discours, dont il donna lecture a.u club et qui provoqua la sévérité de Mirabeuu, est vraisemblablEinent le niéme. Ait reste, les débats qui eurent lieu dans la céam^e de l'AEsemblée nationale du 6 décembre nous montrant que l'inilialive priée aux J»co- I^DB par Robespierre ne resta pas suns effet. Cf. Courrier de Prgvenct, n* ccxxviit.

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^«uses. Sans doute il affirmait pouvoir a disposer »' dans l'Assemblée, sans compter Duquesnoy, de quelques membres influents, tels que Talleyrand, Gha' pelier, Thouret. Il avait de plus engagé déjà des pourparlers avec Barnave, dont la situation au club des Jacobins aurait fait une recrue précieuse. Mais il n'était pas absolument assuré du succès, et se plaignait de ce c qu'il n'avait pu encore parvenir à lui faire proposade l'argent ».

Il restait encore, d'ailleurs, beaucoup d'équivoque et maintes difficultés. Mirabeau s'engagea formellement à ne rien faire par écrit avec Montmorin sans en informer la reine. Mais il émettait la prétention étrange et inadmissible que le roi fût complètement tenu à l'écart. De son côté, Marie-Antoinette se refusait à accorder sa pleine confiance à Montmorin, et ne prêtait jamais qu'une oreille, comme s'en plaignait La Marck, aux négociations les plus importantes. A côte des pourparlers écrits et de vive voix entre Mirabeau et Montmorin, il y avait entre la reine et La Marck toute une négociation dont le ministre ne devait rien savoir. En un mot, cette ligue à laquelle Montmorin voulait aboutir par ses ouvertures à Mirabeau manquait de cohésion. Le tout, selon l'expression de La Mark, ressemblait

r« à un enfant qui vient de naître et auquel il fallait

' donner le temps de grandir » .

Cependant Mirabeau se mettait à l'œuvre pour élaborer ce plan que Montmorin lui avait demandé. 11 fut communiqué par morceaux, a mesure que 1' "atelier » en avait mené à terme une partie, au ministre d'une part, et, d'autre part, à la reine par l'intermédiaire de La Mark ; le ^3 décembre, le tout fut achevé. Si l'on réfléchit au peu de temps que demanda la rédaction de ce mémoire, le plus vaste de tous ceux de t Mirabeau, si l'on songe que l'orateur était en outre sollicité par bien d'autres affaires, la supposition s'imposa,

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immédiatement qu'il dût avoir là encore des collabo-, rateurs. Et, de fait, on sait que Pellenc, le plus intime et le mieux doué de ses secrétaires, composa tel et tel passage des notes de Mirabeau à la cour. On connaît le manuscrit original, couvert de corrections faites par Mirabeau '. La AT note sans doute ne fit pas exception aux autres ; on en a retrouvé le brouillon dans les papiers de La Marck, sous ce titre : « Aperçu de la si-,j tuation de la France et des moyens de concilier la liberté publique avec l'autorité royale. » Ce document nous fait connaître le plan présenté par Mirabeau, plan qui, dans beaucoup de ses parties, n'est qu'une reproduction plus détaillée des conseils et des idées qu'il avait émis antérieurement, sans leur donner jamaÏB' un développement aussi systématique.

Mirabeau ne faisait que se répéter lorsqu'il adjurait la royauté de ne jamais remettre en question les principes fondamentaux de la constitution. Abolition des privilèges et des droits féodaux, suppression des anciens corps politiques tels que les Parlemenls, égalité des charges, consentement de l'impôt et contrôle des finances de l'État par le corps législatif, responsabilité de tous les fonctionnaires, égal accès de tous les citoyens aux offices publies, liberté de la presse et liberté des cultes : tous ces a bienfaits de la Révolution », qu'ils fussent dus à sa force destructrice ou créatrice, la monarchie devait, une fois pour toutes, les considérer comme irrévocables. Elle devait s'interdire toute apparence de tendresse pour les partisans de l'ancien régime et se faire sérieusement à l'idée que « tout ce qui est avantageux à la nation, tout ce qui augmente sa prospérité est utile au roi ». Mais en même temps la royauté

' V. les romarques de Stadtler (III, 58) à la 51* noie du 16 Té-vrier 1791, qui est imconiplëie dans l'éditioa origioale française dçl Baoourl. — Cr. plus haul, chap. is, note 1,

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Bevait tout combiner pour reconquérir l'autorité, et pour opposer à l'anarchie un « rempart inexpugnable » par la formation d'un solide gouvernement. Mirabeau mettait là le doigt sur le vice fondamental que présentait l'œuvre de la Constituante ; d'une part, une royauté héréditaire, dont le représentant était condamné à l'inaction. D'autre part, une machine gouvernementale frappée d'une empreinte républicaine. Au sommet un monarque, et au-dessous toute une série de corps administratifs librement élus par quatre millions de citoyens. En place de o vrais agents de l'executive » disposant de moyens simples et vigoureux, des conseils délibérants, multiples, éphémères, à la tète du département, du district, de la commune, conseils destinés, quelle que fût leur bonne volonté, à de perpétuels froissements entre eux et avec leurs commettants. Personne, comme il avait dit précédemment, personne disposé à obéir, tout le monde disposé à commander, les a bons citoyens » trop encouragés à s'écarter de la vie publique, la carrière toute grande ouverte aux « séditieux h. Dans le brusque saut de la veille au lendemain, sans transition atténuante, après des siècles d'une longue accoutumance à la centralisation, tout remis à la discrétion de ce peuple dont les couches inférieures étaient aussi peu familiarisées avec la connaissance de la lecture et de l'écriture que les couches supérieures avec la pratique des bonnes mœurs et de l'honnêteté.

De deux choses l'une. Ou bien l'on reconnaissait aux Français du xviii" siècle la maturité et les dispositions nécessaires pour suivre l'exemple des Américains du Nord : alors il fallait supprimer l'étiquette monarchique; ou bien l'on considérait cette conception comme chimérique : alors il fallait donner aux mi- Ijiistres responsables la possibilité de gouverner. Cela Aussi, Mirabeau l'avait bien souvent répété. C'avait été

de tout temps le thème fondamental de ses notes. <^tte'^ révision de la Constitution dans le sens qu'il indiquait,, il avait même estimé qu'on ne l'achèterait pas trop eber ] au prix d'une guerre eivîle.

Mais ce qui n'avait jamais encore été développé avec autant d'ampleur par Mirabeau, c'était la méthode qu'il préconisait pour préparer et réaliser cette revision. 11 y avait un point certain : la revision ne devait ] passe présenter comme un préKent imposépar la main'' du roi, elle devait être adoptée par la représentation nationale elle-même. Était-ce de l'assemblée actuelle que l'on pourrait obtenir cette réunion, ou bien d'une assemblée suivante? Mirabeau se prononçait pour la seconde alternative. En septembre encore, il avait espéré pouvoir se faire nommer rapporteur du comité de constitution, ce qui l'aurait tant soit peu rapproché du , but poursuivi. Mais il n'avait pas même été élu mem-". bre du comité, échec qu'il croyait devoir attribuer à un manquement de parole de Lafayette '. Depuis lor» , il tenait pour bien peu probable que l'on pût former dans la Constituante une majorité en faveur de la revision projetée. Que si toutefois la chose se réalisait, la droite, tant détestée du peuple, serait nécessairement' le noyau de cette majorité, ce qui pourrait amener au moment des élections une terrible explosion de colère. Au surplus, il semblait surtout à Mirabeau que l'opinion publique ne fût pas encore suffisamment préparée à . demander et à imposer énergiquement la revision. Le j conseiller de ces monarques qui avaient hérité d'un pouvoir royal absolu leur faisait une leçon en règle sur la nécessité de compter à l'avenir avec cette puissance formidable, 11 s'occupait exclusivement, dans toute une longue partie de son mémoire, de l'énumération de» J moyens qu'ils devaient mettre en œuvre pour suivre leS'M

• Note 28 pour la cour. 28 sept. 1799. Cf. Arck. part. XIX, 147, 247. 1

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