‹ La vie de MirabeauChapitre 37 sur 51 · CHAP. XI. ALLIANCE AVEC MONTMORIK · texte numérisé non relu

CHAP. XI. ALLIANCE AVEC MONTMORIK

I fluctuations de l'opinion publique et gagner prise 3ur {elle.

En ce qui concernait Paris, Mirabeau pensait recourir aux services de Talon. Sémonville, qui avait également rompu avec Lafayette, et qui était en relations intimes avec Talon, pourrait lui être adjoint. Mirabeau méprisait l'un et l'autre, mais ils lui paraissaient préci-

I sèment bons pour la besogne à laquelle il les destinait.

' Tous deux, à la tète d'une nombreuse police secrète, devaient jour par jour renseigner Monlmorin sur l'Assemblée nationale, les clubs, la physionomie des cafés et des théâtres, les faits et gestes de Lafayette, les dispo-

, aitions de la garde nationale, les incidents judiciaires, etc., etc., et recevoirdu ministre à la fois de l'argent et i instructions. Mirabeau indiquait d'une façon précise comment devraient être rédigés ces rapports. Dans les départements, les mêmes services devaient être rendus par deux classes d'agents. De ces agents les premiers devaient avoir pour mission de surveiller les seconds ; les uns seraient attachés spécialement à certaines personnalités inlluentes , au,\ assemblées électorales, aux corps administratifs ; les autres tàteraient l'état de l'opinion et répondraient à des questionnaires ; aucun d'eux ne connaîtrait ses collègues, et les plus grandes précautions seraient prises pour la transmission des correspondances. Tous les renseignements écrits seraient concentrés dans les mains d'un seul agent initié, et personne ne paraissait plus digne à Mirabeau d'occuper ce poste de conBance que son ami éprouvé Pellenc. Enfin, il y aurait lieu de constituer un bureau de presse secret, chargé d'agir sur l'opinion par des publications de toute sorte, journaux, gazettes, feuilles volantes et brochures. Pour la direction suprême de ce bureau, Mirabeau proposait Cl er mont-Tonnerre, ^m qui lui semblait offrir tous les garanties désirables ^kflomme royaliste modéré, et qui cherchait à conlreba-

lancer l'influence des Jacobins par son club des « Amis de la constitution monarchique ». Clermont-Tonnerre devait seul être en rapport avec Monlmorin, mais il ne devait pas plus connaître toutes les autres parties du système que Talon ou Sémonville. .

Cependant il s'agissait d'aviser au plus pressé, d'adop- ] ter une ligne de conduite contre l'Assemblée nationale. Précédemment. Mirabeau avait déjà émis l'avis que ce serait autant de gagné si l'on pouvait amener l'Assemblée à faire quelque bêtise. Maintenant il voulait que de parti pris on la poussât de bêtise en bêtise, pour « augmenter le nombre des mécontents », et rendre ainsi irrésistible le mouvement d'opinion en faveur d'une revision de la constitution. Entraîner l'Assemblée à | favoriser Paris aux dépens des provinces, l'exciter à ' bouleverser de plus en plus l'administration du royaume et à tirer à soi tout le pouvoir, en un mot « la perdre dans l'opinion publique » et en même temps montrer la plus grande condescendance à la suivre dans les transformations qu'elle opérait chaque jour d'une manière si tranchante, « ruiner graduellement son crédit par des moyens populaires », « la perdre par la dissi- i mulation et par des caresses » : telle devait être à l'avenir la ligne de conduite de ceux qui n'espéraient de remède à la déplorable situation du jour que dans la sagesse de la future Assemblée législative. Mais pour atteindre le but auquel on visait, il ne fallait pas que la Constituante se séparât trop tôt. C'était avant la fin de sa législature que l'on devait faire pénétrer jusqu'au fond des plus petits villages un sentiment d'irritation au sujet de la faiblesse du pouvoir exécutif, au sujet de l'insécurité croissante et de la perturbation générale, au sujet surtout du poids des nouveaux impôts. L'Assemblée devait s'éteindre lentement au milieu des imprécations du peuple, tandis que les souverains regagneraient leur popularité par de fréquentes apparitions

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